‹ Encyclopédie d'hygiène et de médecine publique (volume 2)Chapitre 71 sur 176 · Eure-et-Loir · texte numérisé non relu

Eure-et-Loir

France 165,9

Ainsi, pour la France entière, la diminution a été (avant la loi, 204,2; après la loi, 165,9) de 38,3 p. 1.000.

L’amélioration est considérable. Si, en 1886, la mortalité des enfants de 1 jour à 1 an était restée la même que pendant la période 1857 à 1866, il serait mort, cette année-là, 34.961 enfants de plus qu’il n'en est mort.

Peut-on conclure de cette amélioration de la mortalité infantile générale à l'amélioration de la mortalité spéciale des nourrissons confiés à d’autres soins que ceux de leur mère?

En étudiant les tableaux ci-dessus par département, on arrive à la convaincre qu'il en est ainsi. Dans les deux tableaux, les départements qui ont la plus forte mortalité sont ceux qui reçoivent des nourrissons de Paris ou des grandes villes telles que Lyon et Marseille. Or, dans ces départements, la diminution de la mortalité infantile est forte. C’est l’Eure-et-Loir, département d’importation de nourrissons, qui, dans les deux tableaux, a la mortalité la plus considérable. Mais quelle différence d’un tableau à l’autre ! De 369, la mortalité est descendue à 274, c’est-àdire qu’elle a diminué de 26 p. 100. Dans l’Yonne, autre département d’importation, la mortalité dépasse de 309 à 197, soit une diminution de 36 p. 100. 11 en est à peu près de même pour tous les départements qui sont dans le voisinage de Paris et qui reçoivent les nourrissons parisiens.

Sans doute, il en est où l’amélioration est peu sensible. L’Ardèche, en 1866, comptait 283 morts p. 1.000; en 1886, elle en compte encore 245. Mais le département de l’Ardèche est justement un de ceux que je viens de signaler comme n’appliquant pas la loi Roussel. Il reçoit les nourrissons de Lyon ; l’inspecteur départemental du Rhône va nous dire pourquoi la situation y est toujours mauvaise :

J ai parcouru dernièrement (1895) les trois circonscriptions de l’Ardèche : Vernoux, Tournon et Le Cheylard, et j'en suis revenu désolé d’être obligé d’avoir recours à un pays pareil pour le placement de nos enfants. Les moyens de communication et par conséquent les moyens d’inspection y sont déplorables. Une quantité de villages sont inabordables, non seulement en voiture, mais à cheval. Et pendant près de deux mois, l’hiver dernier, malgré toutes les sollicitations et les primes promises, l'arrivage des nourrices a été impossible, Il y avait un mètre de neige sur tous les chemins, quelquefois

HYGIÈNE ADMINISTRATIVE

deux, et dans certains endroits on faisait passer leur nourriture par la cheminée aux habitants des maisons englouties, Je vous laisse à penser dans quel état devaient arriver, après deux jours de voyage dans ces conditions, les enfants nouveau-nés que venaient prendre à Lyon les nourrices qui, poussées par la misère, et voulant profiter de la prime promise, osaient affronter les souffrances d’une expédition pareille.

Ce n’est pas là le seul inconvénient. Les habitants de l’Ardèche sont certainement les plus réfractaires de la région centrale aux principes de propreté et d’hygiène. Il suffit d’entrer dans ces pauvres cabanes, perdues au faite des châtaigneraies, pour s’en rendre compte. On ne sait jamais, au premier abord, si l’on est dans l’étable ou dans la maison d’habitation.

Il y a là des conditions contre lesquelles les lois resteront longtemps impuissantes. Le remède immédiat, pour les habitants de Lyon, serait de chercher des nourrices ailleurs que dans l’Ardèche. La moitié des nourrissons protégés, nés à Lyon, sont envoyés dans ce département inhospitalier; c’est comme si on les envoyait à la mort.

Pour serrer de plus près la question de l’influence de la loi, laissons la population infantile générale et’ recherchons la mortalité des nourrissons confiés à des nourrices mercenaires.

Il faut d’abord rappeler quelle était autrefois cette mortalité.

D’après un rapport de Lainé, ministre de l’intérieur en 1818, cette mortalité était en 1787, 1788, 1789., de 91 p. 100, — en 1815, 1810, 1817, de 75 p. 100.

En 1824, on l’évaluait à 60 p. 100 pour l’ensemble de la France. Qu’était-elle au début même de la loi? Il serait difficile de le dire: le service n’existant pas, il était impossible de dresser une statistique de ce genre. Quelques années après 1874, là où un embrion de service avait été créé, on a pu dresser cette statistique. Par exemple, dans le Calvados, en 1880, la loi Roussel n’avait encore reçu qu’un commencement d’exécution et la mortalité des nourrissons protégés, de 0 à 2 ans, était évaluée à 7,20 p. 100. Comme préfet de ce département, je m’efforçai d’y assurer l’exécution de la loi : le conseil général consentit au vote d’un crédit suffisant, et le service de la protection fut sérieusement organisé. Les résultats ne se firent pas attendre. En voici le tableau.

Moyenne des décès des nourrissons (1).

ANNÉES

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