‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 5)Chapitre 32 sur 62 · DEUXIÈME SOUS -ORDRE. - ACCIPITRES NOCTURNES · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SOUS -ORDRE. - ACCIPITRES NOCTURNES

Ils se distinguent des Accipitres diurnes par des yeux gros, à fleur de tête, dirigés en avant et entourés d'un cercle de plumes sétacées, décomposées, rigides, formant, par leur rayonnement circulaire autour de la face, ce que l'on est convenu d'appeler disque facial, ayant le bec pour centre et point de départ; par l'absence de cire à la base du bec, cette cire étant remplacée par une simple ueau recouverte de poils allongés et dirigés en avant; par des tarses et des doigts généralement courts, et le plus souvent emplumés jusqu'aux ongles, qui sont rétractiles et acérés; par un plumage épais, abondant, soyeux, augmentant considérablement par sa masse l'aspect du volume du corps et de la tète, qui est aussi plus développée et plus grosse que «liez les Accipitres diurnes.

Destinés à arrêter la trop grande multiplication des gros et des petits Mammifères rongeurs ou fouisseurs, qui ne sortent de leurs retraites que la nuit pour causer les ravages dont se plaignent si justement nos laboureurs, la nature a doué ces Oiseaux de toutes les facultés qui pouvaient favoriser cette chasse nocturne.

D'abord d'une vue d'une sensibilité si grande, ainsi que l'a remarqué Buffon, « qu'ils paraissent être éblouis par la clarté du jour, et entièrement offusqués par les rayons du soleil; il leur faut une lumière plus douce, telle que celle de l'aurore naissante ou du crépuscule tombant. »

Ensuite d'une ouïe d'une finesse extrême: « Il parait, dit l'éloquent naturaliste, que ces Oiseaux de proie nocturnes ont ce sens supérieur à tous les autres Oiseaux, et peut-être même à tous les animaux; car ils ont, toute proportion gardée, les conques des oreilles bien plus grandes qu'aucun des animaux; il y a aussi plus d'appareil et de mouvement dans cet organe, qu'ils sont maitres de fermer et d'ouvrir à volonté, ce qui n'est donné à aucun animal.. . De plus, ils ont le bec court et mobile dans ses deux parties, comme le bec des Perroquets; et c'est par la facilité de ces deux mouvements qu'ils font si souvent craquer leur bec, et qu'ils peuvent aussi l'ouvrir assez pour prendre de très-gros morceaux que leur gosier, aussi ample, et aussi large que l'ouverture de leur bec, leur permet d'avaler en entier. »

Ils ont tous la faculté de rejeter, à un très-court intervalle de leur absorption, et sous forme de pelotes plus ou moins allongées, les os, les poils ou les plumes des animaux dont ils font leur nourriture.

Enlin, une conformation de leurs premières pennes alaires telle, que, n'offrant aucune résistance à l'air par leur bord, il ne résulte aucun bruit, appréciable à l'oreille, du mouvement de leurs ailes, et leur vol en devient complètement silencieux. C'est un fait très-remarquable en effet et sur lequel on insiste trop rarement, que cette conformation de leurs rémiges primaires, conformation qui n'est pas exclusivement propre aux Accipitres nocturnes, car ils la partagent avec une autre famille d'Oiseaux crépusculaires. Ainsi, indépendamment de la mollesse de leurs plumes, qui offrent peu de résistance au,conlart de l'air, chacune des barbules extérieures de leurs premières pennes, au lieu d'être adhérentes l'une à l'autre, sont rebroussées et hérissées en forme de scie, ce qui en rompt l'adhérence si nécessaire pour le vol chez les Oiseaux grands voiliers, et facilite le passage de l'air au travers de l'espace que ces barbules détachées et isolées laissent entre elles : aussi leur vol est-il des moins soutenus et des plus saccades.

Les Oiseaux de ce sous-ordre forment un groupe si éminemment naturel, qu'on a bien pu arriver à en faire plusieurs familles, mais non plusieurs tribus. Elles n'en forment qu'une seule sous le nom de Strigidés, ayant pour base étymologique le mot Slrix, que Linné a appliqué à toute la série.

