‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 3)Chapitre 46 sur 81 · RRACHYURE Ol'AKAUY. BRACHYURUS OUAKARY. (Spix · texte numérisé non relu

RRACHYURE Ol'AKAUY. BRACHYURUS OUAKARY. (Spix

Caractèbes spÉciFiQrES. — Télé, mains, cou et poitrine, noirs; cuisses, quçue et bas-ventre, brunrouge; front chauve.

Habite le Brésil.

L'espèce à laquelle le nom de ouakary est donné par les habitants est le second singe à courte queue que nous ayons trouvé au Brésil, vers le Pérou, dans les forêts sur les bords de l'Iça, rivière voisine de celle des Amazones. Les singes de cette espèce vivent toujours en troupes, principalement dans les forêts qui longent la rivière. Pendant la journée, ils remplissent les bois de cris perçants et bizarres. Le ouakary est d'une taille médiocre, et se fait remarquer par une queue courte et comme tronquée, par des dents incisives très-longues et dirigées comme celles des lapins, c'est-à-dire proéminentes et fort avancées. La tète, les pieds, le cou et la poitrine, sont noirs; les cuisses, la queue et le bas-ventre, roux d'écureuil, et le front chauve. Les poils de la partie antérieure de la tète sont dirigés en avant, vers le front et le dessous du menton; ces mêmes poils se séparent, sur le front, en deux parties; ceux du dos et des cuisses sont bruns et longs; ceux de la queue pendent en bas. La face est noire et presque nue jusqu'au milieu du front, malgré quelques poils roides et noirs qui sont semés çà et là sur le visjige ; les oreilles, petites et noires, sont presque couvertes par les poils du sommet de la tête. Tous les poils de la tête se croisent sur le milieu de la nuque; la lèvre supérieure est très-large; le nez très-court, et les yeux bruns; les testicules extrêmement gros; les ongles noirs, minces et courbés, et celui du gros doigt est même un peu large. H est surtout distingué du braclnjurits isyactita par l'absence de la barbe. (Spix.)

b. A queue Irès-courte.

5. BRACinURt; RUBICOND. BnÀCHYlRiS RimcUNDUS. (Isidore GeolTioy Saint-llilalie )

CvrACTÈHEs SPÉCIFIQUES. — Pelage roux; face nue et rouge; tête couverte de petits poils très-courts; une barbe courte sous le menton.

Habite l'Amérique méridionale. • -

Cette espèce très-remarquable a le pelage roux; les poils de la lèle, de la nuque et de la jjarlie 2'-2' 3U

postérieure du cou, sont blancs teintés de jaunâtre. La face est d'un rouge très-prononcé chez l'adulte, et beaucoup plus pâle chez le jeune. La tête a des poils très-courts, et d'un blanc jaunâtre; sous le menton, on distingue une petite barbe brunâtre, et divisée en deux houppes assez distinctes.

Fig. 192. — Brichyure rubicond.

La queue est Irès-courte, touffue et en plumet; les faces palmaires des quatre mains sont noires. Chez les jeunes, toutes les nuances du pelage sont plus claires, et la queue est moins louflue.

G. BR.\CHVURE CHAUVE. BRiCHlTRUS CALVUS. (IsiJore Geoffroy S;iint-llilaire.)

C^nAcràRES SPÉCIFIQUES. - Tète chauve; pelage jaune-paille sale; face rouge et nue

Habite l'Amérique méridionale.

Ce singe, aussi singulier que le précèdent, a le pelage assez long et fourni, et d'une couleur de

paille sale; la tels est chauve et rouge, ainsi que la face; et la queue, très-courte, forme une touffe arrondie.

Vifi. 195. — Br.itlivuie chauve.

QUATRIÈME TRIBU. — ARCTOPITHÉCIENS.

AoKTc;, ours; iJiOf.Çi sinfie.

On range clans cette tribu de petits singes américains ayant de grandes analogies avec certains animaux de l'ordre des rongeurs, et le nom de singes écureuils, qui leur a été aussi donné, se trouve parfaitement justifié par certains détails de leur organisation.

