‹ Encyclopédie des jeunes demoiselles, ou, Choix de conversations instructives sur différens sujets, recueillies des ouvrages de Madame Leprince de Beaumont, et des meilleurs auteurs qui ont écrit pour l'instruction des jeunes personnesChapitre 14 sur 14 · II · texte numérisé non relu

II

:^5o ENCrCLOPEI)ÎÈ

qu'île, eutoiuée des eaux de la Mediterrane'e , excepté du côté de l'Allemagne et de la Franee, dont elle ei.t séparée par les Alpes. Elle a aSo lieues de long, et rApennin la Iraverse sans interruption dans toute cette étendue. C'est de cette chaîne de moiitagnes, entre lesquelles on distingue le Vésuve, cpii jeite des flammes depuis un grand nombre de siècles , que sortent les rivières du Tibre et de VArno, dont la première passe à Rome; les auires rivière qui fertilisent cette belle contrée, sont, le Pô, TAdige et le Tésin, qui sortent des Alpes , et se jettent comme les premières, dans la Méditerrnée.

L'air de l'Italie ejit, en général, plus cliaud que tempéré , surtout dans sa partie méridionale j elle produit tout ce qui est nécessaire ans besoins de la vie : du blé, du vin, de l'huile , toutes sortes d'excellens fruits, comme des oranges, des citrons , des grenades, des amandes, etc.

L'Italie est divisée en parties : i". Les étals du roi de Sardaigne, savoir: la Savoie, capitale Chambéry; le Piémont, villes principales, Turin , Alexandrie ; l'ctat de Gènes ; villes principales , Gènes, Savone , Chiavari.

2". Le royaume Lombard Véniiien , qui comprend le duché de Milan , villes principales, Milan , Crémone, Mantoue; l'état de Venise , villes principales, Venise, 13crgamc , Véronne, Tréyisc.

DES JEUNKS DEMOISELEES. a')!

3\ Le grand dndié de Toscane , villes principales , Florence el Livourne.

4 '• Les élais du pape , qui sont divisc^s en neut" provinces, dont la principale s'appelle la campagne de Rome , que les Latins appelaient autrefois le Latiuni. Sa capitale est Rome , ville ancienne et célèbre qui fut autrefois la reine du monde; elle est la résidence du Souverain-Pontife , le pasteur universel de l'église catliolique , qui V possède deux superbes palais : l'un d'été , qui est Mont-Cavallo , et l'autre d'hiver, qui est le Vatican. Dans le grand nombre de ses temples , on remarque surtout l'église de St. -Pierre de Rome, à laquelle nulle autre ne peut être comparée, soit pour l'étendue , soit pour la magnificence de son architecture.

5°. Le royaume de Naples • c'est un excellent pays, quant à la fertilité du sol ; mais les éruptions du mont Vésuve sont un vrai fléau pour ce royaume : ce volcan est situé dans la terre de labour , à quslre lieues de Naples. Le royaume de Naples est partagé en quatre grandes provinces , dont la première , qui est la terre de labour, renferme la ville de Naples , capitale de tout le royaume, située au fond d'un golfe , sur le bord de la mer ; elle a un des meilleurs ports de la Méditerranée. La Sicile, qui est une grande île, lait partie du royaume de Naples, dont elle n'est séparée que par un petit détroit, quoa app( lie

le Phare de Messine. Palerme est la capitale de

la Sicile ; c'est une grande et belle ville.

Mad. Elisabeth. . — On ne peut voyager , Adèle , avec plus de célérité que vous le faites , et je doute qu'un ballon , poussé par le vent le plus fort , pût parcourir , en quelques heures , les pays que vous visitez en quelques minutes. Si vous n'étiez point encore fatiguée de votre course, je vous inviterais à nous parler de la Turquie d'Europe, que ces demoiselles désirent beaucoup connaître, parce qu'elles ont souvent entendu parler des Turcs , et du Grand-Turc , qui les gouverne.

Adèle. — La Turquie est un des plus grands empires du monde ^ il a son siège en Europe, et s'étend en Asie , et même en Afrique; la religion de Mahomet y est la seule dominante. L'empereur a le titre de sultan ou de grand seigneur , et sa course nomme la Porte-^ ou la Suhlime-Portc; il fait sa résidence à Constantinople , dans un immense palais qu'on appelle Sérail.

La Turquie d'Europe se divise en quinze provinces. Dans la Jîoinajiie, est située la ville de Constantinople, capitale de tout l'empire , sur le détroit qui porte son nom , lequel joint la mer de Marmara avec le Pont-Euxin : c'est une des plus grandes villes du monde, et une des plus belles. Les hôpitaux , les places publiques et les mosquées qui sont les temples des Turcs , attirent

l'altcntion des voyageurs. La mosquée de Saiutc- Sopliie , e'glise bâtie par l'empereur grec Juslinien , est encore aujourd liui un des plus beaux temples du monde.

HoRTENSE. — Un jour que cbez papa on parlait de la ville d'Athènes 5 quelqu'un dit qu'il était bleu dommage que celte "ville , ainsi que tant d'autres, comme Tlièbes, Sparte, Corintlie, etc , qui faisaient l'ornement de la Grèce , appartins sent à un gouvernement barbare comme celui dos Tuics ; Cbt ce que la Grèce fait partie de la Turquie d'Europe ?

Mad. Eltsaei:th. — Oui , ma cbère ; tous ces pays si célèbres dans l'histoire ancienne sous le nom de la Grèce et du Péloponnèse, et qui contenaient les villes que vous avez nommées, sont compris dans les deux provinces turques de la Livadie et de la jNIorée , qui est une péninsule sur la mer Méditerranée. C'est un spectacle bien déplorable, et qui est bien fait pour nous convaincre de rinstabilitédes cboses humaines , que l'état de b-irbarie et de misère où sont réduits tant de peuples dontle^ aïeux se rendirent si illustres dans la pbilosopliie , la littérature et les beaux-arts. Qui pourrait penser que rApolloudu Bilvédère et le groupe de Laocoon sont les ouvrages des ancêtres de ces misérables Grecs , q.a gémissent aujourd'hui sojs l'escla- âge d'une iia-

lion barbare ctstupide? Adèle , conllnuez votre IM

^ 11 voi

voyage.

Adèle. — Outre ces quinze provinces, qui composent la Turquie d Europe , il faut compter de plus les iles connues sous le nom des îles de l'Archipel: elles sont en très-grand nombre j la plupart sont fertiles en grains , en vins et en olives; leurs liabitans sont, en grande partie , des chrétiens Grecs. Candie , qui en est la p'us grande, est l'ancienne île de Crète, où Jupiter fut élevé , et où se trouvait ce fameux labyrinthe qui fut regardé comme Tune deri sept merveilles du monde.

Mad. Elisabeth. — Puisque vous nous parlez delà mythologie , dites-nous comment se nomme aujourd'hui file où Diane et Apollon vinrent au inonde.

Adèle — Elle n'a pas changé de nom , et elle se nomme, comme autrefois , Dé'os.

Mad. Elisae£TE. — A votre tour, Alesau drine.

Alexandrtne. : — Vous m'excuserez, madame, si je ne suis point aussi avancée qu'Adèle, et si je ne puis pas entrer dans les mêmes détails.

Mad. Elisabeth Ce n'est point non plus ce

que je vous demande^ car je sais fort bien de quoi vous êtes capable. Dites-nous seulement ce que vous avez retenu de votre carte d'Europe.

Alexandrine. — Au nord de la Turquie d'Europe , se trouvent la Hongrie cl la Russie. La Hongrie est un royaume particulier, qui appartient à la maison d'Autriche , ei dont le Bude csl la capitale. C'est un pajs tros-fertile , et où l'on trouve d'excellens pâturages. Liqs Hongrois sont presque tous catholiques, et ont la re'putation d'être tros-courageux. Ses principales rivières sont : le Danube , la Save et la Drave; et ses montagnes , les monts Krapachs , qui la séparent de la Pologne.

Mad. Elisabeth. — Puisque vous avez commence par la Hongrie , vous ferez bien , pour ne pas revenir sur vos pas , de nous eniretenii* de suite des autres possessions de la maison d'Auiriche.

Alexandrinê. — Outre le royaume de Hongrie , l'empereur d'Autriche possède encore celui de Bohème , pays fertile en grains et en pâturages. Prague, ville forte, en est la capitale. Les Bohémiens sont grands, bien faits et fort adroits. Leur langue est mêlée d'esclayon et d'allemand.

La Moravie est un marquisat voisin de la Bohême , dont Olmutz est la capitale.

L'archiduché d'Autriche , dont la capitale est Vienne , sur le Danube , où l'empereur fait sa résidence.

Au nord de la Gallicie, est la Russie,- ce vaste

empire qui a plus de six cents lious de long , sur cinq cents de large , sVtend depuis la mer Baltique , jusqu'au-delà du mont Caucase, en Asie. Saint-Pe'tersfcourg , située à rextremité du golfe de Finlande, en est la capitale. C'est une ville bâtie depuis moins d'un siècle, par l'empereur Pierre-le-Grand. Elle est remplie de beaux et de vasics édifices; les arts et les sciences y sont très-florissans. jMosccw est la seconde ville de Russie , dont elle e'tait la capiiale ayant que Saint-Pétersbourg fut bâtie.

Lea principaux fleuves de la Piussie sont : le Volga , qui se jette, en Asie , dans la mer Caspienne ; le Don , qui a son amijoucbure dans la mer Noire, ainsi que le Dnieper; et la Neva, qui se jette dans le golfe de Fiîdande.

La Russie n'est pas peuplée à proportion de son étendue; niîsis elle fait un grand commerce , et sa ponr.îaiion s'accroît tle jour en jour.

Mad. Elisabeth. — Hâtons-nous , le temps presse. Amélie , achevez ce qui reste à dire des autres étais de l'Europe.

Amllie. — De la Russie on passe en Suède , qui est un royaume borne à l'Orient par la Russie , à rOccidcnt par la Norvvège , au Nord par la mer Glaciale, au Midi par le détroit du Sund et la mer Baltique. Il y a dans ce pays beaucoup de mines, qui en font la principale richesse. Les Suc^doia sont en général bien faits, polis , bons

soldats , et on a dit qu'ils étaient les Français du Nord. On divise la Snède en sept parties. La principale est la Suède propre , dont Slokliolm est la capitale, ainsi que de tout le royaume. Au nord de la Suède , est située la Laponie , pays place presque entièrement sous la zone glaciale , où il n'y a que deux saisons , l'ète' et Tliiver. Pendant l'été, le soleil y reste trois mois sur Thorison , et se Cache trois mois pendant l'hiver , ce qui fait que la chaleur y est aussi insupportable que le froid y est rigoureux.

HoRTENSE. — Ainsi, les habitans de ce pays doivent être bien malheureux, et ne doivent pas beaucoup ressembler aux Français?

Amélie. — Les Lapons mènent une vie que nous jugeons très - mise'rable , mais qui , sans doute, ne l'est pas autant que nous nous l'imaginons, parce qu'ils y sont accoutumes dès leur naissance , et que la Providence, qui les a places dans cette triste région , leur y fournit des moyens d'existence , et même des plaisirs proportionnés à la grossièreté de leurs organes. Assurément ils ne ressemblent pas aux Français ni aux autres peuples , car ils sont très-petitô, et fort laids ; mais peut-être le plus laid d'entr'eux, par rapport à nous , est-il le plus beau par rapport à eux , qui ne peuvent point juger de la beauté par comparaison,

ÎVIad. Elisabeth. — Ce que vous venez dire,

Amélie, est fort juste , mais je ne sais quand TOUS {înirez , si vous faites encore des réflexions.

Amélie. — Dans le voisinage de la Suède , est situé le royaume de Danemarck. La température de ce pays est à peu près îa même qu'en. Suède ; mais le sol est, en général, plus fertile. La capitale du Danemarck est Copenhague, dont le port est un des plus beaux de l'Europe. Les Danois sont braves et généreux, et aiment les belles-lettres et les sciences.

