Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire
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AVERTISSEMENT
Le but de cet ouvrage considérable, conçu sur un plan absolument nouveau et sans aucun parti pris d'école, est de fixer l'état des connaissances musicales au début du vingtième siècle.
C'est certainement le monument littéraire le plus considérable qui ait jamais été élevé, en quelque temps et en quelque pays que ce soit, à la gloire de l'art musical.
Depuis l'audacieuse initiative de Diderot et des Encyclopédistes (1751) portant sur l'ensemble des connaissances scientifiques et artistiques, aucune entreprise aussi complexe n'a été tentée en ce qui concerne les arts en général, et entre tous la musique, qui, plus que tout autre, a pris une extension si prodigieuse en ces derniers siècles.
En ce moment, l'effort de la littérature musicale, plus que jamais, se porte principalement sur des points de détail, des monographies, des mémoires, des correspondances, qui enrichissent considérablement la documentation, mais l'ouvrage d'ensemble, vaste synthèse, restait à faire.
Pour traiter une si ample matière, il était indispensable de grouper une véritable pléiade de collaborateurs d'une autorité indiscutable, à la fois indépendants et éclectiques. Il fallait, bien entendu, d'abord des musiciens, mais aussi des musicographes, des savants, des érudits, des archéologues, des hommes de lettres, aussi bien français qu'étrangers et possédant les connaissances les plus diverses.
Leur nombre s'élève à plus de 130, et chacun d'eux a été appelé à choisir son sujet parmi ceux qui lui étaient les plus familiers, vers lesquels l'avaient orienté ses études précédentes ou ses sympathies personnelles. Presque tous, naturellement, sont des compositeurs ou des musiciens de premier ordre. Parmi eux on peut compter S7 professeurs du Conservatoire ou membres du Conseil supérieur, 20 philologues, savants et érudits, 2 physicien et physiologiste, 2i critiques musicaux, jouriialistes, littérateurs et esthéticiens, 37 instrumentistes dont 8 organistes et maîtres de chapelle des différents cultes, et 6 facteurs d'instruments, enfin 15 correspondants étrangers, etc.
On aurait pu craindre qu'une telle répartition entre tant de mains, et si différentes, pût nuire à l'homogénéité de l'ensemble ; au contraire, il en est résulté une variété de style qui supprime toute monotonie et rend la lecture plus légère, l'assimilation plus
1. Les précédents volumes de l'Histoire de la Musique comprennent : 1° V Antiquité et le Moyen Age; 2° Y Italie et l'Allemagne. Chaque vol. in-8°, illustré, broché, 16 fr.; relié demi-chagrin, fers spéciaux, 21 fr.
VI AVERTISSEMENT
aisée. Une entière liberté a d'ailleurs été laissée aux auteurs pour exprimer leurs idées personnelles, dans le langage qui leur est propre. Chaque article est signé et daté et contient de nombreuses références bibliographiques.
Tous les sujets qui peuvent intéresser les compositeurs, les artistes, les érudits, les chercheurs et même les grands amateurs de musique, y sont traités ex cathedra, et souvent à plusieurs points de vue divers.
Les grandes divisions de l'ouvrage se présentent ainsi ;
En première ligne, I'Histoire de la musique dans tous les temps et dans tous les pays, traitée avec une extension jusqu'ici inconnue, résultant des recherches et des découvertes les plus récentes.
La deuxième partie. Technique, Pédagogie et Esthétique, traitera de l'ensemble des connaissances techniques (à l'exclusion de l'histoire) qui constituent la science musicale, ainsi que de celles qui, tout en sortant de son domaine exclusif, y confinent par des frontières communes : Technique Généi'ale. — Pédagogie. — Technologie. — Histoire de la Notation. — Acoustique. — Évolution des Systèmes Harmoniques. — Physiologie Vocale et Auditive. — Déclamation et Diction. — Facture instrumentale. — Technique de la Voix et des Instruments. — Musique de Chambre. — Oixhestration. — L'Art de Diriger. — Musique liturgique et religieuse des différents cultes. — Esthétique. — Formes musicales, symphoniques et dramatiques. — Art de la mise en Scène. — Chorégraphie. — Histoire du Conservatoire, des Grandes Écoles de Musique et des Théâtres subventionnés. ■ — Orphéons. — Écriture Musicale des Aveugles. — Notions de Jurisprudence à l'usage des Artistes, etc.
Enfin, la troisième partie, qui ne sera pas la moins intéressante au point de vue pratique, consistera en un volumineux Dictionnaire qui ne pourra manquer d'être complet et sans lacunes, puisqu'il condensera, sous la forme alphabétique, et dans un style lapidaire, toute la science répandue dans l'ensemble de l'ouvrage, avec des renvois aux chapitres spéciaux, où chaque sujet est traité avec les plus grands développements.
Nous entrerons ici dans plus de détails sur la composition de la première partie, I'Histoire de la musique, que nous livrons au public.
Plan. Commençant par les plus anciennes civilisations connues de l'antiquité la plus reculée, nous étudions chacune d'elles séparément dans son développement et dans ses filiations jusqu'au Moyen Age. Pour celles-là, Vordre chronologique a dû être exclusivement adopté. Chaque chapitre de la période antique est rédigé par un savant philologue possédant une forte érudition musicale.
A partir de la Renaissance, chaque grande École musicale est traitée d'une façon à la fois ethnologique et chronologique. Les trois plus importantes (Italie, Allemagne, France) ont pris naturellement l'extension la plus considérable. Le développement de l'art y est présenté siècle par siècle jusqu'à nos jours. Pour ces grandes Ecoles européennes, chaque division séculaire a été confiée à un musicographe éminent, soit français, soit étranger, particulièrement documenté sur la période historique à traiter.
AVERTISSEMENT
Viennent ensuite les civilisations de deuxième plan ou les plus jeunes, puis les nations extra-européennes de l'Orient et de l'extrême Orient, du Nouveau Monde, et jusqu'à certaines peuplades insoupçonnées, encore à l'état rudimenlaire.
Pour les pays musulmans, nous avons eu souvent recours à des écrivains orientaux ou à des missionnaires, de même que pour les peuples exotiques nous nous sommes adressés à des indigènes ou à des colons, qui nous donnent ainsi l'impression de l'art tel qu'il est compris dans le pays, et non selon notre fausse conception occidentale.
Illustration. La partie iconographique, très importante, a été particulièrement soignée. Pour la complète intelligence du texte, et chaque fois que les collaborateurs l'ont jugé opportun, d'innombrables exemples de musique, des figures représentant des instruments ou fragments d'instruments, des schémas, des photographies, des illustrations de toutes sortes, confiées à de très habiles dessinateurs, ont été disséminés à profusion dans le courant de l'ouvrage, complétant ainsi la clarté des démonstrations.
Ces dessins ont été l'objet de recherches minutieuses faites dans les musées, dans les collections ou dans les ouvrages classiques. La plupart sont entièrement inédits, et un très grand nombre ont été exécutés par les auteurs eux-mêmes.
Tel est, dans son ensemble, l'exposé du plan de cet immense travail, dont l'élaboration n'a pas duré moins de douze ans, et qui vient à son heure, au moment où le public d'élite qui l'attend se trouve suffisamment préparé pour en saisir la haute portée artistique, scientifique et philosophique.