L’altération ou l’absence de la liqueur de Cotunni
C. Les affections du nerf auditif analogues aux maladies amaurotiques de l’œil.
Lorsqu’un œil esl affecté, l'autre est disposé à le devenir de la même manière; mais un fait semblable ne se présente pas à l’égard des oreilles. Beaucoup d’individus sont plus ou moins sourds d'un côté, tandis que les fonctions de l’autre oreille continuent ordinairement à s’accomplir parfaitement et même se maintiennent aussi long-temps
008 TKA1TÉ ÉLÉMENTAIRE
dans leur état normal que si l’oreille opposée jouissait de l’intégrité de ses fonctions.
Toute surdité due à un vice de conformation du labyrinthe est incurable.
On doitpeut-êlre traiter la surdité nerveuse d’après des principes analogues h ceux que l'on adopte pour le traitement de l’amaurose. Les cas invétérés de longue date sont, on le comprend, sans espoir de guérison (Ij.
(f ) Nous avons vu dans le cours de ce chapitre que le séjour du cérumen desséché qu’on laisse s’amasser dans le conduit auditif, peut produire des accidents inflammatoires de cette partie, et des obstables à l’audition. Un certain nombre des individus qui ont l’ouïe dure ne doivent leur infirmité qu’à cet état; il est donc important d’examiner avec soin le conduit auditif des malades qui réclament les secours de l’art contre la surdité. Pour que cet examen soit bien fait, il est une précaution utile : on doit placer le malade au grand jour, et attirer le pavillon de l’oreille en haut et en arrière ; de cette manière, on rectifie la courbure que le conduit auditif présente et l’on voit plus profondément dans ce canal. M. Itard a rencontré un grand nombre de cas de ce genre, et il a rendu facilement l’ouïe à des individus qui lavaient perdue, ou chez lesquels elle était altérée , depuis plusieurs années , par la simple négligence des soins de propreté. Lorsque les injections d’eau ne suffisent pas pour faire sortir ces paquets de cérumen, et il vaut mieux ne pas les lancer trop fortement, elles servent du moins à ramollir cette matière dure, et on parvient ensuite plus facilement à l’extraire avec une curette.
Un certain nombre d’individus sont sujets à des bourdonnements et à des bruits de retentissement dans les oreilles. Cette incommodité survient souvent sans cause connue. M. Marjolin dit que l’hypertrophie du ventricule gauche du cœur peut donner lieu à des pulsations ou battements dans les oreilles, augmentant par les écarts de régime et le décubitus ; ces battements peuvent exister dans une seule oreille ou dans les deux : ils se passent généralement en faisant une application d'eau froide et élbérée. Quant aux bourdonnements simples , peu de moyens agissent contre eux; j’ai inutilement mis en usage les applications de sangsues derrière les oreilles, les mouches, les dérivatifs. Tantôt ils sc passent d eux-mêmes , tantôt ils durent toute la
maladies de la face.
Lupin, noli me tangere.
Cette maladie commence par une induration tuberculeuse formée dans le tissu de la peau proprement dit, ou de la membrane muqueuse, ou peut-être dans le tissu cellulaire sous-cutané ou sousmuqueux. Il peut se développer ou un seul tubercule ou plusieurs tubercules à la fois. Tandis que l’induration tuberculeuse fait de lents progrès en s’avançant vers la surface, la peau revêt une couleur livide qui s’étend dans la même proportion que l’affection tuberculeuse et est presque toujours suivie par l’ulcération. Au bout d’un certain temps l’épiderme se rompt et il se forme une croûte
vie. — Sous l’influence de causes diverses, l’oreille est sujette à des suppurations ; les érosions avec écoulement que l’on remarque souvent sur le pavillon de l’oreille et derrière cette partie chez les enfants, doivent être abandonnées à la nature ; et on ne doit rien faire pour supprimer ces écoulements, qui se passent d’eux-mêmes; s’ils se supprimaient trop brusquement et que la santé vint à en souffrir, il faudrait les rappeler avec quelque pommade vésicante. Les suppurations chroniques du conduit auditif sont ordinairement dues à un état général de l’économie. Les anliscrofuleux administrés aux enfants, sont chez eux les meilleurs remèdes; et d’ailleurs, à l’àge de la puberté , souvent elles tendent à disparaître. Il arrive quelquefois que les otites chroniques donnent lieu à des végétations ou polypes du conduit auditif.