La Norwège, située entre la Suède et la mer du Nord, est un grand pays très-froid et peu fertile , presque tout couvert de montagnes et de forets qui fournissent une grande quantité de bois de construction pour la marine. Berghen passe pour la plus forte ville de ce pays , et pour vm des plus beaux ports de l'Europe .

L'Lslande est , aprts l'Angleterre , la plus grande île de la mer du Nord ; elle est couverte de iiautes montagnes , dont la plus considérable est le mont Ilécla , qui jette souvent àes flammes, et cause de grands ravages dans le pays. Les Islandais, qui sont fort ignoraus, croient, dit-on, qu'une partie des âmes des damnés souffrent, dans cette montagne, les peines qu'elles oui méritées , que l'autre partie est condamnée à geler éternellement dans les glaces (pii avoisiuent leur île.

Mad. Elisabeth. — Quoique ces bons Islandais soient bien superstitieux d'avoir une telle croyance, il me semble néaraoins qu'elle doit beaucoup influer sur leurs mœurs et sur leur conduite, et que si les autres peuples de l'Europe, les Français entr'autres, e'taient aussi convaincus de l'existence d'une autre vie et des peines qui y sont re'servées aux médians , ils pratiqueraient mieux la vertu , et les crimes seraient infiniment plus rares parmi eux. Préparez vous toutes , mesdemoiselles , pour notre prochaine conversation^ et pensez qu'il nous reste encore un bien long chemin à faire.

M\> -X-V^VWWW^

XXX' COXVERSATION.

Mad. SOPHIE, ÉLISA, STÉPHANIE, EMILIE, ALEXANDRINE, AGLAÉ, PAULINE, RO- SALIE.

Alexandrins. — Puisque nous voilà rassemblées pour la conversation sur l'histoire naturelle et la physique , je vous ferai , madame , une question relative au régime de la santé que le médecin me prescrivit dernièrement. Je ne pense pas, me dit-il, mademoiselle, que la ^:alKlc vou3 fasse du bien j je vous conseillerais

de faire usage des vëge'taiix , qui se digèrent pluâi] ^

aisément, ft produisent peu d'humeurs. CommeU|)W

je croyais qu'il vous avait parlé de celte ordon-llapl'

nauce , je ne vous en disais rien , et j'allcndais;sl

mais puisque ma nourriture na pas cliangc , fai'

lieu de penser que le médecin ne m'a donné

qu'un conseil vague , et auquel il n'altacliait

aucune importance, ou que vous ne jugiez pas

à propos de le mettre en pratique à mon égard.

Mad. Sophie. Je pense, ma clière , comme

le médecin, au sujet de la nourriture qui vous

convient, et son ordonnance sera bientôt mise

à exécution.

Alexandrine. — Comme je n'ai jamais entendu parler àes i^égctauoc , que cette fois seulement , voudriez-vous bien me dire ce que ce mot signifie , et ce que c'est qu'une nourriture composée de végétaux ?

Mad. Sophie. — N'avcz-vous donc jamais mangé des épinards, de l'oseille, des asperges , des articbauds, delà salade'^

Alexandrine. — Pardonnez-moi , madame ; nous eu mangeons ici très-souvent . et Ton eu sert aussi de temps en temps sur la table do mon papa.

Mad. Sophie. — Eh bien, ma cbàre, on .Tppelle toute* ces plantes des végétaux.

Ei.izA. — Comme on appelle minéraux , l'or, l'argent , le fer , le cuivre , etc.

Mad. Sophie. — Eu géuéi'al , toutes les plantes qui croisseut sur la terre, depuis l'herbe la plus pet te , jusqu'à l'arbre le plus élevé , sont des végétaux.

Alexaîîdrine. — Sorames-nous des végétaux, madame ? Les bèies , les oiseaux et les poissons sont-ils aussi des végétaux. ?

Mad. Sophie. — \ euillez bien, ma chère Elisa , apprendre à Alcxandiiue et à ces demoiselles combien il y a de règnes dans la nature ; j'excepte toutefois Stéphanie , qui est fort instruite sur cette matière.

EiiSA. — Les savans qui s'occupent des choses naturelles , ont partagé en trois classes , qu'ils appellent règnes , toutes les productions de la nature. Tous les êtres qui sont animés , l'homme y compris, composent le règne animal j toutes les plantes forment le règne végétal , et toutes les matières qui sont renfermées dans le sein de la terre , sont comprises dans le règne minéral.

ISIad. Sophie, — Comme nous avons déjà parlé des métaux, qui font une partie essentielle du règne minéral, vous n'aurez, Elisa, qu'à nous entretenir des animaux ; quant aux végétaux , ce sera l'affaire de mademoiselle Stéphanie.

Eliza. Tout ce qui a vie sur la terre est de la classe des animaux 5 le plus parfait et le plus noble de tous . c'est l'homme , parce que lui seul

est doue de la raison, dont tous les autres sont prives. L homme seul a une intelligence qui lui fait discerner le bien et le mal , et par laquelle il s'élève à la connaisance et à la contcmplaiion de la divinité.

Pauline. — Est-ce que les autres animaux n'ont pas la raison en partage? Cependant, il y a des chiens qui sont si reconnaissans, si attachés à leur maître , que l'on croirait qu'ils sont raisonnables 5> et il y a d'auirrs animaux qui font des choses que Vliomme ne pourrait faire , avec toute son intelligence.

IMad. Sophie. L'homme seul est raisonnable j mais \c,s autres animaux ont un instinct naturel que la Providence leur a donné, afin qu'ils puissent veiller à leur propre conservation. Nous ne coiuiaissons point la nature de cet itistinct, et nous savons fort bien que ce n'est pas la raison, puisqu'il n'en produit pas les effets.

Elis.v. — Les animauxsont, oubipèdes, ce sont ceux qui ont deux pieds, comme l'homme et les oiseaux ; ou quadrupèdes , ceux qui en ont quatre , comme le cheval; ou reptiles, ceux qui n'en ont point, et rampent sur la tc-rre, comme les serpcns. 11 y eu a d'autres qui ont un grand nombre de pieds, comme les insectes, cl d'autres qui n'ont que des nageoires , comme les poissons.

Rosalie. — Les oiseaux, qui ont deux pieds et des ailes, sont, de tous les animaux, ceux que

DES JÈU?vES DEMOISELLES. 265

}o préfère, et jo trouve que leur sort est bien heureux de pouvoir se promener sur la terre et tlans le ciel ; car rien n'est plus cliarment que de voltiger çà et là de branche en branche , sur les arbres et dans les I)Osquets.

Mad. Sophie. — Ne tiendriez-vous pas un peu, ma chère, du caractère des oiseaux? et ne serait-ce point parce que vous leur ressemblez un peu, par votre légèreté, ([ue vous les préférez à tous les autres animaux ?

Elisa. — Si les oiseaux ont un sort agréable selon Rosalie , ce n'est pas une raison pour qu'elle doive les estimer plus (jue les autres animaux j car il en est beaucoup de ces derniers qui sont infiniment plus utiles à Thomme que tous les oiseaux qui volent dans les airs. Quel animal , par exemple j est plus utile que le bœuf, que Ton emploie pour labourer la terre? que le cheval , qui sert à nous transporter d'un pays dans un autre, et à traîner les fardeaux les plus pesans? que la brebis, qui nous donne son lait et nous habille de sa laine? que le chien , qui garde nos maisons , et empêche les voleurs d'en approcher? Au reste , chaque animal a son utilité particulière , et est doué d'une qualité qui le distingue de tous les autres.

Emilie. — Ainsi , l'éléphant est le plus gros des animaux , et celui qui montre le plus distinct.

Elisa. — 11 est bien vrai que l'éléphant est celui

de tous les animaux sans raison qui montre le plus d'instinct , je dirai même le plus d'intelligence ;• mais ce n'est pas le plus gros. Pour parler avec justessCj il faut dire qu'il est le plus gros des quadrupèdes , comme l'autruche est le plus grands des oiseaux , et la baleine le plus grand des poissons?

Emilie. — La baleine est donc bien grande?

Elisa. — Oui , ma clière, il y en a qui ont plus de cent pieds de long, et qui ressemblent à des îles flottantes. On en trouve beaucoup dans la mer du Nord , et au Groenland , où les Anglais et les Hollandais vont eu pécher tous les ans.

Aglaé. — Je croyais qu'il y avait un poisson plus gros que la baleine ^ c'est celui qui mange des hommes tout entiers.

Elisa. — Il sVn faut bien que ce poisson , ma chère , soit aussi gros que la baleine 5 mais il est infiniment plus fe'roce , et sa gueule est si large , que l'on en a trouve qui avaient dans le veuire un homme tout entier. Ce poisson se nomme requinj il suit les vaisseaux , pour dévorer les liommcs qui tombent dans la mer , ou les cadavres que l'on y jette. Il est parmi les poissons ce que le tigre est parmi les quadrupèdes , le vautour parmi les oiseaux , et le serpent à sonnettes parmi les reptiles , et ce qu'un méchant

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homme où une méchante femme sont parmi leurs semblables.

Alexandrine. — Voilà un singulier serpent, que celui qui a de sonnetles ! est-ce que ces sonnettes font du brui t ?

Elisa. — Comme ce serpent, qui se trouve en Amérique, est très-gros et très-dangereux, la Providence , qui a voulu l'empéclier de faira tout le mal «-quoi il est porte' par sa férocité, lui a donné une espèce de sonnettes ^ dont le bruit put avertir les hommes où les autres animaux qui se trouveraient dans son voisinage. Ces sonnettes sont placées à l'extrémité de sa queue , et sont composées de plusieurs petites écailles qui, veuant à se heurter quand le serpent est en naouvcmcnt, produisent un son assez semblable à celui d'une sonnette.

Rosalie. — J'aurais bien pour, si je rencontrais un tel serpent j et vous avouerez qu'une bète si dangereuse ne peut pas être comparée aux oiscaus , que jalme tant?

Elisa. - — Vous avez raison , ma clière Ptosalie. Si j'étais en Amérique , où se trouve ce serpent , j'aimerais beaucoup mieux y voir ces' charmans petits oiseaux, no.ianés colilu'is , qui sont gros comme une petite noisette , et dont le plumage brille des couleurs les plus riches , les plus éclatantes et les plus variées.

Aglaé. — Comment se fait-il qu'il y ait des

animaux aussi hideux que les serpens , tt aussi jolis que les colibris? aussi fe'roces que les tigres , et aussi doux que les moutons ?

Mad. Sophie. — Cest en quoi nous devons admirer la sagesse de Dieu, qui a voulu établir dans la nature une infinité de contrastes pour nous apprendre qu'il peut faire tout ce qu'il veut^ et faire concourir à sa gloire tous les êtres les plus opposés par leur caractève ou par leur forme; car il ne faut pas s'y tromper; sa toute-puissance brille d'un éclat aussi vif dans la structure du plus petit des animaux , que dans celle du plus grand ', el l'insecte qui se cache sous Tlierbe , raconte sa gloire , comme l'éléphaut majestueux , ou comme l'aigle qui plane au-dessus des nuages

Aglaé. — Elisa nous a bien pnrlé des iusecies, mais ce n'a été qu'en passant , et sans nous dire quels animaux c'étaient.

Elisa. — Les insectes sont de petits animaux, la plupart volans , dont les ailes sont recouvertes d'une écaille. On les appelle insectes, pai'ce que leur corps est coupé en plusieurs parties, qui sont la tctc, le corcelct, qui comprend la poi-trinc, et le reste du ccrps , qui est composé de l'estomac, du yen ire et de la partie inférieure, comme dans les hannetons, les demoiselles , etc. Il y a d'auires insectes non ailés j et qui n'ont que des écailles, et d'autres tout composés d'anneaux et de jambes, comme les chenilles.

DES JEUÎVES DEMOISELLES. 2bn

Aglaé. — Les vers de terre ne sont donc pas des insectes ?

Elisa. — Non , ma clière , ce sont des reptiles; niais ces reptiles produisent un grand nombre d'insectes volans dont plusieurs sont fort jolis.

Pauline. — Comment est-il possible que des Aers de terre puisseiit produire des bètes qui ont des ailes ?

