‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 7 sur 722 · UNITÉ UE LA VIE DANS LES DEUX HÈGNE · texte numérisé non relu

UNITÉ UE LA VIE DANS LES DEUX HÈGNE

Il semble ressortir de ce qui précède une opposition très nette entre les plantes vertes et les animaux. Les végétaux à chlorophylle, avons-nous dit, empruntent an monde minéral des composés tels que l’eau, l’acide carbonique, des sels ammoniacaux; grâce à l’énergie de la radiation solaire, ils séparent, par un puissant travail de réduction, de l’oxygène libre de ces composés, et édifient des corps complexes, graisses, albuminoïdes, etc... Ceux-ci sortent à l’alimentation des animaux, qui ingèrent ces composés, en font les principes immédiats constituant leur organisme, puis les détruisent peu à peu par le jeu de leur activité vitale. De l'oxygène est fixé sur ces corps complexes, qui se disloquent progressivement, en môme temps que l'énergie accumulée en eux par le travail do la synthèse chlorophyllienne est libérée peu à peu et dépensée par l’animal.

L’opposition entre les deux règnes semble donc complète. Si l’on s'en tient au tableau que l'on vient de rappeler brièvement, le végétal apparaît an point de vue chimique, comme un appareil de réduction et de synthèse; l’animal, au contraire, comme un appareil d’oxydation et de décomposition Au po nt de vue dynamique, le contraste n’est pas moins frappant. La plante transforme des forces vives (énergie de la radiation solaire) en forces de tension (énergie chimique des produits dé la synthèse végétale) ; l'animal, an contraire, transforme des forces de tension en forces vives, et l’on peut finalement résumer cette opposition par la formule saisissante de Tyndall : « Le végétal est produit par l’élévation d’un poids, l'animal par la chute de ce poids. » Ajoutons qu’il n’est point de phénomène p us propre à illustrer ceLte théorie dualiste de la vie qué l’antagonisme harmonique que l’on observe entre les végétaux et les animaux, en ce qui concerne leur action sur le milieu qui les entoure. Un animal enfermé dans un espace clos vicie l’air de ce milieu et finit par succomber. Si l’on introduit dans cet air contiué une plante verte, l'atmosphère reprend au bout de quelque temps sa composition première et redevient apte à entretenir la respiration d'un animal. Claude liernard voit avec raison dans cette classique expérience de Priestley le germe premier de la théorie dualisie, que Dumas et Boussjngault ont développée plus tard avec une si magnifique ampleur dans leur Essai sur la statique chimique des êtres vivants.

Cl. Bernard s’est élevé avec une grande vigueur d’arguments contre cette théorie qui résume, à la vérité, les rapp >rts que l’on constale à la surface du globe, entre les animaux et les végétaux, mais qui ne répond, en réalité, qu’à un côté de la physiologie des deux règnes. La théorie dualiste implique, en effet, qu’au point de vue physiologique l’animal et le végétal se complètent réciproquement, puisqu’elle enseigne que le végétal assimile, en créant par voie de réduction et de synthèse des réserves de principes immédiats, cl que. l’animal, au contraire, après avoir emprunté ces réserves à la plante, les désassimile par voie d’oxydation et de décomposition. Or, l’observation montre que sous l'infinie variété des formes et des fonctions, il n’y a partout qu’une seule

MUTATIONS DE MATIÈRES CHEZ LES ÊTRES VIVANTS

manièrti dc vivre, une seule physiologie. Chez tout être vivant, la vie est complète, c est-à-dire caractérisée toujours par un double phénomène d’assimilation et de désassimilation, de création et de destruction organiques, dnub'e courant, en dehors duquel on ne saurait concevoir la vie. Le végétal et l’animal ne possèdent pas chacun une sorte de demi-existence, le premier assimilant les matériaux que le second va détruire. Leur indépendance au point de vue physiologique est complète. Seule l’apparence extérieure des phénomènes peut en imposer

