Composés de 1810 à
U. A -40 ans, le 5 juin 1826.
monde perdit trois de ses plus grands musiciens. Mendelssolin et Chopin n'avaient que 17 ans. Avant qu'ils n'entrassent en lice et ne jetassent leurs sceptres dans la balance de l'ai't, il y eut un vide dans lequel s'agita la séquelle des imitateurs et des talents secondaires.
L'opéra cnlrc 'Wcber et Wagner.
Pendant une dizaine d'années ce fut un intérim, un armistice au cours duquel nul glorieux combat musical ne fut livré. Le prestige de Beethoven grandit dans ce calme, celui de Schubert commence à naître, celui de Weber se maintient sur la scène, et de là rayonnera sur tous les maîtres futurs du romantisme. Dans le genre du drame lyrique et delà comédie musicale son intluence s'exerce directe, immédiate, et s'étendra jusqu'aux conlins de l'époque romantique dont Wagner s'évadera un jour à grands coups d'aile.
Trois musiciens, Spohr, Hofmann, Marschner, méritent d'élre considérés, à côlé de Weber, comme les fondateurs de l'opéra romantique.
On a même voulu donner à Ludw^ig Spohr ' la priorité absolue en excipant de son Fmisl composé en 1812-. Mais Sylvana date de 1809, elJtabezahl remonte même à 1803. Les opéras de Spohr, d'un romantisme artificiel, externe, n'atteignaient pas au « vérisme » de Beethoven et de Cherubini. Après Rubezahl et Sylvana, le premier opéra vraiment romantique par le sujet et par le traitement, est VOndine, née de la collaboration de E.-F. Hofmann avec la Motte-Fouqué^ On sait que l'auteur des Fantaisies à la manière de Callot ne fut pas seulement un des plus célèbres ironistes de la littérature allemande. 11 donna des pages importantes à la musique et composa onze opéras*-. L'un d'eux, Ondine, obtint à Prague, sous la direction de Weber, quatorze représentations. Plus âgé que Weber de dix ans, Hofmann exerça sur ce dernier une indéniable influence intellectuelle, qui s'étendit ensuite sur Schumann. Mais sa principale originalité réside dans sa littérature : en musique il ne représente guère qu'une date.
Il n'en est pas de même de Spohr, qui fournit une longue carrière musicale'', fut capellraeister à Gotha, au théâtre an der Wien, à Francfort, à Cassel. Chef d'orchestre et violoniste célèbre, auteur respecté d'opéras, de symphonies, d'oratorios et de musique de chambre, ce maître nous olfre l'exemple d'un curieux tempérament. A la fois conservateur et novateur, il n'arrive pas à secouer l'inlluence de Haydn etd e Mozart, dont il observe l'impeccable carrure; mais il tente des œuvres pour double orchestre et pour double quatuor. Il écrit des successions chromatiques à la Chopin et compose lui-même, comme Wagner, le scénario de son dei'nier opéra. Il se lie avec Goethe, écrit une cantate patriotique en 1812, — comme We-
ber;— plus tard, en 1832 et I8i8, il se montre assez radical pour compromettre son crédit à la cour de Cassel. 11 joue avec admiration les premiers quatuors de Beethoven, mais il trouve incompréhensible la suite de ses œuvres, critique la 9= symphonie comme étant « triviale'' », ce qui ne l'empêche pas de la conduire avec succès en deux occasions". Il se lie avec Weber, mais se détourne du Freischiitz, tout en en recevant l'emjireinte*. Enfin il réprouve l'esthétique de Wagner, mais il reconnaît ses qualités théâtrales au point de s'employer à monter ses premiers drames'.
Tant d'aptitudes contraires ne purent assurer l'immortalité de cet étrange artiste, du moins en tant qu'ambitieux créateur des plus grandes formes de l'art. Son théâtre est éclipsé par celui de Weber, sa musique de chambre s'efface derrière celle de Beethoven, et à ses symphonies celles de Schubert servent d'écran. Leurs mélodies un peu pâles, leurs harmonies d'un chromalisme apprêté, leurs rythmes monotones, justifient la défaveur où elles sont tombées. Sans valeur intrinsèque réelle, elles gardent toutefois un intérêt historique, par leurs tendances à commenter des épisodes, des caractères, des programmes détaillés'".
On peut considérer Spohr comme le chef de file des maîtres de grand talent, ayant éciit ce qu'on appelle de la Capellmeister Musik, — assez doués pour aborder divers genres avec goût et non sans succès, mais manquant de la spontanéité du génie. Ajoutons que Spohr doit être classé hors de pair comme violoniste. De même queClementi ou Rubinstein, il fut un grand virtuose compositeur. Ses concertos gaidèrent leur valeur malgré le voisinage redoutable de Mendelssohn; ses duos, son École de vicdon, olfrent des qualités didactiques qui propageront longtemps encore la brève sonoi'ité de son nom.
L'un des premiers à recueillir avec Spohr la succession ouverte par la mort prématurée de Weber, ce fut Heinrich Marschner", qui joue un rôle important dans l'histoire du drame musical allemand. Comblant la lacune causée par la défection du brillant Meyerbeer, passé armes et bagages à la France, il achemine l'opéra vers ses destinées wagnériennos, ce que ni Mendeissohn ni Schumann ne sauront faire, tout en étant plus grands que lui.
Doué d'un tempérament particulièrement romantique, Marschner possède, à côté d'une verve populaire et joviale très accentuée, un sentiment du sombre et de l'horrible digne d'Anne Uadclilfe. Weber reconnut vite tout ce que le talent dramatique de son jeune émule comportait d'invention, d'habileté et d'expression émotive. Il lui donna le meilleur des encouragements en faisant exécuter son Henri IV et d'Aiibiyné à Dresde en 1820. Huit ans plus tard, Marschner dégagea complètement sa personnalité avec son fameux Vampire^'-, à qui la ville de Hanovre fit un succès triomphal. Le même théâtre, dont