Elisa. — Rien n'est plus vrai , cependant -, et même les jolis papillons qui voltigent sur les roses, et auxquels on peut vous comparer, ne vous de'plaise , n'étaient que des vers avant d"avoir subi celte ciiarmante méiamorpliose.

Pauline. — Les petits des papillons ne sont donc que des vers?

Elisa. — Oui, ma chère) car les papillons font des œufs , ainsi que les mouches , et de ces œuls sortent ces vers qui, à leur tour, deviennent papillons.

Alexanbuine. — Je ne comprends pas comment cela peut arriver.

Elisa. — Si vous avez vu des vers à soie, il ne vous sera pas dilïlcile de le comprendre.

Alexandrins. — Je n'en ai jamais vu j aussi desircrais-je apprendre qu; Ique chose de ce qui les concerne.

Mad. SoPHiî. — Stéphanie, qui est dune province me'rjdionale , où l'on en ëlèvc beaucoup, peut satisfaire votre curiosité à ce sujet.

Stephakie. — Les vers qui produisciit la soie sortent de petits œufs qu'on appelle graine de vers à soie. Quand ou les a fait eclore dans un appartement où l'on entretient une douce chaleur, on les place sur des feuilles de mûrier , que Ton a étendues sur une table , afin qu'ils puissent s'en nourrir. Quaud ils sont devenus gros, on tppisse la cloison contre laquelle cette table est appuyée , avec de la brujère , aux rameaux de laquelle on suspend des cornets de papier. Aussitôt que les vers aperçoivent celte bruyère , ils y montent tous 5 les uns après les autres, étendent leur soie le long de ses rameaux, et entrent dans les cornets, où ilô font des ccques de soie dans lesquels ils se renfermentj et où ils ne cessent de produire cette précieuse matière que lorsqu'ils ont perdu toute espèce de mouvement, parrefTct d'une croûte épaisse qui les a enveloppés. Quand ils sont dans cet état d'immobilité, on ouvre la coque , d'où ou les retire , pour s'en défaire ou pour les conserver. Si on les conserve, on les voit au printemps sortir de la croûte qui leur servait d'enveloppe, en forme de gros papillons.

Rosalie. — Pourquoi , madame , u'élève-t-on pas des vers à soie dans les environs do P^tis ?

Mad. Sophie C'est parce qu'il n'y croît pas

de mûriers, à cause de la température de ce paysci , qui est trop froide pour cette sorte d'arbres. - KosAXlE. — Est-ce qu'il y a des arbres qui

DES JBUISES DEMOISELLES. 269

croissent plutôt clans un pays que dans un autre?

]Mad. Sophie. — Sans doute, ma clière , chaque pny» a des végétaux qui lui sont propres à cause de la diiTérence des climats. Ainsi , la Provence produit des orangers et des citronniers; la Bourgogne produit la vigne, qui ne saurait prospe'rer en Nomnandie, et celle-ci est fertile eu une espèce de pommiers que l'on ne trouve point ailleurs. 3.1ais je m'aperçois que ces observations nous ramènent au règne vége'tal , sur lequel mademoiselle Stéphanie voudra bien nous entretenir un instant.

SxiiPHAXiE. — L'inépuisable fécondité de la nature ne se montre pas avec moins d'éclat dans l'infinie variéic des vé^e'taux , que dans celle des animaux et des minéraux. Que de plantes sont comprises entre rbysscpc et le cèdre du Liban ! en combien d'espèces et de familles elles sont distribuées! Quelle étonnante gradation depuis la moussa imperceptible qui s'incruste sur le marbre, jusqu'au c!iène audacieux qui affronte les orages : et de cette mousse au brin d'herbe; quelle distance et quel espace rempli par un nombre infini de plantes de toutes formes et de toutes propriétés ! Nous n'avons pasbesoia de sortir de ce jardin pour nous faire une idée des nombreuses familles du règne végétal , car on y trouve presque toutes les plantes les plus connues qui croissent dans L's climats. Quant a celles des autres pays , où nous

n'irons probablement jamais , elles nous intéressent peu , et nons en occuper, ce serait perdre notre temps en propos de pure curiosité.

Alexandrine. — Il n'y a point de salle d'e'tude que j'aime autant que le jardin ; quand je m'y promène, j'éprouve un sentiment de plaisir que je ne saurais définir , et je vous avoue que j'y voudrais toujours rester.

StIfhaiïie. — Vous avez T?ison , ma cbère , de regarder ce jardin comme une sallo d'e'tude , car il y a peu do livres aussi instructifs que celui de la naiure , et d'une nature aussi belle que celle que nous ayons sous les yeux. Que de sujets d'observations nous onrent ces arbi*es , ces arbustes , ces arbrisseaux' , ces fleurs , ces légumes , ces herbes, toutes ces plantes dov.t la verdni'e ou les couleurs encTiantcnt nos regards !

Aglab. — Quelle diiTércncc y a-t-il , Stéphanie , d'un arbre à un arbuste et à un arbrisseau?

Stépiianik. — La même différence qu'il y a entre un géant et un nain. Les arbres sont des végétaux gros et élevés, comme les maronniers et les tillcids de celte avenue 5 les arbustes sont de fort peiits arbres , ccnime ces orangers , ces grenadiers , ces poiriers , au sommet desquels on ]^eut atteindre avec la main 5 les arbrisseaux n'ont point de tronc, sont composés d'un plus grand nonjl)rc de pctiUs branches qui sortent de leurs racines , et se séparent près de la Icri-c , comme

DES JEUISES DEMOISELLES. 27 1

ces lilas , ces rosiers , ces framboisiers , ces sureaux , et ces buissons d'aubépine.

Aglaé. — J étais liien loin de connaître cette (liffe'rence , car j'appelais arhre , un oranger, un citronnier.

Stépitanie. — C'est la faute que commettent un grand nombre de personnes, et rien n'est plus commun que d'entendre appeler arbres , les ar bustes et les arbrisseaux.

Elisa C'est ainsi que l'on confond souvent

les herbages avec les légumes.

Stéphanie. — Oui , il n'est pas rare qu'on prenne l'un pour l'autre , faute de savoir qu'il faut entendre par le mol Icgwne , les graines qui croissent dans les jardins ^ et qui sont enfermées dans des cosses; et par herbages , les plantes telles que les épinards , le serfeuil , le cresson, la laitue • on appelle hortofages ^ celles qui ont une tige, ou des feuilles très-dures , comme les asperges , les artichaux , etc.

E:milie. — C'est une chose Lien utile que de savoir tous ces noms. Je vous assure que je serais bien embarrassée s'il me fallait nommer quelques-unes des plantes de ce jardin. Oh. avez-vous appris tout cela , mademoiselle ?

Stéphanie. — C'est dans les élémens de la botanique que j"ai ajipris les noms des plantes , leur structure et lenis différentes c.-:[>èces. La botanique , ma chère , est ur.c science très-agréa-

272 E?."CYCLOPÉDIE

bje , qui a pour objet tout ce qui concerne les plantes, et qui offre à toutes les personnes qui vivent à la campagne un moyen très-efficace d'éloigner l'ennui et de s'instruire en s'amusant.

Emilie. — Ainsi vous devez connaître toutes les parties dont les plantes sont composées?

Stéphakie. — Oui , ma chère Emilie , j'ai appris à nommer tout ce qui entre dans la structure des plantes, principalement des fleurs, que j'aime beaucoup , et dont vous voyez ici un parterre que j'ai formé.

Aglaé. -~ Voici une fleur jaune dont l'odeur est fort suave.

Stéphanie. — -Cette fl.eur se nomme jonquil'e. 11 y faut remarquer différentes parties comme dans toutes les autres espèces de fleurs. La tige, qui supporte la fleur ; les feuilles de la fleur, qui forment un cerlc ; le calice, qui est l'espace compris entre les feuilles et le centre de ce cercle, oh. se trouve le pistil et les c'tamines , qui sont cette poussière fine qui outoure les pistils. Vous remarquerez les mêmes choses dans les œillets, les lis, les l'Oses, les tulipes , etc.

Aglaé. — J'ai toujours été embarrassée de savoir pourquoi les fleurs ont des couleurs si belles et si varices , qu'aucune étoffe n'a autant declat que la moindre fleur de ce jardin.

StiIphaîîie. — Il est vrai , rien n'égale réclat du coloris des fleurs ; car c'est le soleil lui-même

qui, par ses rayons, principes des couleurs, leur donne cette parure , que les hommes ne pourront jamais imiter parfaitement. Les fleurs peuvent donc être appelées les filles du soleil , et avec d'autant plus de raison, que toutes celles qui naissent dans les pays froids sont languissantes et décolorées.

Alexandrine. — Voilà bien le soleil reconnu comme le père des fleurs ; il rcsie à savoir quelle est leur mère.

Mad. Sophie. — C est, sans contredit, la terre qui les pousse licrs de sou sein , après avoir été échauffe'e par les rayons du soleil 5 mais je vois que cet astre va nous quitter , et qu'il est temps de retourner à nos occupations ordinaires. Un autre jour, nous continuerons, dans ce jardin, cette intéressante conversation.

XXXP CONVERSATION.

Mao. ELISABETH, JOSÉPHINE, HOP.TEr^SE , ALEXAI^BRINE, EMILIE, PAULINE.

Mad. Elisabeth. — Vous devez naaintonaut dire bien convaincue , Alcxandririe, de la ne'cessite d'apprendre l'Histoire romaine , par rembcirras humiliant où vous vous trouvâtes hier , quand

votre maman vous demanda si vous saviez Thistoire de Lucrèce.

Alexanduine. — ' Si maman, avait su que nous n'e'tions pas si avancées, elle ne m'aurait pas as- .sure'ment fait cette question. Au reste , je vous promets, madame, do faire ensorte , par mon attention , Je satisfaire à toutes les questions que maman me fera à l'aveinr.

Mad. Elisabeth. — Je compte sur votre parole , ma chère. Joscpliine . coiîtinuez l'Histoire romaine.

Joséphine. — Tarquin eut un fils qui ne lui ressembla pas , et que son orgueil fit surnommer le, Siipcibe. L'outrage qu'il fit à une dame romaine, nomm<^e Liicrèce, rjui se poignarda ensuite , excita contre lui l'indignation du peuple romain 5 qui, à l'instigation de Bruius, le chassa de Rome, déclara la ro^^av.td aLolie , et fonda la république romaine, dont le gouvernement tut conud à deux consuls. Tarquin se retira chez Porsenna, roi d'Etrurie, d'où il chercha toujours à exciter des mouvemens séditieux dans la viUo de Rome. Ce fut sur ces entrefaites que les deux Çils de Brutus, qui avait été nommé consul, ayant ëté convaincus d'entretenir des intelligences avec ce monarque fugitif, furent condamnés à mort parleur père , qui fut présent à leur exécution. Alexandrine. — O Dieu ! quelle horreur ! Comment un ptrc pouyait-ilélre assez barbare,

assez dénature pour faire mourir ses en fans . et assister à leur supplice ?

Mad. Elisabeth. — Cette conduite de Brutus a pourtout trouvé des apologistes, dout les raisons n'empccbent'pas les honnêtes gens de lu regarder comme une atrocité (pii révolte la nature. Si rhistoire romaine ne renfermait que des traits semblables, elle ne mériterait d'être lue «]ue par les ])oarreanx et leurs valets. Heureusement on y trouve tant de belles actions et de si grands caractères, que l'on pardonne aisément à la république romaine d'avoir été fondée par un homme tel que Brutus, en faveur des illustres personnages qu'elle a produils. J'espère, Joséphine, que vous nous ferez connaîire ces personnages et leurs nclions.

Jos'pniNE. — La guerre que Porsenna, roi d'Eirurie , fit aux Piomains, pour venger l'affront de Tarquin, donna lieu à l'action héroïque dlioratius-Coclcs , qui soutint seul, à rcniréo d'un pont de bois , tout l'effort de l'armée ennemie, jusqu'à ce que ce pont ciit été rompu par derrière, se ji.ta ensuite daus le Tibre, et reg;'gna, sain et sauf, le camp des P>.cniains. Je ne sais si je dois parler de l'aitentat cl de finlrépidité de Mutius-Scœvola j qui s'éiant rendu auprès de Porsenna pour l'assassiner , et ayaut lue le secrétaire' de ce monarque à qui il en vou lait

mit sa main droite dans le feu et la brûla , pour

la punir de s'être trompe'e.