Chez le végétal, en effet, la synthèse créatrice se manifeste avec une activité si remarquable, qu’elle masque à nos yeux le processus inverse de désassimilation. Nous voyons la plante fabriquer des réserves considérables en matières amylacées, albuminoïdes, etc.; mais suivons-la dans son développement ultérieur, et nous la verrons, tout comme l'animal, utiliser ces réserves et les désassimiler pour scs besoins ( i). C’est qu’à côté des cellules à chlorophylle qui élaborent à la lumière les matériaux constitutifs des tissus, il y a dans la plante comme un autre être qui, à l'obscurité comme à la lumière, consomme sans cesse ces ma'éruiux. C’est surtout pendant la floraison des plantes etla germination des graines que. ces phénomènes de destruction sont sensibles. La betterave, par exemple, au moment du travail de la floraison brille, en la transformant en eau et en acide carbonique, une partie du sucre qu'elle avait précédemment accninulé-d ms sa racine, tandis qu’une antre portion est employée à l’édification de là hampe, de la fleur eL de la graine. A ce moment, le phénomène de destruction l'emporte sur celui de création organique; la plante diminue de poids et se consume comme un animal. La même perle de poids s’observe pendant la germination de la graine.

Chez l’animal, au contraire, ce sont les phénomènes de destruction, de désassimilation qui, par leur appareil extérieur bruyant, s’imposent tout d’abord à notre attention. Les signes de cette destruction sont si évidents, si éclatants, que c’est surtout par eux que nous sommes habitués à caractériser la vie animale ; « Quand le mouvement se produit, qu’un muscle se contracte, quand la volonté et Insensibilité se manifestent, quand la pensée s'exerce, quand la glande sécrète, la substance du muscle, des nerfs, du cerveau, du tissu glandulaire se désorganise, se détruit et se consumé. » Les phénomènes d’assimilation, au contraire, ne se révèlent quà une observation plus pénétrante. « La synthèse organisatrice reste intérieure, silencieuse, cachée dans son expression phénoménale, rassemblant sans bn.il les matériaux qui seront dépensés. Nous ne voyons point directement, ces phénomènes d organisation. Seul l'histologiste, l’embryogénisto, en suivant le développement de l’élément ou de l’être vivant, saisit des changements, des

. ,(l) 11 I’cul a,Tiv,,r- 4 11 xrérîté, que ces réserves soient consommées par un animal Mais ces faus sont, comme .lit Cl. Bernard, accidentels et contingents dans leur déterminisme. .. Ils restent en dehors de la li.iaüté physiologique. Là loi de la iinalité physiologique e-t dans chaque être et non en dehors de lui ; l’organisme vivant est fait pour lui-même, il a ses lois propres, intrinsèques. Il travaille pour lui et non pour d'autres II ïi’y a rien dans'la loi de l'évolution de l'herbe qui implique qu’elle doit être broutée par l'herbivore; rien dans la loi de végétation de la canne qui annonce que son sucre devra sucrer le café de l'homme. » ( Bernard, Leçons sur lés phénomènes de la vie communs aux végétaux et aux animaux, t. I, p. 1*7, Paris, 1878 } . .

phases qui lui révèlent ce travail sourd : c’est ici, un dépôt de matière; là une formation d’enveloppe ou de noyau ; là, une division ou une multiplication’ une rénovation (1) ».

Ainsi la vie est complète chez la plante comme chez l’animal, et l'opposition entre les deux règnes, que la théorie dualise contient au point de vue phvsiologique, ne saura.! être soutenue. On en peut dire autant en ce qui concerne^ côté plus spécialement chimique des opérations de la vie, et si à ce point de vue il subsiste des différences nombreuses à coup sûr, elles n’ont rien d’essentiel ; elles n impliquent aucune différence de nature entre la chimie physiologique des deux régnés. Les phénomènes de synthèse ou de réduction ne sont point l’apanage du règne végétal, pas plus que les phénomènes de décomposition ou d’oxydation ne a CaTlémtlqUe cxclusive dcs opérations chimiques du règne animal. On J'a dD® la Su'te de cet ouvrage combien nombreux sont les exemples de phé-

ZT : 5,“ °Ve rÉd"e“M “co“plis d“s les ..Z'.

