TROISIÈME FAMILLE. — CARNIVORES
DEUXIÈME SOUS-FAMILLE. — DIGITIGRADES. (Suite.)
DEUXIÈME TRIBU. — VIVERRIENS.
(Suite )
Que GENRE. — CRYPTOPROCTE. CRYPTOPROCTA. E. Bennett, 1832. Proceedings of the zoological Society of London.
KeuTrcs, caché; FeWXTOS, anus
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Système dentaire assez semblable à celui des Viverriens, mais n'ayant pu être étudié que sur un jeune sujeL.
Tête, par la courbure de son chanfrein, ayant les plus grands rapports avec celle des Chats et à museau un peu allongé.
Allure des Chats.
Membres épais, assez courts.
Ongles rétractiles.
Queue assez longue.
Poche anale développée, cachant en grande partie l'anus.
Cœcum long de près de 0",03.
M. E. Bennett, d’après un Carnassier qui lui avait été envoyé de la partie sud de Madagascar par M. Telfair, résidant à Maurice, a décrit le genre Cryptoprocta, qui malheureusement n'est connu que par un sujet non adulte et qui présente des caractères qui viennent lier intimement ensemble les Viverriens aux Féliens. Le naturel du Cryptoprocte, au dire de M. Telfair, qui a pu l'observer vivant pendant quelques mois, est très-farouche; sa force musculaire et sa légèreté sont des plus remarquables, et sa carnivorité est au moins aussi grande que celle des Chats. Les glandes qu'il présente en bas de l'anus lui ont valu le nom qu'il porte.
Le crâne d'un jeune individu du Cryptoprocta ferex a été décrit par M. E. Bennett, et depuis, en France, par M. Paul Gervais dans le Dictionnaire universel d'Histoire naturelle, 3846, ainsi que par De Blainville, dans son Ostéographie, fascicule des Viverras, 1841. Ce crâne a 0",08 de longueur; il est un peu plus allongé que celui du Chat dans sa partie faciale, par suite surtout de l'allongement des frontaux et des maxillaires; son chanfrein est plus large que dans les Civettes, moins bombé que chez les Chats et pourvu d’une apophyse postorbitaire assez marquée; de même que chez les Viverriens, l'apophyse orbitaire ou zygomatique est à peu près nulle, contrairement à ce que présentent les Mangoustes, et le trou sous-orbitaire est ovalaire, transverse. L'échancrure palatine est en upsilon, comme dans beaucoup de Chats, et la caisse auditive un peu moins renflée que dans ces animaux, mais moins allongée. La boite cranienne a l'ampleur qui caractérise les Felis d'une manière générale.
Le système dentaire a été étudié par les mêmes zoologistes qui ont étudié quelques points de leur ostéologie; M. Paul Gervais s'exprime ainsi à ce sujet : « La dentition, dans le sujet unique que j'ai pu étudier, est encore imparfaite et comprend les dents de lait, plus la première avant-molaire d'adulte supérieurement et inférieurement. Les incisives sont simples, l'externe étant la plus grosse el pourvue d’un petit talon postérieur. Les canines, sans doute de remplacement comme les incisives, ne sont pas entièrement sorties. Quant aux molaires, celles d'adulte (une seule pairé en haut et en bas) sont gemmiformes et à une seule racine. [l y a trois dents molaires de lait comme dans la plus grande majorité des Carnassiers : une avant-molaire, une principale et une arrière-molaire, et cette formule est aussi bien celle de la mâchoire inférieure que de la supérieure. L'avant-molaire a deux racines, et sa couronne est bilobée. La principale est comprimée, a trois lobes supérieurement, sans talon antérieur interne, comme on le voit chez les Chats, inférieurement elle a trois dentieules, dont le médian surpasse les deux autres en hauteur; son talon postérieur est très-petit et manque des pointes qu'on lui voit chez les Genettes. L'arrière-molaire supérieure est régulièrement prismatique, de même grandeur que celle des Chats; l’inférieure est aussi parfaitement semblable à celle de ces animaux, et bien différente de celle des Viverriens en général; elle n'en a ni le talon élargi, ni les trois pointes rangées en triangle; elle est au contraire comprimée, à deux denticules considérables, dont l'interne tronqué en avant et le second surmonté d’un très-petit tubercule à son bord postérieur, et avec un talon aussi petit que celui des Chats de même âge ou des [yènes tachetées.