Mad. Elisabeth. — Voilà encore un trait qui a été' et qui est encore loue. par beaucoup de personnes , et qui me paraît au contraire extrêmement condamnable. En effet ^ qu'.st-ce autre chose que l'action de Scœvola , qu'un lâclie assassinat? et que penserait-on d'un soldat Français qui quitterait son poste pour aller poignarder un roi ennemi , au moment cù il ne s'y attendrait pas? Que j'aime bien mieux la conduite de Camille , ge'néral de l'arme'e romaine , dans la guerre contre les Falisques ! Joséphine , récitez - nous cet événement.

JosEPHiXE. — La guerre contre Porsenna ne fut pas la seule que les Romains eurent à soutenir. Ils combattirent successivement contre les Latins, les Volsqucs , les Veïens et les Falisques, dont la ville capitale, Falhre , fut assiégée par l'illustre Camille, Ce fut pendant ce siège que ce général fit un acte bien remarquable de grandeur d'àme et de générosité.

Le maître d'école de Falère s'avisa de conduire au camp des Romains les entans qu'il était chaz'gé d'insiruire, espérant qu'ils lui sauraient bon gré de celte trahison, et lui donneraient une mais Camille, avant horreur de

DES JEUNES DEMOISELLES. • 277 celte lâcheté j le renvoya dans la ville , après l'avoir abandonne à la discre'tiou de ses élèves.

HoRTENSE. — Je voudrais bien savoir quelle punition ils lui infligèrent?

Sxi-pHANiE. — Je pense qu'ils le battirent de verges .

Paulixe. — Je n'aime point un châtiment exercé par des élèves contre leur maître , quelque tort qu'il puisse avoir envei-s eux. Il aurait été , je pense , beaucoup plus convenable et plus décent , que les Falisques l'eussent puni euxmJmes.

Mad. Elisabeth. — Vous avez bien raison, Pauline ; mais le général romain n'y regardait pas de si près , et il trouvait peut-être conforme à la justice de faire punir un traître, par ceux-là même qu'il avait trahis. Joséphine, continuea.

Joséphine. — En sortant de cette guerre , qui fiuit par la paix , les Romains furent attaqués par les Gaulois , qui prirent la ville de Rome et la réduisirent en cendre 5 mais attaqués à leur tour, par Manlius-Torquatus , qui s'était maintenu au Capitolc , et ensuite par Camille , que Ton avait rappelé d'un iujuste exil auquel il avait été condamné , ils furent vaincus plusieurs fois , et contraints de quitter Vltalie. A la guerre des Gaurlûis , succéda celle des Samnites , qui dura cinquante ansj et finit très-heureusement pour les Romains. Ensuite commença la guerre contre les

Latins , où Manlius , général des Romains , cou- i damna son fils à mort, pour avoir combaituf sans son ordre, quoiqu il revint victorieux , et où Dccius se dévoua pour sa patrie, eu se jetant au milieu des ennemis ^ dans le plus grand feu du combat. Un ennemi , bien dangereux par ses talens et par son courage, Firrhus, roi d'Epiro fit ensuite trembler ces mêmes Romains , la terreur de tous les peuples d'Italie 5 mais après deux victoires , et autant de défaites, vo^'^ant qu'il lui était impossible de se soutenir eu Italie, il se retira , pour aller faire la guerre à d'autres peuples, et mourir ensuite d'un cotip de tuile.

Alexandrine. — Il fallait que les Romains eussent de bons généraux pour soutenir tant de guerres , et résistera tant d'ennemis.

Mad. Elisabeth. — Celle époque est le beau temps de la république romaine , qui ne compta.t alors (|ue des magistrats et des citoyens ver l;iei;x. Comment aurait-elle succombé avec des soldats qui mettaient au premier rang de leurs devoirs , celui de défendre la patrie et de moju'ir pour elle ? Avec des généraux tels (|ue Cincinnatns , Curius , Fabricius , que l'on allait chercher sous le cliaume pour commander les armées , et qwi, après la \ictoirc , revenaient à leur chaumière, et de leurs mains triompliantcs , conduisaient la charrue- Le règne de la vertu subsista encore à Rome dans toi te sa pureté et dans

DES JEUNES DEMOISELLES. 27g

tout son dclat , jusqu'à la ruine de Cartilage, sa rivale , contre qui elle eut trois guerres à soutenir , dans îa première desquelles Attilius Kégulus montra , par un lie'roïsme devenu célèbre , le respect dont il e'tait pe'ae'tré pour la religion du serment. Dites-nous , Jose'phiue , ce que vous savez au sujet de Fiegulus.

Joséphine. — Attilius Hégulus , ge'néral romain , étant venu mettre le siège devant la ville de Cartilage , fut vaincu r»ar Xautipe , ge'ueral lace'démonien , qui éiait veau au secours de la ville , et tomba entre les mains des ennemis , qui le firent prisonnier. Après quelques années de captivité, il fut envo^'^é à Rome pour traiter de la rançon et de l'ccliange des prisonniers, avec promesse de revenir, sil ne réussissait pas dans cette négociation auprès du Sénat romain. Au lieu d'engager le Sénat à faire ce que les Cartliagiiiois demandaient, ce grand homme, qui savait bien que les supplices Ta ttendaient à son retour, mil en usage toutes les ressources de l'éloquence pour le détourner d'un traité qui était désavantageux à sa patrie. Quand il eut obtenu ce qu'il voulait, il retourna à Cartilage , pour ne point manquer à sa parole , malgré les larmes de sa femme et de ses enfans, et tous les efforts que ses amis fient pour !e retenir. Les ennemis qui auraient dû admirer sa -bonne foi et son courage , se conduisirent , à son égard , avec plus de féro-

28o - ENCYCLOPÉDIE

cité que n'aurait fait un peuple sauvage , car ils reniernièrent clans un tonneau he'risse' en dedans de pointes de fer , qu'ils firent rouler jusqu'à ce que Pi.e'gulus eût péri.

HoR.TEîîSE. — Est-ce que Re'gnlus n'aurait pas pu se dispenser de retourner à Cartilage ?

Mad. Elisabeth. — Non , ma clière, puisqu'il avait engagé sa parole , que la conscience et l'honneur lui faisaient un devcir de tenir. Ce qu'il y a d'admirable dans la couî^uite de Béguins , c'est qu'il savait bien qu'il avait aifaire à un enneroi féroce et peu scrupuleux 5-ur la bonne foi, et que ses concitoyens ne lui feraient aucun reproche s'il manquait à sa promesse 5 mais il voulut donner un grand exemple aux Romains , et leur ap. prendre que rien au monde ne doit porter un homme d'honneur à violer ses engagemcns. Cependant , la conduite des Carthaginois ne demeura pas impunie , et quelque temps après , les Romains vengèrent , d'une manière bien celatante , la mort de Régulus.

Joséphine. — Les Romains eurent encore deux guerres , après cclîc-cl , à soutenir contre les Carthaginois. Dans la seconde ^ Annibal , un des plus grands généraux qui aient jamais existé , s'avança en Italie , après avoir soumis l'Espagne, défilles Romains dans plusieurs batailles, dont la plus meurtrière fut celle de Cannes, qui lui ouvrait les portes de Rome , s'il avait su profiter de

DES JEr^'ES DEMOISELLES. 28 1

sa victoire. Mais , avant mis ses troupes en quartier d'iiiver dans la ville de Capoue, elles s'amollirent tellement par les plaisirs de celte grande ville , qu'Annibal ne put plus rien cntrepreudre contre les armées romaines. îl fut oLIigé, après la défaite de son frère , de repasser en Afrique, pour s'opposer au jeune Scipion, qïiiy avait port^ la guerre ; mais la fortune l'avait abandonne' , et une seule bataille suffit pour soumettre l'orgueilleuse Cartilage , qui , ayant voulu remuer quelques années après , fut prise par un autre Scipion, et de'lruite de fond en comble. On appelle cette dernière guerre de Rome contre Cartliage , la troisième guerre punique,

Mad. Elisabeth. — Ne ferez-vous point , Jose'pliine , quelques courtes réflexions sur la ruine de Cartilage ?

Joséphine. — Comme les Carthaginois étaient un peuple sans honneur et sans bonne foi , et qui se jouaient des traités, on doit regarder la destruction de leur ville comme une punition du ciel , qui ne laisse jamais le parjure impuni j mais il faut convenir, avec tous les historiens, que la ruine de Carthage est l'époque d'un changement notable dans les mœurs des Romains , qui, n'ayant plus de rivaux , perdirent peu à peu les vertus austères qui les avaient fait triompher , et s'enÛèrcnt d'un tel orgueil , que bicutût ils ne voulurent plus qu'aucun prince régnât sans leur

permission. C'est ce funeste orgueil de l'ambition qui souleva contre eux tous les peuples , et leur suscita , en Afrique et en Asie , des ennemis irrje'concilia])les , qui leur vendirent Lien cher leur vie ou leur liberté.

Pauline. — Est-ce qu'après la ruine de Cartilage , et pendant les guerres étrangères qu'elle eut à soutenir . Rcn^.e ne compta plus de grands hommes ?

Mad. Elwaeeth, — Elle en produi:;il beaucoup, n:i.ai3 d^un cavactil^e difTérent de celui des Romains qui l'avaient iiîustre'e jusqu'à cette époque. Les premiers avaient brillé , r.utrnt par leur morale qne par leurs vertus guerrières , et les seconds se montrèrent plus grands hommes de guerre que citoyens vertueux, en exceptant toutefois les deux Caton , dont le premier, surnommé le censeur, offrit, en sa personne, toute la rigidité des anciennes niœui-s ; le second , tout le fanatisme de la liberté. Cicérou montra aussi, sur le déclin de la république , de grandes qualités réunies aux plus grands talcns, et il ne dépendit pas de lui que la république ne recouvrât son ancienne gloire domestique , malgré toute la puissance qu'elle avait acquise au - dehors. Joséphine , dites-nous les nomSj et faites-nous le portrait des illustres Romains qui, depuis la ruine de Carlhage jusqu'à la chute de la république, se rendirent célèbres par leurs grandes actions.

Joséphine. — Paul-Emile vainquit et fît prisonnier Persëe , roi de Mace'doine , et le fit servir d'ornemeut à son triomplie ; Scipion l'Emilien prit Nuniance , forte ville d'Espagiis , après un siège de dix ans , et la rasa entièrement ; Marins , sorti de la lie du peuple . s'éleva par ses talens au consulat et au commandement des armées,* vainquit et défit entièrement une armée innombrable debarbaresj nommés Cimbres et Teutons, qui menaçaient l'Italie d'une invasion : mais ce grand capitaine , furieux de ce que Sylla lui eut été préféré pour commap.dcr larmée roraaine contre Mytbridate , roi de Poi:ï , profita de Tabsence de ce gcaéral pour faire une irruption dans Home , où il uiacsacra toiîs les pnrtisar^s de Sylla , et s'empara eu consulat. Sylla vainquit Rîithridate^ et reconquit toute l'Asie mineure. Après celte brillante expédition, il ramena à Rome son nrmée victorieuse; il proscrivit tous ceux du parti delMarius, remplit l'Italie de meurtres et de carnage, et passa le reste de sa vie dans la tranquillité et l'état de simple ]îarliculier. Lucullus, le plus fastueux des Romains, vainquit une seconde fois Mythridate, qui avait mis de nouvelles troupes sur pied. Pompée, qui mérita le surnom de Grand, rcniplaça Lucullus, chassa Mythridate do ses états, s'empara de la Syrie et de la Judée , et forma ensuite un triumvirat avec César et Gras-

284 E?fCTCLOPÉDIE

sus. Cîcëron , le plus grand des orateurs , et consul, mérita d'èire appelé pc/'e de la pairie, pour avoir de'couvert la coujuraiion de Catilina, dont il fit punir les complices. CrassuSj triumvir, dont les ricliesses e'taient immenses, fut vaincu, et tué par les Partlies , qui s'emparei'3ul des aigles romaines. César, que son ambition empêche d'être regardé comme le plus graud de tous les hommes, s'unit avec Pompée et Grassus , pour asservir sa patrie, fit la conquête des Gaules et de l'Angleterre , ei b:-.tut les Allemands^ revint à Rome 5 d'où Pompée s'enfuit avec un grand iîombre de sénateurs; ce c]ui donna lieu à la bataille de Pbarsalc, où Pompée, vaincu par César , fut obligé de s'enfuir en Egypte , dont le roi le fit mourir. Enflé de cette victoire, qui le débarrassait du plus dangereux de ses ennemis , César s'empara de toute l'autorité, et voulut se faire déclarer roi avant de marcher contre les Pai-thes , pour réparer l'affront lait aux armes romaines , par la défaite de Crassus; mais il fut assassiné en plein sénat , de ving-trois coups de poignard. Aprèj la mort de César , Octave , son fiJs adoptif , Antoine et I^épide , formèrent un autre triumvirat pour venger la mort de cegraud homme. Ce fut alors que Cicéron fut massacré , et que trois cents sénateurs furent proscrits avec deux mille chevaliers. Tjrutus , l'un des princi-

pau£ meiutriers de César, qui s'était associé avec un autre nommé Cassius, battu à Pliilippes , se donna la mort.

