INFLUENCE DES SAIGNÉES
sensible entre la première et la dernière portion d’une même saignée (1). Cette diminution — dont on expliquera plus loin le mécanisme — paraît porter surtout sur les globules et l’hémoglobine, très secondairement sur la fibrine. Immédiatement après une saignée de 42Ss'' de sang, représentant 0,5 p. tOO du poids du corps et 6,5 p. 100 de la masse totale du sang (celle-ci étant posée égale au i;i3' du poids du corps), J. Otto (2) a observé chez un adulte bien portant une diminution de 8,74 p. 100 du nombre des globules et 9,97 p. 100 dans la richesse en hémoglobine. La teneur en hémoglobine diminue donc plus rapidement que le nombre des globules, phénomène singulier qu’0tto a observé d’une manière constante chez le chien et le lapin, mais qui reste quant à présent inexplicable. D’après Lhéritier (3), des saignées successives amènent tout à coup une forte et subite diminution delà fibrine; mais à en juger d’après une expérience d’Andral etGavarret, cette diminution n’est pas sen.sible à la suite des premières saignées. Ce qui augmente nettement à la suite d'une forte saignée, c’est la rapidité de la coagulation, phénomène qui s’explique probablement par la forte inspiration de lymphe produite par la déplétion du système sanguin et par l’introduetion dans le sang, d’une plus grande quantité de globules blancs. La proportion de matières albuminoïdes du sérum ne paraît pas être atteinte.
La régénération du sang commence aussitôt après la saignée par une restitution très rapide du volume sanguin primitif. Dès les premières minutes qui suivent la soustraction de sang, le système circulatoire opère une véritable aspiration de liquide, qui se traduit par une diminution du résidu fixe du sang, de la richesse en hémoglobine et en globules, diminution si rapide qu’elle se manifeste au cours même de la saignée et que, d’après Vierordt (4), Lesser(5), la restitution du volume total du sang est complète au bout de la première demiheure (6). Ces résultats confirment d’ailleurs dans leur ensemble, d’anciennes observations de Prévost et Dumas (7), d’Andral et Gavarret (8), de Nasse (9), de Zimmermann (ÎO). La régénération des globules et de l’hémoglobine marche beaucoup plus lentement. Otto (11), qui a suivi ce phénomène avec beaucoup de soin, a observé sur un adulte bien portant, à la suite d’une saignée de 423*'' de sang, les variations suivantes :
(1) Voy. plus bas la relation des expériences de Tolmatschcf.
(2) J. Otto, Pflüger's Arch., t. XXXVI, p. 38, 188.3.
(3) Lhéritier, Chimie pathologique, p. 192.
(4) Vierordt, Arch. f. physiol. lleilk., t. Xtll, |). 259, 1854.
(5) Lesser, Ber. d. k. sache. Ges. d. Wissensch. — Math. -Phys. Classe, 1874, I-II, p. 133.
(6) C'est sur cette observation que Buntzcn et d’autres observateurs ont fondé une méthode de détermination de la masse totale du sang qui consiste h faire une numération de globules immédiatement avant et quelques heures après une saignée assez abondante (Buntzon, Maly’s Jahresb., t. IX, p. 119, 1879).
(7) Prévost et Dumas, Ann. de Chimie et de Physique, t. XXIII, p. 66, 1823.
(8) Andral et Gavarret, ibid., (3), t. V, 323, 1842.
(9) Nasse, .IV’a^er’s Handwôrterb. d. Physiol., t. I, p. 208, 1842.
(10) Zimmermann, Arch. f. physiol. lleilk., t. IV, p. 63, 1843, et t. V, p. 57, 1846.
(11) Otto, loe. cit., p. 71. — Voy. aussi Hayem, Le Sang, p. 562.
ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAiIBLING.
Chez le chien et le lapin, Otto a obtenu des résultats analogues, et desquels il ressort que la diminution de la richesse en hémoglobine après la saignée est plus forte que celle qui atteint la richesse globulaire et que la régénération des globules se fait très rapidement et est terminé avant celle de l’hémoglobine. La différence est parfois sensible, puisqu’elle s’est élevée dans 3 expériences sur le lapin à. 12 - 20 jours. En ce qui concerne la durée absolue de cette période de régénération, les différences individuelles paraissent être assez grandes. Zuntz a trouvé une fois, chez le chien, que des pertes de sang relativement plus grandes sont réparées, en ce qui concerne les globules, plus vite que des pertes moindres. Quoi qu’il en soit, l’observation clinique a montré depuis longtemps que chez des adultes robustes et bien nourris, des pertes de sang même considérables, sont facilement supportées et réparées très rapidement, en môme temps que l’on observe fréquemment une augmentation sensible du poids du corps. Môme des saignées répétées, à condition qu’elles ne soient ni trop rapprochées, ni trop abondantes, sont réparées avec facilité, ainsi que le démontrent les relations des anciens médecins, à l’époque où l’abus de la saignée était d’une pratique constante. Tolmatschef (l)a d’ailleurs montré par une expérience devenue classique, dont les résultats sont consignés dans le tableau ci-dessous, que l’on peut, dans l’espace d’environ 60 jours, soustraire à un chien, par des saignées successives, une quantité de sang à peu près égale à la masse totale de sang que l’animal possédait au début de l’expérience.
(1) Tolmatschef, Jloppe-Seyler’s Med. chem. Unlersuch., Tübingcn, 4866-70, 3' fascicule, p. 400.