. " . ,1“ “n fa" d* c« «“"■«. appelons que la formation ,fo lhémo

i èa éTe,Î ntt r C°rreSP“d *,“7 Sùr à U" f,'"Sn0n,è"' d“

’ 7 "'C,'e les Plfonomènos d'assimilation s'accompa-

gnent chez ! animal d opérations chimiques probablement très compliquées II ne faudrait pas croire, en effet, que les animaux adaptent purement et simple" nent, a leur organisme, les principes immédiats qui leur sont offerts nar 1* régné végétal (2). L’observation démontre, en effet, qu’ils transforment profon dement ces «atériaux p„ „„ chimique 0„ „„

autrefois ^importance. Ainsi nous démontrerons, dans la suite de cet ouvrai que les animaux peuvent faire de la graisse aux dépens de leurs aliments aniy ces , une semblable transformation est pour nous un mystère au point de vue eunuque, mais elle démontre surabondamment combien peuvent être complique» es p îénonièues de synthèse dont les organismes animaux sont le siège.

autre part, les réactions d’oxydation et de décomposition dont la théorie ua iste fait la caractéristique de la vie animale, se retrouvent également dans a plante. Le phénomène de la respiration des végétaux est la preuve directe do ce processus de désassimilation. La plante absorbe de l’oxygène et dégage de lac.de carbonique, c’est-à-dire quelle respire et se consume, tout comme animai, et 1 opposition si nette que l’expérience de Priestley semble établir entre les deux règnes au point de vue des phénomènes respiratoires n’est qu’anparente : elle tient a ce fait que l’on a comparé la respiration des animaux au phenomene chlorophy lien qui est, en réalité, un phénomène d’assimilation et de nutrition. En fait, la plante respire comme l’animal. Comme lui, elle absorbe de 1 oxygéné et exhale de l’acide carbonique; mais durant le jour, sous l’action de la lumière, les parties vertes sont le siège d’un processus d’assimilation. La g,-a nulation verte absorbe l’acide carbonique de l’air, en sépare de l’oxygène qui se dégagé, et ce double phénomène couvre et masque le phénomène respiratoire proprement dit. C’est le grand mérite de MM. Carreau, Boussingault et Sachs d avoir dissocie ces deux phénomènes, et d’avoir nettement distingué les échanges

(i) Cl. Bernard, loc. cit., p. 41.

(Sj.^Voy. Cl. Bernard, ibid., p. ni.

MUTATIONS DE MATIÈRES CHEZ LES ÊTRES VIVANTS

gazeux liés à l’activité chlorophyllienne, de la respiration proprement dite, phénomène qui appartient indistinctement à tous les tissus.

Aucune différence essentielle ne sépare donc la physiologie et la chimie des plantes vertes de celles des animaux : de part et d’autre, môme succession des phénomènes d’assimilation et de désassimilation, de synthèse et de décomposition. 11 n’en est pas de même en ce qui concerne les rapports des deux règnes avec les milieux qui les entourent, nous voulons dire le mode suivant lequel les végétaux et les animaux empruntent à ce milieu la matière et l’énergie dont ils ont besoin. La plante verte trouve les éléments de ses tissus dans le monde minéral : elle assimile le carbone et l’hydrogène à l’état d’acide carbonique et d’eau, l’azote à l'état de sels ammoniacaux, de nitrates ou même d’azote libre, et, grâce à l’énergie de la radiation solaire, elle édifie les substances organiques complexes, qui vont constituer les principes immédiats de ses tissus en même temps que la source de l’énergie nécessaire à ses manifestations vitales. En d’autres termes, la plante verte est organisée de manière à faire ses emprunts de matière au milieu ambiant sous la forme do substances arrivées à un degré de simplification moléculaire très grand. Elle possède d’autre part, dans la granulation chlorophyllienne, une sorte de commutateur d’énergie qui lui permet d'emprunter directement à la radiation solaire l’énergie nécessaire à l’entretien delà vie.