Quelles différences, dit Lesson, entre ces petits singes à corps grêle, à tète arrondie, à queue longue et velue, et les orangs ou les gibbons, si remarquables par leurs longs bras; les semnopithèques, dont les formes sont grêles; les cynocéphales ;\ museau de dogue; les sapajous à queue prenante ! Ce n'est qu'aux sagouins qu'ils se lient; et c'est parmi eux qu'ils ont été classés pendant fort longtemps; mais on ne peut que reconnaître la justesse des idées de M. Geoffroy Saiut-Ililaire, qui a le premier isolé cette petite tribu sous le nom d'arctopitlièques ou de singes dont les ongles sont analogues à ceux des ours.

Les ouistitis s'éloignent donc des autres genres, non-seulement pur l'exiguïté de leur (aille, l'harmonie svelte et gracieuse des formes, la vivacité des couleurs qui teignent leur pelage, mais encore par les traits les plus fondamentaux de l'organisation.

C'est ainsi que, par opposition avec ce qui existe chez tous les autres quadrumanes, ils ont leurs incisives proclives et obliques, et leur ongles compi'imés, recourbés, crochus, imitant de véritables griffes; leurs dents, au nombre de trente-deux, tandis que tous les autres singes américains en ont trente-six, se composent de quatre incisives, deux canines et dix molaires ù chaque mâchoire. Tels sont les caractères zoologiques les plus constants pour réunir les ouistitis eu un groupe qu'on ne peut assimiler à aucun autre. L'examen des divers systèmes organiques ne fournit pas moins de données précises pour en tracer le signalement générique. Ainsi, le pouce de la main est peu mobile et se trouve presque soudé au carpe, .sansjouir par conséquent des mouvements d'opposition si complets, si étendus chez tous les autres singes, faculté qui a valu à ceux-ci le nom de quadrumaucs .

Fig. 194 — Miiin anli'iiniirc du ouisilili clirvsomùlf.

Fig. 195. — Main po.'it6rieure du ouislili clirysomcie.

Ce pouce, au lieu d'avoir un ongle aplaii, prè.seiile une véritable griffe allongée et robuste. Cette anomalie ne se reproduit point au pouce de la niaiii postérieure, qui est légèrement mobile et revêt»

Uiustiii nielnnure.

d'un ongle aplati, comme clipz les autres singes. Les membres postérieurs sont plus allongés que les antérieurs, et celle disposition décèle les fonctions qu'ils sont appelés ;i remplir, (''est-à-dire favoriser le saut de brandie en brandie; tandis que les bras, terminés par des griffes, annoncent la facilité de grimper sur les troncs des plus gros arbres. Leur queue est longue, abondamment couverte de poils sur toute sa surface, et ne se contourne point ou n'est point prenante comme celle des sapajous. Leurs oreilles sont grandes, minces, cartilagineuses et presque dénudées; et leurs narines sont percées sur les cotés du nez à une assez grande distance l'une de l'autre.

Les ouistitis ont une épaisse fourrure, moins .serrée sous le corps et en dedans des membres, composée de poils doux, soyeux, très-mollets, ce qui avait engagé lUiger à créer le nom générique de hapale (aîraXo;, mou). Les nuances les plus gracieuses les teignent ordinairement et leur donnent un aspect satiné. Comme tous les singes américains, les ouistitis n'ont pas d'abajoues, ni de callosités aux fesses.

De cette organisation générale doivent naturellement résulter des mœurs et des habitudes différentes de celles des autres singes. Leur petite taille, leur queue, qu'ils portent habituellement redressée sur le dos, leurs ongles acérés, en font des animaux destinés à vivre dans les forêts à la manière des écureuils. Leur intelligence est peu étendue, bien que leur angle facial fasse supposer une certaine ampleur dans la boite crânienne, et par suite dans le cerveau. Ce prolil, presque vertical, est donc dû à une disposition particulière de la face, qui ne contribue en rien au développement des hémisphères cérébraux moins volumineux que le cervelet ; ce qui doit

Fis. 490. — Tète de ouistiti.