Quand ils sont situés peu profondément, on les détruit en les excisant , ou par la cautérisation pratiquée comme pour l’urètre. Cependant on a quelquefois vu ces cautérisations exciter une inflammation du cerveau. A la suite des suppurations chroniques de l’oreille et de l’ inflammation de la caisse du tympan, les osselets de l’ouïe se nécrosent parfois, et sont entraînés au dehors par le pus, la membrane du tympan s’étant préalablement perforée; ce qui se reconnaît à ce (j ne le malade peut, en se bouchant le nez, fermant la bouche et expirant fortemement, faire sortir l’air par l’oreille. La perte des osselets de l’ouïe et de la membrane du tympan rend l’ouïe dure mais ne l’abolit pas entièrement, ce qui ferait penser que ces parties ne sont pas absolument nécessaires à l’audition. ( Note du trnd.)
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
dure et laminée sous laquelle suinte une matière ichoreusc. La croûte, qui est très-adhérente au tubercule, continue à augmenter d'étendue, elle tombe parfois et laisse voir une ulcération invétérée et sordide qui se trouve plus considérable à chaque détachement successif de la croûte, dont quelquefois même elle dépasse les limites. Le docteur Iloughton, qui adonné une excellente description du lupus, principalement fondée sur les observât ons de M. lliett (1), signale trois v; riét s. 1. Le lupus dans lequel le travail ulcératif opère son action destructive surtout en profondeur. 2. Le lupus dans lequel la destruction et la cicatrisation ne produisent aucune ulcération vive, mais sont accompagnées de l’hypertrophie de la peau. 3. Le lupus qui s’étend surtout en superficie. Le premier, ou lupus profond et rongeant , est plus particulièrement celui du nez. Dans beaucoup de cas l’ulcération est accompagnée par un écoulement constant de matière claire et fétide provenant rie la narine du côté affecté. Quelquefois, il est vrai, la maladie a son origine dans la membrane muqueuse, quoique plus ordinairement elle commence sur une des ailes au bout du nez. Elle peut causer des ravages intérieurs très-considérables, sans que la peau elle-même se trouve intéressée; mais, comme elle s'étend de l’intérieur à l’extérieur, à la lin elle se rapproche de la peau, qui revêt alors une couleur livide. Mais, soit que la maladie Commence ou dans Je tissu culané, ou dans le tissu mnqueux, ses progrès au bout de quelque temps sont les mêmes.
Le tissu cellulaire sous jacent et les muscles sont détruits par l’ulcération; plus tard, il en est de même pour les cartilages et souvent aussi pour les os. La destruction est généralement complète dans une des ailes ou au bout du nez avant qn'elle ne s’étende davantage à la surface de cet organe; mais, tôt ou tard, la maladie fait de tels progrès, qu elle comprend les deux côtés; et ce développement, partout o il il a lieu, se produit au moyen de ces mêmes dépositions tuberculeuses par lesquelles la maladie a commencé. Quelquefois, après avoir détruit
(1) Abrégé pratique des maladies do la peau, d’après les auteurs les plus esm ;s et surtout d après les documents pns dans la Clinique de M. le docteur et,< par MM, Cazenave et Schedel.
le bout du nez ou une des ailes.il se forme une cicatrice plissée et la maladie semble presque guérie; mais il est rare qu’elle s’arrête de cette manière, et plus ordinairement, après un certain temps, il sc développe, au milieu de la cicatrice ellemême, de nouveaux tubercules qui s’ulcèrent et détruisent ce qui les entoure avec leur violence habituelle. En général, tandis que ces ravages ont lieu à 1 extérieur, les parties internes ne sont pas épargnées, la maladie attaquant la surface interne des ailes et surtout la cloison des narines. Dans les cas de ce genre, l’écoulement est constant , et les croûtes qui s’amassent sur la cloison et sur les cornets bouchent presque complètement les narines. A la fin, si l’on n’arrête pas la maladie, toutes les parties molles du nez se détruisent, la cloison se rompt et laisse seulement à la place du nez une ouverture carrée divisée en partie par une cloison. Ces ravages ne sont pas les seuls qui puissent avoir lieu ; car il n’est pas rare que la maladie attaque les os du nez et dans quelques cas les os maxillairessupérieurs.