« Le Cryptoprocte est done dans son jeune âge un Viverrien à dents de Chat, sauf le nombre un peu plus considérable, et il est très-probable qu'à l’état adulte la forme de ses dents présente encore une grande analogie avee celle de ces animaux. On doit en conclure que ses habitudes sont aussi sanguinaires que les leurs, et c'est ce que dénote également sa physionomie générale. On pourrait peut-être dire que le Cryptoprocte est intermédiaire aux Viverriens et aux Féliens, comme le Bassaris l'est aux Mustéliens et aux Viverriens; » et nous ajouterons l'Euplère aux [nsectivores et aux Viverriens,.
M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire fait remarquer que la description courte, mais précise que donne M.E. Bennett du Cryptoprocte suffit pour montrer un animal très-différent des Galidies. Outre la grandeur de ses oreilles, la forme de sa tête et quelques autres caractères de moindre importance, le Cryptoprocte a, comme les Paradoxures, des doigts courts, presque inégaux entre eux, réunis dans une très-grande partie de leur longueur et terminés aux quatre extrémités, principalemeu: en avant, par des ongles très-rétractiles, acérés, aigus et courts, très-comparables à ceux des Chats; tandis que les doigts des Galidies, beaucoup plus libres que ceux des Mangoustes, sont très-inégaux et terminés, surtout en avant, par des ongles longs et peu recourbés, qui, bien qu’assez aigus à leur terminaison, ne sont nullement comparables aux griffes des Paradoxures et des Chats.
L'espèce unique de ce genre est:
CRYPTOPROCTE FÉROCE. CRYPTOPROCTA FEROX. KE. Bennett
Caracrères spéciriques. — Pelage d’une couleur générale roussâtre, rappelant celle de plusieurs Chats et de l’Euplère. Longueur de la tête et du corps, 0,25; de la queue, 0",30.
M. E. Bennett pensait que cette espèce était la même que l'animal nommé Paradoæurus aureus par Fr. Cuvier, mais l'examen du crâne a dissipé tous les doutes à cet égard et a montré que ces deux animaux sont différents.
Le Cryptoprocte habite la partie sud de l'ile de Madagascar
10e GENRE. — SURICATE. SURICATA. À. G. Desmarest, 1806.
Dictionnaire d'Histoire naturelle édité par Deterville, t. XXIV.
Nom spécifique transporté au groupe générique
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Système dentaire . incisives, À; canines, }=j; molaires, £=i: en totalité quarante dents. La deuxième incisive de chaque côté est un peu rentrée. Les canines sont fortes. Les molaires supérieures se subdivisent en trois fausses molaires : une carnussière, avec un talon intérieur, et deux petites tuberculeuses; les molaires inférieures présentent quatre fausses molaires : une carnassière semblable à celle d'en haut, et une seule tuberculeuse.
Corps allongé.
Museau pointu, long, en forme de boutoir mobile
Oreilles petites, arrondies.
Yeux médiocrement ouverts.
Langue couverte de papilles cornées.
Pieds de devant et de derrière à quatre doigts.
Ongles arqués, robustes.
Queue assez longue, pointue, plus grêle que celle des Mangoustes.
Poche anale assez semblable à celle des Mangoustes.
Pelage composé de poils annelés de différentes teintes
Ce genre a été créé pas À. G. Desmarest, en 1806, dans le tome XXIV du Dictionnaire d'Histoire naturelle édité par Deterville, pour une espèce indiquée précédemment par Linné sous le nom de Viverra tetradactyla, et que l'on avait placée avec les Mangoustes. Illiger, en 4811, dans son Prodroma systematica Manunalaun et Avium, à changé la dénomination de Suricata en celle de Ryzcœna, qui, malgré toutes les règles de la priorité, est adoptée par quelques zoologistes.
