LYNX où LOUP-CERVIER. FÆLIS LYNX, Lioné
Caractères srécrriques. — Corps gros, assez élevé sur les jambes, qui sont très-fortes; tête grosse, arrondie; nez et chanfrein peu révélés; oreilles pointues, terminées par un pinceau de longs poils; dessus de la tête et du dos, flanes, face externe des quatre membres, pieds postérieurs, partie supérieure de la queue, d’une couleur fauve, roussâtre et presque éteinte, mêlée de blanc, de gris, de bruu et de noir, parce que ces diverses couleurs terminent les poils; le brun et le noir formant de petites taches, et presque des bandes le long du dos et des lombes: les taches brunes étant plus apparentes qu'ailleurs sur les épaules et sur les cuisses, et les noires sur les lèvres, à l'endroit des moustaches, sur l'avant-bras et le devant de la jambe; menton, gorge, dessous du cou, poitrine, ventre, face interne des membres et face intérieure de la queue, d'un blanc mêlé d'une légère teinte de fauve et de quelques taches noires, principalement sur la face interne de l'avant-bras; bords des paupières noirs; poils des oreilles blancs en dedans, d’un fauve très-clair sur les bords, blanchâtres à la base de la face externe et noirâtres au bout, avec un pinceau de grands poils allongés et noirs; queue noire à son extrémité dans une longueur de 0,07; doigts des pieds très-velus; pelage trèsdoux au toucher; queue courte, noire à l'extrémité. Longueur de la tête et du corps variant entre 0",75 à 0,90; celle de la queue n'atteignant pas 07,11.
On trouve des variétés de cette espèce qui ont des taches et bandes moins foncées, la queue
rousse, avec le bout noir; tout le dessous du corps blanchâtre, et la taille plus petite; tel est le Felis rufa de Pannant. Fischer en cite aussi une variété tout à fait blanchâtre.
Les Latins paraissent avoir connu cet animal, et ils l'ont indiqué sous les noms de Chama, de Chaus et de Lupus cervarius; car, ainsi que nous l'avons dit, c’est au Serval que doivent réellement s'appliquer les dénominations de Av% et de Lynæ, données par les anciens. C'est le Wargelue où le Lo des Suédois, le Los des Danois, le Goupe des Norwégiens, le Rys ostrowidz des Polonais, le lys des Russes, le Sylausin des Tartares, le Potzchori des Géorgiens, et, enfin, le Lynx ordinaire des auteurs, et le Loup-cervier des fourreurs. Thunberg avait formé, aux dépens du Lynx, une espèce qu'il nommait Felis lupulinues.
Le Lynx se trouve dans toutes les parties septentrionales de l'ancien monde. Il paraît que du temps des Romains il était assez commun dans les Gaules, d’où on en amenait en assez grand nombre pour les jeux du cirque de Rome; aujourd'hui il est très-rare en France : cependant on en rencontre encore quelquefois dans les Pyrénées et dans les Alpes, d’où il descend parfois dans nos départements méridionaux. On le prend aussi en Espagne; mais il est plus commun en Allemagne, et surtout dans les pays du Nord, où sa fourrure fait un objet de commerce assez étendu. I habite également les forêts du Caucase et de l'Asie.