Toutes les variétés de lupus sont rares après l’âge de quarante ans. La maladie est plus commune entre l’âge de six ans et celui de seize, qu’avant ou après cette période. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes. Le lupus superficiel est souvent considéré comme une maladie scrofuleuse. Pour le traitement, il faut dans la plupart des cas employer les moyens généraux aussi bien que les moyens locaux. Si le malade est positivement scrofuleux et si le lupus est superficiel, on devra mettre en usage les remèdes et le régime préconisés "pour 1 affection slrumeuse. Dans les cas de ce genre, le docteur Houghlon a trouvé que les lotions d iode, faites suivant la manière indiquée parle docteur LupoI, produisaient une amélioration notable Le proto-iodure d’iode à la dose d’un quart de grain, deux fois par jour, est une des meilleures préparations pour l’usage interne. L iode, cependant n’est utile que dans le cas de lupus superficiel. Le thlolure de baryte, que Riteman considérait comme ayant de l’influence pour résoudre les formations tuberculeuses, ne s emploie pas maintenant aussi fréquemment que le chlorure de chaux, qui convient mieux à l’estomac.
Les teintures de sesquichlorure de fer et de sesquioxyde de fer ont été préconisées autrefois comme des remèdes salu-
traité élémentaire
taircs dans les cas de lupus; niais je ne sache pas qu’ils possèdent aucune vertu, spécifique contre cette maladie.
L’arsenic est puissant pour arrêter les progrès des tubercules et changer la nature de la surface ulcérée. On peut prescrire de petites doses de la liqueur arsenicale en commençant seulement par deux ou trois gouttes administrées trois fois par jour, et en portant graduellement la dose à dix gouttes si aucun effet délétère ne se produit.
Un autre remède en renom est le hiciilorure de mercure prescrit à petites doses, de manière à affecter légèrement les gencives.
Les topiques appliques à l’extérieur constituent les moyens de guérison les plus importants. On peut quelquefois arrêler les progrès du tubercule lupoïde et prévenir l’ulcération par l’application de sangsues à la peau enflammée qui entoure sa base, remède que l’on devra faire suivre de l’emploi de lotions légèrement volatiles et de l’administration de doses altérantes de calomel. Ainsi, l’on peut souvent réduire la maladie à un état chronique dans lequel on doit employer la friction avec l’onguent d’iodure de zinc, ou le mercure, pour hâter l’absorption. Bielt fait usage de l’iodure de soufre employé dans un onguent à la proportion de quinze grains pour une once d’onguent simple. Ces onguents résolutifs sont surtout indiqués dans le lupus hypertrophique. Dès que les tubercules sont ulcérés, on se sert souvent de l'onguent de nitrate d’argent ou delà liqueur arsenicale; mais généralement les escharotiques deviennent alors nécessaires, et souvent l’arsenic est la substance que l’on préfère employer. Sir Astley Cooper se sert d’un onguent composé d’une once de cérat de blanc de baleine, un gros de soufre et un gros d’arsenic blanc. Quand l’épaisseur de la peau, qui recouvre des tubercules indolents, s’oppose à l’action de l’arsenic, on commence quelquefois par appliquer sur la partie un petit vésicatoire, ou l’on fait usage d’un onguent composé ainsi qu’il suit : une demi-once d’onguent de blanc de baleine, un gros d’oxyde d’arsenic, trois gros d’emplâtre de cantharides (mêlez et faites un onguent). Quelquefois on applique une pâte arsenicale. Celle du frère Corne se fait en ramollissant de 1 arsenic, du ciun.ibre et du cuir brûlé. Cette pâte, étant un topique très-puissant, demande un
soin particulier, pour ne la laisser agir que sur une surface peu étendue, de crainte qu’elle ne devienne un poison pour le malade. On ne doit jamais appliquer une préparation arsenicale sur une surface plus large que celle d’un franc. La pâte dont je viens de parler peut causer un érysipèle de la face. Il y a une pâle arsenicale plus douce, plus sûre et meilleure, c’est celle que conseille Dupuylren : elle se compose de calomel et d'oxyde d’arsenic ramolli par du mucilage dans la proportion de six à douze parties d’arsenic pour cent. Cet illustre chirurgien employait aussi une poudre arsenicale composée de quatrevingt-seize parties de calomel pour quatre d’arsenic. Il n’appliquait cependant ces topiques que sur une petite surface chaque fois. Le nitrate d’argent, le sulphate de cuivre et le muriate d’antimoine sont aussi des escharotiques qui jouissent d’une grande réputation ; l’acide nitrique concentré est aussi trèsvanté dans les cas où l’ulcération attaque les couches profondes de la peau et le tissu cellulaire. A 1 hôpital Saint-Louis, M VI. Richerand et Cloquet employaient avec grand succès une solution d’un gros de prolo-nilraté de mercure dans une once d’acide nitrique (1).
J'ai vu guérir un lupus en excisant la partie malade de la peau.
Quand le nez a été détruit; on a souvent réussi à en former un nouveau avec la peau du front (2).