Le squelette des Suricates a été étudié; d'après De Blainville, il offre encore, dans la partie troncale, le même nombre d’os que la Mangouste d'Égypte, sauf à la queue, où les vertèbres sont au
nombre de vingt-deux; mais, aux deux paires de membres, qui sont plus digitigrades que dans les Mangoustes, le pouce manque presque complétement. La tête est remarquable par sa brièveté, qui rappelle celle des Chats, et par son cadre orbitaire complet. Aux membres antérieurs, l'omoplate ressemble à celle de la Fouine; l’humérus, étant à peu près dans les mêmes proportions que celui de cet animal, est terminé inférieurement par une poulie simple avec un seul trou au condyle interne; le radius et le eubitus sont plus longs, plus serrés et plus grêles que dans les Civettes; à la main, les os du carpe sont à peu près disposés comme dans la Mangouste, si ce n'est le trapèze; les métacarpiens sont peu allongés, et les phalanges courtes, sauf, toutefois, les dernières. Les membres postérieurs sont courts et grèêles, surtout dans le fémur; le pied est aussi long que le tibia; les métatarsiens sont très-allongés; les phalanges sont comprimées, grêles, et l'onguéale plus courte et plus étroite; pour le pouce, quoique le premier cunéiforme existe bien complet et même encore assez fort, il ne porte qu'un rudiment du premier métarsien, mais sans trace de phalange.
Fig. 4. — Suricate mâle
Quant au système dentaire, d'après De Blainville, le nombre des molaires est quelquefois réduit à quatre en haut et à cinq en bas par l'absence de la première avant-molaire aux deux mâchoires, et de la dernière avant-molaire d'en haut. Mais le plus ordinairement celle-ci existe comme dans le Hongos. Les principales sont, en outre, bien plus raccourcies, au point que la supérieure ressemble presque tout à fait à la première arrière-molaire de cette mâchoire, et que l'inférieure diffère à peine des deux arrière-molaires, elles-mêmes presque semblables,
La seule espèce de ce genre est :
SURICATE DU CAP. SURICATA CAPENSIS A. G. Desmarest
CarAGTÈRES spÉcIrIQUES. — Pelage mêlé de brun, de blane, de jaunâtre et de noir; le dessous du corps et les quatre membres jaunes; la queue noire à son extrémité; le nez, le tour des veux et des oreilles, ainsi que le chanfrein, bruns; les ongles noirs. Longueur de la tête et du Corps 1035: celle de la queue à peu près semblable.
Cet animal est le Suricare de Buffon, le Zenier pu Cap de Sonnerat, le Suricare pu Car ou Suni- CATE VIVERRIN de la plupart des auteurs. Linné lui appliquait le nom de Viverra tetradactyla, et Gmelin celui de Viverra xenick; À. G. Desmarest l'a nommé Suricata Capensis, et Hliger, Rysæna tetradactyla.
R Le Suricate habite les environs du cap de Bonne-Espérance, principalement sur les bords du lac Fschad, et c'est par suite d'une erreur, qui a été reconnue depuis longtemps, que Buffon lui donnait l'Amérique méridionale pour patrie.
| On ne sait à peu près rien sur ses habitudes naturelles; on suppose seulement qu'elles ont de l'analogie avec celles des Mangoustes. Buffon a observé un Suricate en captivité; e’était un animal
L 2 adroit, d’un caractère gai; il aimait la viande, le Poisson, le lait et les œufs; il refusait le pain et les fruits, à moins qu'ils n’eussent été mâchés, et ne buvait que de l’eau tiède, à laquelle il préférait son urine, malgré l'odeur forte et désagréable qu'elle répandait; il était frileux; sa voix était semblable à l'aboiement d'un jeune Chien, et quelquefois au bruit d'une crécelle 4ournée rapidement; souvent il grattait la terre avec ses pattes.
Fig. 2. — Suricate femelle.
