‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etcChapitre 39 sur 42 · QUARANTE-CINQUIÈME ET DERNIÈRE FAMILLE · texte numérisé non relu

QUARANTE-CINQUIÈME ET DERNIÈRE FAMILLE

COCCINELLIENS. COCCINELLII. E. Blanchard, 1845.

Corps subhémisphérique dans la grande majorité des cas, parfois en ovale court plus ou moins allongé ou oblong; antennes insérées sur les côtés de l'épistome, près du point de jonction de celui-ci avec les joues, r'epliées ou cachées sous la tète en temps de repos, rarement aussi longues que la tête et le corselet, habituellement de onxe articles, et rarement d'un nombre moindre, terminces en massue; palpes mavillaires à dernier article le plus long de tous, en général fortement sécuriforme, quelquefois gros, subconique; corselet dexz fois au moins aussi large que long, non creusé de deux sillons; abdomen à premier segment offrant presque toujours sous chaque cuisse une ligne en relief en forme de V; cuisses comprimées, sillonnées latéralement; tarses de trois articles : les deux premiers garnis de poils en dessous : dernier en partie logé dans le précédent, et offrant à sa base un nodule parfois très-distinct : ongles souvent munis d'une dent ou bifides.

Le genre Coccinella de Linné a surtout été démembré dans ces derniers temps par M. Mulsant, dans son Hist. nat. des Coléoptères sécuripalpes de France, 1846, et dans son Speciès des Coléoptères trimères sécuripalpes (Ann. des Sc. phys. et nat. d’agr. et d'ind. de la Société nationale de Lyon, 2° série, tome Il, 4850), qui l’a subdivisé de telle sorte, qu'il y admet plus de cent genres et qu'il en fait connaître environ quinze cents espèces. Celles-ci ont donné lieu à un très-grand nombre de travaux, tant sous le point de vue descriptif que sous celui de leurs habitudes, dont on trouvera l'indication dans les deux ouvrages de M. Mulsant, et leur étude a eu à surmonter des difficultés des plus sérieuses et naissant principalement de la diversité des dessins du corselet et des

COLÉOPTÈRES. 357 élytres chez Îles individus appartenant à la même espèce, et qui se trouvent aussi entre les sexes, souvent de couleurs très-différentes dans une seule et même espèce. L'ensemble de nos Coceinelliens constitue la famille des Trimères aphidiphages de Latreille, et celle des Trimères sécuripalpes de M. Mulsant. :

Les Coccinelliens ont des affinités réelles avec les Chrysoméliens, et par leur forme générale et par l’organisation de leurs larves; mais ils se rapprochent aussi beaucoup des Érotyliens par la disposition de leurs pattes, de leurs tarses, de leurs antennes et de leurs palpes, etc.; enfin, ils sont également très-voisins des Endomychiens. Cependant, si quelques-uns d’entre eux sont phytophages et se nourrissent des feuilles des plantes, comme les Chrysoméliens, la grande majorité des espèces, tant à l’état parfait qu'à celui de larve, sont carnassières et dévorent un grand nombre de Pucerons, de Cochenilles et de Kermès.

Ces Insectes, qui sont vulgairement désignés sous le nom de Bêtes à bon Dieu, sont en général globuleux; leur robe est marquée de points ou de traits noirâtres sur un fond uniforme assez clair, et de teintes excessivement variées; parfois ils n’ont qu'une seule couleur, alors presque toujours assez sombre. On en trouve dans toutes les contrées du globe; tous ne sont pas trèsgrands, et ceux très-nombreux propres à l’Europe sont souvent plus petits que les autres. Ils vivent en général isolés, et ce n’est qu'exceptionnellement, à l’automne, qu’on les rencontre parfois réunis en grande quantité, et, dans nos climats au moins, quand le froid commence à se faire sentir, ils vont se réfugier sous les écorces des arbres ou d'autres abris, pour se monirer au premier printemps. Dès lors, mais surtout en été, ces Coléoptères se trouvent en abondance sur les fleurs et les feuilles, allant à la recherche des Pucerons; les sexes se recherchent, et les femelles ne tardent pas à aller déposer leurs œufs dans les conditions qui leur semblent les meilleures pour assurer la conservation de leur race. Quand un danger les menace, ils cachent leurs pieds sous leur corps, et restent collés aux rameaux sur lesquels ils se trouvent, et, si on les touche, ils se laissent tomber à terre; parfois ils ouvrent leurs élytres et s'envolent avec d'autant plus de facilité que le soleil agit plus vivement sur eux; parfois aussi ils font suinter de la jointure des cuisses et de celle du genou un liquide jaune, mucilagineux, à odeur pénétrante et désagréable.