L’animal, au contraire, ne reçoit directement du monde minéral que des matériaux d’importance secondaire, et qui ne sont point pour lui une source d’énergie (1). La plante est son intermédiaire nécessaire, et sa dépendance vis-à-vis du règne végétal est des plus étroites. L’animal ne peut assimiler le carbone, l’hydrogène, l’azote, une bonne partie de l’oxygène — pour nous en tenir aux éléments les plus importants — que sous la forme de combinaisons organiques complexes, qu’il trouve dans le règne végétal. A la vérité, il modifie profondément ces matériaux au cours du travail d’assimilation ; il opère sur ceux-ci ou surdes fragments résultant de leur décomposition des synthèses puissantes. Mais l’énergie nécessaire à ce travail est empruntée à d’autres principes immédiats, c'est-àdire, en dernière analyse, toujours au règne végétal. Il n’y a pas eu, du fait de ces synthèses, apport nouveau, mais seulement, si l'on peut dire ainsi, un autre mode de placement ou de distribution de l’énergie primitivement apportée par les substances organiques végétales. Les opérations synthétiques auxquelles se livre la plante verte, représentent donc seules le mécanisme par lequel de nouvelles quantités d’énergie sont empruntées à un agent extérieur, et introduites sans cesse dans le cycle des opérations delà vie. En cela, elles diffèrent profondément des réactions de synthèse qu’effectue l'animal et qui n’augmentent pas le capital de forces dont dispose ce dernier.

Finalement, si l’on voulait établir une distinction nette entre les végétaux à chlorophylle et les animaux, on ne la trouverait donc ni dans leur physiologie qui est une, ni dans les opérations chimiques générales de la vie, qui ne présentent aucune différence essentielle, mais dans la manière dont ils empruntent au milieu extérieur l’énergie nécessaire à leur existence, les plantes vertes s’alimentant directement à la source représentée par la radiation solaire, les ani-

(t) Voy. chapitrent.

St ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBL1NC.

maux au contraire ayant besoin queeette énergie leur soit Offorte.sotis la forme

d'énergie chimique accumulée dans des matériaux organiques complexes (1).

Les considérations qui précèdent ne s'appliquent qu’aux plantes vertes et aux animaux (d’un certain degré d’organisation). Passons maintenant aux organismes inférieurs et nous verrons chemin faisant s'atténuer encore les différences que nous venons d’établir.

Ainsi, les végétaux dénués de chlorophylle sont impuissants à vivre uniquement aux dépens des matières minérales qui suffisent à une plante verte. 11 faut à ces êtres, au moins dans une certaine mesure, des aliments organiques complexes. Par là, ils se rapprochent des animaux ; ils en diffèrent par ce fait que les matériaux organiques dont ils se contentent sont souvent beaucoup moins complexes, beaucoup moins élevés dans l'échelle des synthèses que 1 s principes immédiats, graisses, albuminoïdes, etc..., qu'exige l’entretien de la vie chez l'animal. Semons par exemple une mncëdinée sur une solution de glucose contenant les sels minéraux nécessaires à la vie des moisissures. Au contact do l'air, le végétal se développe, il fabrique de la cellulose, des graisses, des albuminoïdes; il s’étend, il vit, il dépense de l’énergie. En ce qui concerne l'assimilation de l’azote, cette mucédinée s’est donc comportée comme une plante verte. Mais, d'autre part, elle a vécu, comme le ferait un animal aux dépens du sucre, e’esl-àdire d'un aliment édifié par le règne végétal, car, en même temps qu'elle faisait servir une partie de ce glucose à l’édification de ses tissus, el e on a détruit une autre portion. An contact de l’oxygène atmosphérique, elle l’a transformé en eau et en acide carbonique, c’est-à-dire qu’elle lui a fait descendre l'échelle de destruction delà matière organique, en utilisant pour le développement elle jeu de ses organes l'énergie fournie par celle destruction.