Fr. Cuvier a eu aussi l’occasion d'étudier vivant, dans la ménagerie du Muséum d'Histoire naturelle de Paris, un individu de cette espèce; il a remarqué qu'il avait l'odorat très-fin; sa nourriture se composait de chair, de lait et de fruits sucrés; il buvait en lapant; ses habitudes avaient du rapport avec celles des Chats, mais il semblait être plus susceptible d'attachement que ne le sont la plupart des espèces sauvages de ce dernier genre.
11% GENRE. — CIVETTE. VIVERRA. Linné, 1755.
Systema nature.
Viverra, nom appliqué anciennement à la Civette.
CARACTERES GÉNERIQUES
Système dentaire : incisives, À; canines, 1=\; molaires, 5-5; en totalité quarante dents; incisives inférieures placées sur une même ligne; canines assez fortes; molaires supérieures consistant, de chaque côté, en trois fausses molaires un peu coniques, comprimées : une carnassière grande, tranchante, aiguë, presque tricuspide, et deux tuberculeuses; molaires inférieures présentant quatre fausses molaires, une carnassière forte, bicuspide, et une seule tuberculeuse très-large.
Corps allongé.
Tête longue.
Museau pointu.
Nez terminé par un mufle assez large, à narines grandes, percées sur les côtés.
Pupilles se contractant sur une ligne droite.
Langue couverte de papilles cornées.
G HISTOIRE NATURELLE. ps
Oreilles moyennes, arrondies, droites
Pieds pentadactyles, à doigts séparés.
Ongles à demi rétractiles.
Queue lonque, couverte de poils.
Poche plus ou moins profonde, où simplement ün enfoncement de la peau, près de l'anus, renfermant, dans quelques espèces, une matière grasse très-odorante.
Pelage assez doux, marqué de bandes longitudinales ou de taches plus colorées que le fond.
Cœcum petit
Le mot Civette est d'origine arabe, et depuis longtemps il est usité en Europe pour indiquer une substance odorante comparable au muse, et il désigne aussi l'animal qui produit ce parfum. Dans la nomenclature scientifique, les zoologistes l'ont souvent étendu à un certain nombre d'espèces de Mammifères plus ou moins semblables à la Civette; Linné leur a donné le nom générique de Viverra, qui à été lui-même transformé en celui de Viverriens lorsqu'on a eu créé plusieurs groupes dans ce genre, et qu'on en à fait ainsi une tribu particulière. Quoique les Viverra soient exclusivement de l'ancien monde, les Grecs et les Romains étaient loin d'en connaître un grand nombre d'espèces; à part la vraie Civette, l'Ichneumon où Mangouste d'Égypte, et peut être la Genette, les autres n'avaient pas encore été observés de leur temps. Si Pline emploie la dénomination de Viverra, il est bien certain que ce n’est pas pour une des espèces du groupe qui porte ce nom aujourd'hui. Belon est le premier, au seizième siècle, qui se soit servi du nom de Civetta; d'après Ruell, le mème animal portait chez les Grecs celui de Zapetion, et, selon M. Dureau De La Malle, il avait plutôt, de même que plusieurs Mustéliens, celui de ra. On croit que la petite Panthère d'Oppien et des Grecs était la Genette
De nos jours, l'ancien genre Viverra ou Civette est partagé Ini-:même en un assez grand nombre de coupes génériques, toutes de l'ancien continent, et dont les espèces sont répandues en Asie, en Afrique et à Madagascar. Plusieurs de ces genres, qui constituent notre tribu des Viverriens presque tout entière, ont déjà été étudiés; 1l ne nous reste plus qu'à parler des Civettes proprement dites, ainsi que des subdivisions qu'on y a formées, telles que celles des Civettes, Genettes, Prionodontes, qu'on regarde comme en étant généralement distinctes. Enfin, nous devrons dire quelques mots des Viverra fossiles, et nous terminons l'histoire de cette tribu par la description du genre Cynictis, qu'on en a rapproché, et qui, jusqu'ici, n'est pas complétement connu.
