PRÉPARATION DES LIQUEURS TITRÉES
Différentes espèces de liqueurs. — Toute détermination volumétrique reposant sur l’emploi d’une ou de plusieurs liqueurs titrées, on comprend l’importance des méthodes qui permettent, ou bien de préparer des liqueurs d’un titre déterminé, ou bien de déterminer la quantité de substance pure que contient par centimètre cube une liqueur donnée. Le problème est en effet double : pour beaucoup d’essais, deux expérimentateurs différents, ou le même expérimentateur à deux reprises différentes, préparent des liqueurs de titre variable en s’imposant seulement de connaître ce titre avec exactitude ; pour d’autres essais au contraire (alcalimétrie, chlorométrie, essais d’argent, etc.), il est commode d’opérer avec des liqueurs à litre fixe. Le problème n’est d’ailleurs double qu’en apparence, car on ne peut songer à se servir d’une liqueur sans en avoir vérifié le titre, surtout quand elle est préparée depuis quelque temps.
Liqueurs empiriques. — A l’origine, les liqueurs à titre fixe étaient faites de telle sorte qu’en opérant sur un nombre entier de grammes de la substance à essayer, elles indiquaient immédiatement la proportion en centièmes de l’élément cherché. On en fait parfois encore usage dans les établissements industriels, où l’on n’a souvent à doser qu’une seule matière ou un petit nombre de corps toujours les mêmes, et on évite de cette façon l’emploi de tables; les pesées se font par nombres exacts de grammes, et l’on obtient immédiatément en centièmes la quantité du corps à doser. Si, par exemple, on a une solution acide dont 100 centimètres cubes saturent juste 1 gramme de carbonate de soude pur, et si l’on pèse 1 gramme d’une soude de richesse inconnue, le nombre de centimètres cubes de l’acide employé pour la saturation donnera le nombre de centièmes de carbonate de soude pur que contient la soude essayée.
Mais cette liqueur ne peut plus servir pour le carbonate de potasse, et il faut avec ce mode d’opérer multiplier le nombre des liqueurs à titrer ; aussi ne l’a-t-on conservé que pour les essais qui, comme ceux qu’on effectue à la Monnaie, sont d’un type unique; il évite tout calcul et donne immédiatement le titre des monnaies.
De semblables dissolutions prennent le nom de liqueurs empiriques, par
opposition aux liqueurs systématiques qui renferment par litre un poids de substance en rapport avec son équivalent, et qui permettent de réduire autant que possible, comme nous allons le voir, le nombre des liqueurs.
Liqueurs systématiques. — On appelle liqueur normale celle qui contient par litre un équivalent exprimé en grammes de la substance pure considérée.
On appelle liqueurs décime, centime, des liqueurs qui contiennent par litre
TM <1® substance pure.
Ces dénominations perdent malheureusement une partie de leur valeur originelle parle fait qu’on les applique parfois, comme dans les essais d’argent, à des liqueurs où la considération de l’équivalent n’intervient pas.
Un exemple fera bien comprendre l’avantage de ce système et les conditions de son emploi.
63 grammes d’acide oxalique cristallisé pur (C*H’0*, 4HO) saturent exactement 66 grammes de potasse monohydratée (RO, HO). Si donc on dissout 63 grammes de cet acide dans un litre d’eau, on a une liqueur qui sature exactement :
1 équivalent de potasse caustique. .
1 — de carbonate do potasse.
1 — — de soude. .
1 — de chaux .
100 centimètres cubes du même acide oxalique satureront donc 65,6 de potasse caustique; 6^,9 de carbonate de potasse; 3e, 3 de carbonate de soude, etc.
Si alors on pèse 5s,6 de potasse monohydratée pure, par exemple, il faudra 100 centimètres cubes de notre liqueur acide pour la neutraliser; mais si elle n’est pas monohydratée, si elle contient plus d’eau, le nombre de centimètres cubes d’acide oxalique employés à la saturation indique la teneur centésimale en potasse monohydratée.
Prend-on 65,9 de carbonate de potasse pur : ils sont exactement neutralisés par 100 centimètres cubes de notre acide oxalique ; avec le même poids d’un carbonate de potasse impur, le nombre de centimètres cubes employés donnera la teneur centésimale en carbonate pur. Si on voulait la teneur de ce carbonate en potasse monohydratée, il faudrait en peser b«,6; pour avoir celle en acide carbonique, il suffirait d’en prendre 25,2. Du carbonate de potasse passe-t-on au carbonate de soude : la même liqueur permettra des déterminations analogues en opérant sur 55,3 ; 4 grammes ; 25,2, etc.
L’avantage des liqueurs normales et décimes telles que nous les avons définies ressort immédiatement de ce qui précède ; elles donnent lieu aux règles suivantes :
1° Avec les liqueurs normales on prend un poids de la substance à analyser égal au dixième de l’équivalent de l’élément cherché exprimé en grammes; le nombre de centimètres cubes employés indique immédiatement la teneur centésimale en cet élément.
2° Avec les liqueurs décimes on prend un poids de la substance à analyser
(KO, HO) = 56 grammes.