CONSERVATION DES LIQUEURS TITRÉES
Les liqueurs une fois préparées doivent être conservées dans des conditions qui assurent autant que possible la constance de leur titre; les précautions à prendre pour cela dépendent de la nature de la dissolution et de la fonction chimique de la substance dissoute. Il est évident par exemple qu’on doit conserver les dissolutions alcalines à l’abri de l’acide carbonique de l’air.
Chaque liqueur doit porter une étiquette indiquant sa nature, l’époque de sa préparation et le procédé qui a servi à la titrer quand celui-ci n’est pas unique.
Certaines d’entre elles, comme celle de permanganate, se reconnaissent facilement à leur couleur; il est bon, toutes les fois que cela est possible sans inconvénient, de donner aux liqueurs titrées, une apparence qui permette de les reconnaître à première vue sans consulter les étiquettes; c’est ainsi qu’on peut, dans bien des cas, ajouter quelques gouttes de tournesol aux liqueurs acides ou alcalines; cette précaution permet d’éviter des erreurs.
Liqueurs acides. — Parmi les liqueurs acides celles d’acide sulfurique maintenues en vase bien bouché conservent leur titre ; mais comme certains verres ont une réaction alcaline, il convient de choisir des flacons en verre vert dans lesquels on a laissé séjourner pendant longtemps de l’acide sulfurique concentré. Si l’on a affaire à une dissolution d’acide chlorhydrique, son titre s’abaisse un peu chaque fois qu’on ouvre le flacon, aussi fera-t-on bien de le déterminer de nouveau à des intervalles assez rapprochés.
Liqueurs alcalines. — Si le titre des liqueurs acides n’éprouve que de faibles variations, on n’en peut dire autant des solutions alcalines, à cause de la facilité avec laquelle elles absorbent l’acide carbonique de l’air, môme quand on les conserve dans les vases en apparence bien fermés. Pour obvier à cet inconvénient on ferme les flacons avec des bouchons traversés par un tube rempli avec un mélange de chaux caustique et de sulfate de soude sec, qui absorbe l’acide carbonique avec une grande avidité. Pour préparer ces tubes on pulvérise dans un mortier poids égaux de sulfate de soude cristallisé et de chaux vive, on laisse Ja matière se gonfler complètement et on la dessèche au feu, puis on pulvérise la masse, on rejette la poussière, et on remplit le tube avec
Jes petits morceaux, après avoir placé un tampon d’amîante àla partie inférieure ; un tube ainsi préparé peut servir un an.
Les dissolutions d’ammoniaque sont plus difficiles à conserver à cause de la volatilité du gaz ammoniac; aussi y a-t-il intérêt à les prendre aussi étendues que possible, et l’on fait souvent usage de liqueurs demi-normales. On diminue les pertes soit en adoptant le dispositif que nous avons déjà indiqué et qui évite de transvaser les liqueurs, soit en faisant usage d’une pipette à poire. Quand on emploie cette dernière, il est bon d’intercaler entre la pipette et la poire de caoutchouc un tube rempli de substances capables d’absorber l’acide carbonique.
L’eau de baryte, l’eau de chaux se conservent dans des flacons portant un tube à mélange de sulfate do soude et de chaux. La figure 76 représente une disposition qui permet de puiser ces liquides sans ouvrir les flacons, ainsi qu’une pipette grâce à laquelle on évite autant que possible l’accès de l’acide carbonique pendant le maniement de ces liqueurs.
Liqueurs sulines. — Le titre des liqueurs salines est aussi sujet à variation, et celle-ci est due soit à une perte d'eau qui amène une concentration comme cela arrive dans les hôtels des monnaies où l’on prépare à la fois des quantités considérables de liqueur salée, soit à une décomposition de la matière saline, comme c’est le cas pour le permanganate de potasse.
Dans les hôtels des monnaies on ne se préoccupe guère de l’évaporation, pas plus que de la variation de température dont l’influence, sur les analyses
très précises qu’on y effectue, ne peut cependant pas être négligée, puisqu’elle peut faire varier le titre de plus d’un millième en plus ou en moins. Mais par contre on s’astreint à déterminer chaque jour le titre de la liqueur sur 1 gramme d’argent fin. Le résultat trouvé donne pour la journée la valeur exacte du titre de la liqueur normale salée et par suite la quantité dont il faut corriger tous les essais faits ce jour-là.
Si la solution saline est susceptible de s’altérer, on doit prendre des précautions spéciales dans chaque cas; ainsi pour le permanganate de potasse on le
tient à l’abri de l’air et de la lumière. La solution bien préparée so conserve parfois assez longtemps si on la puise dans le vase qui la renferme sans l’ouvrir, une pissette à 2 tubes comme celle de la figure 77 convient bien pour cet usage ; grâce à son emploi, on évite, dans la mesure du possible, l’introduction des poussières qui en réduisant le permanganate changent rapidement le titre de la liqueur; comme en outre le liquide mousse facilement et qu’il est assez difficile de faire disparaître les bulles qui se forment à sa surface, il convient chaque fois qu’on en puise de faire arriver le jet de la pissette contre la paroi de la burette. Il faut, bien entendu, s’assurer que le permanganate n’est pas altéré, c’est-à-dire qu’on ne doit jamais faire usage d’une dissolution ancienne.
Liiqueui* d’iode. — Elle s’affaiblit en perdant des vapeurs d’iode; on atténue toujours cette perte en agitant le flacon avant de l’ouvrir, de manière à dissoudre l’iode en vapeur, et à mélanger le liquide avec les gouttes condensées sur les parois qui pourraient avoir une richesse différente de celle de la masse totale; enfin il faut conserver le flacon à l’abri de la lumière pour éviter la formation d’acide iodhydrique. Malgré ces précautions on doit fréquemment répéter le titrage.