MUSA. Tournefort. (Bananier
Tige herbacée, dressée, recouverte par les gaines très-longues des feuilles; fleurs disposées en un long spadice solitaire, penché; périanthe partagé en deux divisions profondes, la supérieure et extérieure: subdivisée en cinq lobes, l'inférieure et intérieure cordiforme, concave; ovaire oblong; style cylindrique; stigmate à trois divisions bifides, rayonnantes; fruit charnu (péponide), à trois loges, à graines attachées sur les parois, avortant quelquefois par suite du développement du péricarpe.
C'est avec raison, dit Bernardin De Saint-Pierre, que Dampier, qui a fait le tour du monde avec tant d'intelligence, appelle le Bananier le Roi des végétaux. Ce que les Céréales, ajoute M. De Humboldt, sont pour l'Asie et l’Europe, le Bananier l’est pour une grande partie des habitants de l'Amérique équinoxiale; partout où la chaleur excède vingt-quatre degrés centigrades, le fruit du Bananier est un objet de culture du plus grand intérêt pour la subsistance de l’homme. Un régime de banane contient cent soixante à cent quatre-vingts fruits, et pèse trente à quarante kilogrammes; il n’est pas de plante qui, sur un petit espace de terrain, puisse produire une masse de substance nourrissante aussi considérable. Dans la banane mûre, le sucre est tout formé; il s’y trouve mêlé à la pulpe, et en telle abondance, que, si la Canne à sucre n’était pas cultivée dans la région des Bananiers, on pourrait, du fruit de ce dernier, extraire le sucre avec plus de profit qu'on ne le fait en Europe des Betteraves et du raisin. La banane, cucillie verte, contient le même princine nourrissant que le Blé, le
Riz, le Sagou, etc. On en extrait de la farine en la coupant en tranches, qu'on fait sécher au soleil sur des glacis et qu'on pile lorsqu'elles sont devenues friables; cette farine peut servir aux mêmes usages que celle de nos Céréales. Le fruit mûr est un mets très-agréable, que les Américains préparent d’une infinité de manières. Îl peut se conserver comme les figues et les dattes, et, dans cet état, il devient un objet de commerce. Dans un pays très-fertile, un arpent, planté en bananes, peut nourrir plus de cinquante individus, tandis qu'en Europe le même espace, planté en Froment, n'en pourrait nourrir que deux. L'eau qui sort en abondance du tronc d'un Bananier percé ou coupé est employée comme astringent dans les hémorragies. Une tisane faite avec des bananes cuites au four dans leur peau, dont on les dépouille avant de les faire bouillir, est une boisson très-salutaire dans les toux tenaces et dans ‘inflammation du poumon. Enfin, les fibres ont été employées pour la fabrication du papier et des étoffes.
Le Bananier joue un grand rôle dans les traditions religieuses des peuples, et particulièrement des juifs et des chrétiens. Ainsi, on y a vu l’arbre de science du Paradis terrestre; on a cru que c'était avec ses feuilles que le premier homme avait couvert sa nudité, d’où le nom de Figuier d'Adam; d’autres pensent que l'énorme grappe de raisin apportée à Moïse de la Terre-Promise était un régime de Bananier, etc.
On distingue cinq espèces principales de Bananier :
1° M. paradisiaca (Bananier du paradis ou à fruits longs, vulgairement Figuier d'Adam); 2° M. sapientum (Bananier à fruits courts);
5° M. Sinensis (Bananier de la Chine);
4° DE. rosacea (Bananier à spathes roses);
9° M. coccinca (Bananier à spathes rouges).
C’est la première espèce qui est la plus répandue; quand on veut en faire une plantation en grand, on arrache, aux pieds des vieux Bananiers, des rejetons de deux à trois pieds de haut; d’un coup de pioche on sépare leur bulbe du bulbe principal; on coupe sa tige à la hauteur de sept à huit pouces au-dessus du bulbe, et, après avoir creusé un trou convenable, on y couche obliquement le jeune plant, que l’on recouvre-de terre en n’en laissant dehors qu'environ deux pouces de long; un an après, et quelquefois moins, on récolte le régime mûr; la plante périt alors, mais elle est entourée de plusieurs rejetons qui lui succèdent, et ainsi de suite. Mais, dans nos climats, le Bananier ne peut s'élever qu’en serre chaude. 4