L'homogénéité de cette famille se retrouve, ainsi que cela existe toujours, pour les familles oroilhologiqoes naturelles, jusque dans la forme et même la couleur de leurs œufs, qui sont :

De furiiie constamment sphérique, excepté chez l'Effraye, qui affecte la forme ovée;

De coquille d'un grain peu épais et peu dur, d'un blanc de lait tournant au blanc légèrement jaunâtre, surtout dans sa transparence assez irrégulièrement poreuse, mais unie et quelque peu luisante, excepté chez l'Effraye, dont la coquille est mate et sans reflet ,

De couleur blanche et sans aucune nuance ni tache.

Nous venons de dire que cette famille est une des plus naturelles . c'est aussi une de celles dans lesquelles on peut le mieux se convaincre du rapport parfait qui existe entre la forme de l'œuf et l'organisation de l'Oiseau, et par conséquent de la convenance de l'application de la forme sphérique aux œufs de cette tribu, dont l'appareil cervical est des plus développés. Nous insistons d'autant plus sur ce fait, qu'il donne la mesure de la valeur delà forme comme caractère ovologique. Ainsi, en examinant le cerveau de chacune des espèces de Strigidés, on le reconnaît chez toutes d'un développement, comparativement a ce qu'il est dans tous les autres Oiseaux, extraordinaire et inverse du développement des jambes, chez tous fort courtes, à l'exception de l'Effraye

f®mm

Fig. 167 et Ki8 — Surnie harl'ang. (Adulte et jeune )

TRIBU UNIQUE. — STRIGIDES.

Les Strigidés ont le bec droit à la base, recourbé seulement à la pointe , la (été volumineuse, tantôt munie de deux aigrettes de plumes en forme d'oreilles, droites de chaque côté, érecliles. tantôt sans aigrettes et sans aucune plume proéminente; le doigt externe versatile, pouvant se retourner en arrière, « ce qui leur donne, observe encore Buffon, plus de fermeté et de facilité qu'au plus grand nombre des Oiseaux pour se tenir perchés sur un pied; » les ongles rétractiles puissants.

Ces Oiseaux sont cosmopolites, vivent isolés et par paires, se réunissent souvent enj;rand nombre pour voyager ou émigrer, mais très-rarement pour chasser.

Linné ne faisait qu'une famille des Strigidés, et Buffon, malgré son antipathie pour les méthodes, en admettait cependant deux, qu'il ne qualifiait que du nom de genres, « le genre des Hibous, dit-il, et celui de la Chouette, qui contiennent chacun plusieurs espèces différentes, » et qu'il caractérisait ainsi : « Le caractère distinctif de ces deux genres, c'est que tous les Hibous ont deux aigrettes de plumes en forme d'oreilles, droites de chaque côté de la tète, tandis que les Chouettes ont la têle arrondie, sans aigrettes et sans aucunes plumes proéminentes. »

M. Temminck, suivant la même division, distingue les Chouettes en Chouettes accipitrines ou épervières (Chouettes de jour), et en Chouettes nocturnes.

M. (i. Olivier, respectant l'unité de famille établi par Linné, n'en formait qu'un seul genre, qu'il divisait en six sous-genres:

1° Hibou (Otns); 2° Effraye ( Strias ) ; 5° Chat-Huant (Syrnium) • 4° Duc (Bubo), 5° Chevêche ( Noctua ) ; 6° Scops {Scops).

M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire les divisait en deux groupes, composés chacun de trois genres, au total six :

1° Chevêche (Noctua); 2° Duc (Bubo), 3° Phodile (Plwdilus) , 4° Chat-Huant [Syrnium); 5° Chouette ( Ulula ) ; (>° Effraye ( Strix).