subordonner l'intelligence aux facultés génératrices, dont la prééminence n'est pas douteuse. Les sens sont assez développés. Le loucher seul est à peu près nul, ou du moins fort incomplet, puisque les doigts sont peu mobiles et le pouce des mains antérieures non opposable. Cette iiuperfcction se trouve en quelque sorte compensée par des ongles aigus, destinés à pénétrer facilement dans les écorces des arbres. Toutefois, le cerveau est assez régulier pour que leurs actes annoncent une certaine prudence et une connaissance des corps utiles ou nuisibles qui les enlourent, sans que pour cela on puisse leur accorder une dose remarquable d'intelligence. A l'état sauvage, ces singes ont des mouvements rapides, pleins de grâce et de gentillesse; la brusquerie de leurs manières, l'inconstance de leurs allures, les caprices du moment, qui ont tant d'influence sur leur attention toujours mobile, et la beauté de leur pelage, en font de charmants animaux, qu'on chercherait à conserver en captivité s'ils pouvaient vivre dans nos climats. Ce n'est pas cependant ([ue plusieurs espèces n'aient bravé les hivers de la France, car nous savons qu'un marikina courait dans les rues de Brest par les plus grands froids sans être incommodé; mais ces exemples sont très-peu nombreux et ne peuvent être cités que comme des exceptions individuelles.

Des ouistitis, en captivité, témoignaient une grande aversion pour les chats et les guêpes, qui leur rappelaient peut-être deux véritables ennemis de leurs climats, les premiers ne différant i)oint en effet par les formes de plusieurs carnassiers du nouveau monde, et les secondes étant très-voisines des guêpes rouges, si dangereuses au Brésil et à la Guyane. Ces individus reconnaissaient même les insectes dessinés qu'on pla<;ait sous leurs yeux, et, lors(iue ces dessins représentaient des grillons et des sauterelles (pi'ils aiiuaienl, ils cherchaient à les saisir. Ceci nous rappelle qu'un macaque bonnet

chinois, que nous placions devant un miroir, faisait la içriniace A son imafte. et s'empressait de tourner derrière la glaee, croyant.y trouver un individu de son espèce, absolument de la même manière que le faisaient les nègres océaniens soumis à la même épreuve. (Lesson.)

Les ouistitis adultes n'ont jamais montré beaucoup d'intelligence; très-défiants, ils sont assez attentifs à ce qui se passe autour d'eux; et on pourrait leur croire de la pénétration, à n'en juger que par leurs grands yeux toujours en mouvement et la vivacité de leurs regards. Cependant ils distinguent peu les personnes, se méfient de toutes, et menacent indifféremment de leurs morsures celles qui les nourrissent et celles qui les voient pour la première fois; peu susceptibles d'affection, ils le sont beaucoup de colère; la moindre contrariété les irrite; ils dressent alors leurs longs poils et croient faire peur autant (ju'ils sont eux-mêmes effrayés; et lorsque la crainte s'empare d'eux, ils clierelient à se cacber en jetant un petit cri sourd mais pénétrant; d'autres fois, et sans motifs apparents, ils poussent un sifilement aigu qu'ils prolongent singulièrement sur le même ton. Ils ont besoin de déposer souvent de l'urine, et ils le font toujours au même endroit et en s'accroupissant. (Frédéiiic Cuvier.)

Les ouistitis n'ont plus de pouces dans le sens physiologique de cette expression. Ce doigt aux pieds de derrière est réduit à l'existence d'un petit tubercule; aux pieds de devant, il est un peu plus long, mais, rapproché des autres, il a perdu tout caractère de spécialité; il agit, s'ouvre et se ferme comme les autres doigts de la main. Mais il y a mieux : toute la main a beaucoup perdu de sa flexibilité, elle ne jouit point de la même faculté de préhension ; ce n'est plus que dans de grandes occasions que le caractère indélébile du singe se reproduit, et que les petites mains des arclopithèques sont employées à se fermer sur des corps détachés, à les saisir et à porter ù la bouche. Une destination plus importante semble indiquée par l'entière et toute merveilleuse aptitude de leurs mains, puisque par elles, par leur puissante faculté, ces singes sont si entraînés et lixés dans leur vie demi-aérienne, qu'ils sont contraints d'aller se réfugier et vivre dans les bois. Les arctopitlièques ont les mêmes besoins, et non les mêmes moyens; mais, s'ils ont les mêmes besoins, ils sont appelés à y satisfaire par une organisation différente et équivalente seulement en fonction: leurs ongles sont longs, courbes cl acérés à la pointe; ils ne formaient chez les autres singes qu'un étui protégeant la surface supérieure de la dernière phalange; les voilà, par un excès dans le volume et l'emploi, transformés en de véritables griffe»; griffes innocentes cependant; car elles n'ont d'autre effet que de donner aux arctopithèques les moyens de gravir le long d'un plan vertical, comme le font les écureuils: elles leur ménagent une autre sorte d'allure sur les arbres : leurs mains, insuffisantes pour la préhension, trouverjt une faculté nouvelle dans leurs griffes. (GiiormoY Sajnt-Hilaire.)