Le squelette de l'espèce type de ce genre, la Civerre (Viverra civetta), est bien connu, et De Blainville, qui l'a pris pour type de sa division principale des Viverra, l'a décrit avec soin; aussi croyons-nous devoir lui emprunter la plupart des détails qui vont suivre, La nature, la disposition et le nombre des os qui constituent ce squelette sont à peu près semblables à ce qui se présente dans la Fouine, type du groupe des Mustéliens, et les différences ne portent guère que
sur quelques particularités de proportion ou de forme. Le nombre des vertèbres est de cinquantetrois : quatre céphaliques, sept cervicales, quatorze dorsales, six lombaires, trois sacrées et dixneuf coccygiennes, disposées de manière à former les courbures normales. Les vertèbres céphaliques sont plus longues, plus étroites, moins élargies et moins déprimées que daus les Martes. L'angle facial est moins ouvert. La tête en totalité est étroite, allongée, un peu arquée dans la ligne sincipitale, quelquefois avec une courbure assez marquée, suivant que le front à été soulevé par l'agrandissement des fosses nasales et que la crête sagittale a été plus développée, presque droite, mais assez canaliculée dans la ligne basilaire. La cavité cérébrale est d’un ovale allongé. La mâchoire inférieure est médiocrement allongée, quoique bien plus que dans la Fouine. Aux vertèbres cervicales, les apophyses transverses de l'atlas sont proportionnellement plus étendues, plus arquées au bord antérieur que dans la Fouine. L'apophyse épineuse de l'axis est convexe, assez avancée. Il y a aussi quelques différences dans les vertèbres dorsales. Les vertèbres lombaires, augmentant peu rapidement de la première à la dernière, ressemblent, sauf la grandeur, à ce qu'elles sont dans les Mustéliens. Le sacrum est dans le même cas, et les apophyses épineuses des vertèbres qui le constituent sont bien plus élevées. Les quatre premières vertèbres coceygiennes sont seules pourvues d’une apophyse transverse; les autres sont toutes médiocrement allongées, presque à six angles. L'hyoïde offre un corps transverse, étroit, peu ou point arqué. Le sternum, assez robuste, est formé de huit pièces médiocrement allongées, à coupe tétragonale. Les côtes sont au nombre de quatorze paires, moins comprimées que celles des Martes, un peu plus larges, moins tordues. Le thorax est assez comprimé, plus ouvert en arrière que dans la Fouine, et par conséquent moins vermiforme. Les membres, encore assez courts, sont néanmoins un peu plus allongés et plus robustes que ceux des Mustéliens. Aux membres antérieurs : l'omoplate est plus longue, plus étroite et proportionnellement moins large que dans les Martes; la clavicule n'existe qu'à l’état rudimentaire et se présente comme ur filet cartilagineux; l'humérus est assez court, à peine plus long que l'omoplate; on y remarque deux trous, l'un au condyle interne et l'autre au-dessus de la poulie articulaire; le radius égale presque l'humérus en longueur, il est très-arqué; le radius est parallèle à ce dernier os; le carpe, le métacarpe et les deux premières phalanges sont dans les proportions de ces parties dans la Fouine; le pouce est notablement plus petit, plus grêle, plus court, et les phalanges onguéales sont également plus petites, moins comprimées, plus droites et moins aiguës à leur pointe. Les membres postérieurs, dans leurconformation, semblent se rapprocher de ceux des Chiens, plus même que de ceux des Mustéliens; le bassin, en totalité, est assez court; le fémur, d'un quart plus long que l'humérus, est tout à fait droit, cylindrique dans son corps, assez peu élargi supérieurement, et l'étant au contraire beaucoup inférieurement; le tibia et le péroné ressemblent davantage à ce qu’ils sont dans les Mustéliens; le tarse est aussi long que le métatarse, et celui-ci l'est plus que les phalanges, de manière à pouvoir être comparé à ce qu'il est dans les derniers Carnassiers. La rotule est plus étroite et plus épaisse que dans les autres Viverriens. L’os du pénis, assez court et gros, ressemble à une petite phalange obtuse et comme fendue transversalement à l'extrémité postérieure, élargie et bicorne à l'autre.
