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2974 ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DlCriONNAIRE DU CONSERVATOIRE
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Parlons maintenant du compositeur Tocrtchani- Now (Pierre-Ivanovitch), né en 1779, mort en 18.")6. Archiprêlre et compositeur de musique religieuse, élève de Vedel, il travailla aux transcriptions des anciennes mélodies du plain-cliant.
Ses transcriptions sont Ijasées sur les règles de l'harmonie cliromaliqiie et sur les règles iln rythme symétrique de la musique d'Europe occidentale.
Tol'ricuani.now, qui linit par appartenir au clergé, faisait partie, dans sa jeunesse, du corps des chasseurs à pied, alors en formation, lorsque le prince
Potemkine, ministr.' de l'impératrice Catherine II el grand amateur de musique, émerveillé de sa voix, le recommanda à Sarti.
« Dans ses compositions, dit Albert Soubies, ïourt- CHAM-Now lit preuve d'un grand souci archéologique, d'un profond respect à l'égard de la mélopée Kturgique. Aussi, lorsque plus tard le Saint-Synode pi-oliiba, comme trop mondaine, l'onivre de beaucoup de composileuis religieux de ce temps, les coniposiiions de Tourtchaninow, à cause de leur aspect grave et simple, échappèrent à celte rigueur. »
Ijé Khérouvimi.
TOURTCIIA.MNOW.
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TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
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Antérieurement à lui, nous citerons encore quelques élèves de Sarti, compositeurs russes qui subirent d'abord l'intluence de la musique polonaise ; Théodore Redrikow, Basile I^tow, Nicolas Bovikine et Basile Winogradow.
Ils composaient non seulement des concerts, mais aussi des messes. L'intluence de celte musique dura jusqu'à la mort de l'empereui" Pierre le Grand en 1725, et fut remplacée par finlluence de l'école italienne.
E^^CYCl.OPÉnlE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE
Après la mort dp Iîortnianskv, hi direction de la nliapclle fiilconliéeau conseiller privé Lvofk, homme (l'un f,'OiU exquis et possédant une grande connaissance pratique îles œuvres magistrales de toutes les écoles. Ami intime et l'un des plus sincères admil'atcurs de noiiTiNiANSKV, il se fit un devoir de suivre scrupuleusement la marche que celui-ci avait tracée. La Chapelle impériale était déjà parvenue à un degré de splendeur remarqualile, lorsque, en 18.'!G, après la mort du conseiller Lvoff, son (ils, le général Alexis Lvoff, en fut nommé directeur. La plupart des amateurs de quatuors et les grands violonistes de tonte l'Eui'ope connaissent ce musicien éminenl^ à la fois virtuose et compositeur.
« Alexis-Théodorovilch Lvoff naquit à lîevel en 1799 et mourut en 1870. Son talent sur le violon était remarquable, dit Hector REnLioz, et son dernier ouvrage, que j'entendis à Saint-Pétersbourg il y a quatre ans, l'opéra d'Onrfîne, dont M. de Saint-Georges vient de traduire le livret en franeais, contient des beaulés de l'ordre le plus élevé, fraîches, vives, jeunes et d'une originalité charmante. Depuis qu'il dirige le chii'ur des chantres de la cour, tout en suivant la même voie que ses devanciers, en ce qui concerne le perfectionnement de l'exécution, il s'est appliqué à augmenter le répertoire déjà si riche de cette chapelle, soit en composant des pièces de musique religieuse, soit en se livrant à d'utiles et savantes investigations dans les arcbives de l'Eglise russe, recherches grâce auxquelles il a fait plusieurs découvertes précieuses pour l'histoire de l'art. »
Alexis LvoFF fut un défenseur zélé du l'ythme asvmétrique.
Dans sa brochure intitulée Rythme libre asyméiriqiic (Pétersbourg, tSoS), il écrit :
« Toute la force et toute l'importance dans le chant d'église sont dans les paroles des prières. Le but de la mélodie est de donner aux paroles le plus de clarté possible. »
Il est évident que le chant d'église doit être absolument conforme au caractère de la prière, et les notes elles-mêmes doivent se soumettre au rythme des paroles.
« Celui qui comprend l'importance de la prière {continue Lvoff dans sa brochure), celui qui suit pendant le chant les paroles des mélodies, doit éprouver une jouissance inlinie en les écoulant accompagnées par une harmonie simple et noble, exécutée par plusieurs voix prononçant ces paroles en même temps, distinctement, en paifait accord et avec une prononciation correcte. I-es trilles, les roulades, ne doivent pas exister dans le chant d'église, c'est avec des mélodies simples et pures que doivent s'élever nos prières veis le trône du Tout- Puissant.