La petite taille des ouistitis leur permet d'éviter les brutalités des singes, plus grands, plus forts et généralement querelleurs; ils sautent facilement aux dernières branches des arbres, branches auxquelles ces derniers ne peuvent arriver à cause de leur poids.

Leurs mœurs, dans l'état de nature, sont peu connues, et l'on ne trouve en effet, dans les ouvrages des voyageurs qui ont parcouru l'Amérique méridionale, presque aucun détail qui mérite d'être rapporté. Au contraire, plusieurs espèces ayant été fréquemment transportées en Europe, et s'y étant même reproduites, les naturalistes ont pu faire sur elles d'intéressantes observations. Frédéric Cuvier a pu observer trois espèces : le tamarin nègre, le marikina et l'ouistiti vulgaire, et nous avons nous-méme vu vivantes ces deux dernières dans la ménagerie du Muséum. Edwards a également eu occasion d'étudier sur un assez grand nombre de sujets les mœurs du jrtcc//».s vid- (juris. comme on peut le voir dans ses Glauurcs d'histoire uaturcllc, t. I, p. 15; et les remarques qu'il a faites s'accordent assez bien avec celles de Frédéric Cuvier. Enfin, notre collaborateur Audouin, ayant possédé pendant longtemps deux individus de cette dernière espèce très-bien apprivoisés et très-familiers, a pu aussi faire de nombreuses observations qu'il a bien voulu nous communiquer, et dont quelques-unes sont véritablement très-curieuses. Chacun sait, par l'expérience journalière, qu'un chien, placé devant un miroir, ne reconnaît pas dans l'image qui se présente à ses yeux celle d'un animal de son espèce, et qu'à bien plus forte raison, la vue d'un tableau ne produit sur lui aucune impression particulière. Il en est bien autrement des ouistitis : Audouin s'est assuré, par des expériences plusieurs fois répétées, que ces singes savent très-bien reconnaître dans un tableau, non pas seulement leur image, mais même celle d'un autre animal. Ainsi, ras|)cct d'un chat, et, ce qui semble plus remarquable encore, l'aspect d'une guêpe, leur causent une frayeur

