DE VELOURS RASÉ
Point Jacquart (fig. 283). — Lorsqu’on a à remplir de grandes surfaces unies, il est préférable de choisir des points qui, tout en étant unis, forment pourtant un fond façonné.
TAPISSERIE ET BRODERIE SUR TOILE
Le point Jacquart et ceux que nous décrirons ensuite sont de ces jolis points qui donnent à la broderie l’apparence d’une étoffe brochée.
La première file de points est composée de 6 points dans le sens de la hauteur et de 6 points dans le sens de la largeur, par dessus deux fils doubles. Pour la seconde file, on fait autant de points que pour la première, sur un seul fil double.
Point byzantin (fig. 284). — On fait le même nombre de points qu’au dessin précédent avec cette différence que les deux files de points se font sur 2 ou sur 4 fils.
Point de Milan (fig. 285). — Ce joli fond est produit par de petits triangles composés de 4 points et opposés les uns aux autres. Dans le premier tour oblique, on fait un arrièrepoint alternativement par dessus un et par dessus 4 croisements de canevas, dans le second rang, on fait un arrière-point par dessus 3 et 2 croisements de canevas, dans le troisième rang, par dessus 2 et 3 croisements de canevas, dans le quatrième rang, par dessus un et 4 croisements de canevas. Les points longs du rang suivant sont posés devant le petit point et le petit point devant le point long du dernier rang.
Point de velours épinglé et point de velours rasé (fig. 286). — Ce point qui sert à imiter les tapis d’Orient et que l’on appelle aussi point Astrackan est composé de boucles, arrêtées chacune par un point de croix. Les boucles se font plus facilement et plus régulièrement par dessus une règle en bois ou en os, ou bien encore par dessus une large baleine.
La manière de faire ce point si simple est clairement indiquée dans la figure.
On peut le changer à volonté en un autre, en ouvrant les boucles, ce qui donne à la broderie un aspect velouté.
Dans la gravure, il n’y a que les boucles du milieu que l’on voit ouvertes, car on peut employer les deux manières dans
un seul et même objet. Ainsi on pourra exécuter en point velours épinglé et en point velours rasé le dessin représenté dans la fig. 290. La première manière de broder servira à faire les bords, la seconde, les parties à l’intérieur.
Nous décrirons encore deux autres genres de points, fig. 848 à 85o et 85 1 à 854, pour faire des tapis, genre Orient, mais
TAPISSERIE ET BRODERIE SUR TOILE
comme ces procédés de tapisserie sont de pure fantaisie, ils ont été transférés au chapitre des ouvrages divers.
Point de chaînette (fig. 287). — Ce point, employé généralement pour la confection de la lingerie ou comme ornement de différents ouvrages de fantaisie., convient aussi parfaitement pour la reproduction des broderies au point de croix. On trouve, dans certains musées, des broderies très intéressantes, décorantdestentures,des panneaux à personnages, etc., pour l’exécution desquelles on avait choisi le point de chaînette.
Ce genre de broderie est des plus avantageux pour les dessins à plusieurs couleurs, car on arrive mieux à les fondre les unes dans les autres.
Le premier point est toujours complété par le second et sa forme même contribue à adoucir le contraste des couleurs.
On ne peut faire le point de chaînette en allers et en retours, comme d’autres genres de points ; on commence tous les rangs du même côté et on les termine immédiatement. On ne peut non plus continuer et achever une couleur, comme cela se pratique dans les broderies au point de croix ; on est obligé de continuer la ligne commencée et de changer le brin chaque fois que l’on arrive à une autre couleur.
Le point de chaînette se fait de la manière suivante : Après avoir fixé le brin, on sort l’aiguille au point voulu, puis on la fait rentrer dans le trou par lequel elle est sortie, pour la faire ressortir deux fils plus loin, en maintenant sous la pointe de l’aiguille la boucle formée par le fil. Il ne faut pas trop serrer le brin, car il doit former une maille ronde et un peu lâche.
Dessin pour bordure ou pour fond (fig. 288). — Le dessin en lui-même est d’une composition très simple et cependant
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une fois exécute' en broderie, il prend un aspect assez riche. Le motif a été tiré d’un des plus beaux tapis de Perse qui aient jamais paru en Europe. On peut indistinctement le copier en point de Smyrne, en point de velours épinglé ou rasé et même en point de chaînette.
Si la distribution de la broderie exigeait un dessin plus large on pourrait continuer la ligne divisant les différents fonds et répéter les formes en S.
Nous avons indiqué au bas de la gravure, autant que possible, les couleurs se rapprochant le plus des teintes pâlies de l’original, de sorte qu’on ne peut manquer d’obtenir un ouvrage réussi comme nuances ; car peu à peu, il se produit, dans les tons des objets qui ont été soumis à un long usage, une harmonie des couleurs que l’on doit s’appliquer à rendre dans le nouveau travail.
Fig. 288. Dessin pour bordure ou pour fond.
