DES OPÉRATIONS QUE RÉCLAMENT LES MALADIES CHIRURGICALES DE LA TÊTE
ART. 1er. TUMEURS SOUS- CUTANEES.
Il n’est pas rare de rencontrer sous le derme chevelu des tumeurs enkystées , à organisation sans doute parfois obscure, mais la plupart du temps cependant dues à l’oblitération des follicules sébacés qui, distendus par la rétention des matières que sécrété leur surface interne, donnent ainsi naissance aux maladies connues en chirurgie sous le nom de loupes , atherom.es , meliceris, et qui peuvent parfois exister pendant un temps très-long sans donner lieu à aucune dduleur et sans incommoder en aucune façon celui qui en e>t atteint. Dans d’autres circonstances, au contraire, elles font non-seulement soullnr le sujet, mais encore l’incommodent singulièrement à raison de l’obstacle qu elles apportent à la coiffure ; aussi rien n’est-il plus naturel qu’on se soit occupé des moyens d’en obtenir la guérison. Leur nature , du reste , n est pas bien connue encore , malgré les travaux d’Astley Cooper et ceux de plusieurs autres écrivains distingués qui s’en sont occupés (1) : elles sont d'habitude d une
Cl) A. Cooper et Travers, P. n, Ppi) il. Raersth, De tumoribus eapitis tunicalis, etc. Lipz. , 1765. — Wallher, Journ. fiir Chirurg,, vol. iv, cah. ni» p- 379. — E. Home, Oi) certain herny excresccntes. Philos. Trans., vol. lxxxi, p. 93. 1791.
forme arrondie,- et ordinairement aussi dures et résistantes. M. Velpeau (l) dit en avoir vu qui ressemblaient à des amas de fibrine ou de sang privés de matière colorante et de parties graisseuses , et qui , se ramollissant au centre à mesure qu’elles prenaient plus de développement, se transformaient ensuite en un kyste d’autant plus épais que la tumeur existait depuis moins long-tempset était moins volumineuse. A en croire^ Ph. Portai (2) , une tumeur lipomateuset deux fois grosse comme la tête , mais; qui, selon toute apparence, n’était qu’uni kyste athéromateux , située sur le front d’un enfant de quatre ans , fut enlevée avec un succès complet.
Traitement. — Nonobstant ce qui a; été dit sur les avantages de la potasse, par M. Brachet (3) et Canihac (4), et du caustique de Vienne par MM. Herman (5) et Gérardin (6) , nous n’en pensons pas moins que le meilleur moyen poui remédier aux tumeurs dont nous parlons est V ablation , à moins que , la tumeu.
se .trouvant exceptionnellement pedicu-
(1) Ouvr. cité, t. m, p. 266.
(2) Velpeau, Méd. opérât., t. ni, p
(3) Trans. méd.; t. n-, p. 37.
(4) Rey, Thèse de Paris, n° 79, p. 91
(5) Trans. méd-, t. », p. 383. 18j(.
(6) Journal des connaissances médicochirurgicales.
DE MÉDECINE
lée, l'opérateur n’aime mieitx recourir à la ligature. L’ablation se pratique,. du reste , de la manière suivante : le malade convenablement préparé,, l’opérateur , si la tumeur ne présente qu’un relief arrondi et plus ou moins saillant, pratique une incision suivant la direction d’un des rayons du vertex, à la circonférence du crâne, en ayant soin d’y aller légèrement s’ils lui semblent minces et adhérents au kyste. Une fois l’incision faité , l’opérateur s’empare avec des pinces,, ou tout autre instrument approprié , des lèvres de la plaie et les détache jusqu’à la périphérie de la production osseuse; puis il s’empare de cette dernière avec un instrument convenable (l’érigne, pinces à crochets peu saillants), et l’abaisse de l’angle supérieur de la division, et de manière à la séparer promptement des parties auxquelles elle adhérait. — Naguère on se préoccupait beaucoup, pendant l’opération, de la crainte de léser la fumeur, à cause de la sortie de la matière qu’elle' contient; de nos jours, au contraire, quelques praticiens l’érigent en précepte , et pénètrent du premier coup dans la cavité morbide, vidant ensuite Ja tumeur par pression en saisissant chacun de ses deux côtés , prétendant terminer beaucoup plus tôt en la déchirant ou en coupant ses adhérences. Quelques, autres recommandent, une fois la tumeur ouj verte.de soulever le fond, de la poche accidentelle avec une érigne, et de l’arracher du milieu des parties avec lesquelles elle est en rapport; mais nous ae voyons pas, en bonne conscience, les ivantages que peuvent présenter ces codifications , et nous conseillons pour îotre part le procédé que nous avons lécrit. — L’opération terminée, il reste i l’opérateur à laver parfaitement la îlaie , à la réunir avec soin et à la réouvrir avec une compresse carrée pliée :n plusieurs doubles, et à la maintenir ivec des bandelettes inamovibles. Levant ensuite l’appareil au bout de huit t dix jours, l’opérateur trouve presque otijours la cicatrisation achevée. S’il en
Ilitait autrement, caron a vu quelquefois ■les accidents graves suivre cette opération (t), le chirurgien se comporterait
(1) Trans. méd., t. n, p. 585. — Veljpeau, Méd. opérât., t. ni, p. 2G8-2GÔ.
