‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 820 sur 1158 · CANTUS · texte numérisé non relu

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ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOWAIRE DU COSSEUVATmiiË

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Ce qui a été dit à propos des chants reliitieux populaires italiens du xv« siècle peut être dit en regard des chants profanes de la même époque. Les sliambotti, les sonetli, les frottole, les canzonette. les rj7/anelle, ne sont que des pièces de musique pour une voix seule avec accompaf,'neinent de trois autres voix secondaires; et, comme dans les laudi, la partie principale est posée dans la région plus élevée du quatuor vocal; ainsi dans la chanson jirofane le soprano est toujours chargé de conduire l'ensemhle des voix. Cela paraît contraire aux lois musicales de l'époque qui voulaient que le guide et le conducteur des voix fussent au centre de l'harmonie, en cette partie qu'on appelait justement ténor. Mais l'instinct musical populaire italien ne pouvait se soumettre à cette loi. En posant la mélodie dominante au milieu du concert vocal, le caractère de la cantilène ne pouvait être marqué avec une suffisante évidence, et la clarté de la composition devait en souffrir nécessairement. Aussi cet usage, qui était adopté par les écoles étrangères, ne pouvait être admis dans les compositions populaires italiennes, et les compositeurs de frottole et de chansonnettes s'empressèrent de confier la partie principale à la voix qui ressortait le plus distinctement de l'ensemble. Le concert vocal employé pour la composition des petites pièces populaires italiennes du xv siècle se composa donc d'un soprano qui chantait la mélodie dominante, et de deux ou trois autres voix qui soutenaient la première.

Il est encore à remarquer que bien souvent les voix secondaires avaient des passages si peu commodes à être exécutés qu'on arrive à se demander comment on pouvait les chanter justement. Dans ces passages et, généralement, dans tout le développement de leur mélodie, les voix d'accompagnement s'entrelacent, se croisent, se heurtent, descendant des notes les plus élevées de leur gamme aux plus graves sans aucun égard pour l'extension naturelle des voix humaines; et tandis que l'allm et le tcnor dialoguent entre eux, faisant résonner les sons les plus variés de leurs registres, la basse marche par bonds de quarte et de quinte, procédant brusquement au moyen de passages rigides qui sont contraires aux lois du chant et qui n'ont aucune affinité avec la manière de développer le mouvement vocal à cette époque. D'autre part, ces parties accompagnantes n'ont pas toujours une expression mélodique bien marquée ; souvent même elles ne renferment que des notes de remplissage. Le caractère de leur cantilène est donc indécis, leur allure change avec facilité, étant tantôt expressive, tantôt insignifiante; et tandis qu'elles développent leurs contrepoints, lo soprano chante avec mollesse, dessinant l'idée musicale principale avec une ampleur

remarquable. Une différence peut, cependant, se noter entre les trois voix d'accompagnement : le ténor a, quelquefois, lui aussi, une partie prédominante; son langage a parfois l'ampleur et la grâce de celui du soprano; mais le privilège dont il jouitne dure que quelques mesures; bientôt son rôle rentre dans les limites usuelles qui sont celles d'une partie de contrepoint plus ou moins élégamment lleuri.

Les exemples suivants démontreront l'exactitude de ce qui est dit. Ils sont tirés d'un manuscrit du xv= siècle et de plusieurs petits volumes de musique publiés entre t.ïlo et 1320. Le manuscrit est à la liibliollipque .Nationale de Florence (fonds Panciaticlii, 11° 27), les volumes sont à la Bibliothèque Marucelliane de Florence. Dans ceux-ci et dans le manuscrit se rencontrent très souvent les mêmes noms d'auteurs; ce sont les noms des musiciens qui jouissaient alors, dans la foule des dilettantes, de la plus ^'rande popularité et qui suivaient le chemin tracé I)ar les compositeurs de baltate et de madriali du siècle précédent. Ce sont : Bartolomeo Tromboncino et Marclietlo Cara, deux compositeurs d'une valeur véritable et qui furent, peut-être, les plus estimés de leur temps (fin du sv= siècle) en Italie ; et puis : Jacobo Fogliano, Nicolo l'ifaro, Ansanus, Andréa Antico da Montana, Alessandro Mantovano, Micliael Vicenlino, Jean Thomas Majo, Piero da Lodi, Ilieronimo del Lauro, Filippn de Luprano. Leur musique est, comme celle de leurs prédécesseurs, de la petite musique; ils n'ont écrit que de courts morceaux dont le nom varie suivant la forme et le caractère de la poésie; le développement musical est bref, car la même mélodie se répète ;'i chaque strophe, et presque toujours la strophe n'a que quatre vers. Mais dans ces petits strambolti et sonelli et frottole quel parfum de gentillesse! La mélodie du soprano s'y détache avec grâce, tandis que l'altiis et le ténor. dessinés d'une main légère, enrichissent l'harmonie par de nombreux passages élégants; et, au grave, la basse soutient le poids du concert, marchant d'un pas lourd et donnant à l'ensemble une base solide et continue qui rappelle assez souvent les mouvements de la basse continue, dont les écrivains des siècle* xvii et xviu firent si grand usage.

Telle est la petite pièce suivante df-^artoloiiieo Tro»i6o)ifi')i() (Pancialichi, 27, c. III, vi. ■ ^'^'I^vrano v chaule une mélodie très claire qu'on sut^^'^'^^Mement inal;,'i'é les mouvements un peu aboiulrfs ■'\iè Valtus et du ténor. Ceux-ci, et surtout le premier, se dévelopiient avec richesse, montant souvent au-dessus du soprano: mais leur cantilène a tout autre caractère que celle de la voix principale; aussi cette dernière perce aisément à travers le dessin des parties centrales. La basse n'a aucun sens mélodique et sert seulement de fondement à l'harmonie (v. ex. 8).

IIISTOiriE DE LA MVSIQUE

Xiy ET XV' SIÈCLES. — ITALIE C27

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