Des différences ostéologiques asseznotables se remarquent chez certaines espèces de ce groupe, dont on a fait des subdivisions particulières; nous signalerons seulement celles des Zibeths et des Genettes. La tête osseuse de cette première espèce ne se distingue toutefois de celle des Civettes qu'en ce qu’elle est en général plus étroite, plus grêle dans toutes ses parties, et surtout dans l'étranglement postorbitaire et dans le canal rétro-palatin; l'arcade zygomatique est plus large; et, en outre, un fait singulier, c'est qu'il n'y a pas de trou au condyle interne de l'humérus. Dans la seconde espèce, c’est-à-dire dans la Genette, le tronc est en général plus allongé que dans la Civette, par suite d’un plus grand nombre de vertèbres qui le constitue; la tête participe de cet allongement général aussi bien au crâne qu'à la face; il y a un trou au condyle interne de l'humérus; quelques particularités de peu d'importance se remarquent aussi dans certaines autres parties du squelette, et il en est de même, relativement aux proportions des os dans diverses espèces de la subdivision des Genettes; nous dirons seulement en terminant ce sujet que la Zibeth offre un os du pénis assez semblable à celui de la Givette, et qu'on n'en à pas trouvé de traces dans deux espèces de Genettes.
C'est dans l'espèce typique de ce groupe naturel que l’un de nous a eu occasion de signaler un exemple de pathologie ostéologique des plus curieux en ce que peu de faits semblables ont été si-
gnalés jusqu'ici chez les animaux ; aussi croyons-nous devoir donner en note un extrait de ce travail (1).
Le système dentaire a été étudié par De Blainville. Dans la Civette, les incisives ne présentent que d'assez légères différences avec ce qu'elles sont chez les autres Carnassiers; elles sont en général moins transversalement terminales que dans les Mustéliens, et plus que dans les Chiens, mais moins lobées à leur tranchant. Les canines sont aussi un peu plus grêles, moins robustes, moins en crochet que dans les Chiens et même que les Mustéliens; elles sont aussi tout à fait lisses Les avantmolaires, tant d'en haut que d'en bas, rappellent très-bien pour la forme et la proportion celle des Martes; la carnassière d'en haut est moins earnassière; les arrière-molaires des deux mâchoires ont des formes plus particulières. Les racines sont en rapport de grosseur, de forme et de proportion avec les particularités de la couronne, c’est-à-dire que lorsque celle-ci est simple, celle-là l'est aussi, et qu'au contraire elle se complique avec elle. Les incisives, les canines et ‘souvent les premières avant-molaires n’ont qu'une racine; les deuxième et troisième avant-molaires en ont deux; enfin les autres molaires peuvent en avoir trois. Les alvéoles traduisent très-exactement le nombre, la forme et la disposition des racines. Outre ces détails, on a signalé quelques particularités différentielles dans le squelette du Zibeth et de différentes espèces de Genettes; mais nous ne croyons pas devoir nous étendre davantage sur ce sujet.
Les paléontologistes ont étudié des débris fossiles de plusieurs espèces du groupe naturel des Civettes; nous nous en occuperons en donnant les caractéristiques spécifiques.