Pauline. — Il faut convenir que Erutus est un nom bien mallieiireux. Le premier qui le porta fit mourir ses deus fils , et le second fut assassin , et se tua lui-niomc.

Joséphine. — Après la liataille de Pliilippes , Antoine , Octave et Lépide se partagèrent toutes les conquêtes des Piomains: raais leur union ne dnra pas long-temps. Lepide, qui voulait la Sicile, fuL battu par Octave, et relégué dans une petite ville du Latiinn , et Antoine , qui , à cause de sa liaison avec Cléopatre , reine d'Egypte , avait été déclaré par le sénat ennemi du peuple romain , fut valricu par Octave, à la célèbre bataille d Actium , après laquelle il se retira eu Éf^j'pte , où il se donna la mort. Après cette victoire , Octave se trouva le maître de toutes les provinces conquises par les armées romaines 5 P\.orae lui tendit les bras, et, sous le nom d'Auguste, et avec le titre d'empereur, il commença une mouarciiie qui s'étendait sur presque tout l'univers connu.

Mad. Elisabeth. — Je suis satisfaite, Joséphine, de la précision avec laquelle vous nous avez fait connaître cette partie de PHistoire romaine , qui S'étend depuis la ruine de Carthage jusqu'au rv''gae d'Auguste. Vous savez mainte-

liant j mesdemoiselles, qu'il n'y avait plus alors dans le monde qu'un seul empire , car toutes les monarchies s'y élaîent englouties comme dans un vaste et profond abîme. C est ainsi que la prophétie de Daniel , au sujet de la statue de Nahucliodonosor , s'est accomplie à la lettre. Mais cette immense moiiûi'chie des Romains devait aussi avoir un terme , et c'est au royaume spirituel du fils de Dieu qu'elle a fait place ; royaume qui s'e'teud aujourd'hui sur tout l'univers , pour ne jamais finir.

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XXXIP CONVERSATION.

Mad. SOPHIE, ÉLIZA, EMILIE, JULIE, STÉPHANIE, HORTEKSE, PAULINE.

Mad. Sophie. — Je viens d'apprendre, mesdemoiselles , avec quelle pre'sence d'esprit et quelle brièveté Joséphine a réciié les principaux faits de l'Histoire romaine ; madame Elisabeth en a été si enchantée, qu'elle a écrit sui'-le-champ à sa maman , pour lui faire part des progrès de sa fille. Seriez-vous capable , Emilie, d'en faire autant pour l'Histoire Sainte?

Emilie. — Je vais essayer, madame, et j'espère que vous serez contente de ma manière ,

comme madame Elisabeth l'a e'té de celle de Josephide.

Après que les douze tribus se furent re'unies sous la dominaiion de David , ce prince se rendit maître de Je'rusalem, qu'il fît la capitale de son royaume, et où il fît transporter l'Arche d'alliance pour la déposer dans un s'jpcrbe temple , dont la construction étclt réservée A son fîls Salomon. Ce prince, que Dieu avait choisi cnire ses frères pour le faire roi , et à qui il avait donné un cœur plein de zèle et de droiture , montra bientôt , par sa conduite dans une circonstance , combien l'homme est faible quand Dlau ne le soutient pas. Ayant apsrr.u de son palais une femme nommée Eetzabé, qui se baignait, il la fît venir j et après avoir oiFensé Dieu avec elle, il se défît de son mari , ani était un de ses plus fidèles serviteurs. Pour le punir, Dieu permit que son fils Absalon se révoltât contre lui , et le contraignît de sortir do Jérusalem. Mais David ajant fléchi sa colère par ses larmes et sa pénitence, il rentra dans son royaume , où il composa ces ma» gnifiques pseaumes que Ton chante chaque jour dans les églises.

Elis A. — Je ne croyais pas que tous ces pseaumes eussent été composés par David.

Mad. Sophie. — Vous avez raison , ma chère Elisa. David ne les a pas tous composés 3 car il y en a qui sont des cantiques de Moise , et d'au-

très qui ne datent que de la captivité de Rabylone : mais comme David en a composé le plus grand nombre, on s'est accoutumé à les publier sons son nom.

Emilie. — Salomon, qui succéda à David, son père, fit bâtir le magnifique temple dont celuici avait formé le projet. Ce temple fut l'un des plus beaux et des plus riclics ouvrages de l'univers. La dédicace en dura quinze jours , pendant le';quels Dieu manifesta sa présence par une nuée qui distilla ime rosée sur les liabits des sacrificateurs, et par un feu qui consuma entièrement les viciimes. Salomon y avait fait transférer, avec la plus pompeuse soiemnité, l'Arche d'alliance et le tabernacle , et ils y demeurèrent jusqu'à ce quo Nabucliodonosor , ayant pris Jérusalem , fit aussi brûler le temple. Salomon^ digne fils de son père David , demanda la sagesse à Dieu , et il devint le plus sage des hommes , comme le plus riche et le plus glorieux des monarques. Le bruit de sa magnificence et de sa sagesse se répandit par toute la terre, et une grande reine, nommée Saba, vint à Jérusalem des extrémités de l'Arabie, pour s'assurer de la vérité des merveilles que Ton racontait de Salomon.

Pauline. — Un jour que j'étais avec maman dans la galerie du INÎuséc Napoléon , elle me fit voir un tableau qui représentait le Jugement de Salomon j mais comme il y avait beaucoup de

DES JEL'^vES DEMOISELLES. 289

monde, elle neut pas le temps de m'expliquer le sujet de ce tableau.

Emilie. — Je vais vous l'expliquer. Deux femmes se disputaient la propridte' d'un enfant Comme elles mettaient beaucoup cle cbaleur dans leurs réclamations , Salomon , pour trouver la véritable mère , ordonna que l'en faut serait partagé en deux pariies, dont chacune de ces femmes en aurait une. La fausse mère consentit bien à l'exécution de ce jugement , mais la véritable aima mieux lui céder son enfant , que de le voir mettre en pièces ; et Salomon , éclairé par la nature elle-même , qui parlait au cœur de celte femme, ordonna que l'eniant lui serait remis.

Malheureusement, la fin de la vie de Salomon ne répondit pas à ses comraencemcns, car ce prince , enivré de ses prospérités , oublia son Dieu , pour se livrer à des voluptés criminelles , et au culte des fausses divinités , et nous ne lisons point qu il ait fait pénitence ayant sa mort.

Stéphanie Il faut convenir que celte chute

de Salomon e^t un exemple bien terrible de la fragilité humaine. Hélas! pouvons-nous espérer de nos propres forces , nous qui sommes des créatures si imparfaites , si des colonnes aussi fermes que David et Salomon ont été renversées!

Mad. Sophie. — il est vrai ; et comme nous ne sommes , disent des auteurs pleins de piété ,

quelque vertueux que nous soyons, ni plus foi'ts que David , ni plus sages que Salomon , nous ne devons rien presunier de nous-ménips , et la suite seule des occasions , ainsi qu'une grande vigilance à remplir nos devoirs , peuvent seules nous empêcher de tomber dmis les mêmes prévarications. Emilie , reprenez le fil de votre narration.

Emilie. — Après la moit de Salomon , Dieu permit, pour la puuiiion da ce ]>rince iuGdèle, que dix tribus se séparassent des deux autres , qui restèrent sous robcissance de Roboam , son successeur. Ces dix tribus foruièrent le royaume de Samarie , où le «fuite du vrai Diçu fut aljan^ donné pour celui des idoles. Après Roboam , Abias , son (ils , qui imita son idolâtrie , posséda le royaume de Juda ; mais Aza , successeur de celui-ci , fut un prince rempli de sagesse et do vertu. De tous les rois idolâtres qui régm" rent à Samarie , Acbab fut le plus ccli.bre par son impiété. Il avait une très-mécbante femme, nommée Jézabel , qui l'engagea à faire mourir un pauvre homme, nouimé Naboth, pour avoir le petit bien dont il avait hérité de ses pères. INJais Dieu, qui est le protecteur du pauvre, lui fit dire par le prophète Elle , qu'il périrait misérablement avec toute sa race , et que sa criminelle „ épouse serait mangée des chiens. Cette prédic- | tioa ne larda pas à se vérifier j Achab fut percé

DES JEUNES DEMOISELLES. 2g l

d'une flèche , dans un combat contre Josaphat , roi de Juda j Je'zabel , jetée par les fenêtres de son palais, par Tordre de Jéliu, fut de'voree par les cliiensj et ce Jélin, devenu maître du rovaume de Snmarie , s'appliqua ensuite à exterminer lonte la race d'Achab.

HoRTENSE. — Emilie a parlé du prophète Elie ; je voudrais bien savoir ce que signifie ce mot prophète.

I\lad. Sophie. — Un prophète est une homme inspire de Dieu pour prc'dire l'av enir j il j en eut beaucoup dans les deux royaumes de Juda et de Samarie. lueurs fouctions consi.^taicut à annoncer hautement les menaces de Dieu , à reprendre hardiment les crimes des peuples et des rois , et à confirmer, par de grands miracles, la vérité de leur mission.

Stéphanie Euiilie vient de me dire à voix

ba-^se qu'elle serait très-embarrassée d'achever 1 llibtoii-e Sainte, comme vous le désirez; si vous le trouvez bon , je prendrai sa place . et je ferai mes efforts pour satisfaire à votre atlcnlC; et à celle de mes compagnes.

T>Iad. Sophie. — Je ne doute point, Sté])hanie, de votre zèle ni dé vos lumières, et je pense que ces demoiselles ne feront que gagner , ne déplaise à Emilie ^ à l'instruction que vous leur ferez.

Stéphanie. — Les rois ch^ '^itn'.ric ne furoiit

2g2 . ENCYCLOPÉDIE

pas les seuls qui s'abaudonuèrent au culte des fausses divinités. La plupart des rois de Juda se distinguèrent par leurs crimes et leur impiété. Tels furent, entr'autres, Manassès, qui, eu punition de sou impiété, fut mené captif à Babylone, où il se convertit, fut rétabli sur son trône, et mourut saintement; Amon , qui imita son père dans son impiété, et non dans sa pénitence; Sédécias qui fut emmené avec tout le peuple en captivité à Babylone , et fut le dernier des rois. Mais de tous les rois de Juda , le plus vertueux et le plus saint après David, fut le roi Ezéehias. Sous son règne^SennacUérib étant venu assiéger îa ville de Jérusalem , se vantait que le Dieu des Juifs ne pouvait délivrer cette ville de sa puissance 5 mais le propliéte ïsaïe vint rassurer Ezéehias , et lui prédit que fennemi serait en peu de temps obligé de lever le siège. En effet , la nuit suivante , un ange extermina cent quatre vingtcinq mille hommes de farmée de Sennachôrib , qui fut contraint de retourner à Ninive.