manifeste, taiulis (iii'à la vue d'un autre inseete, tel qu'une sauterelle ou un hanneton, ils se préci- |iitcnt sur le tableau cuinnie pour saisir l'objet qui s'y trouve représenté. Ce seul fait semble prouver chez les ouistitis un grand développement de l'intelligence; ce que l'inspection de leur crâne suffirait pour indiquer, et ce que plusieurs autres observations d'Audouin confirment également. Il arriva un jour à l'un des deux individus que possédait notre collaborateur de se lancer dans l'œil, en mangeant un grain de raisin, un peu du jus de ce fruit; depuis ce temps il ne manqua plus, toutes les fois qu'il lui arriva de manger du raisin, de fermer les yeux; observation qui suffit pour démontrer, d'une manière incontestable, que les ouistitis jouissent, à un haut degré, de la faculté d'associer leurs idées. Mais comment expliquer le fait suivant? Les deux individus qui ont fourni les intéressantes remarques que nous venons de rapporter, attrapaient, avec une incroyable dextérité, les mouches que le hasard amenait dans leur cage : mais une guêpe s'élant un jour approchée d'un morceau de sucre qu'on avait fixé à leurs barreaux, ces animaux, qui n'avaient jamais vu de guêpes, et qui ne pouvaient connaître, par expérience, le danger de la piqûre de ces insectes, prirent aussitôt la fuite et allèrent se réfugier au fond de leur cage. Etonné de ces marques de frayeur, Audouin prit alors la guêpe et l'approcha des deux ouistitis, qu'il vit aussitôt cacher leurs têtes entre leurs mains, et rapprocher leurs paupières en fronçant le sourcil, de manière à fermer' presque entièrement leurs yeux. Au contraire, à peine leur avait-on présenté une sauterelle, un hanneton ou quelque autre insecte dont ils n'avaient rien à redouter, qu'ils se précipitaient sur lui avec un avide empressement, le saisissaient à l'instant même et le dévoraient avec délices. Us aimaient aussi beaucoup le sucre, la pomme cuite et les œufs, qu'ils savaient saisir avec beaucoup de grâce, et vider avec une adresse remarquable; mais ils ont constamment refusé les amandes de toute nature, les fruits acides ou acidulés, et les feuilles qui se mangent en salade. Ils n'aimaient pas non plus la chair; mais lorsqu'on mettait dans leur cage un petit oiseau vivant, et qu'ils parvenaient à s'en rendre maîtres, ils lui ouvraient le crâne, mangeaient tout le cerveau, en ayant soin de lécher le sang qu'ils faisaient couler, et dévoraient quelquefois aussi la corne du bec, les tendons des pattes et quelques autres parties non charnues. Audouin a aussi remarqué que ses ouistitis étaient très-curieux; qu'ils avaient la vue très-perçante; qu'ils tenaient beaucoup à leurs habitudes, quoiqu'ils fussent sous plusieurs rapports fort capricieux; qu'ils reconnaissaient parfaitement les personnes qui avaient soin d'eux; enfin, que leurs cris étaient très-variés suivant les passions qui les animaient. C'était, lorsqu'ils étaient effrayés, des glapissements qui semblaient partir du gosier, et qu'ils faisaient entendre en ouvrant la bouche et en montrant les dents, et, lorsqu'ils étaient en colère, un sifflement bref suivi d'une sorte de croassement. Dans d'autres circonstances, ils poussaient de petits sifflements prolongés, ce qui arrivait surtout quand on les mettait en plein air; ou bien ils s'appelaient l'un l'autre par un gazouillement semblable à celui d'un grand nombre d'oiseaux. On peut remarquer que quelques-uns des détails donnés par Frédéric Cuvier sur les mœurs des ouistitis ne s'accordent pas en tout point avec celles d'Audouin, probablement parce que les individus qu'il a examinés étaient moins apprivoisés, et peut-être aussi plus jeunes que ceux de notre collaborateur. (Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.)

1" GENRE. — OUISTITI. JACCHUS. (Geoffroy Saint-Hilaire.)

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Front peu avancé.

Dents incisives supérieures obliques en avant, inéç/alcs; tes intermédiaires larges; les latérales isolées et aiguës; les inférieures cijlindriciues, allongées, étroites, presque verticales; les latérales plus longues. Canines supérieures coniques et de moyenne dimension; les inférieures très-petites.

Oreilles médiocres.

Ces singes habitent le Brésil et la Guyane.

Ce genre, désigné sous le nom de hapale par lUiger, comprend les petits singes nommés, par quelques voyageurs, singes-écureuils. Ils ont la face obtuse et velue jusqu'aux lèvres; le plus souvent, un faisceau de longs poils est inséré en avant des oreilles, qu'il couvre. Leur queue est très

240 HISTOIRK NÂiUIŒLI.E.

fournie de poils longs et formant des anneaux de blanc grisâtre et de noir. Le pelage est très-doux au toucher, et formé de poils assez longs, si ce n'est à la tète et sur les mains, où ils sont courts et peu abondants.