Avant de parler des espèces de Civettes, il nous reste à dire quelques mots de la matière grasse, très-odorante que ces animaux produisent, et nous croyons devoir copier à ce sujet ce qu'en rapporte M. Paul Gervais dans le come Il" du Dictionnaire universel d'Histoire naturelle. « La matière odorante que sécrètent les espèces de Fiverra présente par son abondance un des caractères de ce genre, et l'organe qui le fournit est plus développé dans les Civettes que dans les Genettes. Entre l'anus et les organes de la reproduction, dans le mâle comme dans la femelle, on remarque ure fente longitudinale conduisant dans deux cavités qui semblent être des replis d'un scrotum comparable à ce que présente souvent l’hermaphrodisme. L'intérieur en est plus ou moins velu et percé d'une infinité de pores communiquant avec autant de follicules mucipares. La matière odorante est versée par ces dernières, et, suivant l'âge de l'animal, son sexe et l'époque de l’année, elle est plus ou moins abondante. De tout temps cette matière a été un objet de commerce à cause de son emploi pour la toilette et en médecine. Une grande partie de l'Afrique intertropieale, et même l'Inde, nous
(4) Sur plusieurs parties du squelette d’une Civette que j'ai montré à la Société de Biologie, on peut voir que les os présentent des érosions très-marquées. La tête est principalement remarquable par la généralité de l'affection des os du crâne et de la face : presque tous les os sont détruits en grande partie par la maladie; ceux du nez sont même presque entièrement perlorés; l’arcade zygomatique et les parties qui avoisinent le trou occipital offrent des traces apparentes de destruction, ainsi que l'arlicuiation des deux branches de la mâchoire inférieure, L'intérieur du crâne, ainsi que j'ai pu m'en assurer par l'ouverture formée pour enlever le cerveau, ne semble pas anormal, et il paraîl en être de même tes fosses nasales : le sphénoïde est intact. La colonne vertébrale, à l'exception de l’atlas et de l’axis, qui sont usés par la maladie et troués en divers endroits, est à peu près dans l’état normal. Les membres ne sont pistrès-attaqués par l'affection pathologique ; toutefois le tissu d’une des omoplates et du bassin est érodé, et l'on peut voir des perfora- Lions sur le premier de ces deux os; l’autre omoplate, qui est déformée, est soudée avec l'humérus : enfin l'on voit des caries sur la plupart des os longs Le sternum est ézalement difforme; mais cette dernière observation est peu importante, car elle se remarque très-souvent chez les Mammifères. Le système dentaire est parfai ement intact; les dents sont bien conservées el ne présentent aucune trace pathologique. Le cerveau, que J'ai observé à l'extérieur seulement, et comparalivement avec le cerveau d'une Civette normale, ne m'a pas présenté de différences appréciables.
Je n'ai malheureusement pas étudié d'une manière complète la maladie qui a exusé la mort de la Civette d’où provient ce squelette; toutelois je Lrouve dans mes notes que ce Mammifère est mort à la suite d’une paralysie et que sa tête était couverte de nombreux abcès, mais je ne veux étiblir en rien le rapport qu’il peut y avoir entre ces affections et l'état pathologique des os. La cause de la maladie qui a produit l'altération que je viens de décrire est probablement due à l'humidité du lieu qu'habitait la Civette, Quoi qu'il en soit, j'ai souvent vu, dans les os d'un assez grand nombre de Mammilères morts à la ménagerie du Muséum, des cas pathologiques de même nature, cependant moins généraux, et ayant surtout une gravité beaucoup moindre que celui que je signale, Les animaux du groupe des Didelphes principalement, ont leurs us presque constamment attaqués.
L'animal qui présente cette grave affection à vécu environ quatre ans à la ménagerie du Muséum ; 11 était très-adulte et avail été donné par M. le docteur Clot-Bey, qui l'avait apporté d'Égypte. La tête à éLE préparée et se trouve dans la salerie d'Anatomie comparée du Muséum d'histoire naturelle de Paris. (E. Desmanesr, Revue zoologique, 1849.) ;
l'envoyait anciennement par la voie d'Alexandrie et de Venise. Depuis, on l'a encore obtenue par le Sénégal et par les relations des Hollandais avec l'archipel indien. [l paraît même qu'on avait amené en Hollande des Civettes indiennes ou Zibeths pour les conserver en vie et en recueillir leur matièr
odorante. Cette sorte de captivité des Civettes est d'usage dans quelques parties de l'Ethiopie, mais c’est une véritable captivité et non une domestication. Le caractère farouche et irascible des Civettes ne le permet pas autrement. On les tient en cage et on vide leur poche avec une cuiller, en ayant soin, dans quelques endroits, d'y introduire préalablement un peu de substance onctueuse ou même des sucs végétaux qui, se mélant à la matière sécrétée, en augmentent la quantité. La civette du commerce est donc très-souvent falsifiée, et, du temps de Buffon, on préférait celle d'Amsterdam, comme préparée par les parfumeurs eux-mêmes. En Afrique, où l'extraction se répète deux ou trois fois par semaine, la quantité d'humeur odorante dépend de la qualité de la nourriture et de certaines dispositions de l'animal; il en rend d'autant plus qu'il est mieux et plus délicatement nourri. Buffon donne à ce sujet tous les détails désirables. L'analyse de la civette, faite par M. Boutron- Charlard, a fourni les produits suivants : ammoniaque, élaine, stéarine, mucus, résine, huile volatile, matière colorante jaune et quelques sels. Gette substance, autrefois très-vantée en médecine, v’est plus employée aujourd'hui qu’en parfumerie. C'est toutefois un stimulant et un antispasmodique énergique. Elle a une grande analogie avec le musc: elle est également très-persistante. Des peaux de CGivettes sentent encore leur odeur longtemps après avoir été préparées, et le squelette lui-même en reste imprégné malgré les lavages nombreux auxquels on le soumet en le préparant. »
En décrivant les espèces, nous donnerons des détails sur les mœurs de ces animaux tant à l'état de liberté qu’à celui de captivité.