Buffon a donné d’intéressants détails sur cet animal, etnouscroyons devoir les reproduire ici : «Notre Lynx, dit-il, ne voit point à travers les murailles, mais il est vrai qu'il a les yeux brillants, le regard doux, l'air agréable et gai; son urine ne fait pas des pierres précieuses, mais seulement il la recouvre de terre, comme font les Chats, auxquels il ressemble beaucoup, et dont il a les mœurs et même la propreté. Il n'a rien du Loup qu'une espèce de hurlement, qui, se faisant entendre de loin, a dû tromper les chasseurs et leur faire croire qu'ils entendaient un Loup. Gela seul a peut-être suffi pour lui faire donner le nom de Loup, auquel, pour le distinguer du vrai Loup, les chasseurs auront ajouté l'épithète de cervier, parce qu'il attaque les Cerfs, ou plutôt parce que sa peau est variée de taches à peu près comme celles des jeunes Gerfs, lorsqu'ils ont la livrée. Le Lynx est moins gros que le Loup, et plus bas sur jambes. Il est communément de la grandeur d’un Renard. Il ne diffère de la Panthère et de l'Once que par les caractères suivants : il a le poil plus long, les taches moins vives et mal terminées, les orcilles bien plus grandes et surmontées à leur extrémité d’un pinceau de poils noirs, la queue beaucoup plus courte et noire à l'extrémité, le tour des yeux blane, et l'air de la face plus agréable et moins féroce. La robe du mâle est mieux marquée que celle de la femelle : il ne cowrt pas de suite comme le Loup, il marche et saute comme le Chat : il vit de chasse et poursuit son gibier jusqu'à la cime des arbres; les Chats sauvages, les Martes, les Hermines, les Écureuils, ne peuvent lui échapper; il saisit aussi les Oiseaux, il attend les Cerfs, les Chevreuils, les Lièvres au passage, et s’élance dessus; il les prend à la gorge, et. lorsqu'il s’est rendu maître de sa victime, il en suce le sang et lui ouvre la tête pour en manger la cervelle, après quoi souvent il l'abandonne pour en chercher une autre : rarement il retourne à sa première proie, et c'est ce qui a fait dire que de tous les animaux le Lynx était celui qui avait le moins de mémoire. Son poil change de couleur suivant les climats et la saison; les fourrures d'hiver sont les plus belles, meilleures et plus fournies que celles de Vété : sa chair, comme celle de tous Les animaux de proie, n’est pas bonne à manger. »
Ajoutons que le Lynx se place quelquefois en embuscade sur une des basses branches des arbres, pour s’élancer de là sur un faon de Renne, de Cerf, de Daim ou de Chevreuil; il lui saute sur le cou, s'y cramponne avec ses ongles, et ne lâche que lorsqu'il a abattu sa proie en lui brisant la première vertèbre du cou; il lui fait alors un trou derrière le crâne et lui suce la cervelle par cette ouverture. larement il attaque une autre partie des grands animaux, à moins qu'il n’y soit poussé par une faim excessive.
On en a de temps en temps dans nos Ménageries, et il y vit assez longtemps. Pris jeune et élevé en captivité, il s’apprivoise assez bien et devient même caressant, ce qui ne l'empêche pas de reprendre sa liberté dès qu'il en trouve la plus légère occasion. Comme le Chat, il est d’une excessive propreté et passe beaucoup de temps à se nettoyer et à lisser son pelage.
On a indiqué un assez grand nombre d’ossements fossiles propres à divers terrains et à divers pays, que De Blainville croit devoir rapporter, au moins provisoirement, au Felis lynæ où lyncoides. En effet, .sauf quelques légères différences dans les dimensions des dents des mâchoires inférieures, sur lesquelles sont établis les Felis antediluviana, Issiodorensis, brevirostris, Engiholiensis et Serval,
toutes ces prétendues espèces indiquent seulement une grande espèce de Lynx. Sans adopter complétement l'opinion de De Blainville, nous dirons quelques mots de chacun de ces fossiles :
1° Felis antediluviana, Kaup. — Fondé sur un fragment de mandibule et sur deux molaires trèsincomplètes qui y sont à peine implantées, indiquant un animal de la taille d'un petit Lynx, et provenant du célèbre dépôt d'Eppelsheim.
2% Felis Issiodorensis, Croizet et Jobert. — Les fragments qui se rapportent à cette espèce sont plusieurs débris de mâchoires inférieures, une vertèbre atlas et une vertèbre dorsale, des humérus, un cubitus, un radius, un fémur, des os métatarsiens er quelques phalanges, recueiliis dans les terrains meubles des environs d'Issoire, en Auvergne, et qui semblent se rapprocher du Lynx du Canada.
3° Felis brevirostris, Croizet et Jobert. — Créé principalement sur des débris de mandibules, dont l'une est caractérisée par la brièveté de la bavre qui sépare là canine de l'alvéole de la première molaire et qui est très-courte. Le Felis Perieri, Croizet, se rapproche un peu du Felis brevirostris, et a été trouvé dans les mêmes localités.
4 Felis Engiholiensis, Schmerling. — Cette espèce ne repose que sur les considérations de quelques dents et d’un fragment d'humérus, et ne semble pas différer du Lyux : elle provient de la caverne d'Engilhoul, près de Liége.
50 Felis serval, Marcel de Serres, Dubreuil et Jean-Jean. — C’est de la caverne de Lunel-Vie] que proviennent les ossements assez nombreux rapportés au Serval par les auteurs que nous venons de nommer, mais que De Blainville est tenté d'indiquer comme appartenant plutôt au Lynx.