PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DE LA MÉTHÉMOGLOBINE
l’hémoglobine oxycarboné. Or,' il paraît rationnel d’admettre que si les deux bandes II et III du spectre de la méthémoglobine étaient réellement dues à un reste d’oxy hémoglobine non décomposée, ces deux bandes devraient occuper la place de celles de l’hémoglobine oxycarbonée, lorsqu’au lieu de l’oxyhémoglobine on emploie, pour obtenir la méthémoglobine, l’hémoglobine oxycarbonée (1).
L’étude quantitative du spectre de la méthémoglobine acide a été faite par Bertin-Sans. Au niveau de la bande 1, la quantité de lumière transmise est de 18,S p. 100 ; au niveau de II, de 20 p. 100; au niveau de III, de 4 p. 100 seulement de la lumière incidente.
D’après Hiifner et Otto, les rapports d’absorption Am et A'», pour les régions spectrales DH E — D 32 E et D 53 E — 1) 63 E, sont :
Am = 0,002602 A'm = 0,001014.
Ces valeurs combinées avec celles de A,, et A'„ ont permit aux auteurs de doser simultanément l’oxyhémoglobine et méthémoglobine dans les liquides sanguins.
Spectre de la méthémoglobine alcaline. — Lorsqu’à une solution de méthémoglobine acide on ajoute un peu dé potasse ou d’ammoniaque, on voit les bandes U et 111 se foncer de plus en plus, tandis que la bande I du rouge disparaît très
(1) Jâdei’holm a constaté que si l’on fait passer à travers une solution de méthémoglobine présentant le spectre h quatre bandes, un courant d’hydrogène pur, cette solution prend peu à peu une coloration rouge et présente le spectre de la méthémoglobine alcaline. Ce phénomène se produit alors même que l’hydrogène a passé à travers un tube à boules rempli d’acide sulfurique. Si Ton agite energiquement a l’air la solution ainsi modifiée, on réussit souvent à la faire redevenir brune et à lui faire présenter de nouveau le spectre à quatre bandes. Jâderholm a proposé plusieurs hypothèses pour expliquer ce singulier phénomène (Jâderholm, Maly’s Jahresb., t. XIV, p. 113, 1884).
11 convient de faire remarquer, en outre, que Tcxistence d'un spectre à quatre bandes pour la métliémoglobine acide est encore contestée de divers côtés. En abandonnant en tube scellé, avec un peu d’air, des dissolutions de metheinoglobine. T. Araki a constaté que la putréfaction fait disparaître d’abord les bandes II et III, c’est-à-dire celles qui pourraient être rapportées à l’oxyhémoglobine. Ces deux bandes se confondent peu à peu en une seule; si, à cc moment, on agite le liquide avec l’atmosphère sur-jacente, on voit reparaître les deux bandes 11 et III. Ce n’est qu’au bout d'un assez grand nombre de jours, et lorsque l’agitation du liquide cesse définitivement de faire reparaître les bandes II etill, que la bande 1 dans le rouge faiblit à son tour et disparaît. Araki conclut de ces observations que le spectre à quatre bandes est un spectre complexe. Par une voie différente, P. Dittrich est arrivé à des conclusions analogues. Il prépare de la méthémoglobine en traitant une solution sanguine par le double de son volume d’une solution saturée à froid de sulfate d’ammonium, puis abandonnant le liquide filtré à la cristallisation dans des vases plats. La masse qui cristallise d’abord se compose surtout d’oxyhémoglobine, mais par le contact de l’air et surtout par de nouvelles cristallisations, elle se transforme peu à peu en méthémoglobine. La purée cristalline que Ton obtient finalement, encore imprégnée de sel, peut être conservée indéfiniment. Ce produit présente une bande dans le rouge à X = 632 ; c’est la bande I des auteurs. Une deuxième bande très indistincte est visible vers X = 579. Elle correspondrait à la bande II des auteurs ; son bord droit est difficile à saisir, et pour une dilution convenable, la bande I seule demeure visible. Quant aux bandes III et IV, l’auteur n’a jamais pu les observer (T. Araki, Zeitschr. f. physiol, Chem., t. XIV, p. 403, 1890. — P. Dittrich, Arch. f. exp. Palh., t. XXIX, p. 247, 1891).