Tous les êtres sans chlorophylle se comportent d'une manière analogue. Ils ne diffèrent les uns des autres que par le degré de complication chimique de l’aliment on des aliments aux dépens desquels ils peuvent vivre, ou par le mode de destruction pinson moins profond qu'ils font subir à cet aliment.

Ce dernier point, mérite de nous arrêter un instant, car il nous conduit à envisager le mode de nutrition des ferments auxquels leur énorme puissance de décomposition chimique donne des allures si spéciales que l'on est de prime abord tenté de considérer leur développement romme soumis à des lois chimiques particulières. Il n'en est rien cependant. Comparons en effet avec Duclaux (2) à la mucédinée qui nous servait d’exemple tout à l'heure la levure de bière : toutes deux vivent aux dépens du glucose; mais tandis que la première,

(1) On pourrait dire que cette distinction même disparaît si l'on considère que dans la plante coexistent en quelque sorte deux Êtres : l'un, qui est représenté par les parties vertes, remplit cette fonction préparatoire et tout à fait spécifique de la création aes matériaux organiques de synthèse; l’autre qui constitue véritablement l’organisme, et l’on pourrait ajouter : la pat lie aniirtale, de la plante, utilise ces reserves pour créer des tissus, des organes nouveaux, pour accomplir des travaux, etc. Elle se trouve donc placée, vis-à-vis des organes chlorophylliens dans une, dépendance aussi complète et de même nature que celle qui lie l'animal au végétal.

;2) Duclaux, Annales de l'Institut Pasteur, 1887, t. I, p. 14;i.

MUTATIONS I)E matières chez les ÊTRES VIVANTS. as

vc„élant an contact de laie, transforme cet aliment en eau et en acide carbonique , c'est-à-dire Je conduit par une combustion complète jusqu’au bas de 1 echelle des destructions, la seconde (qui ne reçoit que peu ou point d'oxygène e dédouble seulement en acide carbonique et en alcool. Sous l'action de la levure, le glucose a donc subi également une sorte de combustion, puisqu'une partie de son carbone s’est détachée de la molécule à l’étal d'acide carbonique, mais 1 oxygène nécessaire à co te combustion a été emprunté au sucre luimême et non pas à l'air. La combustion, au lieu d'être externe, est interne, ce qui la rend moins complète, conséquemment moins fructueuse. Le rendement en énergie est beaucoup moins considérable. Il résulte de là que, pour 1 entretien d un même poids de cellules vivantes, la levure fait disparaître un poids de glucose beaucoup plus fort que celui qui, dans les mêmes conditions, suffit à une mu -édifiée. Dans le développement de celte dernière, on constate entre le poids de plante récolté et le poids de sucre consommé un certain rapport voisin de celui que nous sommes habitués à observer dans la nutrition des animaux 11). Au contraire, il y a une disproportion si considérable entre le poids de levure produite et le poids de sucre transformé en alcool que, pendant longtemps, le développement de la levure a passé inaperçu, nu bien a été considéré comme un facteur tout à fait accessoire dans b- phénomène de la fermentation alcoolique. Or, cette disproportion entre la cuise et l’effet est précisément, comme l a montré Pasteur, la caractéri-tique essentielle des êtres que nous appelons ferments. Kilo tient, on le voit, à cette particularité que le ferment ne fait descendre à l'aliment auquel il s’adresse qu’un petit nombre de degrés de 1 échelle de destruction de la matière, et qu’il compense la médiocrité du rendement de celte opération par la masse considérable d’aliment transformé. Mais, dans ce mécanisme, on ne saisit rien de spécifique, rien qui établisse une différence de nature entre la physiologie de ces êtres et celle d'autres organismes sans chlorophylle.

