VII. Pronostic des amputations
Velscüuis. Bonet corps de méd., t. iv,
Textor. Neuer Chiron Zëitschrist fur ebir, vol. i, p. 218-250.
Baudens. Gazett. méd. de Paris, p. 34G. 183S.
Pointer. Ibidem, p. 448.
Cheluis. Arcbiy. gén. de méd., 2e série, t. ix, p. 229.
Laborie. Bulletin de thérapeutique, t. xv, p. 1G5. .
W. Mott. Velpeau, Méd. opér., préface, t. xx.
Laxvrie. Arcbiv. gén. de médecine,
Potter (John Pbil.). Arcbiv. gén. de méd., avril 1842.
Malgaigne. Arcb. gén. de méd., avril et juin 1842.
(Le mémoire publié par M. Malgaigne a produit assez de sensation dans le monde chirurgical, pour que nous nous fassions un devoir de consacrer quelques lignes à sou examen. Or, nous avons déjà dit (préface, p. 2) ce qu’il fallait penser de celte statistique assez douloureuse pour avoir presque conduit son auteur à se demander, à l’iinilalion de Bilgner, si l’amputation était jamais nécessaire : mais qui pourrait jamais attacher une grande valeur à de pareilles recherches, lorsque, au dire de M. Malgaigne lui-même (p. 390 de son mémoire), il arrive souvent que, d’une année à l’autre, dans le même hôpital un chilurpien sauve tous ses opères ou les perd tous. jN’cst-il pas évident en effet que si M. Malgaigne eut attendu, pour publier scs recherches statistiques sur les amputations pratiquées dans les hôpitaux de Paris, une année aussi heureuse que celle dont il parle (p. 390) , il aurait nécessairement trouvé au bout de sa plume des résultats tout autres que ceux auxquels il est arrivé?
Voyez d’ailleurs a quelles étranges
OPERATOIRE.
conséquences on sc trouverait involontairement conduit, si on attachait une trop grande importance aux données fournies par la statislique. Au dire de M. Malgaigne, en effet (p. 404), M. Velpeau était parvenu à réhabiliter la désarticulation du genou , en produisant un tableau dans lequel, sur -1 4 cas d’amputation de l’articulation fémoro-tibiale, figuraient 13 guérisons (Velpeau, Arch.
gén. de méd., t. xxiv, 1830). Eh bien, neuf ans plus tard, et nonobstant ces succès prodigieux , M. Velpeau écrivait, à propos de celle opération : « Au de- » meurant, sans être grave par les mo- » tifs mis en avant par les chirurgiens de » nos jours, comme par ceux du dernier » siècle, la désarticulation de la jambe » lest donc assez, d’un autre côté, pour » quon ne s'y décide point , quand il )> est possible d’amputer plus bas. » (Méd. opérât., t. il, p. 524-525.)
S’ensuit il pour cela que M. Velpeau ail mal compté? Eh non , sans doute .' Seulement M. Velpeau n'avait pas assez compté.
Il est, je pense, permis d’en dire autant aujourd’hui de M. Malgaigne , touchant l'opinion qu’il émet sur les chances plus favorables que présentent les opérations pratiquées pendant l’hiver. Quoi, parce que sur 96 malades amputés pendant les mois de novembre, de décembre, janvier et février, 43 seulement ont succombé , on eu conclut que ces mois sont plus avantageux que ceux réputés jusqu’ici plus favorables aux succès des opérations en général. Mais avant d’en tirer une pareille conclusion, n’auraitou pas dû rechercher si ce résultat n’était pas dû à la gravité moindre des cas qui avaient nécessité l’amputation... à l’âge, au tempérament, à l’idiosyncrasie des sujets, à la différence de la température?... Cela eût été d’autant plus sage que quelques lignes plus loin (p. G7, n° de mai), M. Malgaigne reconnut que l’hiver est fatal aux jeunes sujets et paraît au contraire propice aux sujets plus avancés...
Si nous différons sous tous ces rapports avec M. Malgaigne, nous sommes au contraire de son avis, quand il pense que les femmes guérissent en général plus facilement que les hommes, à la suite des amputations. Déjà même nous avions exprimé cette opinion en 1829, ainsi que celle émise aujourd’hui par M Malgaigne relativement à la gravité des amputations des doigts et à la diifé-
TRAITÉ
rence de gravite de celles pratiquées à la suite des lésions organiques ou traumatiques. A cet égard pourtant, il importe d’établir une distinction ; car, à noire avis, les amputations pratiquées à la suite des lésions traumatiques exemptes de toute complication, offrent, toutes choses égales d'ailleurs, plus de chances de succès que celles pratiquées pour les lésions morbides dites spontanées.
Eu résumé donc, les recherches de M. Malgaigne sont loin d’avoir l'importance que quelques chirurgiens paraissent disposés à lui accorder. Pour qu’un pareil travail eût quelque valeur , il faudrait des chiffres bien autrement nombreux, et ils devraient être présentés sous une forme plus scientifique. — Se borner en effet à totaliser le nombre des amputations de telle pu telle région, puis établir une comparaison entre ce chiffre et celui de la mortalité pour en déduire ensuite la différence proportionnelle , c’est faire un travail à peu près stérile. Pour rendre profitable une pareille œuvre, il faudrait l’accompagner de notions exactes, de détails positifs sur la gravité de chaque cas en particulier, et faire connaître d'une manière non moins exacte les causes qui ont occasionné la mort, ainsi que toutes les autres circonstances principales ou accessoires y relatives.
A cette condition, les recherches statistiques pourraient présenter quelque intérêt réel, et il est temps, ce nous semble , de leur imprimer ce cachet d’exactitude, si on ne veut les voir tomber dans un discrédit complet.
VUE Méthodes opératoires.