Fournitures : Coton à tricoter D.M.C N0' 6 à 16, Cordonnet 6 fils D.M.C N°" 3 à 1 5, Coton à repriser D.M.C N” 12 à 5o, ou Fil à pointer D.M.C N“ 10 à 3o. (*) Explication des signes des couleurs : a Rouge-Cardinal 346, K Rouge-Cardinal 3o5, B Blèu-Indigo 3 1 1 , □ Bleu-Indigo 322, 0 Gris-Ficelle 462, ■ Vert-de-gris 474,
H Gris-Tilleul 3g2 et H Bronze doré 585.
Fond pour tapisserie (fig. 289). — Des lignes obliques entrecoupées de boules, servent d’encadrement à des fleurs et à (*)
(*) Voir, à la fin du dernier chapitre, le tableau des grosseurs et la liste des couleurs des fils et cotons D.M.C.
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des feuilles de forme bizarre. Le point de croix est utilisé pour tous les contours, tandis que les pleins sont comblés avec le petit point ou le point gobelin.
Ce dessin peut être employé pour des objets de toutes les dimensions, et il peut être fait sur tous les tissus, avec ou sans fond brodé.
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Fig. 28g. Fond pour tapisserie.
Fournitures : Coton à tricoter D.M.C N“ 6 à 1 2, Cordonnet 6 fils D.M.C N“ 3 à 1 5, ou Fil à pointer D.M.C N05 10 à 3o.
Explication des signes des couleurs : ■ Noir grand-teint 3 10, 0 Jaune-Citron 446, B Violet-Mauve 3i5, eb Rouge-Géranium 349, 11 Rouge-Aurore 36o,
B Bleu-Indigo 3 1 2, H Bleu pâle 668, a Rouge-Cornouille 449, œ Vert-de-gris 474, a Vert-de-gris 475, □ Fond. (*)
Partie d’un dessin pour tapis et bordure (fig. 290, 291). — Nous ne pouvons, vu l’espace restreint dont nous disposons, reproduire ici plus du quart de ce dessin pour tapis. Les couleurs devront être choisies dans les teintes les plus douces.
Une ligne noire sépare les quatre quarts du dessin. De ces
(*) Voir, à la fin du dernier chapitre, le tableau des grosseurs et la liste des couleurs des fils et cotons D.M.C.
Explication des signes des couleurs : ■ Noir grand-teint 3io, Rouge-Grenat 35g, a Rouge-Cornouille 45o, B Bleu-Indigo 3ii, m Bleu-Indigo 322, 0 Gris-Amadou 385, □ Vert métallique 466.
TAPISSERIE ET BRODERIE SUR TOILE
quatre parties, le quart supérieur de droite et le quart inférieur de gauche sont à remplir de bleu, tandis que le quart supérieur de gauche doit être exécuté suivant le modèle de la fig, 290.
Après avoir ajouté au fond la bande large, on répète la petite bordure, en nuances rouges, bleues et vertes.
Dans cette dernière, on variera avec beaucoup de succès la couleur de fond des différents motifs détachés qui la composent.
Fournitures : Les mêmes que pour fig. 2go.
Explication des signes des couleurs : ■ Noir grand-teint 3io,
K Rouge-Grenat 35g, :: Rouge-Cornouille 450, B Bleu-Indigo 3n,
■ Vert métallique 466, 0 Gris-Amadou 385, 0 Jaune vieil-Or 680. (*)
La broderie sur toile. — La broderie sur toile ou broderie du moyen-âge est faite avec des points analogues à ceux qui servent à faire la tapisserie. Le point de croix simple, tel qu’il est représenté dans la fig. 253, est celui qui est le plus généralement employé. Il a cependant moins de valeur que les points à double face, qui excitent toujours notre admiration et notre étonnement lorsque nous avons l’occasion de les contempler sur les beaux ouvrages que l’on rencontre encore, ça et là, et dont on aime encore à s’inspirer aujourd’hui.
Tissus. — La plupart des broderies anciennes, surtout celles
(,*) Voir, à la fin du dernier chapitre, le tableau des grosseurs et la liste des
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qui sont d’origine italienne, sont exécutées sur une toile très fine. Un travail aussi minutieux demande plus de temps et de persévérance qu’on n’en peut généralement consacrer aujourd’hui aux ouvrages d’agrément. On a donc fabriqué, pour répondre aux exigences du jour, des tissus avec des fils très ronds et espacés permettant de compter aisément les points et de reproduire les dessins avec plus de facilité.
La toile des Vosges, la toile de Silésie et la toile d’Espagne servent aux ouvrages fins, à petits points, tandis que dans les toiles Ceylan, Cuba et Batavia, tissus plus grossiers, la dimension des points augmente ; elle diminue, au contraire graduellement suivant qu’on emploie la toile russe, le canevas de lin, le canevas congrès ou étamine transparente et la toile de Rhodes.
Les tissus de lin sont ou blancs, ou de couleur crème, ou encore franchement écrue. Les trois sortes s’emploient également pour la broderie, mais c’est surtout sur le fond crème que les couleurs ressortent avec le plus de douceur. Sur le fond blanc elles paraissent dures et heurtées et sur le fond gris elles ont quelque chose de terne et de fané.
