Cf. Weitzmaan, hco cil., p
12° Quarte consonanto (quarte, sixte majeure ou mineure, octave).
13° Septième et neuvième (septième, neuvième, tierce, quinte').
14° Septième superflue (septième, seconde, quarte et quinte).
15° Septième supcrilue jointe à la sixte mineure (septième, seconde, quarte, sixte mineure).
10° Sixte majeure jointe à la fausse quinte (quinte diminuée, tierce et sixte majeure).
l Sixte jointe au triton (sixte, tierce, quarte 1 augmentée).
j Septième jointe à lafausse quinte (septième, ( tierce, quinte diminuée).
18° Quinte superflue (quinte augmentée, septième, neuvième, tierce).
19° Triton joint à la tierce mineure (tierce mineure, quarte augmentée, sixte).
20° Seconde superflue (seconde augmentée, quarte augmentée, sixte).
21° Septième diminuée.
Ainsi que l'observe M. Quittard, cette classification, cet état des accords en usage au commencement du xvni° siècle, prouvent de quelles ressources s'était enrichie la musique depuis Lulli, mais démontrent aussi la décadence du contrepoint. Rameau n'a que fort peu ajouté à ce matériel.
Signalons encore un grand amateur de musique descriptive, Guillaume-Antoine CalvièreS qui, né à Paris vers 1693, inourul, dans cette ville, le 18 avril 17oo. En janvier 1739, Calvière obtenait une place d'organiste à la chapelle royale, après le décès de Guillaume Marchand. Calvière avait déjà concouru antérieurement pour une place d'organiste de la chapelle royale, et à ce concours prenait part d'Aï gincourt, qui lui fut préféré en raison de son âge. Formé, ainsi qu'il le disait lui-même, « sous l'orgue de Saint-Gervais » tenu par François Couperin, Calvière pouvait se proclamer élève du célèbre musicien; il obtint, en outre, l'orgue de Sainte-Marguerite et de Notre-Dame et laissa un grand nombre de P'ièces d'orgue manuscrites.
Calvière professait l'esthétique objective de Couperin, que nous retrouverons lorsque nous traiterons du Motet.
Son rival François d'Agincourt, né à Rouen, organiste de la cathédrale de cette ville et décédé en juin 17a8, après avoir occupé une charge à la chapelle royale, a laissé un livre de Pièces de clavecin (1733) où s'observent les mêmes tendances'*.
On peut en dire autant de Louis-Claude Daquin ou d'Aquin, qui fait bonne ligure aux côtés de Marchand et de François Couperin^.
Né à Paris, le 4 juillet 1694, et filleul d'Elisabeth- Claude Jacquet de la Guerre', qui lui donna ses premières irapi-essions musicales, Daquin se faisait entendre au roi dès l'âge de six ans. A huit ans, cet enfant prodige apportait à son maître Bernier un Beatus vir à grand chœur avec symphonie, et se voyait nommé comme organiste à la Sainte Chapelle, à l'Age invraisemblable de douze ans. Titulaire de l'orgue des chanoines réguliers du Petit-Saint-Antoine (17061, Daquin concourt en 1727 pour l'orgue de Saint-Paul,
6. .irchifs clc.1 maîtres de l'iirijue, t. III. — [,a vie de Daquin se trouve dans le t. 11 de l'Année franruise ou vies des Hommes illustres gui ont honoré la France, par M. Manuel, p. 359. Voir aussi Mercier, Tableau de Paris (4* édit. de 1788), 11, p. 81 et suivantes, et Fais, 11, p. 4i8.
7. M'i- Jacquet de Laguerre ou La Guerre était née à Paris vers 1664, et mourut en 1729. Voir r^r(, 20» année (1894), p. 108,112.
ENCyr.LOPÈDIE DE LA. MUSIQUE ET PICTIONNAIRE DU CONSEliVATniRE
et a l'honneur de triompher de Rameau. Marchand trouvait que, seul de tous les organistes de son temps, Daquin était vraiment digne de lui, et, de son côté, Rameau déclarait qu'il était le seul à avoir conservé à l'orgue la majesté qui lui convient.
De fait, Daquin, en s'inspirant de Louis Marchand, maintenait les traditions sévères du style d'orgue. Son Livre df. Nocls pour l'orgue contient nombre de thèmes que ses prédécesseurs avaient traités; l'écriture en est correcte, souvent majestueuse. En 1732, Daquin remplace Marchand aux Cordeliers, et, en 1739, il est nommé organiste du roi'. Jusqu'à un âge fort avancé, il faisait courir tout Paris à Saint-Paul. Daquin mourut le 15 juin 1772, et fut enterré à Saint- Paul.