Malle.
OPÉRATOIRE.* b41
suivant les circonstances et ainsi que
nous l’avons établi ailleurs (t).
ART. II. CÉPHALHORMATOME.
Formé par une tumeur sanguine , molle, fluctuante, plus ou moins insensible et circonscrite, et qui a son siège le plus souvent , sinon toujours , entre le péricrâne et le crâne, ,1e céphalhœraatome paraît avoir été décrit pour la première fois par Baudelocque et Levret(J); toutefois ce n’est guère que dans ces derniers temps, et c’est surtout en Allemagne et.en Italie, qa’on s’en est occupé. Celte tumeur est presque toujours située' sur le pariétal droit; cependant on la rencontre parfois aussi ailleurs , sur le temporal , l’occipital , et son volume acquiert dans certaines circonstances une étendue extrême. Son diagnostic, facile en général, présente dans certains cas, à ce qu’il paraît, une difficulté réelle : s’il est difficile de croire qu’il soit possible de la confondre avec l’hydrocéphalie, avec les lipomes, les athéroines, les stéalomes et les fumeurs enkystées de cette région , à raison de la mobilité de ces tumeurs, il n’en serait pas de même, suivant Hoere , pour certaines tumeurs fongueuses. C’est même depuis qu’on a fixé plus particulièrement sur elle son attention qu’on a reconnu qu’elle pouvait se rencontrer entre les os et la dure-mère (ccphalhœmatome interne), et parfois aussi entre la peau et l’aponévrose; bien plus, à en croire M. Nève , le liquide épanché entre la dure-mère et le'crâhe pourrait se faire jour à l’extérieur et venir constituer un céphalhœmalome externe. — La difficulté du diagnostic nous paraît réelle , au contraire, pour certains cas de hernie cérébrale : car,, bien qu’il soit vrai de dire que l’encéphalocèle congénitale ait son siège sur le trajet des sutures , on conçoit néanmoins que , si deux tumeurs sanguines développées sur chaque pariétal se rapprochaient au point de se mettre dans un contact* parfait et recouvraient la suture sagittale , il serait difficile de la distinguer de l’encéphalocèle congénilale , surtout si cette hernie s’était opérée entre des pièces
(1) Clin, cliir. de l’Iiôp. d’instruct. de Strasbourg. 1838.
(2) Velpcau, ouvr. cité, t. m, 7.
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6® TRAITÉ
osseuses soudées normalement avant la naissance , ainsi qu’on L’a vu quelque-r Lois. Sans doute il reste encore au chi- , rurgien. pour éclairer son diagnostic , et les pulsations propres à l’encéphalocèle, et la différence des phénomènes auxquels donne lieu la compression de la tumeur : toutefois, des hommes dout l’habileté est incontestable s’y étant mépris , nous ne saurions trop engager les praticiens à y porter , le cas échéant, toute leur attention. Dans quelques ca's rares, il serait possible aussi, à en croire ce qu’a écrit à ce sujet M. Paul Dubois, de confondre l’encéphulliceinjtoroe avec t les tumeurs œdémateuses séro sanguines des nouveau-nés ; mais ici l’erreur serait pour ainsi dire sans inconvénients,» du moins par rapport au traitement , dont nous allons maintenant iiqus occuper. v '
T railçménL — Quel rôle doit tenir l’opérateur alors qu’il est appelé pour donner ses soins à une personne atteinte de céphalhœmatomé ? (nous disons à dessein une personne , car la tumeur dont nous paMons en ce moment a été observée chez des individus âgés de vingtsix ans et de quarante - neuf aus , et chez des enfants âgés de vingt mois, etc-, etc.); quel rôle, dis-je, doit tenir l’opérateur? S'agit-il d’un enfant nouveau-né , et le chirurgien s’est-il assuré que la tumeur résulte réellement d’une accumulation de sang sous le. péricràne ou dans l’épaisseur des téguments extérieurs? se borner à l’application de compresses imbibées d’une liqueur résolutive ,• une inftlsion. vineuse de plantes aromatiques par. exemple , est ce qui nous semble le plus convenable , en ayant soin, bien entendu, de maintenir les compresses et de les renouveler plusieurs fois paç jour. La tumeur diminue-t-elle, il ne faut pas hésiter à continuer le même traile-ment. Augmentet-elle au contraire de volume , l'opérateur alors a à se prononcer enlre les opérations diverses proposées pour ta cure de ^accident morbide dont nous parlons, savoir, de provoquer la suppuration oTi d’inciser la tumeur’ pour donner issue aux liquides qu’elle contient.