Les ouistitis vivent sur les arbres, comme la plupart des singes ; privés, pour ce genre de vie, des ressources que les sapajous trouvent dans l'organisation de leur queue, devenue pour eux comme une cinquième main, et les singes de l'ancien monde dans les callosités de leurs fesses, ils en trouvent de non moins puissantes dans la forme aiguë de leurs ongles; ils s'accrochent, en effet, au moyen de leurs griffes, l'extrême pelitesse de leur corps leur permettant de se soutenir parce seul secours; et ils parviennent ainsi très-facilement jusque sur les branches les plus élevées des arbres, comme le font les écureuils, avec lesquels ils ont de nombreux rapports par leur taille, leur forme, leurs couleurs et leur habitudes. (Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.)

t OUISTITI VU[,(!All^E. JACCHUS VULGARIS. (Giiofiroy Saint-IIilaiie.)

Caractères spécifiques. — Pelage présentant sur le dos des bandes alternatives brunes et blanches; queue annelée des mêmes couleurs plus tranchées; de longs poils blancs sur les côtés de la tête; une tache blanche frontale.

Il.ibiie la Guyane et le Brésil.

Ce petit singe, gracieux et proportionne, a le corps long d'environ 20 centimètres; tandis que la queue est un peu plus longue. Sa face est très-aplatie; elle est complètement nue, ainsi que les oreilles et les mains, et de couleur de chair; son pelage est cendré, tirant au brun sur la tête et sur le cou, et offrant dix ou onze bandes alternativement brunes et cendrées sur le dos et sur les reins; la queue elle-même présente quinze ou dix-huit de ces bandes d'égale largeur, qui la coupent par des cercles de l'effet le plus agréable; ces rayures sont dues à ce que les poils, tous assez allongés, ont leur racine noire, leur milieu jaune, surmonté par un cercle noir, tandis que la pointe est blanche. (Lesson.)

Deux de ces petits singes, dit Frédéric Cuvier, ayant été réunis vers la fin de septembre 1819, quoique assez imparfailement apprivoisés, ne tardèrent pas à s'accoupler; la femelle conçut et mit bas, le 27 avril liSll), trois'petits, un mâle et deux femelles très-bien portants; mais il n'a pas été possible de fixer la durée de la gestation, parce que ces animaux s'accouplèrent presque jusqu'au moment de la naissance des petits. Ceux-ci, en venant au monde, avaient les yeux ouverts, et étaient revêtus d'un poil gris foncé, très-ras, et à peine sensible sur la queue; ils s'attachèrent aussitôt à leur mère, en l'embrassant, et se cachant dans ses poils; mais, avant qu'ils tétassent, elle mangea la tête à l'un d'eux. Cependant, les autres prirent la mamelle, et, dès ce moment, la mère leur donna ses soins, que le père partagea bientôt. Tout ce qu'Edwards dit d'une paire de ces animaux qui produisirent en Portugal, j'ai pu l'observer sur ceux dont je parle. Lorsque la femelle était fatiguée de porter ses petits, elle s'approchait du màle, jetait un petit son plaintif, et aussitôt celui-ci les prenait avec ses mains, les plaçait sous son ventre ou sur son dos, où ils se tenaient eux-mêmes, et il les transportait ainsi partout, jusqu'à ce que le besoin de teter les rendît inquiets; alors il les remettait à leur mère, qui ne taidait pas à s'en débarrasser de nouveau. En général, le père était celui des deux qui en avait le plus de soin. La mère ne montrait point pour eux cette affection vive, cette tendre sollicitude que la plupart des femelles ont pour leurs petits. Aussi le second mourut-il au bout dun mois, et le troisième ne prolongea sa vie que jusqu'à la mi-juin; depuis les premiers jours de ce mois, sa mère, ayant éprouvé de nouveau les besoins du rut, avait fini par perdre son lait.

La femelle était un peu plus grande que le màle, mais elle lui ressemblait entièrement par les couleurs. Tous deux avaient la face couleur de chair, ainsi que la plante des pieds et la paume des mains; et un lubeicnle s'iillant se trouvait sur leur front entre les yeux. Leur tête était noire, ainsi que les côtés et le dessous du cou. Tout le reste du corps, le dos, les côtés, le ventre, la poitrine, . la face extérieure et intérieure des membres, étaient d'un gris foncé jaunâtre, provenant de poils i|ni formaient, par leur disposition, comme des ondes sur tontes ces parties. La queue était couverte

QUAORUMANKS. 241

(l'aiineaiix nltonialivpiricnt noirs et gris clair. Enfin toute l'oreille était entourée d'une toulTe de poils blancs roiùcs et lons^s, qui traucliaient fortement sur les poils noirs de la tête, et qui donnaient ;ï l'animal, vu de face, une physionomie très-particulière.