-0 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — L.\.MBLING.
rapidement ainsi que la bande IV du bleu. En même temps on voit apparaître une nouvelle bande entre C et D, tout près de D. La solution a pris alors une couleur rouge. Le spectre de la méthémoglobine alcaline est donc constitué par trois bandes; la première, peu foncée, a son milieuàX = 603 millionièmes de millimètre ; elle occupe à peu près l’espace clair qui sépare les bandes I et II de la méthémoglobine acide. La deuxième, plus foncée que la précédente, n’est cependant pas irès noire. Son milieu correspond à X = 578, .5 et, à concentration égale, son bord droit s’avance plus vers le rouge que celui de la bande II de la méthémoglobine acide; la troisième, peut-être un peu plus foncée que la seconde, a son milieu à X = 538,5.
Propriétés chimiques de la méthémoglobine. — Les solutions de méthémoglobine sont coagulées par la chaleur ; la matière colorante est complètement précipitée et du caillot on peut extraire de l’hémaline.
Soumise à l’action du vide, la méthémoglobine ne cède point d’oxygène. Elle n’en cède pas non plus sous l’action d'un courant d’hydrogène ou d’oxyde de carbone. Mais d’api'ès llüfner et Killz (t), le bioxyde d’azote déplace de l’oxygène, qui est aussitôt fixé par l’excès du bioxyde, et il se forme de l’hémoglobine oxyazolique que ces auteurs ont caractérisé par l’étude photométrique de son spectre d’absorption. La méthémoglobine se distingue donc nettement de l’oxyhémoglobine par la stabilité de sa molécule. Cependant la putréfaction, l’action des réducteurs, tels que le sulfure d’ammonium, l’hydrosulfite de soude, i’indigo blanc, transforment la méthémoglobine en hémoglobine(2), qui, agitée à l’air, reproduit de l’oxyhémoglobine.
Lorsque l’on prépare une dissolution de méthémoglobine en transformant à l’aide du ferricyanure une solution d'hémoglobine oxy carbonée on obtient, comme on l’a dit plus haut, de la méthémoglobine ordinaire et non point, comme l’ont pensé Weil et Anrep(3), une méthémoglobine oxycarbonée. L’oxyde de carbone devenu libre reste physiquement dissout dans le liquide. Si l’on fait agir ensuite un réducteur, la méthémoglobine est transformée en hémoglobine ; mais lorsqu’on agite alors la dissolution à l’air, ce n’est pas l’oxygène qui est fixé mais l’oxyde de carbone resté dans la dissolution. C’est donc le spectre de l’hémoglobine oxycarboné qu’on voit reparaître (Bertin-Sans et Moitessier) (4).
Le sous-acétate de plomb précipite la méthémoglobine; le précipité est soluble dans un excès de réactif (lloppc-Seyler). Le nitrate d’argent, le chlorure mercurique précipitent également la méthémoglobine.
En présence des acides et des alcalis forts, la méthémoglobine est transformée en hématine et en une matière albuminoïde. La poudre de zinc et l’amalgame de sodium décomposent également la méthémoglobine; il se forme, d’après Otto, des substances incolores que l’on peut obtenir à l’état cristallin.
i;i) Hüfner et Külz, Zeitschr. f. physiol. Chem., t. VII, p. 366, 1882-83.
(2) D'après Jâderholm et d’autres auteurs, on obtiendrait, par la réduetion ménagée de la méthémoglobine, d’abord de l’oxyhémoglobine, puis de l’hémoglobine.
(3) Wcyl et Aurep, Maly’s Jahresb., t. X, p. 16o, 1880.
(4) Bertin-Sans et Moitessier, Bull. Soc. Chim. (3), t. VI, p. 2S9, 1891.