Il ressort de ce qui précède que les réactions de désassimilation par lesquelles est fourme aux êtres vivants l’énergie dont ils ont besoin embrassent une étendue très variable de la série des décompositions. On saisit dans la destruction des édifie s moléculaires si élevés et si complexes qui sont le résultat du travail chlorophyllien, comme une succession d'étapes qui correspondent à lvtivité vitale do diverses catégories d'organismes, les produits de désassimilation des ~VÎUU îal'™Cntf a,,x au",es' «<* '«•vrc de bière vit aux dépens du

olucosc. quelle dédouble en alcool et en acide carbonique, et ce travail de décomposition est continué par le micoderma aceti qui transforme l'alcool en

;‘U(te aCel,?ue* et am>1 de sultc* Nous ai,rons l’occasion de citer plus loin dauircs exemples du même genre.

Les matières organiques complexes, créées do tonies pièces par le vé -élal vont donc en se défaisant peu à peu, abandonnant à chaque simplification moeculaire qu «11. s subissent une partie do l'énergie quelles avaient reçue primitivement, jusqu’au moment où le carbone et 1 hydrogène, étant revenus, à l'état

(t) Voy. dans l 'Encyclopédie chimique: Duolaux, Chimie biologique , p. 18.

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.

d’acide carbonique et d’eau, l’azote & l’état d'ammoniaque (t), tous les éléments qui composent la matière organique ont repris la forme minérale sous laquelle la plante les avait assimilés.

Le cycle des opérations de la vie semble donc se refermer ici. Pourtant des recherches récentes ont montré que même ces produits ultimes de la désassimilation des êtres vivants peuvent encore alimenter l’activité de certains organismes. On sait que la plante peut assimiler l'azote sous la forme d’ammoniaque, mais qu’en fait ce composé est le plus souvent transformé dans le sol en acide nitrique avant son absorption par les végétaux. Cette action nitrifiante de la terre, découverte par Schlœsing et Müntz, a été attribuée par eux à un micro-organisme spécial que Winogradsky (2) est parvenu récemment à isoler. Dans un travail du plus haut intérêt, ce savant a démontré que ce ferment exerce son pouvoir nitrifiant et se développe activement dans un liquide complètement exempt de matières organiques et ne renfermant que du carbonate de magnésie ou de chaux, du sulfate d’ammoniaque et du phosphate de potasse. Voilà donc un organisme exempt de chlorophylle qui opère la synthèse des principes immédiats constituant son protoplasma, albuminoïdes, hydrates de carbone, etc., d’une part à l’abri de la lumière, et d’autre part aux dépens de substances purement minérales identiques à celles qui servent de point de départ à la synthèse chlorophyllienne. Assurément cette faculté présentée par un être incolore d’assimiler le carbone des carbonates et de faire une synthèse complète de la matière organique est un fait bien inattendu et du plus haut intérêt. Pourtant ce phénomène nous place-t-il en présence d’une biologie nouvelle (3) et est-il en contradiction absolue avec les données que l'on vient de résumer relativement à la nutrition des êtres sans chlorophylle? Y a-t-il à ce point de vue entre la nilro-monade de Winogradsky et une mucédinée vivant aux dépens du glucose et de substances purement minérales une différence essentielle. Ne peut-on pas dire plus justement que les êtres tels que ces organismes nitrifiants terminent en quelque sorte la série que nous venons d’étudier et que le phénomène qu’ils présentent est un phénomène limite?

Résumons en effet les faits auxquels nous sommes arrivés : Tout au sommet de l’échelle animale, nous trouvons des êtres qui ne peuvent vivre et opérer leur travail de création organique qu'aux dépens d’aliments très complexes albuminoïdes, graisses, etc... Au-dessous de ces organismes, viennent ceux de” êtres sans chlorophylle chez lesquels des substances moins complexes suffisent à l’entretien de la vie, en même temps que les synthèses effectuées par ces organismes apparaissent toujours plus puissantes et plus près d'être complètes Ainsi, la levure assimile l’azote sous la forme très simple d’acide nitrique et d’ammoniaque, et le carbone à l'état de combinaison relativement peu avancée où il se trouve dans le glucose; enfin, une simple transformation du glucose en alcool et acide carbonique lui fournit l’énergie nécessaire à la synthèse des principes immédiats de son protoplasma, c’est-à-dire l’énergie nécessaire pour-

(1) Et parfois d'azote libre, comme on le verra plus loin.