Nous citerons comme sous-genres les Civettes proprement dites, les Gencttes et les Prionodontes ou Linsangs, qui tous sont souvent regardés comme étant des genres particuliers. Nous ne parlerons pas des divisions formées dans ce genre et qui n’ont pas été adoptées, telles que celles des Viverricula (diminutif de Virerra), Hodgson (Ann. of nat. Hist., 1858), et Osmetectis, Gray (Ann. nat. Hist., 1849), ainsi que de quelques groupes de fossiles comme celui des Palænictis (raaxe:, ancien; “re, Belette), De Blainville (Ostéographie, 1841).
17 SOUS-GENRE. — CIVETTES PROPREMENT DITES. VIVERRA G. Cuvier, 1800
Leçons d'anatomie comparée.
CARACTÈRES DISTINCTIFS
Poche profonde, située entre l'anus et les organes de la génération, et divisée en deux sacs, se remplissant d'une sorte de matière onctueuse ayant une forte odeur de muse.
Ongles à demi rétractiles.
Pupille verticale.
Ce sous-genre, qui a reçu d'Étienne Geoffroy Saint-Hilaire la dénomination latine de Civetta, adoptée par Lesson dans son Nouveau Tableau du Règne animal, Mammifères, 1842, renferme sept espèces, dont deux seulement sont parfaitement connues, tandis que les autres n'ont été indiquées que par des phrases diagnostiques.
1 CIVETTE. VIVERRA CIVETTA. Linné
CaracTÈrEs srÉciriQuEs. — Pelage gris, marqué de taches et de bandes brunes ou noirâtres; une crinière tout le long du dos; queue moins longue que le corps, entièrement colorée en brun. La lonsueur totale de la tête et du corps est de 0",65; de la queue, de 0,43.
ct? pl
Cette espèce, qui a été décrite par Belon et par Buffon, habite plusieurs contrées de l'Afrique, et priacipalement l'Abyssinie.
Ses mœurs sont peu connues à l’état libre. La Civette est cependant nocturne, et, par son organisation, fait le passage des Martes aux Chats. Elle vit de chasse, poursuit et surprend les petits animaux, surtout les Oiseaux. Elle cherche à entrer dans les basses-cours, comme le Renard, pour emporter les volailles, Elle préfère les endroits sablonneux et les montagnes arides. Son cri ressemble à celui d’un Uhien en colère. La Civette, ainsi que l'espèce qui va suivre, le Zibeth, ne sont pas trèsrares dans les ménageries, où ils conservent leur mauvais naturel. Ce sont des animaux à pupilles verticales, et chez qui la colère fait à peu près seule diversion à une somnolence habituelle. Comme on ne les débarrasse pas de leur matière odorante, elles en laissent quelquefois tomber des fragments, et l'odeur qu'elles répandent est toujours très-forte, et l’on peut encore l’augmenter en les agaçant. Une Civette a mis bas à la ménagerie du Muséum d'Histoire naturelle de Paris, mais ses petits, au nombre de trois, n'ont pu être élevés. En Afrique, on la conserve en domesticité pour en obtenir la matière grasse qu'elle produit.