Les métamorphoses d’un assez grand nombre d’espèces de Coccinelliens sont connues; Réaumur, de Géer, Herbst, Friesch, Gleichen, Latreille, Kirby et Spence, MM. Westwood, Ratzeburg, Reich, Costa, Stroems, le docteur Coquerel, Huber, Junker, Héeger, Bouché, et surtout M. Mulsant, ont publié beaucoup de travaux à ce sujet, et principalement d’après le dernier naturaliste que nous avons nommé on a aujourd’hui l'indication descriptive des larves et parfois des nymphes des : Anisosticta novies-punctata; Idalia livida et bipunctata; Coccinella septem-punctata, hieroglyphica et olivetarum; Myrrha octies-gutlata; Mysia oblongo-quttata; Anathis ocellata; Hulyxia sexdecies-quttata; Propylea quatuordecim-punctata; Thea vicies et bipunctata; Chilocorus bipustulatus, cacti, septem-pustulatus et uva; Epilachna arqus et chrysomelina; Lusia globosa; Scymnus minutus; Cactdula scutellata. Les larves sont d’une forme ovale, lancéolée, amincie surtout en arrière : elles sont diversement colorées, souvent d’un noir chocolat ou bleuâtre, et munies de tubercules, de fossettes, d'épines très-variables dans leur forme et leur coloration. Leur tête est petite, à contours arrondis, à bouche formée de parties cornées; ocelles arrondis, assez saillants, souvent entourés d'une tache noirâtre : au nombre de trois ou de quatre de chaque côté; antennes triarticulées; plaque sus-céphalique offrant antérieurement un chaperon limité par un sillon bien marqué; lèvre supérieure distincte; mandibules petites, triangulaires, à extrémité aiguë, bifide; mâchoires bien formées; segments thoraciques peu différents des abdominaux; pattes assez longues, terminées par un tarse court, obtus, à ongle simple, très-erochu; segments abdominaux au nombre de neuf, coriacés : le dernier à anus ayant une ouverture assez large et un bourrelet charnu servant à la progression; neuf paires de stigmates, assez grands, arrondis. A l'époque de la dernière transformation, ces larves se collent par leur dernier segment aux feuilles, au moyen d'une substance visqueuse qu'elles sécrètent : elles courbent alors leur corps, et surtout la tête, vers la face inférieure, de manière à former une gibbosité; les granulations deviennent plus petites, les poils tombent, et alors la peau desséchée se fend sur le dos, se retire en arrière, et forme un bourrelet chiffonné à l’extrémité du corps. Trois groupes distinets peuvent être formés parmi ces larves. La plus grande partie sont carnassières, et se nourrissent presque exclusivement de Pucerons, d'où leur nom d'Aphidiphages;