Après la mort d'Ezéchias , son fils Manassès , dont j'ai parlé , monta sur le trône de Juda. Ce prince , bien différent de son père, se livra tout entier à l'idolâtrie, et fit scier en deux le prophète Isaïe qui le reprenait de son impiété. Mais Dieu le punit en permettant qu'il fut conduit captif à Babylone et enfermé dans une étroite prison où il adressa au Dieu de ses pères uno

t)ES JEUNES DEMOISELLES. ^gS

prière remplie de beaux sentimens de pënilence qui lui me'ritèrent dctre rétabli surso;T trône.

Josias fut le seul des descendans de Manassês qui donna des marques de sa pie'té. Après lui , Joacbim , Je'cli-onias , et Se'décias r'arent yaincus et emmenés captifs par Nabucliodonosor qui leur rendit toujours leur trône^ mais qui, fatigué enfin de leurs révoltes continuelles et de leur perfidie, revint, sous le règne de Sédécias, assiéger Jérusalem, s'en rendit maître, en fit raser les murailles, brûla le temple et le reste de la ville, fit mourir en sa présence les enfans et les parens de Sédécias , à qui il fit crever les yeux , et qu'il enchaîna avec les autres captifs pour le conduire à Babylone. Telle fut la fia du royaume de Juda , après avoir subsisté quatre cent quatre-vingtsept ans, sous vingt-trois rois. Quant au royaume de Samarie , il avait été déjà détruit par Salmanasar , roi d'Assyrie , qui ayant pris la ville de Samaris , après un siège de trois ans , où les babitans endurèrent toutes les horreurs de la famine , fit mettre le roi aux fers , et dispersa les dix tribus dans toute l'étendue de son empire, où elles furent tellement confondues, qu'il n'en reste plus aucune trace.

Pauline. — Quelle désolation , madame ! Comment le peuple qne Dieu s'était choisi , a-til pu devenir aussi malheureux , et l'esclave des

2g4 " ENCYCLOPÉDIE

nations qui adoraient des idoles? Oùsontles ptomesses que Dieu lui avait faites?

Mad. Sophie — Le peuple juif, ma cliêre , avait bien mérite son malheur , par ses continuelles prévarications et sa longue ingratitude j mais le Seigneur, en le frappant par la main des infidèles , avait encore les ycix sur lui j il ne rayait point abandonné, et n'avait fixé qu'à soixantedix ans le terme de son châtiment et de sa capti' vite.

HouTENSE. — r-ï'est-ce point dans ce temps-là, qu'arriva l'aventure d'Estlicr , dont j'ai entendu quelquefois parler ?

Mad. Sophie. Il ne faut point , ma chère , se servir, en parlant des évenemens de l'Hiatoirn Sainte , du mot aventure , qui est un mot tout profane , et ne s'applique qu'à des evencniens supposes et sans intérêt. Raconiez-nous, Stéphanie , le plus brièvement que vous le pourrez , l'histoire d'Esthcr.

Stéphanie. — Dans le temps de la captivité des Juifs à Babylonc , un roi de cet empire , qui se nommait Assuérus , répudia sa femme nommée Vasthi , et Ct chercher une fille parmi les plus belles de ses états , pour en faire son épouse. Il y avait parmi les Juifs un homme nommé Mardochée , qui observait fidèlement la loi du Seigneur j il avait une nièce nommée Esther ,

DES JEUXES DEMOISELLES. SgS

parfaitement belle, qui plut teileiirnt au roi, quand elle lui fut présente'e, qu'il la fit reine surle-champ. Esther, sur le trône, ne se laissa point éblouir par la magnificence de ce liaul rang, et elle ne faisait au contraire que soupirer en voyant l'état dliumiliation oii ses compalriotes étaient réduits.

Assuérus ayait un favori nommé Aman , fort méchant homme , et qui avait un orgueil insupportable. Cet homme, devant lequel Mardochée, qui se tenait à la porte du palais , revêtu d'un sac et couvert de cendre, avait refusé de se prosterner, avait conçu une haine profonde contre ce Juif , qu'il avait résolu de faire mourir.

Dans cette résolution , il se présenta un jour au palais , pour obteiiir du roi la permission de faire périr r>Iardochée , mais il fut obligé d'attendre avant d'être introduit, parce que le roi se faisait lire les détails d'une conspiration contre sa personne . qui avait été découverte par Mardochée , dont on avait oublié le service et le nom. Lorsqu'Aman parut devant le roi, celui-ci lui demanda ce qu'il devait faire pour un homme auquel il voudrait donner une grande preuve de son amitié. Aman , qui pensait que cette question le regardait , répondit au roi , qu'il ferait bien de revêtir cet homme de son habit royal, de lui mettre sa couronne sur la tète , de le faire monter sur un magnifique cheval , avec lequel il

ferait le tour de la ville, et dont le plus grand seigneur du royaume tiendrait la bride, en criant: c'est ainsi que le roi traite celui qu'il veut honorer. Tu as raison, dit Assuërus ^ eh bien ! prends le juif Mardoche'e et rhabille comme tu l'as prescrit j et tu le conduiras par toute la ville en tenant la bride de son cheval. A ces paroles , l'orgueilleux Aman pensa tomber mort j mais il n'y avait pas moyen de reculer : il sortit donc la rage dans le coeur, et servit lui-même au triomphe d'un homme dont il avait jure' la perte.

Elisa. — Je vous avoue , madame, que je suis bien aise de voir Thumilirition de cet liomme orgueilleux. Il y a un grand plaisir à voir ceux qui lui ressemblent abaissés devant ceux qu'ils méprisaient.

Mad. Sophie. — Dans quch^ue état que l'on soit , l'orgueil est toujours un défaut aussi criminel devant Dieu que ridicule devant les hommes? et il n'est aucun malheureux qui intéresse moins et trouve moins de consolation , que celui qui, dans la prospérité, méprisait ses semblables , et les accablait de ses dédains. Au contraire, les personnes modestes ont tout le monde pour elles, et si elles tombent dans l'adversité , elles trouvent partout des consolations et des secours. Contîjiuez , St<''phanie , de nous intéresser par la suite de THistoirc d'Eslhcr.

Stéphanie. — Aman . outré de ce qui lui

DES JEUNES DEMOrSELLES. 297

était arrivé, résolut de perdre tous les Juifs , afin d'envelopper ]Mardoche'e dans leur perte commune. Pour cela , il adressa au roi mille calomnies contre celte nation, et le roi , qui crut aise'ment tout ce qu'il lui disait , re'solutde faire massacrer dans un seul jour tous les Juifs qui e'taient dans ses e'tats. Mardoclie'e, ayant appris un ordre si barbare^ vint irouver Esllier, et lui commanda de parler au roi pour faire révoquer cet arrêt. Quelque danger qu'il y eût pour cett6 princesse, dans uue pareille démarche , parce que tous ceux qui entraient dans l'appartement du roi sans son ordre, étaient puni> de mort, à moins qu'il ne les toucliàt de son sceptre; celte princesse, dis-je , résolut de demander au roi la grâce de ceux de sa nation. Lorsqu'elle entra dans la chambre du roi , les yeux de ce prince parurent étincelans de colère , et Esther en fut si effrayée, qu'elle tomba évanouie entre les bras de ses femmes. Assucrus la voyant en cet état, descendit de son trône et la toucha de son sceptre , en lui disant de ne rien craindre. Esther ayant alors repris l'usage de ses sens , conjura son époux de souper chez elle et d'amener Aman à ce repas. Lorsque le roi entra avec son favori , la reine se jeta à ses genoux, et lui demanda la vie pour elle et pour sa nation. Le roi , qui ignorait quelle était juive , fut frappé de' celle nouvelle , et sortit un instant pour réfléchir. Pendant sou absence , Aman s'é-

2g8 ENCYCLOPÉDIE

tait jcle aux pieds de la ixine , et la coiijur.iit d'a- Toir pitié de lui. Le roi entra comme il c-tait dans cette posture , et croyant qu'il insultait son épouse , plein de fureur, il le fît sortir pour cire nîis à mort. Alors, un de ceux qui était présent dit au roi, qu'Aman avait fait élever une potence de quarante coudées , pour y faire pendre MardocUée. Assuérus ordonna qu'Aman y fût attaché , ce qui fut exécuté.

Julie. — Ce n'est pas de ce cruel Aman que je nie suis occupée pendant le récit de Stéphanie, mais bien de la reine Esther , dont j'ai admiré l'obéissance aux ordres de son oncle Mardochée, elle courage pour se présenter devant le roi Assuérus.

Mad. SorniE. — Il est vrai 5 nous devons admirer, dans cette histoire la soumission d'Esther, toute reine qu'elle était; et son zèle courageux pour le salut de sa nation ; mais nous devons encore plus admirer la Providence qui , pour sauver tout un peuple j se servit d'aussi faibles instrumens qu'un captif et sa nièce , et confondit en un instant les projets barbares de l'orgueilleux Aman. Racine, le plus grand de nos poètes j a fait, au sujet de cet impie favori d' Assuérus , des ■vers sublimes , que je crois utile de vous rapporter. Les voici :

J'ai vu l'imj îc adoré sur la terre; Semblable aux cèdre il portait dnus les cîeux

Son front audacieux,- Il serai. lait à son gré gouverner le tonnerre;

Foulait aux pieds ses ennemis vaincus:

Je n'ai fait que passer, il n'était déjà plus.

Elisa. — Eli effet, ces vers sont très-beaux , et je me souviens d'avoir lu, avec un plaisir inexpriiuable , la tragédie d'où ils sont tire's.

Mad. Sophie. — Cette tragédie est celle d'Estlier, que Pvacine composa, sous le règne de Louis XTV , pour les demoiselles de la maison de Saini-Cjr. où elle fut représentée , avec le plus grand succès, en présence du roi , de madame de Maintenon et de tonte la cour. Mais n''interrcmpons pas davantoge iitéplianie , cl laissons-la achever lliistoire des Juifs.

Stéphanie. — Les JuiTs demeurèrent captifs à Babylonc pendant soixante-dix ans , après lesquels Dieu, jetant sur eux un regard de miséricorde , suscita un roi nommé Cyrus , qui leu^' rendit la liberté, avec tous les vases pocrés et tout ce qui servait aux sacrifices, et !eur fournit en mémc-temps tout ce qui était nécessaire pour la restauration du temple. Mais quand ils fuient à Jérusalem , sous la conduite de Zorobabcl , ils trouvèrent les Samaritains qui s'opposèrent au rétablissement du temple, soit de force , soit par leurs artifices auprès de Cambyse , fils de Cyrus, lequel défendît aux Juifs de continuer leur travail; et ce ne fut que soixante -dix ans après fédit do

^lOO ENCYCLOPEDIE

Cyrus, qu'ils purent reta])lir le temple et la \illej mais en bâtissant les murailles de Jérusalem d'une main , et en tenant de l'autre l'e'pe'e pour se dc'fcudre,

Elisa. — Sans doute ils ne furent plus lentes de desobéir à Dieu , et de l'abandonner pour les fausses diviniîe's.

Stéphanie. — Quand la ville et le temple eurent e'te rebâtis , Esdras et Nëhémie firent observer la loi dans toute sa pureté. Le peuple pleura avec eux les iniquités qui lui avaient attiré de si terribles chàtimens 5 tous ensemble lurent, en fondant en larmes , dans les livres saints , les menaces de IMoise, dont ils avaient vu faccomplissement. Ils adorèrent les jugemens de Dieu, et, réconciliés avec lui , ils vécurent en paix 5 et depuis celte célèbre époque jusqu'à l'arrivée du Messie, on n'entendit plus parler d'idolâtrie parmi eux, tant ils avaient été frappés de l'accomplissemeut des prophéties qui concernaient leur captivité et leur retour.

Mad. Sophie. — Vous ne nous dites point, Stéphanie, comment les Juifs se gouvernèrent après leur captivité, et quels événemens se passèrent chez eux jusqu'au temps de la naissance de Jésus-Christ.

