PAPAVER. Tournefort, (Pavor
Plantes à suc laiteux, blanchâtre, à fleurs solitaires terminales, Calice à deux sépales. Corolle régulière, à quatre pétales. Étamines très-nombreuses. Stigmate sessile, pelté, discoïde, rayonné. Fruit capsulaire, arrondi ou ovoïde, uniloculaire, indéhiscent, ou s’ouvrant par des trous pratiqués sous le stigmate. Graines très-nombreuses, attachées à des placentas pariétaux, saillants et lamelliformes.
Le Pavot des jardins (P. somniferum, L.\ est une plante annuelle, originaire de la Perse et dé
l'Orient, et cultivée aujourd’hui dans tous nos jardins. On en connaît deux races principales, l’une à graines blanches, l’autre à graines noires; mais les variétés fondées sur la couleur et la forme des fleurs sont bien plus nombreuses, La première est exclusivement cultivée dans les pays chauds, sur
tout en Asie Mineure et en Égypte, dans ie but d'en retirer l'opium, l'un des médicaments calmants les plus célèbres que l’on connaisse. Ge produit s'obtient en faisant épaissir le suc qui découle des incisions faites à ses capsules avant leur maturité. On en obtient aussi par la décoction des feuilles ou des capsules mêmes; mais celui-ci est beaucoup moins pur. L’opium est un des agents thérapeutiques les plus précieux. Il exerce, dit M. Richard, un empire absolu sur le système nerveux; mais sa médication est très-compliquée et très-obseure. À faible dose, il calme l'excitation, apaise la douleur, et procure souvent un sommeil bienfaisant et réparateur. À dose plus élevée, tantôt il jette dans une stupeur plus ou moins profonde, tantôt dans un état de narcotique effrayant, tantôt, au contraire, il excite, exalte toutes les fonctions, et amène une sorte de délire et d’aliénation mentale; enfin il peut occasionner la mort.
Cependant, l'empire de l'habitude maîtrise facilement cette action violente; les Orientaux en consomment des quantités considérables sans être incommodés. Les Chinois et les peuples de lInde le fugent au lieu de le mâcher, mais après lui avoir fait subir diverses préparations dans lesquelles il perd son àcreté et ses propriétés narcotiques. L’opium ne produit plus alors que cet état de langueur et de somnolence voluptueuse si bien en harmonie avec le caractère de ces peuples. Les Arabes l’appellent abou-el-noum, le père du sommeil; quand ils veulent s’exciter au combat, ils en prennent une plus grande quantité à la fois. Cependant, on doit reconnaître que l’usage immodéré de l’opium affaiblit peu à peu les facultés intellectuelles, et conduit à l’abrutissement. Il produit souvent une ivresse furieuse; ‘aussi le gouvernement ture a-t-il cherché à en réprimer l'abus par les lois les plus sévères.
En France et dans le nord de l’Europe, la culture du Pavot a surtout pour objet l'extraction d’une huile qui peut remplacer l'huile d'olive dans les usages alimentaires; c’est surtout la variété à graines noires que l’on cultive dans ce but. Cette hnile est appelée huile d'œillette, mot qui vient sans doute par corruption du latin oleolum, diminutif d’oleum, huile, ou mieux de l'italien olietta, qui signifie aussi petite huile. Les semences de Pavot ne participent point aux propriétés vénéneuses-de la plante, on les mange dans plusieurs pays, et on s’en servait autrefois en France pour recouvrir diverses pâtisseries. Cela n’empêcha point les préjugés populaires de repousser cette huile comme impropre à l'alimentation; c’est l'agronome Rosier qui démontra, le premier, son innocuité à la fin du dernier Siècle. -
On a cherché, dans ces derniers temps, à retirer des Pavots cultivés dans nos champs une sorte d’opium propre à remplacer celui d'Orient. Les essais que l’on a tentés à cet égard ont donné des résultats fort avantageux. On est même parvenu à extraire lopium sans diminuer la production de l'huile; pour cela, on se sert d’un scarificateur qui ne fait aux capsules que des incisions superficielles, et permet ainsi aux graines d'arriver à leur maturité.
Les capsules sèches sont aussi employées en médecine sous le nom de têtes de Pavot; après qu’on en a retiré les graines, elles sont calmantes et anodines. C’est avec leur décoction que l’on prépare le sirop diacode, moins actif que le sirop d'opium proprement dit.
On connaît l’anecdote de l’envoyé de Porsenna, coupant, devant Tarquin, les têtes des Pavots qui s’élevaient au-dessus des autres. Les Pavots jouent aussi un rôle dans un trait de la vie de Brutus. Tarquin le Superbe avait rétabli les jeux compitaux en l'honneur des dieux Pénates et de leur mère, la déesse Mania; l'oracle avait déclaré qu’il fallait offrir des têtes si l’on voulait conserver des têtes. Les Romains s'étaient eru obligés en conséquence de sacrifier des enfants à Mania; ces horribles sacrifices furent abolis par Brutus, qui, interprétant dans un autre sens les paroles de l’oracle, ordonna que l’on offrirait à la déesse des têtes d’Ail et de Pavot.
Le Coquelicot (P. rhœas, L.) est une plante annuelle très-commune dans les moissons. Ses pétales, adoucissants et un peu calmants, entrent en médecine dans les espèces désignées sous le nom de fleurs pectorales; celles-ci sont usitées dans les catarrhes pulmonaires peu intenses.
On trouve dans les champs quelques autres espèces très-semblables au Coquelicot, et sur les mon-
. tagnes élevées le Pavot de Cambrie (P. Cambricum, L.), belle plante cultivée dans les jardins et devenue le type d’un nouveau genre sous le nom de Meconopsis Cambricu.
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