‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 161 sur 364 · Voisenon, Œuvres, l. II, p. C · texte numérisé non relu

Voisenon, Œuvres, l. II, p. C

12. Il est â remarquer qu'en 17G0 les nouvi-aui ennemis des vaude-

hVCyCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE

duction musicale qui sévil alors, et que, dans le Départ de l'Opéra-comiqiie de Favart, nous voyons, pour la première fois, l'orchestre réclamer sa place au soleil, à côté des chanteurs et des poètes'.

De la sorte, la Foire fournit à l'historien un tahleau extrêmement vivant et coloré de l'actualité musicale au xvni' sircle, tableau qui ajoute aux personnages typiques du théâtre forain ceux des musiciens Cliquette, Harmoniphile et de l'Ariette.

Ces personnages du théâtre forain appartiennent à plusieurs catégories; il y a d'abord les personnages à masque du théâtre italien, personnages dont la Foire hérite en ligne directe, car elle puise immédialemenl dans les traditions de l'hôtel de liourgogne. C'estainsi que nous voyons sur ses tréteaux Arlequin, Pierrot, Scaramom-he, Mezzcttin,\e Docteur : Arleqtiinjruncisé par Dominique et devenu une manière de chevalier d'industrie, à la fois sceptique, railleur et naïf; Pierrot, qui représente les rustres de la banlieue de Paris^; Scnramotiche, qui joue les messagers et les valets avec une pointe de tartarinade et beaucoup de jargon; le Docteur, pédant, bavard, sentencieux et emphatique; enfin Mezzettin, h demi aventurier et à demi valet.

Il y a ensuite les personnages de convention, parmi lesquels les Soubrettes avec Colombine, Marinetle, Olivette, Lisette, etc.; les Amoureux el Amoureuses, ifjiis insit;uiriants et de même modèle, sauf dans li's |.ii rrs (iiienlales; puis les Pères, Rois, Sultans ri l'.iniiniilriirs. 11 y a, enfin, les personnages épisodiques, une des principales originalités de la Foire'. C'est à l'aide de ceux-ci que Lesage établit ses études sociales, si curieuses. Tour à tour, nous voyons défiler des leprésentants de la noblesse, sous les traits du Petit Maître, de la Grande Dame, àonl le cynisme est souvent extraordiuaire, de VAbbé et du Gascon, « héros de lansquenet et de pharaon ", puis les gens de lettres et les artistes, parmi lesquels les musiciens sont cruellement Iraités'»; les boui'geois, avec les types du Procureur, du Notaire, du Médecin, de l'Avocat bavard et glapissant; enfin, les petites gens, avec le Suisse, jargonneur et ivrogne, el les Paysans, que ni Lesage, ni Dancourt, ni Vadé, ni Piron, ne connaissent bien^.

Dans les pièces à écriteaux, la prose fait naturellement défaut; ces pièces sont de simples chapelets de vaudevilles, dans les intervalles desquels l'acteur supplée aux explications nécessaires par un jeu de scène approprié. Ce genre de spectacle tournait à

la pantomime; Lesage l'oriente vers la féerie et la parodie".

Avec l'introduction de la prose, la peinture des caractères devient possible; cette prose cimente les couplets, les relie les uns aux autres. Quant à ceuxci, leur rôle est multiple : tantôt ils s'emploient à exposer le sujet, tantôt ils visent à l'expression des passions ou au dessin des caractères. Lesage fait alors des vers de toutes mesures, mais ceux de six, sept et huit pieds sont les plus fréquents, l'alexandrin n'apparaissant que lorsque le poète manifeste l'intention de se gausser de la Comédie française. Dans tous les cas, ce qui le guide dans le choix de ses rythmes, c'est surtout l'air auquel le couplet doit s'adapter, et ceci nous amène aux moyens musicaux dont dispose le théâtre de Lesage.

A l'origine, le répertoire des airs de vaudevilles était très modeste; avec une douzaine d'airs de celte nature, les auteurs d'opéras-comiques se chargeaient de construire leurs petites pièces. Mais, dés que Lesage se met à collaborer au théâtre de la Foire, la situation change, et les airs mis à contribution se multiplient. Qu'il nous suffise de remarquer que ['Arlequin roi de Srrendib n'en contient pas moins de loO. Au fur et à mesure que les prohibitions qui pesaient sur les Forains s'atténuent, et que les acleurs peuvent chanter eux-mêmes les couplets, le nombre des airs introduits dans les opéras-comiques augmente sensiblement. La part réservée à la musique devient de plus en plus considérable, et la collaboration d'un musicien s'impose. C'est à ce titre que Gillier et les compositeurs que nous avons énumérés plus haut s'attachent aux spectacles forains.

A vrai dire, leur rôle est assez subalterne; il se borne essentiellement à « ajuster » les airs aux couplets, à choisir, parmi les vieux fredons, ceux dont l'expression musicale s'adapte le mieux aux paroles'. Et, à ce point de vue, le répertoire de ces vieux fredons apporte aux musiciens de grandes facilités. Il y a toute une série de mélodies dont le sens expressif est parfaitement déterminé et parfaitement clair. Employés toujours dans les mêmes situations, ces airs prennent une valeur de véritables leitmotifs, car tout le monde sait ce qu'ils veulent dire, et point n'est besoin de gloses explicatives pour définir leur signification. On peut, ainsi, dresser une sorte de tahleau des leitmotifs employés, une manière de catalogue des thèmes conducteurs de l'opéra-comique. En voici quelques exemples :

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