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LES GAZ DU SANG

§ I. généralités.

Bien que les premières recherches sur les gaz du sang remontent au XVII' siècle, ce n’est qu’à partir de 1838 environ que l’extraction et l’analyse de ces gaz ont donné des résultats suffisamment précis. Aussi est-ce tout près de nous seulement que la théorie de la respiration, telle qu’elle était sortie des travaux de Lavoisier, a pu être complétée par une connaissance plus approfondie des échanges gazeux respiratoires. Dès 1636, Robert Boyle avait constaté que du sang frais défibriné dégage des gaz lorsqu’on le soumet à l’action d’une machine pneumatique, et John Mayow (1674) avait montré que ces gaz sont constitués en partie par ce qu’il appelait « l’esprit intro-aérien » (voy. p. 247). Plus tard Priestley fit voir que de l’hydrogène ou de l’azote, après qu’ils ont été en contact avec du sang artériel, contiennent de l’oxygène, et, en 1794, H. Davy put extraire du sang artériel du veau à la fois de l’oxygène et de l’acide carbonique. Mais la technique de ce genre de recherches était alors si incertaine, que pendant de longues années encore la présence de gaz libres dans le sang fut entièrement niée par des observateurs tels que J. Davy, Jean Millier, Gmelin, Mitscherlich, Tiedemann, tandis que d’autres, parmi lesquels Vogel, Nasse, Bischoff, Collard de Martigny ne parvenaient à extraire du sang que de l’acide carbonique, mais point d’oxygène (1).

Les premiers résultats quantitatifs se rapprochant de la vérité sont ceux de

^l) Pour les indications bibliographiques, voy. Milne Edwards, Leçons sur la physiol. comparée, t. I. — Zuntz, Blutgase und respiratorischer Gaswecksel in Hermann’s Handb. d. Physiol., Leipzig, 1882, auxquelles nous empruntons cet historique. — (Voy. aussi un historique très étendu dans Mac Kendrick, Biol. Centralbl., t. VIII, p. 531 et 351, 1888-89.)

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQEE. — LAMBLING.

Magnus (1838-1845) et de Lotliar Meyer (1857). Magnus (1) recevait du sang, à l’abri du contact de l’air, dans un vase piriforme rempli de mercure et dont l’extrémité inférieure plongeait dans le mercure. Ce vase était placé ensuite sous la cloche de la machine pneumatique, et en faisant le vide on finissait par produire dans l’extrémité supérieure amincie du vase un vide barométrique dans lequel s’échappaient les gaz du sang. En laissant ensuite rentrer l’air sous la cloche, on comprimait les gaz et on les faisait passer dans un tube vissé sur l’appareil. En répétant plusieurs fois cette opération, Magnus put retirer du sang au bout de 3 heures, de 4 à 8 p. 100 d’acide carbonique et de 1,0 à 3,5 p. 100 d’oxygène (avec 0,5 à 2 p. 100 d’azote). C’étaient, comme on le voit, des résultats encore bien incomplets. Plus tard Lothar Meyer (2) utilisa le vide produit par l’ébullition de l’eau dans un appareil analogue à celui qui sert à l’extraction des gaz de l’eau, en même temps qu’il appliqua à l’analyse des gaz recueillis les méthodes nouvelles que Bunsen venait de faire connaître par un travail demeuré classique, mais les progrès sérieux dans l’étude des gaz du sang ne commencent guère qu’avec l’emploi des machines barométriques.

Déjà utilisé par Collard de Martigny, mais d’une manière très incomplète, le vide barométrique fut employé pour la première fois avec un réel succès par Ludwig et Setschenow. Leur appareil était un grand tube en U, formé de pièces reliées par des tubes en caoutchouc munis de pinces. On le remplissait de mercure, par l’une des branches, et en laissant ensuite écouler le mercure contenu dans l’autre branche par le moyen d’un long tuyau adapté à la partie horizontale de ru, on produisait dans cette branche un vide barométrique dans lequel se précipitaient les gaz du sang contenu dans un récipient latéral.

Plus tard Pflüger et Helmollz perfectionnèrent simultanément cet appareil en y adaptant le récipient à mercure mobile qui épargnait des transvasements de mercure fastidieux, et lorsqu’on eut substitué enfin les robinets de verre aux pinces de l’appareil primitif de Ludwig et Setschenow, la pompe barométrique, telle que nous la connaissons aujourd’hui, se trouva constituée dans ses parties essentielles. C’est avec cet appareil, incessamment perfectionné par Ludwig, Bunsen, Pflüger, Setschenow... en Allemagne, par Gréhant, Chauveau,... en France, qu’ont été obtenus la presque totalité des résultats qui vont être exposés.

La méthode chimique de Schülzenberger et Rissler, celle de Hüfner ne sont relatives qu’à l’oxygène (3).

§ 11. Les gaz du sang artériel et du sang veineux.

Les gaz du sang artériel et du sang veineux ont été l’objet de déterminations extrêmement nombreuses. On donnera plus loin les résultats d’un certain nombre d’entre elles, en môme temps que l’on étudiera l’influence de divers facteurs sur la composition des gaz du sang. Pour l’instant il suffira, en citant

(1) Magnus, Ann. d. Phijsik., t. XL, p. 583, 1838, et t. LXVI, p. 177, 1843.

(2) Lothar Meyer, Die Gase des Blutes, Gôttingen, 1857.

(3) Yoy. dans l’Encyclopédie chimique : Analyse chimique des liquides et tissus de l’organisme, par Garnier et Schlagdonliauffen, p. 182, et J. Otto, Pflüger’ s Arch. f. d. gesamm Pkysiol., t. XXXVl, p. 30, 1883.

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