FORMATION DU GLYCOGÈNE AU DÉPENS DES ALIMENTS
a) Hydrocarbonés, amylacés et sucres. — La composition chimique du glycogène le rattache directement aux matières sucrées qui résultent de la digestion des féculents, et autorise la théorie généralement admise qui veut que l’amidon animal prenne naissance, dans le foie, par un phénomène de déshydratation des sucres amenés à la glande hépatique par le sang de la veine porte. Cette action déshydratante des cellules hépatiques est analogue à celle des éléments du tube intestinal qui régénèrent les graisses que l’on trouve exclusivement dans les chylifères, alors même que l’on n’a injecté dans l’estomac qu’un mélange de glycérine et de savons alcalins.
Cl. Bernard a démontré le premier, en 1835, que l’abondance des aliments ternaires favorise la production du glycogène; l’amidon, la saccharose augmentent la richesse du foie en amidon végétal ; il en est de même de la glucose, de la lévulose, de la lactose, de la galactose, de la dextrine, de l’inuline, etc., tandis que la mannite, l’inosite, la quercite, l’érythrite, les gommes (gomme arabique, Salomon) (1) sont sans influence.
Külz (2) a montré que l’injection d’hydrates de carbone soit dans l’estomac, soit dans le sang de lapins a jeun depuis six jours, déterminait l’apparition, au bout de quelques heures, d’une forte proportion de glycogène dans le foie.
La glycérine agit comme les sucres et augmente la proportion de glycogène dans le foie, chez les poules (Weiss, 1873) (3) et les lapins [Luchsinger, 1875 (4) et Salomon (5)]. Les phosphoglycérates, lactates, tartrates sont sans action (Luchsinger).
Les diverses matières sucrées énumérées précédemment agissent sur la production du glycogène de la même façon, soit qu’elles viennent de l'intestin, soit qu’on les injecte directement dans une branche de la veine porte (branche rectale); mais si l’injection se fait dans le système circulatoire général (jugulaire), la matière sucrée en excès, incomplètement utilisée dans les capillaires généraux, passe dans les urines. 11 faut donc absolument, pour qu’elle aboutisse à la formation de glycogène dans le tissu hépatique, qu’elle traverse le foie et soit mise originairement au contact des cellules de la glande; mais elle ne doit pas être injectée (ou absorbée) en trop grande quantité à la fois, sans quoi une partie peut ne pas être déshydratée, passer directement dans le sang de la grande circulation, et de là dans les urines (Cl. Bernard, Schôpffer (6), Forster (7).
Voit (8) a étudié expérimentalement, sur des oies à l’engrais, le processus de
(1) Salomon, Arch. f. pathol. Anat., t. LXI, p. 184.
(2) Külz, Pflüger's Archiv., t. XXIV, p. 4, 19, 1881.
(3) Weiss, Wiener Akad. Zitzungsber., t. LXVII, janv. 1873.
(4) Luchsinger, loc. cit. et Pflüger's Arch., 1878.
(5) Salomon, Centralbl. f. d. med. Wissensch., 1874, p. 47.
(6) Schôpffer, Dissert. Bonn., 1872.
(7) Forster, Zeitsch. f. Biol., t. XI, p. 515.
(8) Voit, Zeitsch. f. Biol., t. XXV, p. 543-552, 1888.
la formation du glycogène aux dépens des hydrates de carbone de l’alimentation (nz en pâtee); il a trouvé que cette transformation s’effectue, pour la nl„, grande partie, dans le foie. H
b) Albuminoïdes. - On trouve du glycogène dans le foie, aussi bien chez les carnivores que chez les herbivores; il faut donc qu’il puisse se former aux dépens des matières albuminoïdes.
Cl. Bernard a démontré la présence du glycogène dans le foie d’animaux exclusivement nourris avec de la viande ou de la gélatine, et plus tard Naunyn (1), Finn (2), Wolffberg (3) et v. Mering (4) ont retiré des quantités notables de glycogene du foie d’animaux alimentés avec de la fibrine ou de l’albumine, de beaucoup supérieures à celles qui correspondraient à la gélatine et à la dextrine que renferme la viande.
Naunyn a extrait de grandes quantités de glycogène (jusqu’à 3,5 p. tOO) du foie de poules exclusivement nourries de viande maigre, bouillie et pressée de façon à en éliminer presque tous les hydrates de carbone V. Mering a trouvé 16-, 3 de glycogène dans le foie, pesant 540-, d’un chien qm, après avoir jeûné vingt et un jours, avait été exclusivement nourri, pen dant quatre jours, de fibrine de sang de bœuf lavée, puis tué six heures après" son dernier repas. I.e foie d’un animal témoin, à peu près de taille égale n’en contenait que 0-,48 après un jeûne de vingt et un jours.
En outre, l’addition de matières albuminoïdes au sucre, dans l’alimentation produit une notable augmentation du glycogène (Cl. Bernard). Cette dernière observation a été vérifiée par Tscherinoff (5) qui a trouvé, chez la poule nourrie exclusivement d’orge, 6,6 p. 100 de glycogène dans le foie, et 7 7 p i00 après une alimentation composée de riz, tandis que ce chiffre atteint 12, ’s p* ioo quand le régime devient mixte et se compose de sucre de canne et de fibrine - — puis par Volffberg (6) qui a constaté, chez des poulets, une augmentation de la proportion de glycogène du foie corrélative de la quantité de matières albuminoïdes ajoutées, dans l’alimentation, à une dose constante de sucre. Voici d’ailleurs les chiffres de ce dernier :
Influence du régime azoté sur la proportion de glycogène du foie (Wollfberg).