elles sont plus agiles que les autres, ne sont pas généralement, comme elles, munies de pointes épineuses, et ont seulement des tubercules ou des renflements à surface inégale et recouverts de soies simples, roides; la tête, le corselet et les bords latéraux du corps sont ornés de poils sétiformes disséminés, et, sur le reste du corps, ces poils se rencontrent seulement sur les tubercules ou sur les renflements de la peau; le corselet est prolongé par une espèce d'écusson étendu sur la plus grande partie de sa surface; les deux segments suivants ont chacun deux taches subdiscoïdales et deux autres plus petites latérales; les segments suivants présentent six plus petites taches encore, et le dernier, plus petit, en porte moins. D’autres larves sont essentiellement phytophages; elles sont beaucoup moins agiles que les précédentes, et restent constamment sur le végétal où elles sont nées; leur corps est hérissé d’épines ou longs prolongements ramifiés, disposés sur les segments dorsaux, et chaque ramification est terminée par un poil de longueur variable, n’en formant pas la continuation, mais semblant mobile sur elle; le corselet porte quatre de ces épines ramifées, les autres segments six, et, sur le dernier, les deux épines latérales sont beaucoup plus courtes : à la face inférieure du corps, il n’y a pas de taches sétigères. Enfin les larves des Scymnus diffèrent notablement des deux types précédents, leur face dorsale offrant de petites fossettes disposées comme dans le groupe précédent, et de ces fossettes sortent des prolongements blanchâtres, mous, flexueux, donnant à l'animal l’aspect d’une petite houppe de laine : cette sorte de mousse a la propriété de se reproduire quand elle a été enlevée. D’après M. Bouché, la larve du S. minimus, qui vit sur diverses plantes, est carnassière, et dévore plusieurs espèces d’Acarus.

Les principaux genres de cette famille, les seuls admis il y a vingt ans à peine, sont les suivants : COCCINELLE, Coccinella, Linné, à corps ovalaire où hémisphérique; antennes plus courtes que le corselet, grossissant vers l'extrémité, avec les articles raccourcis; mandibules bidentées à l'extrémilé; mächoires bilobées : ce groupe, très-nombreux en espèces répandues dans toutes les contrées du globe, aussi bien au Nord qu’au Midi, comprend la plus grande partie des genres qui ont été formés récemment dans cette famille; les Coccinelles sont des Insectes de consistance très-molle, revêtus de jolies couleurs, et le plus souvent marqués de points; leur forme est arrondie, et on les prend sur les plantes et les arbres : comme types, nous ne citerons que deux des plus grandes et des plus communes espèces d'Europe, la C. septem-punctata, Linné, longue de 0,006 à 0",007, sur une largeur de 0,004, noire, à élytres d'un rouge orangé, avec trois points noirs sur chacune d'elles, et un septième commun aux deux et sur leur suture; bipunctata, Linné, plus petite, noire, à élytres rouges, avec un point noir sur chacune. — Larnoruirus, Fræl., à corselet rebordé sur les côtés, rétréci en arrière; tarses à deux premiers articles un peu bifides : une espèce unique, L. connatus, Fabr., d'Allemagne. — Norropnyeus, Gory, à {arses à deux premiers articles trèscourts : une espèce (N. nigropunctatus) du Cap. — SCYMNUS, Herbst, à corps orbiculaire, velu; antennes courtes, renflées brusquement en massue; corselet à peu près aussi large que les élytres : très-petits Insectes, surtout d'Europe, et dont les principaux sont les: S. minimus, Payk.; ater, Ilig., et frontalis, Fabr., ce dernier commun aux environs de Paris. — GACIDULA, Curtis, à corps un peu allongé; antennes plus longues que le corselet, filiformes; corps arrondi, ete. : quelques petites espèces, dont le type est le C. scutellata, Herbst, qui se trouve dans toute la France.

Pour terminer cette esquisse rapide de la famille des Coccinelliens, il nous resterait à indiquer les genres nombreux qui y ont été créés dans ces derniers temps: mais ces groupes reposent sur des particularités tellement minutieuses, tirées des élytres, du corselet, des parties‘de la bouche, etc., que cela nous entrainerait beaucoup trop loin; aussi nous bornerons-nous à renvoyer à l'excellente monographie de M. Mulsant et aux noms des principaux groupes indiqués en parlant des larves.

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Fig. 294.— Coccinella (Hiloceræ@)uva. Fig. 295. — Coccinella (Epilachna) argus. Fig. 296. — Cacidula lilura. {Grandeur naturelle.) ({arve,) {Grossi.)

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