Le jeune ouistili difi'erait des adultes par ses formes générales et par ses couleurs : sa tète était beaucoup plus grosse à proportion du corps, et surtout de la partie postérieure, restée fort petite; et tout son pelage était d'un gris presque noir trè-s-uniforme. On ne voyait encore aucune trace de poils blancs aux oreilles; mais la queue était déjà couverte d'anneaux blancs et gris. Ce jeune animal n'a pas vécu assez longtemps pour donner lieu à de nombreuses observations : vers les derniers

Fis. 19'î

Ouislili vul<;.iire

ar sa mère, H

temps de sa vie, lorsque son père se trouvait fatigué de le porter, n'étant plus reçu par montait jusqu'au haut de sa cage; arrivé là, ne pouvant plus descendre, il jetait un cri de détresse qui réveillait quelquefois la sollicitude de ses parents; alors ils allaient à son secours, mais, le plus souvent, ils restaient sourds à ses plaintes; et il aurait été forcé de se laisser tomber si on n'avait pas eu soin de prévenir sa chute en lui tendant une main secourable. Dès qu'il fut tout à fait aban-^ donné, on essaya de l'allaiter arliliciellement; il but, mais il lui fallait d'autres soins encore; sa' santé s'altéra, et il mourut bientôt

2. OUISTITI A PINCEAU. JACCIIUS PENICILLATI'S (Geoffroy Sainl-IIMairci

CaR.\CTÈI1ES SrKClFlQUES.

et ventre roussâlres.

Habite le Brésil.

Un pinceau de longs poils noirs au devant de chaque

Cette espèce ressemble beaucoup à la précédente; mais elle en diffère par la couleur roussâtre de la gorge et du ventre, par l'étendue un peu plus coiisidéiable de la tache blanche frontale, par la nuance plus éclaircie du dos, et surtout par le pinceau de longs poils noirs qui se trouvent au devant de chaque oreille. Chez quelques individus, on voit aussi de longs poils à l'occiput et à la partie postérieure de l'oreille.

On a longtemps possédé celte espèce dans les collections de zoologie, sans la distinguer du 23 51

ouistiti proprement dit, qui en diffère par les poils blancs dont ses oreilles sont recouvertes. C'est que toutes les espèces de ce sous -genre ont tant de rapports, se ressemblent par tant de points, sont si évidemment formées sur un type commun, qu'on ne faisait aucune attention aux différences de couleurs assez restreintes que quelques-unes de leurs parties présentent; ou, si ces différences

Fig. 198. — Ouistiti à pinceau.

avaient été observées, elles n'étaient sans doute considérées que comme accidentelles; et, en effet, elles sont de la nature des modifications que des causes fortuites peuvent produire chez les animaux : elles ne diffèrent du moins pas de celles qui s'observent chez les animaux domestiques ou même chez les animaux sauvages soumis dans nos parcs à notre influence. C'est qu'alors , comme il arrive toujours quand les faits n'ont été qu'imparfaitement observés, on étendait les observations au delà de leurs véritables limites, on les généralisait plus qn il n était légitimement permis de le faire ; car, aujourd'hui , il est bien reconnu que les animaux sauvages , livrés à leurs penchants dans les conditions où la nature elle-même les a placés, et sans qu'aucunes forces étrangères à celles de ces conditions agissent sur eux, ne sont presque susceptibles d'aucun changement appréciable ni dans leurs formes ni dans leurs proportions; et si certaines espèces en présentent quelques-unes dans leurs couleurs , rien n'autorise à conclure de ces espèces à toutes les autres. Or ceux qui pi'élcndent, dans l'état actuel de la science, argumenter des différences qu'éprouvent nos espèces duniesliques à celles qu'éprouvent nos espèces sauvages, pour en conclure que toutes les différences qui distinguent celles-ci sont fortuites, méconnaissent les règles les plus simples de l'induction, règles que nous tenons de la nature elle-même, que lart ne nous donne point, el auxquelles on ne peut renoncer, quand on est encore maître de soi, qu'en trahissant sa propre intelligence. (Fréd. Cuviep.)