Fournitures. — Les broderies sur toile étant principalement utilisées pour des objets qui nécessitent un fréquent blanchissage, on fera bien de les exécuter avec les cotons D.M.C, que l’on peut se procurer en toutes couleurs et en toutes nuances.
Pour de gros tissus on se servira de gros fils, tel que le Coton à tricoter D.M.C Nos 6, 8, io, 12, 14 (*) qui remplace avantageusement la laine, ou le Cordonnet 6 fils D.M.C Nos 3, 4, 5, 10 et i5 (*) avec lequel on obtient des points aussi perlés qu’avec le cordonnet de soie. Des cotons plus fins sont employés sur des tissus plus fins. Le Coton à broder D.M.C dans les Nos 16 à 200 (*) aussi bien que le Fil à dentelle D.M.C dans les Nos 3o à i5o (*) sont recommandés à cet effet. Même le Coton à repriser D.M.C peut être utilisé dans bien des cas, car, comme la soie d’Alger, il peut se diviser en plusieurs brins et fournir ainsi, suivant le besoin, des grosseurs différentes.
Point de croix sur tissu auxiliaire (fig. 292). — Le point de croix simple, vulgairement appelé point de marque
(*) Voir, à la fin du dernier chapitre, le tableau des grosseurs et la liste des
TAPISSERIE ET BRODERIE SUR TOILE
dans le sens de la hauteur et de la largeur, jusqu’au bout de la file de points.
Arrivé au dernier point on ramène le fil jusqu’au milieu de ce dernier point d’où on le fait sortir, puis avec un point auxiliaire vers la droite, on revient vers le milieu pour faire rentrer l’aiguille au-dessus de deux fils et on passe au deuxième tour, qui va de droite à gauche et qui termine les points commencés dans le premier aller. Après le dernier point du premier retour, on ramène de nouveau le fil vers la droite pour le
Fig. 296. Point de marque a double face. Dispositions diverses pour faire les points.
Fig. 297. Point de marque a double face.
Dispositions diverses pour faire les points.
deuxième aller, lequel comble par une demi-croix les vides laissés par les deux premiers tours de points.
Dans le point auxiliaire qui aide à revenir sur le quatrième tour, le fil sera double à l’endroit et à l’envers. La fig. 295 fait voir comment on passe à une file suivante.
Point de marque à double face (fig. 296, 297). — La méthode que nous venons d’exposer pour faire le point de croix à double face ne peut être appliquée ni aux lettres ni aux dessins en lignes brisées, les unes et les autres se composant principalement de points isolés.
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Les figures 296 et 297 donnent l’explication de la suite des points pour ce genre de broderie.
Dans la fig. 296, le détail A indique le point d’entrée du fil dans l’étoffe et la position de l’aiguille pour le premier et le deuxième point ; le détail B les deux premiers points terminés, avec un point auxiliaire vers la droite, la sortie du fil à droite et la pose de l’aiguille pour le cinquième point, terminant la croix ; le détail G montre à l’état achevé le point commencé en B et la pose de l’aiguille pour arriver à un point vers la droite ; le détail D un point de croix terminé et le commencement d’un autre point placé dessous. Dans la fig. 297, le détail E
représente la manière de continuer les points vers la gauche, le détail F un point auxiliaire pour arriver à une croix isolée à droite, le détail G des points auxiliaires entre deux croix isolées, et le détail H un second et dernier point auxiliaire pour finir la croix. Cette manière de broder à double face exige une certaine pratique et, de plus, une attention extrême à placer correctement les points afin d’éviter des points superflus qui défigureraient l’ouvrage.
Point de croix avec envers quadrillé (fig. 298, 299). — Beaucoup d’alphabets que nous admirons sur les anciennes
DE CROIX AVEC ENVERS QUADRILLE. — EnDRO
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Fig. 299. Point de croix avec envers quadrillé. — Envers.
TAPISSERIE ET BRODERIE SUR TOILE
marquettes sont exécutées avec un point de croix, formant un quadrillé à l’envers.
Ce genre de point est d’une grande facilité d’exécution, chaque point étant achevé immédiatement. En suivant attentivement la marche des points et en comparant la fig. 298, représentant l’endroit, avec la fig. 299, représentant l’envers, on arrivera sans peine à faire ce genre de point de marque.
Dans la fig. 298, le détail A montre l’entrée du fil et la position de l’aiguille pour former le demi-point à l’endroit et le deuxième côté du quadrillé à l’envers, visible dans la fig. 299, lettre A. Le détail B de la fig. 298 montre le point de croix supérieur terminé et la position de l’aiguille pour le troisième côté du carré à l’envers, indiqué par la même lettre dans la fig. 299. La lettre C indique dans les deux figures un point double à l’endroit, qui forme le quatrième côté du carré à l’envers, tandis que les lettres D expliquent comment on continue les points.
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