Il a composé un Livre de Pièces de clavecin portant la date de 173o et où s'avèrent ses tendances descriptives en même temps que l'imitation de Marchand, auquel il emprunte son style à deux ou trois voix et ses dispositions harmoniques. 11 a subi aussi l'in- Ouence italienne, et, dans sa technique, notamment, on peut relever des traces de la manière de Searlatti. Au point de vue formel, Daquin groupe ses pièces en Suites et leur donne des titres pittoresques; il affectionne la forme Rondeau (le Coucou, l'Hirondelle) et procède de la même façon que Couperin à l'échange des tonalités; comme Couperin encore, il écrit dans ses pièces des deuxièmes parties en mineur et néglige les désignations classiques de danses. On ne rencontre presque plus, au cours de son œuvre, d'Allemandes, de Courantes, même de Menuets; les pièces portent des titres suggestifs, et le musicien s'efforce de les traiter comme de petits ensembles poétiques, voire dramatiques. Nous citerons, en particulier, les Plaisirs de la Chasse, qui constituent toute une scène chargée de péripéties. A l'exemple de Couperin, il élargit le Rondeau, pour lequel il marque une grande prédilection^, mais il a moins de variété dans l'exécution, moins de richesse dans l'invention. Lorsqu'il tenait l'orgue du Concert spirituel, sous la direction Royer, Daquin brodait d'interludes les airs de Noéls et les Carillons qui faisaient fureur à cette époque'. Il aimait aussi beaucoup transcrire sa musique pour d'autres instruments, et l'Avertissement de ses Pièces de clavecin témoigne de ses goûts symphoniques. C'était un exécutant précis, doué d'une remarquable égalité des mains. La Mélodie, la Guitare et les Trois Cadnices demeurèrent longtemps célèbres. Outre son Premier Livre de Noëls pour l'orgue et ses Pièces de clavecin, il a laissé un Nouveau Livre de Noèls pour l'orgue et le clavecin, dont la plupart peuvent s'exécuter sur les Violons, Flûtes, Hautbois (s. d.).
Venons-en maintenant à l'illustre musicien qui, de sa haute stature, domine toute cette époque, à Jean- Philippe Rameau*. Nous n'insisterons pas ici sur sa biographie, que nous avons déjà exposée ailleurs; nous n'ex^iminerons que son œuvre de clavecin.
En voici l'inventaire : i° Premier Livre de Pièces de clavecin, Paris, 1706; 2» Pièces de clavecin avec une Méthode pour la méchanique des doigts, où l'on enseigne les moyens de se procurer une parfaite exécution sur cet instrument, Paris, 1724; 3° Nouvelles Suites
de Pièces de clavecin avec des remarques sur les différents genres de Musique, Paris, avant 1731 ; 4° Pièces de clavecin en concerts avec un violon ou une flûte et une viole ou un deuxième violon, 1741.
On sait, qu'installé àParis vers 1703, Rameau s'était mis au nombre des élèves de Marchand. Son premier livre de Pièces de clavecin, publié en 1706 et gravé par Roussel, ne produisit pas grande sensation, lors de son apparition, et il convient de reconnaître que cette œuvre de jeunesse (l'auteur n'avait que vingt-trois ans) ne laissait point pressentir la brillante carrière que l'avenir réservait à Rameau. Ce livre comprend neuf pièces en forme d'airs de danse qu'accompagne, à la fin, une indication des signes d'agréments, au nombre de six, employés par le musicien. Le style rappelle, en plus ferme, celui de Marchand, et ces neuf pièces constituent une Suite conçue sur le vieux type français et précédée d'un Prélude non mesuré.
Lorsque Rameau, dix-huit ans plus tard °, fait graver son deuxième livre de Pièces de clavecin, son talent a mûri, sa technique, après de longues méditations sur la théorie de la musique, s'est alTermie, et toute trace d'imitation a disparu de son style. Les deux groupes de pièces qui constituent ce volume se rapprochent des Ordres de Couperin ; il y règne une fantaisie et une souplesse charmantes, que symbolisent à ravir les titres donnés par Rameau à ses compositions. Sans doute, sous ces titres pittoresques et pimpants, se cache toujours un air de danse aisément reconnaissable. C'est ainsi que l'Entretien des Muses est une Sarabande, que les Tourbillons et les Cyclopes dissimulent des Rondeaux, que le Lardon consiste en un Menuet dont la Roileuse constitue le trio; mais la forme type de toutes ces danses s'assouplit dans la main de Rameau; le jeu des tonalités se perfectionne, la mélodie prend un caractère plus accusé, plus neuf, plus généreux. Les moyens d'expression s'accumulent au sein de ces petites pièces avec une prodigalité et une intensité inconnues de Couperin, quoique des rapports évidents, mis en lumière par M. Weitzmann, relient les deux maîtres". Il convient d'ajouter, qu'au point de vue harmonique, les pièces de Rameau sont loin de présenter le même intérêt que celles de Couperin; l'harmonie de Rameau est toujours réalisée d'une façon volontaire, réfléchie; elle n'a pas de ces échappées audacieuses et imprévues si fréquentes chez Couperin. Les Nouvelles Suites de 1731, véritable chefd'œuvre de la musique de clavecin, affirment la maturité d'invention de Rameau. Ici, le musicien incline vers la manière de Searlatti, multiplie les échanges entre les deux claviers, au grand avantage de l'expression et des nuances; on le sent évoluer vers un dispositif qui se rapproche de la forme sonate, car, dans l'air de danse en deux parties, il introduit des motifs accessoires qui, présentés dans la première partie, se développent dans la seconde. Les intentions descriptives et imitatives y abondent, et tout le monde connaît son amusante transcription du cri de la poule.
Déjà le traité <> de la méchanique des doigts », qui précède le deuxième livre, montre l'importance que Rameau attribuait au doigter et au mécanisme; il apportait là de précieuses indications et d'importantes innovations, car il s'élevait contre l'exclusion du
1. La nomination est du 13 avril 1739. Daquin remplaçait Dandrieu. Arcli. nat., O', 83.
2. Comme exemples de rondeaux de Daquin, nous citerons la Mélodieuse et la Jionde bachique (1735).