QUADHUMANKS.

5 OUISTITI bK GEOFKKOY. JACCUVS UBOFFROÏI (PucheMn.)

Caractères spécifiques. — Face el tète blaiicliàtres; ilos et flancs iiûiis; qiu'ue iioiit- Habile lAméiique ineritlioiiale

Ce singe a la face et la tète couvertes de puils blanchâtres, devenant pins allongés sur la partie médiane de la tête et formant là une tache longitudinale. La nuque et le dessus du cou sont rouxmarron. Le dessus du dos, les flancs et la face externe de la moitié supérieure des bras el des cuisses, de couleur noire, offrant eà et l;i des espaces occupés par des poils blonds. La queue est colorée par places de rouge pourpré et de noir à sa base dans une très-petite étendue; elle est noire dans le reste. (Pucheran )

4. OUISTITI A TÈTE BLANCHE. JACCaUS LEUCOCEPHALVS (GeolCroy Saint-Hilaire 1

Carjvctères spécifiques. — Tête et gorge blanches; un pinceau noir aux oreilles; un camail noir. Habite le Brésil.

F.g. 199, — Uuiillli à léle blaudie.

Cette espèce a la face lUie et de couleur de chair; son pelage est jaune-roux, grisâtre, excepté la tète, qui est, ainsi que la gorge et le dessous du cou, de couleur blanche; deux bouquets de poils noirs, allongés et roides, sont implantés en avant et en arrière de chaque oreille ; une tache brune noirâtre règne sur la partie supérieure du dos et sur les épaules, et se perd avec le blanc des parties inférieures et du dedans des membres ; les régions externes des extrémités sont revêtues de poils brun noir, à pointe d'un blanc sale. La queue est annelée.

5. OUISTITI A CAMAII.. JACCUUS IIUMERALIFliR. (Geoffroy Sainl-llilaire.)

Cauactèhes srÉcinyuES. — Le dos blanc à sa partie supérieure; de longs faisceaux de poils bhui's sur les faces antérieure et postérieure des oreilles.

Habile le liresil

Ce joli petit singe a la face blanche, encadrée de brun clair et recouverte sur le front de petits poils lins et serrés. Le pelage est brun-châtain, mais les poils du dos étant blancs dans leur milieu cl noirs â leur origine et à leur extrémité, il en résulte une teinte générale noirâtre; les cuisses sont

t'i.n. -iOU — Uiii»tiU à t,ili],ill

d'un brun tiqueté de blanc; un camail d'un blanc neigeux occupe le haut du dos; de très-longs poils blancs naissent en faisceaux, non pas comme chez les autres ouistitis, mais bien sur les faces antérieure et postérieure des oreilles; eniin les anneaux de la queue, quoique distincts, ne sont pas complets. (Lesson.)

6. OUISTITI OREILLARD. JACCHVS AURITUS. (Geolfroy Saint-Hilaire.)

CiinACTÈREs SPÉCIFIQUES. — Pelag;e d'un noir roussAtre ; un petit pinceau de poils blancs de moyenne longueur en avant des oreilles

Habite le Brésil.

Ce ouistiti n'a plus sur le dos que des bandes rousses et des bandes noires , à peine distinctes, ces dernières surtout étant très-peu prononcées , parce que les poils sont noirs avec une bande jaune très-rapprochée de leur pointe. Le ventre, les flancs et la gorge sont noirs, et les membres sont couverts de poils ras noirâtres et grisâtres; la face et le menton sont blancs, et le dessus de la tète est d'un roux jaunâtre Enfin, ce qui distingue particulièrement cette espèce, c'est qu'il y a au devLint de l'oreille un pinceau de poils blancs beaucoup plus courte que le pinceau dnjncchux pcnicillaïus. Les jeunes de celte espèce sont généralement couverts de poils annelés de noir et de roux, et la calolte jaune n'existe pas..

Fis. 201. — Ouistiti oreillard.

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