Lesson, tout en disant, en 1851 ( Traité d'ornithologie), que la section des Accipitres nocturnes formait une famille éminemment naturelle, qu'on essayerait vainement de séparer en genres distincts, ne la divise pas moins immédiatement en dix sous-genres ■

1° Surnie (Surina), Duméril; 2° Chevêche (Noctua), Cuvier; 3° Scops (Scops), Savigny, 4" Chouette (Ulula), Cuvier; 5° Hibou (Otus), Cuvier; ti° Effraye (Strix), Cuvier; 7° Chat-Huant (Syrnium), Savigny,

8" Chouettes à aigrettes, Le Vaillant ; (Lophostrix) Lesson; 9° Ketupu (Kelupa) Lesson:

10° Duc (Bubo), Cuvier,

qu'il éleva, en 1839, à treize, en en variant les dénominations et en adoptant de nouveaux genres, tels que :

Scotiaptex, Swainson ;

Hcliaplex, Swainson ;

Ascalaphe (Ascalaphus), Isidore Geoffroy ,

Asion (Asio), Brissor ;

Phodyle (Phodilus), Isidore Geoffroy,

ce qui était évidemment outrepasser les bornes de la subdivision pour une tribu aussi homogène.

M. G. R. Gray, se renfermant dans les limites d'une sage raison, a divisé cette tribu en quatre familles, que nous adoptons de préférence aux trois divisions de M. Ch. Bonaparte, qui a réuni les Grands-Ducs dans sa famille des Surninés, à laquelle il aurait dû donner le nom plus important de Buboninés.

Ces familles sont

1° Surninés; 2° Buboninés, 3° Ululinés .

4° Striginés

PREMIÈRE FAMILLE. SURNINÉS.

Les Surninés ont la tète arrondie, sons conque évasée, sans aigrette; les tarses et les doigts emplumés jusqu'aux ongles.

Cette famille, qui renferme les espèces appelées ordinairement Chouettes épervières, fait le passage véritable des Accipitres diurnes aux nocturnes; elles participent en effet des mœurs des unes et des autres, comme elles volant, plutôt que chassant, même pendant le jour.

M. G. R. Gray la compose de trois genres : Surnia et Nyctea, que nous réunissons en un seul, et Alhene.

M. ( h. Ronaparte, réunissant les vrais Ducs aux Surninés, en fait onze genres! dont il nous parait difficile de donner la caractéristique différentielle

1" GENRE. — SURN1E SVRNIA. [DumérilJ

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Dec court, le plus souvent caché en (fraude partie par les plumes séliformes projetées en avant, qui en garnissent la base, et qui arrivent jusqu'à sa pointe; comprimé sur les côtés, parfois légèrement ondulé sur ses bords mandibulaires, à arête très-arquée jusqu'à la pointe, qui est crochue et ai que.

Fig. 169. — Surme ulula.

Fig. 170. — Sumic ulula

Narines basâtes, ovalaires, entièrement cachées par les poils.

Aiks longues, tes trois premières rémiges écliaucrées profondement à leurs barbes internes, la troisième la pins longue.

Queue plus ou moins longue, large, quelque peu cunéiforme ou carrée.

Tarses courts, de la longueur du doigt médian, entièrement couverts de plumes épaisses, de même que les doigts, jusqu'à l'origine des ongles, qui sont allongés, plus ou moins arqués et très aigus.

Disque facial complet; tête sans aigrettes.

Kig. 171 — Surme harfang. Nyctea mvea

Fig. 172 — Surnie harfang Nyctea nivea

Les espèces de ce genre, au nombre de six, habitent les latitudes boréales et australes de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique. Les plus remarquables sont : la Surnie caparacoch (Strix [Surniâ] ulula, Linné), de 0ra,58; la Surnie harfang (Slrix [Surnia] ngelea, Linné), de 0m,5i, et la Surnie de l'Oural (Slrix [Surnia] uralensis, Pallas), de 0m,57, que nous figurons, et qui habitent presque exclusivement les régions du cercle arctique.

Elles se nourrissent de Mammifères, d'Oiseaux et d'Insectes. La Caparacoch parait même faire une grande destruction de Tétras dans les latitudes boréales, qu'elle ne quitte que très-accidentellement; elles nichent dans des trous de rochers ou d'arbres et y pondent de deux a trois œufs

Ceux de la Surnie harfang ont, de grand diamètre. 0m,052; de petit diamètre, 0m,045. 12 IC

Page 1