(2) S. Winogradsky, Ann. de l’Institut Pasteur, 1890, t. IV, p. 213, 237 et 760.

(3) Voy. L. Olivier, La synthèse de la matière organique sans chlorophylle ni lumière ( Revue générale des sciences pures et appliquées, 1890, t. 1, p. 299.)

mutations de matières chez LES ÊTRES VIVANTS. 27

reporter des matériaux alimentaires déjà très simplifies jusqu’au sommet de ec elle des synthèses. Et voilà enfin un organisme, qui assimile le carbone à 1 état d acide carbonique, l’azote à l’état d’azote nitrique ou ammoniacal, et qui, utilisant uniquement l'énergie fournie par la nitrification de l’ammoniaque, opère à 1 aide de matériaux tombés cette fois presque tout au bas de l’échelle des destructions une synthèse totale de ses principes immédiats organiques (1). Les phénomènes de synthèse sont arrivés ici par une transition insensible à leur maximum de puissance. Ajoutons qu’on ne saurait voir quelque chose do spécifique dans ce fait que l’énergie est ici fournie par la transformation d’une substance minérale et non par celle d’une substance organique comme le glucose. Nous savons bien que la science moderne a effacé la limite que l’on avait tracée autrefois entre la chimie minérale et la chimie organique (2).

Les observations qui précèdent montrent combien une opposition tranchée entre les deux règnes, telle qu’elle est contenue dans la théorie dualiste de la vie, est peu soutenable au point de vue physiologique. La seule position que l'on pourrait conserver encore consisterait à ranger les êtres vivants d'après l’existence ou 1 absence de la chlorophylle, les êtres à chlorophylle étant caractérisés par ce fait qu’ils sont les seuls qui puissent utiliser directement à leur profit les radiations solaires. Mais on voit immédiatement que cette distinction ne correspond que très incomplètement à l’ancienne classification des organismes en végétaux et en animaux, puisqu’elle rejette tous les végétaux sans chlorophylle du côté des animaux.

La difficulté augmente si l’on veut tenir compte de ce fait qu’il existe, d’autre part, des animaux à chlorophylle (3). Un grand nombre d’infusoires, des rhizopodes, des turbellariées, etc..., renferment des granulations chlorophylliennes. Les planaires vertes, observées par Geddes, recherchent la lumière, exhalent de l'oxygène (4) sous l'influence des rayons solaires et meurent assez rapidement à

(1) Il est possible que les organismes décrits par Winogradsky sous le nom de sulfo-bactéries et de ferro-baettries, et qui oxydent le soufre et les sels ferreux, appartiennent au même type physiologique que ces ferments nitrifiants. (S. Winogradsky, Botan. Zeitung, 1887, n" 31 et Annales de l Institut Pasteur, 1887, t. I, p. 518 .-Botan. Zeitung , t. XLVU, p. 261.)

L® 8ran<l intérêt que présente, au point de vue général, la découverte de Winogradsky, réside dans ce fait d un être à protoplasma incolore, pouvant vivre, sans tirer directement ou indirectement aucun secours du monde des plantes vertes. On admettait en effet que les êtres sans c î orop îy e ne peuvent exister qu en utilisant l’énergie fournie par des substances organique* qui toujours résultent directement eu indirectement, du travail chlorophyllien, ou, ce qui revient au ëàrbon^nn li * Ch'°r0ph-vllc sont sculs caPablcs dc P°“™ir les autres êtres vivants de