Stéphanie, — La nation juive formait un corps de république gouverné par les grandsprctrcs et un conseil souverain ^ nommé le San-

BES JEtTNES DEMOISELLES. 5oi

îiédrin , qui payait un léger tribut aux rois de Perse, jusqu'à la destruction de leur empire par Alexandre. Après la mort de ce conquérant, cette répu])lique fut souvent troublée par scâ successeurs qui étaient devenus rois de Syrie. Antioclius-Epiphane est celui qui les persécuta avec le plus d'acliarnenient j car il cliassa le saint pontife Onias , pilla le temple, voulut obliger tous les Juifs à changer de religion , et il fit mourir dans les supplices les sept frères Macliabée et leur mère ; enfin il mourut misérableuient par une juste punition de Dieu. Dans ce temps-là, Juda Macliabée se couvrit d'une gloire immortelle par ses victoires contre Antioclms et ses successeurs. Quelque temps après , Juda , surnommé Aristobule , prit la qualité et le titre de roi des Juifs. Ce fut sous le règne d'xVristobule , son fils , que le grand Pompée s'empara de Jérusalem, et rendit la Judée tributaire des Romains, en laissant aux Juifs le pouvoir de se gouverner par des princes de leur nation. Hérodc, surnommé le Grand, qui n'était point Juif de naissance, mais Iduméen, obtint ensuite des Romains la permission de porter le titre de roi. Comme le sceptre ou l'autorité souveraine avait été enlevée à la tribu de Juda, la prophétie de Jacob sur l'arrivée du Messie touchait à son accomplissement j aussi Jésus-Christ, fils de Dieu dans l'éternité , et fils de Marie dans le temps ,

vint-il au monde sur la fin du règne d He'rode. Mad. Sophie. — Combien je désirerais, ma chère Slt'plianie, que toutes vos compagnes profitassent de leur Histoire Sainte au même degré que vous! J'espère qu'Hortense et Pauline pourront à l'avenir re'pondre aux questions que je leur ferai à ce sujet. Quant à Emilie, Stéphanie en a assez dit pour qu'elle puisse de temps en temps entretenir sa bonne amie Hortense , depuis le règne de David jusqu'à la naissance de Jésus- Christ.

HoRTEXSE. — Si vous le désirez, madame, je réciterai tout ce que j'ai entendu de l'Histoire Sainte, que je trouve la plus belle de toutes.

ISIad. Sophie. — Je suis bien convaincue ^ ma chère , de ce que vous me dites, par l'attention avec laquelle vous avez écouté nos conversations ; aussi vous donnai -je une pleine liberté de vous amuser avec la poupée d'Emilie.

Emilie. — Hortense peut en faire ce qu'elle voudra, car vous me permettrez , madame, de la lui donner en toute propriété.

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DES JEUNES DEMOISELLES. Ôo:>

XXXIIP CONVERSATION.

Mah. Elisabeth, Stéphanie, adèle, at^iélie, emilie, hortekse, alexan-

DRINE.

Mad. Elisabeth. — Alexandrine , veuillez l>ien achever la description des Etats de l'Europe, après laquelle vous nous ferez celle des trois autres parties du monde,

Alexandrine. — Vous exigez beaucoup de moi, madame, car je vous avouerai que ma science n'embrasse point une matière aussi vaste; et ce sera beaucoup , si je puis achever ce qui reste à dire de l'Europe.

Mad. Elisabeth. — Eli bien, ma chère, dites ce que vous savez , et ces demoiselles nous apprendront le reste. Il me semble que c'est par l'Angleterre que nous devons commencer aujourd'hui.

Alexandrine. — L'Angleterre , que l'on appelle aussi les îles britanniques , est un royaume situé au nord-ouest de l'Europe, et n'est séparée de la France que par un petit bras de mer que Ton nomme le détroit de la Manche. Il comprend , outre l'Angleterre proprement dite , l'Ecosse , qui en est séparée par une chaîne de mon-

5o4 ENCYCLOPÉDIE

tagnes, et l'Irlande, qui est une grande île de l'Océan. La ville de Londres^ qui est très-belle , très-riche et Irès-peuple'e est 'a capitale de l'AngleterrefEdimbourgcellede TEcosse, et Dublin, celle de l'Irlande. La population des îles britanniques est à-peu-près de di\' millions d'habitans. Aprv^s avoir traverse la mer du Nord, on debarque en Hollande , qui est un royaume nouvellement formé, qui est situé entre la mer, la France etrAlIemagne.Lepajsest partagé par une infinité de canaux, et est défendu contre feau de la mer par des fortes digues, sans lesquelles il serait bientôt submergé. La capitale est Amsterdam , qui est, en temps de paix, une des villes les plus commerçantes de l'univers. La Haye est aussi une ville fort agréable, et que le siège du gouvernement rend très-florissante. De la Hollande, on entre dans les états de la monarcliie prussienne, qui est très étendue; la capitale de ce royaumcest Berlin, grande et belle ville, surla Sprée , et ses principales rivières sont l'Oder, l'Elbe et la Vistule. Au sud-est de la Prusse, on trouve le nouveau royaume de Saxe, dont la ville de Dresde est la copilale. Du royaume de Saxe, en allant toujours vers le sud-est, on entre dans celui de Bavière, dont la capitale est Munich, ville tr(s-peuplée, etoi!i Ton trouve Augsbourg , très-industrieuse, et très-commerçanie. Au sud-est de la BaN iyre , ejt le petit royaume

DES JEUNES DEMOISELLES. 5o5

de Wurtemberg, dont la capitale est Stutgai'd. Ce royaume a pour voisins , au sud et à l'est, le grand-duchë de Bade, dont la capitale est Carlsrube , et les cantons suisses, qui forment une république lëderalive. La Suisse est le pays le plus élevé de l'Europe et le plus montueux. Ses babitans sont bons soldats , et passent pour être remplis de probité' et de bonne foi. Voilà , madame, tout ce que je peux dire des Etats de l'Europe que nous avions à parcourir.

Mad. Ellsabeth. — C'est bien peu de cbose, ma chère Alexandrine , et vous avez encore besoin de bien apprendre votre ge'ogvapliie , avant d'être en ëtat de l'enseigner. Amélie , dites-nous ce que vous savez des trois autres parties du monde , et commencez par l'Asie.

Amélie. — Je crains bien , madame , que vous ne me fassiez le même reproche que vous avez fait à Alexandrinej mais comme vous êtes trèsinduigente, j'espcre que vous me saurez gré du peu que je sais de l'Asie , de l'Afpique et de l'ximérique.

L'Asie, qui passe pour avoir été peuplée la première, est la plus étendue des tr«is parties de l'ancien continent. Elle est bornée au Nord , par la mer Glaciale , au Midi par celle des Indes , à l'Orient par la mer du Sud , et à l'Occident par la Russie, la Turquie d Europe, la Méditerranée, l'Egypte et la mer Rouge,

5o6 E^^CYCLOPÉDIE

Le terroir de TAsie est abondant en blé , en Tins, en riz , en fruits excellens. On en tire des drogues, des aromates et des épiceries , de la soie, du coton , des toiles peintes et de îa belle porcelaine; elle a de plus quantité d'or, d'argent , de pierres précieuses. On y trouve aussi quantité d'animaux , tels que le lion , le léopard , le tigre, Télépliant, le rhinocéros, le zèbre et le crocodile. On y voit aussi beaucoup de singes et de perroquets de toute espèce ; mais il est malheureux qu'une contrée si fertile et si riche no soit en général habitée que par des hommes mous et paresseux , qui ne font presque aucun usage des dispositions qu'ils ont reçues do la nature.

Emilie. — Est-ce que les Asiatiques ne sont pas aussi instruits que les habitans- de l'JEurope?

Mad. EÎLISABETH. — Non, ma chère j ils ci'oupissent en général dans uno profonde ignorance , et c'est la faute des religions mahométane et païenne, qui dominent chez eux, ces religions étant ennemies des sciences et des arts des Européens. Amélie , poursuivez.

Amélie. — On peut diviser aisément l'Asie en six grandes parties , qui sont : La Turquie d'Asie, l'Arabie, la Perse, l'Inde, la Chine, la Grande Tarlarie. C'est dans la Turquie d'Asie qu'est situé la Palestine, ou Terre-Sainte, dont la principale ville est encore Jérusalem , qui at-

lire cliaque année un grand nombre de voyageurs.

HoRTEXsE. — Je de'sirerais bien voir cette ville , où Noire Seigneur a ve'cu et a été crucifie' 5 il me semble que ceux qui y demeurent ou qui la visitent doivent être de grands saints.

î\Iad. Elisabeth. — . Pourquoi, ma clière, seriez-vous meilleure clire'tienne à Jérusalem qu'à Paris? Est-ce que la saintaté est attachée à un endroit plutôt qu'à un autre? et ne trouvonsnous pas , dans nos églises , où Jésus-Clirist habile, autant de motifs qu'il nous en faut pour être de bonnes chrétiennes?

Amélie. — Il me semble que nos églises doivent être considérées comme autant de Jérusa- Icms , où Notre Seigeur accomplit chaque jour tous les mystères qui se sont passés dans la Terre -Sa in te.

La Palestine est bornée d'un coté par l'Arabie, qui se divise en Arabie Pétrée, Arabie Déserte , et Arabie Heureuse. Les deux premières sont presque stériles , mais la troisième est trèsfertile. On eu tire des parfums de toute csp>>ce, et le molici , qui passe pour le meilleur café du monde. La 3/ecque est la capitale de toute l'Arabie , parce que le fameux prophète Mahomet y cM né. Médine est la ville où il fut enterré.

La Perse est à l'orient du golfe Persique. On divise ce pays eu quatorze provinces. Sa capitale

oo8 ENCYCLOPÉDIE

est Tspahan , qui est une grande et trcs-belleJ ville. La Perse produit beaucoup d'exccllens' fruits , et nourrit quantité de vers à soie.

L'Inde est à l'orient de la Perse. C'est un beau et vaste pays, où les Européens, les Anglais sur' tout, ont de nombreux établissemens.

Il se divise en trois parties , qui sont , Tlndcslan , la presqu'île occidentale , en-deçà du Gange, et la presqu'île orientale, au-delà du Gange.

C'est de Cachemire , ville de l'Indostan , que nous viennent les beaux schals de ce nom.

La Grande Tarlarie occupe près de la moitié de l'Asie , vers le Nord. La plupart des Tartares sont errans; ils campent sous des tontes ou liabitent dans des cabanes bâties sur des charriois. La grande Tartarie se divise en trois parties , la Tarlarie russe , l'indépendante et la chinoise.

La Chine, à l'orient de l'Asie , est le plus ancien empire du monde et \e plus peuplé. C'est un pajs plat qui est fertile en tout ce qui peut conve" nir aux besoins , et même au luxe de la vie. L'agriculture n'est nulle part plus honorée, et tous les ans, l'empereur laboure, ensemence lui-même un champ, en présence de sa famille, des grands et du peuple. C'est des Chinois que nous vient la plus belle porcelaine, et l'on voit près de Nankin, une tour balic de cette précieuse matière.

Pckin est la capitale de toutTempire , et contient ( nviron deux millions d'iiabitans.

Mad. Elisabeth. — Il faut convenir , Amélie, (|ue vous nous faites faire bien du chemin en peu de temps j mais si vous nous avez fait voyager sur la terre-ferme de l'Asie , vous auriez dû nous montrer quelques-unes de ses îles , et ses principales rivières.

Amélie. — Avant de quitter la terre- ferme de l'Asie 5 je dois parler, il est vrai, de ses rivières (jui sont , dans la Turquie , le Tigi'e et l'Euplirate j dansTInde, le Gange et Tlndus j dans la Tartarie , lOby , le Lena el le Jeuisséaj dans a Cliine, la Rivière Jaune et la Rivière Bleue. Je n oublierai pas davantage ses principales montagnes , qui sont le mont Tauriis , de la Natolie } on Perse ^ îe mont Caucase , de la mer d'Asof à la mer Caspienne ; les monts de Pierre, au nord de l'Asie , et les monts de Gâte , dans la presqu'île en-deçà du Gange.

