Deuiieme air des Magiciens, édition MichaPlis, p
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XVII" ET XVIII' SIECLES
FRANCE vm
Mais c'est surloiit sur le terrain de l'harmonie et (le rinstrumentalion que Destouches se montre novateur.
L'haimonie du musicien à'hsé est souvent des plus curieuses par son audace et par sou caractère expressif, et on peut classer Destouches, à cet égard, parmi les premiers artisans de l'impressionnisme musical. A l'eiiconlre des musiciens qui l'ont précédé, et en particulier de Canipra, lequel n'envisage l'harmonie qu'au strict point de vue tonal, Deslouches aime l'accord pour lui-même, pour sa valeur propre, pour son pouvoir spécial d'expression. Il ne se préoccupe pas de savoir si tel accord nuit à l'étahlissement de telle tonalité ou confirme celle-ci; il ne confine pas les agrégations sonores dans le rôle qu'elles ont avant lui d'agents exclusifs de la tonalité; il les emploie indépendamment de toule idée de cadence. Bien entendu, Destouches n'opère pas ainsi de façon continue et systématique; le plus souvent, il traite l'harnioni'^ ilo manière purement tonale, et
ses inventions n'ont qu'un caractère intermittent; mais, telles quelles, elles n'en sont pas moins remarquablement caractéristiques. Chez lui, les dissonances, septièmes, neuvièmes, accords altérés, apparaissent librement, dans le but d'exprimer un sentiment, soit que, conformément à l'esthétique de sou temps, il emploie la dissonance comme représentative d'un déchirement, d'une douleur, comme expressive d'une atmosphère de tristesse et d'accablement, soit qu'au contraire la dissonance intervienne pour suggérer une impression de calme, de quiétude grave. Nous allons montrer des exemples de ces deux aspects de la dissonance dans la musique de Destouches.
Voici d'abord la dissonance employée pour assombrir, pour endeuiller une situation. La scène de l'oracle, dans Callirhoé, s'accompagne d'une série de 7"^' où, vers la fin, se glisse une 9= qui se résout par deux 7". Il résulte de cette série de dissonances une grande impression de tristesse. En voici le début' :
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Voici maintenant la dissonance employée comme moyen d'expression du calme. Dans le chœur à trois voix d'Lsst' : k Belle Issé, suspendez vos plaintes, » le mot « calmer » repose sur l'acccord aol, ut, ré, dans lequel la 9" ut, ré, sonne avec une profondeur tranquille du plus heureux effet =. Nous trouvons un autre passage encore plus surprenant dans le ballet
des Élémenla, au moment où Leucosie, seule sur le bord de la mer, chante : « La mer était tranquille au lever de l'aurore'. » Il y a là une étonnante 9" qui esquisse, dans le ton de sol mineur, celui de fa majeur, et qui est suivie d'un accord de 9= avec quinte augmentée à la basse :
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ENC.YCLOPÉniE DE LA MUSIQUE ET DICTIOX.XAlliE DU CONSERVATOinE
ilisposilion tout à fait extraordinaire pour l'époque. Ces deux accords dissonants s'adaptent on ne peut mieux au caractère de rêverie de la scène; c'est une véritable touche d'impressionnisme musical.
De semblables trouvailles harmoniques émaillent çà et là la musique de Destouches, mais l'auteur des Êlémciila ne systématise pas ses inventions; il les distribue nonclialamment, conmie en passant; il n'a pas do style harmonique personnel, et trop souvent, a côté de détails d'une ingéniosité renian|uable, il étale d'inqualifiables fadeurs. Grinini, dans sa célèbre Lettre sur Omphide, lui reprochait maladroitement les passages où il fait justement preuve d'originalité, en l'accusant de laisser sa basse errer au hasard.
Au point de vue instrumentation, Destouches marque une prédilection particulière pour l'isolement des timbres. Son instrumentation est très individualiste; il aime entendre les divers instruments sonner séparément, en solo; il évite, dans son orchestre, toute surcharge, toute lourdeur, et instrumente légèrement et finement.