" L'' texte de nos prières a son caractère spécial auquel doit se soumettre le caractère de la mélodie. Beaucoup de compositeurs ont voulu subordonner la mélodie à une mesure régulière; le chant de cette manière était composé d'après les règles du rythme, mais il ne répondait plus au caractère de la prière et l'harmonie parfaite entre le chant et les paroles ne subsistait plus.
«Ces compositeurs, soumis qu'ils étaient aux règles de la musique, furent obligés d'introduire une foule de licences dans le texte : ainsi, pour conserver le rythme à la mélodie, on répétait plusieurs fois le môme mot, on ne prononçait plus les paroles en même temps, de sorte que le sens de la prière était
altéré et les fidèles ne comprirent plus les paroles chantées. Ces compositeurs étaient donc dans une profond(! erreur lorsqu'ils voulaient soumettre les anciennes mélodies orthodoxes à une mesure uniforme. >i
Lvoff ne se borna pas à des raisonnements théoriques, il les mit en pratique dans ses transcriptions des anciennes mélodies d'église.
P. VoROTNiKOFF, ancien professeur de la Chapelle impériale, collaborateur tout dévoué de Lvoff, partageait les mêmes idées et principes en ce qui concerne la musique religieuse.
Albert Souiufs écrit dans l'ouvrage déjà cité : Il Sous les deux Lvoff, la Chapelle impériale acquit ce degré d'incomparable perfection qui a frappé d'admiration plusieurs voyageurs occidentaux, en particulier Adolphe Ad.^m. Celui-ci fut surtout étonné de l'effet produit par la formidable voix des basses, <i contrebasses vivantes », comme il les appelle ingénieusement. Leurs voix profondes, amples, timbrées, merveilleusement stylées, lui parurent une chose absolument unique, de nature à causer à l'auditeur une indicible impression. »
« L'œuvre capitale à laquelle reste attaché le nom d'Alexis Lvoff est l'énoime recueil, en onze forts in-quarto, des chants liturgiques se rapportant aux offices du rite orthodoxe, d'après le texte en vieux slavon, et conformément aux traditions de l'Eglise de liussie. Ces chants sont harmonisés correctement à quatre parties, soprano, alto, ténor et basse. Lvoff eut sans doute des coopérateurs dans ce travail colossal, mais il prit sûrement la plus grande part à sa réalisation.
« C'était déjà l'empereur Alexandre I'"' qui, remarquant la corruption progressive du style, nonobstant l'ukase de sou prédécesseur Paul P'', avait insisté avec énergie pour bannir de sa chapelle particulière la musique de facture récente, et pour n'y laisser exécuter que le chant d'origine ancienne. Bientôt, cette prescription avait été étendue à toutes les autres églises de l'empire russe. Imbu des mêmes idées, le tsar Nicolas ordonna la réimpression des vieux livres de chant, VOctoèqiie, VHinnologe et le Bréviaire. »
« On sait quel souvenir insigne se rapporte encore à Alexis Lvoff. Il est l'auteur de l'Hymne national, de ce Bojé tsava Khrani, que les échos de la France, pour prendre la jolie et ingénieuse expression d'un poète, doivent désormais savoir par cœur. Ce chant est majestueux, imposant. 11 exprime admirablement le dévouement au prince, le fervent appel à Dieu pour sa protection, la pieuse confiance dans les mystérieuses destinées de la patrie. Peut-être n'est-il pas inférieur au (iod save, si grand par l'allure, si robuste dans l'allirmation. L'on pourrait observer qu'il olfre à son début une ceiiaiiie analogie avec l'attaque de la strctte, dans le magnifique Hoc Deus composé par Chebi'bini pour le sacre de Charles X.
« Ce fut au retour d'un voyage en Prusse et en Autriche, et par suite des rétlexions que ces séjours lui avaient inspirées, que Nicolas 1'='' commanda ce morceau à Lvoff. Celui-ci lit tout d'abord la musique, sur laquelle, après coup, et non sans peine, JouUowsky ajusta des vers. La première exécution eut lieu devant l'empereur, l'impératrice et le grandduc Michel. Le tsar s'écria : « Mais c'est superbe! » et sur-le-champ décida l'adoption de ce chant pour l'armée. Une autre exécution, par son ordre, se lit au Grand-Théâtre de Moscou, comme pour soumettre la
TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET- PÉDAGOGIE
chose ail public el recueillir son impression. Puis, on entendit l'hymne en grande solennité, au Palais d'Hiver, a. la bénédiction des drapeaux. Le succès de ces difFérentes épreuves fut complet. L'empereur,
satisfait, remit à l'auteur une précieuse tabatière d'or einicliie de brillants et ordonna que la phrase initiale : Dieu protège le Tsar! figurât dorénavant dans les armoiries de la famille Lvoff.
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