C. GREFFES PAR TIGES ET BRANCHES SUR PIED OU PAR APPROCHE
La manière d'opérer la plus simple et la plus usitée consiste à enlever, de part et d’autre, par une entaille de forme variable, la partie extérieure et presque morte de l'écorce, généralement même à dénuder ainsi le jeune bois, et à réunir ensuite le sujet et la greffe en les liant fortement l’un à l’autre. Lorsque l'adhérence des tissus s’est opérée, et que la greffe peut recevoir directement la séve du sujet, on l'isole de ses propres racines en la coupant au-dessous du point où l’on a opéré; en d’autres termes, on la sèvre. Ces greffes s’opèrent quand la séve est en mouvement.
Ce sont celles que la nature opère le plus fréquemment; dans la pratique, on les a mises à profit de diverses manières, soit pour transporter la tête d’un arbre sur une autre tige, soit pour donner plusieurs tiges ou plusieurs racines à une même tête, soit pour multiplier des espèces précieuses sans compromettre leur existence, soit, enfin, pour obtenir des sortes de treillis naturels en réunissant ainsi sur plusieurs points assez rapprochés les branches des arbrisseaux qui forment une haie.
D’après M. Gallesio, il y aurait une relation entre l’état sexuel des végétaux et le genre de greffe qu'il convient de leur appliquer. Ainsi, les greffes de la première classe seraient spécialement applicables aux végétaux diclines, celles de la seconde aux végétaux hermaphrodites.
Pour la réussite d’une greffe quelconque, on recommande toujours de mettre exactement en contact ou de faire coïncider le liber de la greffe avec celui du sujet. Or, on a évidemment attribué ici au liber ce qui n'appartient qu'à la zone végétative. La plus forte preuve que le contact des deux libers n’est pas indispensable, c’est qu'il est impossible dans certains cas, par exemple dans les greffes de la première classe.
La condition fondamentale pour la réussite de la greffe consiste dans l’affinité spécifique des deux individus qu'elle doit réunir. Ainsi, les espèces d’un même genre, à plus forte raison les variétés d’une même espèce, n’éprouvent pas en général de difficulté à se greffer l’une sur l’autre; mais déjà, entre deux genres souvent voisins d’une même famille, le succès de l'opération est généralement
moins assuré, parfois même très-difficile, sinon impossible; enfin, on n’en connaît aucun exemple positif entre des espèces de familles différentes.
La greffe est.une opération de la plus haute importance. Elle permet de reproduire avec la plus grande facilité un grand nombre de variétés précieuses qui échapperaient aux moyens ordinaires; elle a de plus l'avantage immense de conserver sans altération des variations accidentelles et de les rendre permanentes. Elle change aussi quelquefois le port des végétaux; ainsi, le Lilas prend celui d'un arbre quand il est greffé sur le Frêne; le Bignonia radicans, greffé en couronne sur le Catalpa, y forme une tête arrondie à branches pendantes, et ne portant qu’un très-petit nombre de crampons.
Fig 135. — Microchilus pictus.
Les végétaux dicotylés paraissent seuls susceptibles de se greffer l'un sur l’autre. Quant aux mono-
cotylés, on n'a pu jusqu'ici réussir à les greffer entre eux, ni, à plus forte raison, avec les végétaux dicotylés (1).
(1) DucnarTRE, ouvrage cité.