ADHÉRENCES ANORMALES DE LA LANGUE
Nous pourrions, avant de passer à l’étude des adhérences de la langue, rappeler qu’il est une épaisseur plus considérable du filet qui , distinct du vice de conformation dont nous avens parlé dans le paragraphe précédent, ne s’oppose ni à l’action de teter, ni à l’acte de la déglutition, mais ne permet pas à la langue de se remuer avec la rapidité des mouvements dont cet organe a besoin pour l'articulation des sons; à quoi bon rappeler que Fabrice de Hilden, qui rencontra un cas semblable, se borna à inciser en plusieurs endroits le filet, puisque nous nous sommes déjà occupé des difficultés apportées à l’articulation des sons! En tout cas, vaudraitil mieux se servir, dans des circonstances semblables, de ciseaux boulonnés ou du bistouri pour faire une incision convenablement prolongée. — Quant au soubre-lanque ou tumeur sublinguale et à l’adhérence immédiate de la langue à la paroi inférieure de la cavité buccale, et a 1 impossibilité pour cet org'ane de sc porter alors en arrière de la bouche, de manière à rendre la déglutition imparfaite et à exposer les liquides versés dans la bouche à passer dans le larynx, par suite de l’impossibilité où se trouve l’épiglotte de s’abaisser, la déglutition étant imparfaite, sur l’ouverture du larynx; nous rappellerons que celle tumeur se présente sous la forme d une masse plus ou moins longue et épaisse, brune et assez ferme située à la place du frein de la langue: cette tumeur est dans quelques cas d’un volume analogue à celui de l’organe du goût, et pour soustraire le sujet à la mort .1 convient de pratiquer la section du bourrelet; nonobstant ce qu’en a dit
TRAITÉ
Levret, qui croyait le succès impossible à raison des gros vaisseaux de la langue naturelle qui ont leur tronc dans celle qui est conlre nalure. Les observations de Faure, d'ailleurs, ont suffisamment démontré en effet combien ces craintes étaient chimériques. — Lors donc que l’on \eut agir dans ces cas, il convient de faire ouvrir la bouche de l’enfant, puis de saisir l'organe du goût avec le pouce et l’indicateur de la main gauche, dont on tournera la paume vers le mz de l’enfant, en ayant soin de relever la langue assez fortement pour allonger le bourrelet charnu et pour qu’on l’incise aisément avec des ciseaux boulonnés. — Reste ensuite à laisser s’étancher le sang, à passer le doigt plusieurs fois par jour afin, de s’opposer à l’agglutination des lèvres de la plaie. — Dans certains cas, il suffit de pratiquer sur la surface de la tumeur plusieurs scarifications pour en procurer la résolution ; mais ces cas sont exceptionnels. — Que dire des adhérences de la langue sinon qu’il est facile de les reconnaître à l’inspection de la bouche, et qu’elles doivent être détruites avec des ciseaux boutonnés, dans le cas où elles sont peu étendues, ou disséquées avec un bistouri à pointe mousse , alors qu’elles Je sont davantage, sauf à tenir la bouche ouverte à l’aide d’un bâillon. — Lorsque les adhérences sont fournies par des brides membraneuses , ces dernières peuvent exister simultanément des deux côtés de l’organe du goût et occuper une étendue plus ou moins grande en longueur et en largeur ou -n’exister que d’un seul côté. Nous avons eu occasion d’en voir récemment une qui , après avoir passé au-dessus du bord alvéolaire, allait jusqu’à la partie interne de la joue correspondante, où elle s’était fixée. — On conçoit que quand l’examen de la bouche a fait constater la présence de ces brides, qui doivent s’opposer plus ou moins aux mouvements de la langue , il est facile de les diviser avec des ciseaux boutonnés ; et après avoir coupé une de leurs adhérences dans le cas où elles ont beaucoup d’étendue, de retrancher d’un seul coup de ciseaux le lambeau restant. — Un soin qu’il ne faut pas omettre est de détruire en une seule fois loules les brides, sauf à étancher le sang avant de procéder à une nouvelle incision. — Nous terminerons ce chapitre en rappelant les faits signalésdans les Mémoires
de l’Académie de chirurgie (I), et qui ont i la plus grande analogie avec l’ancyloglosse. Nous voulons parler des enfants qui ne peuvent teter bien qu’ils n’aient ni le filet ni la langue trop courte, et qui par conséquent n’en sont pas moins exposés à périr d’inanition ; aussi convient-il d’examiner au plus lôt l’état de • la bouche, afin de voir si la langue n’est pas trop tortement appliquée au palais ou collée à cette partie s auquel cas il I faut, comme l’a fait M. Lapic, qui dit: avoir sauvé la vie à deux enfants, il faut, ! dis je abaisser l’organe avec une spatule • ou le manche d’une cuiller, sans quoi’ on s’expose à le voir mourir. Rappelons encore avant de terminer que Levret a eu occasion de s’assurer plusieurs fois de la justesse des remarques de M. Lapie : bien plus, cet honorablepraticien a eu l’occasion de se convaincre que des enfants venus au monde sans ce défaut l’acquièrent quelquefois alors qu’on est trop long-temps sans leur faire prendre le sein ; aussi, pour évilerun semblable inconvénient, avaitil soin de recommander aux nourrices de faire boire l’enfant au biberon etnon avec la cuiller ou le gobelet , alors qu’elles devaient suspendre l’a lia i te-e ment pendant plus de vingt- quatre heures.