chloronhër l'ië ra, 7 1 * 3 * S°laire CCSSajt’ dit Boussi"*auU- »°» seu,ement les plantes h

elobe » La tnt 7 a 6 68 P an‘CS qU‘ C" S°nt déPoun'ues> disparaîtraient à la surface du

wwlut an'maUX Périraient éSaIen,ent a la suite des végétaux; la nitromonade de

en se nn ' p0Ulralt au contra‘t'c subsister en l'absence de toute plante verte, puisqu’elle vit l J, AnZmSST\ e, ,e Carb0niqU0 des carbouatcs- et des sels ammonicaux contenus dans de pluie et résultant de combinaisons azotées effectuées sous l’action de l’électricité atmosphénque. On pourrait donc concevoir de tels êtres comme vivant d’une manière tout à faitindépendante des plantes à chlorophylle.

(3) Ci. Bernard, loc. cit.} p. 210.

(t) Geddes a pu analyser les gaz exhalés qui contenaient plus de 45 p. 100 d’oxygène. ( Comptes

rendus, 1878, t. LXXXVI1, p. 1905.)

l’obscurité. A la vérité, il a été démontré depuis que ces granulations vertes' appartiennent à des algues monocellulaires qui ont élu domicile dans le corps de çes animaux et qui vivent avec ces derniers en état de mutualisme ou de symbiose (t). Geza En U prétend eu effet que les infusoires à chlorophylle qu’il a observés 11e reçoivent aucune nourriture solide de l’extérieur et qu’ils vivent aux dépens des produits de syhlhèsc qu'élaborent ces corpuscules verts, à l’aide de 1 énergie lumineuse, et en partant de l’acide carbonique et des autres matériaux de désassimilation fournis par l’hôte (2). Mais Bunge(3) fuit remarquer ici très justement que les granulations chlorophylliennes chez les plantes vertes ne sont peut-être, elles aussi, que des êtres symbiotiques. D'autre part, Engelmann (4) a observé certaines espèces d’infusoires qui contiennent de la chlorophylle à l’état diffus et non pas en granulations, et il a pu démontrer par un procédé spécial très élégant qu’au soleil, les cellules ainsi imprégnées de chlorophylle sont le siège d'une production d’oxygène.

La présence de la chlorophylle n’est donc pas un fait restreint aux végétaux supérieurs.

Concluons que la chimie physiologique des deux grandes classes d'êtres est une; seules, des nécessités de travail et d'exposition justifient la séparation de la chimie animale d’avec celle des végétaux.

(Il La symbiose est une association dans laquelle « doux êtres spécifiquement distincts confondent leur corps en un organisme mixte, et harmonisent leurs fonctions pour le plus grand bien de la communauté » iVuillomiu). La découverte de ces faits de mutualisme — qui se distingue donc nettement du parasitisme ordinaire — constitue l'une des plus remarquables acquisitions que ]a biologie générale ait faites dans ces dernières années. Voici, pour le lecteur curieux d'approfondir celte question, quelques indications bibliographiques que nous empruntons il l'excellent ouvrage de Bungc {Lehrbueh derphysiol. Chem., Leipzig, 1889. p. 43). L’expression de symbiose est due à de llary (Die Encheinung dur Sgm/rosc, Vortrng, Strasbourg, 1879). Un exposé complet de la question a été donné par O. Hcrtwig, Die Symbiose oder (lm Genossemcho ftsleben tm Thierreich, Vortrng, Iena. 1883. — Voyez en outre : 9 Vuillemin, Les Mycorhizes et les théories nouvelles de la vie complexe en biologie. ( llcrue générale des sciences pures et ann/i quées, 1890, 1. 1, p. 323.) '

(2 Geza Enlz , Biolog. Centralblalt, 1882, 1. 1, p. 646. — K. Brandt, ibid., p. 524.

(3) Bungc, toc. cil , p. 43.

(4, Th.-W. Engelmann. Pflügers Arch., 4883, t. XXYM, p. 80.

( Il APITIŒ II.

Page 1