‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 55 sur 364 · F RANGE · texte numérisé non relu

F RANGE

L'inllueiice italienne n'a pas pesé sur lui d'un poids très lourd. Cependant, on peut en retrouver des traces çà et là dans son œuvre, et sa comédie-ballet du Caniaïul et la Folie n'est point sans présenter quelques caractères italiens; il s'agit, ici, d'un véritable opéra-comique; au 111» acte, une addition intitulée le Professeur de Folie est écrite sur des paroles italiennes, et met en scène une troupe de matassins, un musicien, un danseur et un pocle'.

Le goftt du pittoresque et la passion de l'exotisme qui sévissait de son temps, aussi bien dans l'opéia que dans l'opéra-comique et jusque dans la tragédie, ont inspiré à Destouclies des airs qui étaient censés caractériser différentes nations. Le 111" acte de la pastorale iVlssé présente, à la fin, une série de morceaux symplioniquos destinés à être dansés par des Européens, des Chinois, des Américains et des Egyptiens-. Il est supertlu d'ajouter que ces airs n'ont aucun aspect exotique, et que, de son voyage à Siam, Destouches ne rapporta aucune impression musicale susceptible de modifier ou d'influencer sa manière^. La couleur locale, au cours de ces danses, se réalise simplement par les costumes plus ou moins fantaisistes dont sont revêtus les danseurs.

Si Destouches ne parvient pas à imprimer à ses symphonies de danse le caractère ethnique que leurs titres pourraient laisser supposer, du moins possèdet-il, à un rare degré, le sentiment pastoral. 11 excelle dans ce genre, et sa galanterie enrubannée s'exprime en de délicieuses pages qui font de lui une sorte de Watteau musical. Hien de plus gracieux que la scène m du IIl'^ acte d'hsù (Hilas et Issé endormie), toute remplie du fleurtis murmurant des ruisseaux; rien de plus tendre que la célèbre sarabande de cette même pastorale, qui jouit si longtemps d'une juste faveur. Les velléités pastorales de Destouches s'affirment encore par le grand nombre d'airs campagnards, musettes, tambourins, qu'il a écrits, et qui s'accordent si bien avec l'esthétique galante et rustique de son temps.

En résumé, la musique de Destouches est une musique à la fois noble et tendre, de caractère galant et pastoral très marqué; elle possède les qualités fi'ançaises de clarlé, de sobriété et d'élégance que nous retrouvons à un degré si éminent chez Hameau. 11 n'a manqué à Destouches, pour être un grand musicien, qu'un peu de goi'U pour le travail.

Destouches accuse bien nettement la tendance que présente l'opéra français de l'époque de la Régence à incliner vers le ballet et le demi-genre.

Cette tendance, nous la retrouvons chez Charles- Hubert Gervais, intendant de la musique du Régent, et maître de composition de ce prince'. Son opéra d' Hijpeniinestre, \oaé le 3 novembre 1716, appartenait,

1. La comédic-LalIct le Carnaval et la Folie, clunt le élaient d'Houd;ird de La Mollo, fut reprise avec succi-s jusqi

2. Lorsque, à la reprise de 1708, Issé fut mise de trois acte les airs exotiques furent reportés à la fin du V° acte.

3. Au cours de son voyage à Siam (Relation de son premier voyage), ic F. T;icliiird avait assisté à des danses locales et entendu la musique si originale et si nouvelle pour lui des indigènes ; mais Destouclies ne retint rien de cette musique.

4. D'après Clioron et Fayollc, le Régent aurait composé une partie fï Hypermnestre, et notamment le Tambourin de cet opéra.

u. Gervais fut pendant plus de 15 ans maître de musique de la chapelle du roi (Tilou du Tillet, Deuxième Supplément au Parnasse fran- •■ais, C.XCVII, p. 19). Voir aussi Nemeitz, te Séjour d Paris, p. 354, et La Borde, Essai sur la musique, III, p. 4io. Gervais composa des Motets pour la ciiapelle royale et des Cantates françaises qui parurenten 171i.

6. Dnixième Supplément au Parnasse français, p. 59. — M. Brenet. les Concerl.t en France, p. 133, 186 et sui». '— La Borde, Essai, III, p. 394. — Fétis.

tout comme sou ballet des \iiiuurs de Protide (10 mai n20), au type gracieux et léger qui semble prévaloir alors ^

C'est encore l'opéra-ballel que cultive Rourgeois''. Thomas-Louis Rourgeois était, selon Titon du Tillet, originaire de Dijon, ot"! il naquit vers 1676'. D'abord haute-contre ix l'Opéra (vers 1708), il préfère les aventures à l'existence sédentaire d'un fonctionnaire lyiique, s'en va à Toul, puis il Strasbourg, comme maître de chapelle. En 1725 ou 1730, Rourgeois, « usé ii Paris », venait chanter au concert de sa ville natale', et, après avoir dirigé la musique du duc de Bourbon, il mourait à Paris, en i7o0 ou 17.Ï1.

Célèbre surtout par ses Cantates^, Bourgeois a laissé deux ballets en trois entrées, les Amours déguisés (22 août 1713) et les Plaisirs de la Paix (29 avril niîi), d'un agréable caractère et d'une écriture aisée.

La musique de Mouret'" rentre dans le même type léger, tendre et spirituel, auquel une mythologie féconde fournissait des cadres appropriés. Jean-Joseph Mouret naquit à Avignon le H avril 1682. Comme Campra, il appartenait à cette génération de musiciens provençaux chez qui la plante mélodique poussait de gracieuses tleuis. Tout jeune encore, il jouissait d'une célébrité locale d'excellent compositeur. Agréablement doué au point de vue physique, possédant une voix bien timbrée et ne manquant pas d'esprit, Mouret fut accueilli à bras ouverts par la société parisienne. 11 entra, en qualité de maître de musique, chez le maréchal de .\oailles", et la duchesse du Maine ne tarda pas à le distinguer. Elle en fit le directeur de sa musique (1707), ce qui valut au musicien de nombreux succès lors des fêles de Sceaux. Depuis 1717, il s'était attaché aux comédiens italiens, pour lesquels il composait des divertissements. Mouret devait être moins heureux en affaires. Associé commanditaire du Concert spirituel avec Lannoy et Siniard, il est poursuivi par la veuve Lannoy, à la mort de son associé, en restitution d'une somme de 10.000 livres, est condamné au Chàtelet, et finit par traiter à l'amiable en 1731, après évocation de sa cause au conseil du roi. A peine délivré de ces préoccupations, il tombe dans les gritfes du nouveau concessionnaire de rOpéia, le sieur Gruer, puis assume la direction artistique du Concert, et est nommé compositeur de la Comédie italienne. Les tracas qu'il avait endurés ne le laissèrent pas indemne, et bientôt Mouret mainfesta des signes de dérangement d'esprit. Obligé alors d'abandonner son emploi à la Comédie italienne et ses fonctions auprès de la nympRe de Sceaux, l'infortuné musicien dut être enfermé à Charenton, chez les Pères de la Charité, où il mourut le 20 décembre 1738, en possession d'une pension de 1.000 livres que lui servait le prince de Carignan'-.

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