Les îles de l'Asie les plus considérables , sont : les îles du Japon , qui compose un grand empire, dont la capitale est Jédo, où réside l'empereur, dans un magnifique palais. Il y a environ un siècle et demi que le christianisme y fut prêché , et y fit de grands progrès ; mais ses ennemis ayant fait entendre à l'empereur qu'il était dangereux pour sou autorité de souffrir plus long-temps une religion si contraire à celle du pays , un grand

a 10 ENCYCLOPÉDIE

nombre des nouveaux clu'eliens moururent dans les supplices, et depuis celte époque, les Hollaudais ont seuls la permission d'y faire le commerce.

Les autres îles de l'Asie , sont : les îles Mariannes , qui appartiennent aux Espagnols 5 les Philippines , fcriilcs en épiceries ; les Moluques , où les Hollandais ont des comptoirs; les îles Banda , qui produisent quantité' de muscades j le.; îles de la Soude , dont la plus grande est Ja^a ., où les Hollandais font un grand commerce j l'île de Ceylan , renommée par ses forcis de canelliers, ses pierres pre'cieuses et ses mines d'or et d'argent.

Stéphanie. — Je vous demanderai , madame ^ pourquoi des produclions aussi utiles que celles de toutes ces îles , sont placées si loin, qu'il nous faille traverser des mvrs immenses pour nous les procurer ?

Mad. ELiSABi-xn, — Piemarquez , ma clière , que toutes ces choses ne sont point de première nécessite', et que si la Providence les a placées loin de nous , c'est pour empêcher l'abus que nous en ferions, s"d nous était très aisé de nous en procurer. En f irlt , qurl inconvénient ne résulterait-il pas poiu- nous de la trop grande abondance des épiceries, .si nos eamp;ignes les produisaient? Assui-éniCnt, le bon maiché de ces denrées écbaufFanles ne pourrait qu'en augmen-

DES JEL^NES DEMOISELLES. 3ll

ter beaucoup la consommation , qui nous deviendrait bienlôt funeste. Il faut dire la même chose de Tor et de l'argent , qui , s'ils se trouvaient chez nous, perdraient de leur prix , en devenant trop communs, et ne mériteraient plus d'être un signe d'e'cliange pour les choses nécessaires à la vie. Adèle , parlez-nons de l'Afrique et de l'Amdri que.

Adèle. — Ce que je vous en dirai , madame , sera peut-être loin de vous sa-tisfaire^ car je sais très -peu de chose sur ces deux parties du monde. Mad. Elisabeth. — Je n'exige point , ma chère , que vous rendiez compte de ce que vous ne savez pas ^ dites ce que vous savez , mais dilesle bien, c'est Tessenticl; et vous en demander davantage serait une injuitice de ma part.

Adèle. — L'Afrique est une très-grande presqu'île qui tient au continent par l'ifthrae de Suez , et n'est séparée de l'Europe que par le détroit de Gibraltar. Comme elle est coupée en deux par l'équateur , le terroir y est en général saLloneux , et les chaleurs y sont excessives. Presque tous les peuples qui habitent dans l'intérieur sont noirs j mais ceux qui habitent les côtes ne sont que basanés. L'Afrique est la patrie des animaux les plus féroces , des lions , des tigres , et de plusieurs serpens d'une grandeur et d'une grosseur prodigieuses.

De toutes les parties de l'Afrique ; l'Egypte est

la plus célèbre et la plus connue. C'est un pays très-fertile , et qui doit toute sa fécondité aux eaux du Nil , qui tous les ans en inondent les campagnes, et laissent, en se retirant, un limon qui les engraisse. L'Egjpte se divise en haute, moyenne et basse. La capitale de la basse Egypte est Alexandrie , sur la Méditerranée j celle de la moyenne est le Grand Caire , auprès duquel on voit ces fameuses pyramides , qui passaient pour Tune des sept merveilles du monde.

La Barbarie est une autre partie de l'Afrique, tout entière appuyée sur la IMéditerranéc, et qui s'étend depuis TEgypte jusqu'à l'extrémité occidentale de l'Afrique. Les peuples de cette cote sont généralement cruels , et fournissent tous les pirates qui infestent la Méditerranée. La Barbarie comprend les royaumes de Tripoli , de Tunis , d'Alger, et l'empire de Maroc.

Les principales îles de l'Afrique sont : Madagascar , la plus grande de l'univers 5 l'île de Bourbon et l'île de France, sur la route de l'Inde j les Canaries et l'île de Madère, renommée par ses fruits et l'excellence de ses vins. Ses principaux fleuves sont le Nil, qui a sa source eu Abyssînie et se jette dans la Méditerranée j le Niger qui vient de la Guinée, et se perd dans le lac de Borno , après un cours de cinq cents lieues ; et le Sénégal, qui se jette dans l'Océan, hes plus hautes montagnes de l'Afrique, sont : le mont

DES JEUrsES DEMOISELLES. 5i5

Atlas , eu Barbarie , et les montagnes de la Lune, dans l'intérieur. Il y a trois caps , dont le plus célèbre est le cap de Ronne-Esperance , où les vaisseaux qui vont de l'Europe aux Indes sont obliges de relâcher.

Mad. Elisabeth. — Voire science n'est pas as* isure'ment fort étendue, ma clière ^ mais quel reproche puis-je vous adresser? C'est plus que Je ne vous demandais. J'ai pourtant une ^observation à vous faire, c'est que ces petites notions , dont je me contente aujourd'hui , ne vous suffiront point, et que Tanne'e prochaine, il faudra que vons possédiez a olre géographie dans une telle perfection, que vous puissiez; re'pondre sur toutes les questions que ion vous fera relativement à cette science. Quelle est celle d'entre vous, mesdemoiselles, qui nous entretiendra de r Amérique?

KonTENSE. — Ce sera moi , madame , si vous me lepremettez, car jai bien prié mademoiselle Sléplianio de m'apprendre quelque chose sur cette partie de la terre, que Fou appelle le Nouveau iMonde.

Pvîad. Elisabeth. — Je le veux bien, Hortensc; soyez ijoire institutrice , et dites nous ce que vous avez retenu des leçons de St jphanie.

lIoaTENSE. — L'Amérique , découverte , en 1492, par Christophe Colomb, Génois, tire sou nom d'Aïuéric Yespncc, Fioïentiu; qui, en i4j9;

5l4 EIsCYCLOrÉDIE

prétendit Tavoir dccoiivcrtc , parce qu'il avait tibordé an cap de la Vt'Ia. C'est un continent plus vasie que lancicu, qui occupe au milieu des mers un espace de trois mille lieues de long sur douze cent trente dans sa plus grande largeur.

L'Amérique est naturellement divisée en deux r^randes parties 5 Tiine septenlrionale, qui comprend l'Anierique anglaise, les Etals Unis, les deuxFloriJes, la Louislaiie, le nou^ eau Mexique, la Californie, le vieux ]Me\i([uc ou la nouvelle Espagne; 1 autre méridionale, jointe à la première par l'istlimc de Panama , laquelle comprend la Terre-Ferme , le Pérou , le Chili , le Paraguaî, la Guyanîie ,-le pays des Amazones, le Brésil el la Terre-Tylagellaiiique.

Stepeanie. — Courage, ma clièr.e Ilortcnsc ; c'est bien ce que je vous ai appris, mais ue vous ai-je rii n dit des Etats-Unis?

IIoRTF-x.sE. — Les l<]tals-Uiiis , qui élaiont, il n'y a pas long-temps , des colonies anglaises, forment aujourd'liui une grande ré[)ul)licp;c divisée en plusieurs élals unis eusemble , dont la population est dx; douze à quinze millions d"lial)itans. Les principales \il!es sont Bi)ston , New-Yorck , Philad. Iphie, Wa^inglilon , et Cliarles-Town.

Paulink. — Les Fiançais onl-ils des élublissemens eu Am.;ri(jiiei'

Stéphanie. — Sans doute , ma clière; mais ce sovit le,-. Espagnols cl les poitugais qui y pos-

TES JEUNES DEMOISELLES. ùi^

sèJenl les pays los plus riches, c'est à-dim ceux: où Ton trouve l'or et l'argent, des pierres précieuses j connue les deux Méxiqiies , le Pérou ^ !j Chili et le Brésil. C'est de ce dernier pays^ qui nppariieiit aux Portugais, que Ton lire le quinquina, do:it les médecins font un si grand usage dans les fièvres inleriniUenIcs, et qui esi lécorce d'un arbre qui croît sur les uioiitagass de cette contrée.

- Cependant une révolulion , dont le but est'da soustraire aux Espagnols la possession d'una partie de ce territoire, et qui a éclaté depuis peu parmi les habitons, pourra bien amencrdes changeraens dans la division de ces contrées.

Les Français possèdeiit dans cette partie les îles de Cciycune , la Martinique et la Guadeloupe.

Saint-Domingue, qui est la plus grande des lies de l'Amérique, produit une grande quantité de café, sucre, colon, indigo . etc. Elle est aujourdhui constituée en république sous la présidence de Boj'cr , qui est en même temps chef d?s armées. Ses deux principales villes sont le Cap et le Port-au-Prince.

La îMartinique , quoique inférieure à Saint- Domingue, e>t une île très-importante par le sacre et le cifé, qui y est excellent.

La Guadeloupe, im peu moins étendue que ct'Uc-ci , ne lui cède en rien du côté du coua-

5lG . ENCYCLOPÉDIE

merce et de la feriililé. Les autres îles ont ù-peu*

piès les mèpacs productibiis , et font le même

commerce.

Dans le même Archipel auquel on a donné le liom d'Antilles , les Anglais possèdent aussi des îles. La Jamaïque est la principale.

Mad. Elisabeth. — A'ous ne finiriez pas , ma clière, de nous faire le dénombrement de toutes ics îles de l'Amérique. Il me sem])le que c'est bien assez d'avoir indiqué les îles qui appartiennent à ]y. France. Retouruez, je vous prie, sur la terre ferme ^ et dites-nous les noms des principaux fleuves et des montagnes de lAmérique.

IIouTENSE. — 11 J a en A mérique quatre principaux fleuves; celui de Saint-Laurent et le Mississipi, dans l'Amérique septentLionale; la rivière des Amazones , qui traverse le pays de ce nom , et celle de la Plata , qui cliarric des paillettes d'or daiis l'Amérique méridionale. Ces quatre fleuves, dont le cours est fort long , se jettent tous dans 'Océrn Atlantique.

Les plus hautes montagnes de l'Amérique , sont : les Andes ou Cordilières , dont le sommet est toujours couvert de neige , même sous l'équateur. Vo'Mi , madame , tout ce que je sais de l'Amérique.

Mad. Elisabeth. — C'est bien, ma chère, et je vous avouerai que je n'en attendais pas tant de vous. 3Iais je vou-^ le l'épète , ce que vous sa-

vez en geograpliie , ainsi que ces demoiselles , est bien peu de chose. Tout ce que nous ayons dit de cette science n'est que pour vous inspirer ledësir d'e'tudier et d'acque'rir des lumières plus e'tendues. Ne vous y trompez pas , mesdemoiselles , si l'on n'exige pas des filles des connaissances aussi approfondies que des garçons , ce qu'on veut qu'elles sachent sur la description de la terre embrasse une matière encore assez vaste pour qu'elles ne pensent pas qu'il leur sufllse de quelques mois pour être de bonnes ge'ographes.

Elisa. — Ce que je voudrais savoir parfaitement , madame , c'est l'explication de la sphère 5 c'est-à-dire de tous les cercles qui la composent.

Mad. Elisabeth. — C'est bien aussi la partie de la géographie la plus importante , et celle que je veux vous montrer trois fois la semaine. Comme j'ai donné commission à quelqu'un de m'achetcr une bonne sphère à cercles -, j'cspèi-e que l'année prochaine je commencerai à vous en faire des explications tellement suivies , qu'il n'y en aura aucune d'entre vous qui, dans six mois, ne puisse être une bonne maîtresse de géographie.

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