C'est ainsi qu'il recherche et réalise heureusement les oppositions de timbres. Les Canaries, de Marthésj'e' établissent une opposition qui se maintient tout le long du morceau entre deux flûtes et le TuUi symphonique. La partition porte les mentions alternatives : Tous, /lûtes. Tous, flûtes, etc.
De même, au I" acte des Stratagèmes de l'Amour^, les deux tambourins des airs pour les Matelots présentent une orchestration fort piquante et très pitto- ' resque, basée sur le contraste des petites lli'ites, des bassons et de la basse de violon. Le III« acte de ce ballet contient un rondeau qui marie le timbre du hautbois aux bassons, et qui oppose le groupe de ces deux instruments au reste de la symphonie'.
Celte préoccupation d'atdrnier le coloris instrumental au moyen de contrastes de timbres se manifeste presque conlinuellement dans l'œuvre de Destouches. Nous pourrions citer encore à cet égard la grande chacoune variée qui termine le III' acte des Eléments, et qui, ainsi que l'observe M. d'indy, rappelle par son style et par son ampleur certaines pièces de J.-S. Bach*.
Destouches, toujours en vertu des mêmes préoccupations, emploie souvent des instruments solistes. Le Prologue à'Issé nous montre un air d'une Hespéride accompagné seulement d'une tliàte et d'une viole solo, ce qui donne lieu à une sonorité très douce, très langoureuse. L'usage simultané de la flûte et des instruments à cordes est, du reste, fréquemment pratiqué par Destouches; ainsi, au IV« acte d'/sst', la Oûte, pour imiter un ramage d'oiseaux, gazouille amoureusement au-dessus de dessins chromatiques présentés par les violons (scène i, Issé seule).
Destouches manie fort habilement les instruments de cuivre, trompettes et cors; il se sert des trompettes non seulement à l'occasion des épisodes guerriers, mais encore pour caractériser des parties souvent fort étendues de ses opéras, pour donner à cellesci une couleur martiale; le I" acte d'Omphale, par exemple, se trouve situé de la sorte dans une atmosphère belliqueuse et noble.
Quant aux cors, il les emploie tantôt seuls, tantôt avec les violons, comme dans la scène de Pan du
ollection Micimc
1V<: acte des Éléments'-. Le « deuxième uir ou Hondeau pour les Chasseurs^ » de ce même ballet est instrumenté de la façon la plus neuve au point de vue des cors, qui y sont traités tout à fait symplioniquement. On les entend d'abord seuls, puis avec les instruments à archet, enfin hautbois et bassons leur répondent. Le Trio de cet air pl-ésente des oppositions de même nature ; il débute piano par le thème des cors, que les bassons soutiennent en notes piquées. Tout le morceau a l'allure d'un véritable scherzo symphonique. L'écriture du quatuor à cordes offre certaines particularités qu'il importe de signaler. Destouches, dans son attention à user du coloris instrumental et à rechercher des elfets expressifs, se garde bien de pratiquer l'écriture à tout faire de ses contemporains; il s'ingénie à varier la sonorité du groupe des instruments à archet, qu'il place tantôt dans le grave, tantôt à faigu, allant même jusqu'à supprimer les basses, comme, par exemple, dans la scène de la sirène Leucosie que nous avons citée plus haut et qui n'admet que des violons et des tailles, sans basses; il en résulte alors une sonorité estompée et mystérieuse.
Du reste, la suppression de la basse se manifeste chez Destouches lorsqu'il veut réaliser un elTet de légèreté. Les « Airs pour les Zéphyrs » des Élrmcnts'^ sont instrumentés seulement au moyen de IhUes, de dessus de violon et de hautes-contres qui dessinent un motif en canon très expressif.
D'une manière générale, Destouches attache une grande importance au choix des timbres auxquels il confie l'exposé de ses mélodies ; il confère, de la sorte, à celle-ci un caractère extrêmement marqué; souvent, alors, les thèmes mélodiques, fortement soulignés par leur véhicule instrumental, s'abrègent, se condensent, se réduisent à de simples accents mélodiques, un peu comme chez Campra.
Ainsi, dans Amadis de tirèce, on remarque au l'"'