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8. Sous réserve d'une originalité moindre. Il est de la première manière, ayant élé composé en ISiO.

ESCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET niCTIOXS'AIRE DU COSSERVATOIRE

parvis, s'étaicnl fiUïsés parmi les vendeurs-éditeurs jusque dans le temple de la musique.

Mendeissohn couvrait leurs criailleries sous la divine majesté de chorals et de fugues, tels que nul orgue n'en avait proféré depuis la disparition du grand Sébastien. Les suites d'orgue, dénommées « sonates » au sens prirailif du mot, restent comme d'immortels témoins de la spli-ndeur d'inspiration que leur auteur savait faire descendre dans les trames du style pol}phonique'. Quant aux diverses fugues de piano, bien que moins prenantes, elles sont encore traitées avec une éloquente facilité-.

Dans la fantaisie libre Mendelssobn excella. Son rondo capriccioso op. 14, écrit à 18 ans, dénote une originalité aussi frappante que celle du Songe d'une nuit d'cW. Les mélodies les plus expressives v alternent avec les broderies les plus piquantes : c'est un chef-d'œuvre de clarté, d'unité, de sobre élégance. Les trois fantaisies op. 16' et le caprict^ op. 33, n° I, sont non moins admirables. Dans ce dernier morceau, des arpèges en triolets rappelant, par leur souple nonchaloir, ceux de la sonate en ré mineur de Beethoven, soutiennent une mélodie infiniment gracieuse et touchante. Mais la plus belle œuvre de piano seul que Mendelssobn ait laissée tomber de sa plume est sans contredit la fantaisie op. 2S, avec son introduction entrecoupée et pathétique, son allegi-o volontaire et passionné, son presto à la fois épique et fantastique, où des Koholds endiablés courent et fourmillent entre les pas d'un antique géant ^... Ce morceau reçut aussi le nom de Sonate écossaise. A vrai dire, il ne mérite guère plus ce titre de sonate que le fameux Clair de tune de Beethoven, avec quoi il a une certaine parenté de facture. Mendelssobn courtisa peu la sonate de piano^. Beethoven l'avait aimée d'un amour trop puissant, et elle avait achevé de perdre son teint sous le masque tragique dont Weber l'avait affublée... Suhitemenl vieillie, elle ne pouvait plus inspirer aux nouveaux venus que des passions timides. Aussi est-ce vers sa sœur cadette, la symphonie, que Mendelssobn tourna ses attentions, et il acheva delà parer des gemmes du romantisme.

Ecrite à la ans, la symphonie en ut mineur, cette réplique de Mozart déjà mentionnée, était en réalité le treizième essaidu jeuneMendelssohn dans ce genre. L'étonnante perfection de ses proportions trahissait une technique déjà complète, bien avant que l'auteur n'ait eu le temps de conquérir son orientation poétique. A l'opposé de son contemporain Berlioz, Mendelssobn commença par maîtriser la rhétorique musicale, il scruta tous les artifices, toutes les souplesses de ce langage spécial, avant même d'avoir des idées personnelles à lui faire exprimer. On est donc un peu contraint de s'avouer que chez ce musicien exceptionnel le métier garda toujours une sorte d'avance sur la pensée, plus raffinée qu'entraînante, plus large que profonde.

Mendelssohn connaissait trop bien la beauté et la supériorité de concevoir la musique abstraitement,

1. Vuycz, ]>ar exemple, les adagios des sonates I cl II. Lise/, en outre le léinoignage de Sclmniann (coraple rendu d'un concei-L d'orgue en 1840).

2. Surlout le n* 1 de l'op. 35, préc6d6 d'un magnifique prélude.

3. Dalees de Coed-I)u, propriété du pajs de Galles où Mendelssohn recul l'iiospitalilé lors de son premier voyage eu .Angleterre.

4. On se demande pourquoi cette fantaisie est dékbérémcnt rayée des programmes des virtuoses sincères.

.">. 11 en composa trois en tout : l'op. G dontj'ai parlé, el dcui numéros poslliumes : l'op. iOo, devoir d'élève écrit a 11 ans, véritable péché d'éditeur, et l'op. 106, écrit à 18 ans, d'un intérêt plus que médiocre Ouant aux sonates d'orgue, ce sont des suites dont le style fugue et la

objectivement, pour se faire l'esclave d'un programme minutieux d'un caractère littéraire plus ou moins compatible avec le développement d'ordre purement sympbonique. Mais s'il prit en cela Beethoven pour modèle, ce fut le Beethoven déjà romantique et presque réaliste de l'Héroïque et de la Pastorale. L'alihoron de Shakespeare' répond au coucou de la campagne de Vienne.

Plusieurs ouvertures de concert furent suggérées par des poèmes : Meeri'sstille und ijliicnlicUe l'ahrt de Gœthe'^, la Belle Midusine de Tieck, et Ji»;/ Blas de Victor Hugo. Dans les deux premières, l'inspiration directe de la nature brosse au fond du talileau le miroitement des vagues marines qui chuchotent, en la grotte de Fingal, des fictions enchantées. L'ambiance romantique est plus sensible encore ici, où nul poème littéraire ne préside. Mendelssobn n'est plus seulement, comme son illustre devancier, Weber, un merveilleux paysagiste, mais, transpoitant au sein de la symphonie pure le sens du mystère qui, depuis 1800, imprégnait toutes les sensihilités de poètes, il peuple le décor féerique choisi par lui de magiques hantises, mieux évoquées par sa musique que par la prose ou même les vers les plus subtils.

Les quatre grandes symphonies de Mendelssohn sont encore des illustrations de pensées définies ou de milieux reconnus. La [ieformalion , composée à l'occasion du tricentenaire de la Confession d'Augsbotirg, et le Lobgesanij ou symphonie cantate' pour / le festival de Gùtenberg, ont toutes deux un cachet austère et luthérien. Le choral de Luther, le Marjnificat, l'Amen catholique de Dresde, y jouent des rôles significatifs. Mais ces œuvres manquent de la fraîcheur et de la spontanéité qu'on retrouve dans 1'.^cossaise et l'Ital'ienne, comme si décidément l'élément pittoresque était indispensable à l'épanouissement du génie de Mendelssohn. .Nous retrouvons ici la vie et la couleur, dans le fiéinissement des cordes, les précieuses enluminures du petit orchestre des bois, les rentrées et les contrastes imprévus. Ce sont des svnthèses des idées poétiques de .Mendelssohn sur l'Ecosse et l'Italie, aptes qu'il eut vécu dans ces deux contrées en homme instruit, sachant voir, comparer, s'intéresser à la civilisation, à l'histoire, à l'esprit des milieux qu'il visite. C'esl d'un art précis, contingent, aux antipodes de lintéiiorité passionnelle de Beethoven ou de la superconscience lumineuse de Schubert...

Beethoven trouvait qu'en traitant des sujets tels que Don Juan et Figaro, Mozart prostituait son talent', et il repoussait la plupart des scénarios qui lui étaient olferts, comme inférieurs à son idéal. De même Mendelssohn ne voulut pas mésallier sa rause. On ne peut citer que pour mémoire ses essais au théâtre'". Mais il ne faut pas oulilier sa musique de scène pour Antigone, Athalie et les deux Œdipe. Dans la maîtrise chorale il est resté inégalable. Ses chants à plusieurs parties", ses motets et ses psaumes, son Lauda

haute inspiration font le plus grand honneur au maître organiste qui les composa.

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