DOSAGE DE L’ACIDE CARBONIQUE
L'acide carbonique d’un carbonate se dose soit directement dans les carbonates solubles, en le transformant en carbonate de baryte ou de ch^iix qu’ou recueille et qu’on pèse; soit plus généralement par différence en décomposant le carbonate par la chaleur ou par l’action d’un acide.
1“ Par calcination. — Beaucoup de carbonates métalliques perdant la totalité de leur acide carbonique par la chaleur sans que l’oxyde éprouve de modification, il est facile d’y doser cet acide si la calcination n’exige pas un temps trop long pour être complète. Ainsi la méthode, inapplicable aux carbonates d’argent, de plomb, de cadmium, strontium, etc., réussit très bien avec ceux de magnésie, de chaux, etc.
3° Par Faction des acides. — Ce procédé, toujours applicable, est le plus employé. On a proposé pour l’appliquer u'n grand nombre d’appareils, dont le plus simple est celui de Deville, qui a l’avantage d’être facile à construire, point fragile et d’un maniement très commode. 11 se compose (fig. 33 bis), d’un tube à essai L de 7 à 8 centimètres de long et de i centimètre à l'",5 de diamètre, muni d’un bouchon percé de deux trous dans lesquels passent deux tubes de 2 à 3 millimètres de diamètre intérieur. Le tube L est placé à l’intérieur d’un autre tube T de plus grandes dimensions muni également d'un bouchon à deux trous.
Un des deux petits tubes qui pénètrent dansL traverse également le bouchon supérieur et met l’intérieur de Len communication avec l’atmosphère; l’autre se recourbe le long de L et va plonger jusqu’au fond de T; enfin la partie comprise entre L et T est mise en communication avec le dehors par un tube def. Les tubes qui sortent de T sont fixés à un fil de laiton muni d’une boucle par lequel l’instrument pourra être suspendu à la balance; chacun d’eux peut être fermé au moyen d’un caoutchouc, dont l’autre extrémité est bouchée par un fragment de baguette de verre, et de cette manière on empêche toute absorption d’humidité
pendant la pesée. Enfin à chacun de ces tubes on peut relier au moyen de caoutchoucs des ampoules ou mieux des tubes de 10 à to centimètres de long et 1 centimètre de diamètre intérieur, remplis de chlorure de calcium.
Au fond de T on place de l’acide sulfurique, dans L le poids de substance sur lequel on veut opérer, puis l’appareil ainsi préparé est taré muni de ses bouchons. On remplace alors celui qui ferme ef par le tube à chlorure de calcium correspondant et on souffle par son extrémité; comme on augmente ainsi la pression à l’intérieur de l’appareil, l’acide sulfurique monte dans le tube hg et on peut en faire tomber quelques gouttes sur la substance.
Si l’on a introduit un carbonate solide, l’aclion de l’acide sulfurique pur, d’abord violente, s’arrête bientôt; on évite ces deux inconvénients en ajoutant préalablement un peu d’eau; l’acide carbonique produit par la décomposition du carbonate traverse l’acide sulfurique pour sortir du tube L, se dessèche complètement, et s’échappe par le tube ef. Si la quantité d’acide sulfurique introduite dans le tube L ne suffit pas à décomposer le carbonate, et on doit faire en sorte qu’il en soit ainsi, on recommence l’opération jusqu’à ce qu’une nouvelle portion introduite ne provoque plus de dégagement gazeux. On débouche alors le tube 6c et on aspire en f de manière à balayer l’acide carbonique contenu dans l’appareil et à le remplacer par de l’air qui se trouve dépouillé de son humidité par le chlorure de calcium placé en avant de c, de môme que l’air
insufflé l'avail été par celui de f; de cette façon l’appareil n’éprouve aucune augmentation de poids par le fait de l’humidité atmosphérique. L’appareil une fois débarrassé de tout son acide carbonique, on enlève les dessiccateurs à chlorure de calcium, on les remplace par les bouchons correspondants et on pèse. La différence de poids est due au départ de l’acide carbonique contenu dans la substance.
Nous avons dit tout à l’heure que la méthode s’appliquait dans tous les cas; il faut excepter cependant celui où la décomposition donne naissance à des produits volatils autres que l’acide carbonique. Pourtant, si le carbonate était mêlé de chlorures, en mettant beaucoup d’eau dans le tube L, le dégagement d’acide chlorhydrique serait nul ; on pourrait s’en assurer d’ailleurs en forçant le gaz qui s’échappe à traverser un tube de Liebig contenant du nitrate d’argent.
3” Par précipitation. — Dans les cas de carbonates solubles, on peut doser l’acide carbonique à l’état de carbonate de baryte ou de chaux. S’il s’agit d’un carbonate neutre, il suffit d’ajouter à la liqueur froide du chlorure de calcium ou de baryum; si l’on est en présence d’un bicarbonate, on doit opérer la précipitation dans un vase bouché et en présence d’une petite quantité d’ammoniaque bien exempte d’acide carbonique; elle est souvent très lente, et quand elle est effectuée, on' décante la liqueur pour la remplacer par de l’eau bouillie, on secoue le précipité et on laisse déposer de nouveau. C’est alors seulement qu’on le recueille sur un filtre.
La précipitation de l’acide carbonique au moyen d’un sel de chaux donne, quand on ajoute de l’ammoniaque, un précipité qui se rassemble mieux que le carbonate de baryte, et qu’on peut laver à l’eau pure, mais qui présente l’inconvénient d’adhérer fortement aux parois des vases, ce que ne fait pas le carbonate de baryte.
Si outre le carbonate dissous la liqueur à analyser renferme un sulfate, les sels de chaux ou de baryte y précipitent un mélange de sulfate et de carbonate ; on le pèse après l’avoir lavé et séché, puis on le traite par de l’acide chlorhydrique étendu qui ne laisse que le sulfate de baryte, dont le poids permet de calculer celui de carbonate par différence.
11 en serait de même avec tout autre acide susceptible de donner avec la chaux ou la baryte un composé insoluble. Dans chaque cas il faudra effectuer la séparation du carbonate et du sel insoluble par des procédés qui seront variables avec la nature du sel mélangé au carbonate.