‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 109 sur 168 · RACINE DE COLOMBO · texte numérisé non relu

RACINE DE COLOMBO

dans le commerce, est couple en rouelles d’environ un demi-centimèlre d’épaisseur sur cinq centimètres de diamètre, jaunâtres, radiées en zones concentriques, ou en morceaux longs de huit à dix centimètres ; son écorce est épaisse, raboteuse, d'un vert jaunâtre. Elle a une odeur légèrement aromatique et une saveur amère piquante. La plante qui donne la racine de Colombo a été désignée par Lamarck sous le nom de menispermum pn/mn'um , cl par Decandolle sous celui de cocculus palmatu C’est un arbuste vivace, grimpant, delà famille des ménispermées (dodécandrie digynie, Lin.). Cette plante croît naturellement dans les environs de Colombo, capitale de l'ile de Ceylan, dans le Madagascar et sur les côtes orientales d'Afrique.

§ II. Notions chimiques. — D’après l’analyse de Wiltstock, cette racine contient une substance particulière, inodore, très-amère, cristalline, soluble dans l’éther, dans l’alcool chaud et dans l’acide acétique, à laquelle il a donné le nom de columbinc. L’existence de ce principe est encore douteuse. D’après l’analyse de Planche, elle renferme le tiers de son poids d’amidon, de la gomme, une substance grasse très-abondante, une matière jaune amère, un peu d’huile volatile, de l’oxyde de fer, du ligneux, des sels de chaux et de potasse.

§ III. Effets sur les animaux. — La racine de Colombo ne produit aucun effet sensible sur les animaux. Son extrait sec, qui doit probablement renfermer le principe le plus actif, a tué, au dire de Buchner, un lapin en dix heures, auquel on en avait appliqué cinq centigrammes sur une blessure. Il observa , en outpe , que cette poudre n’a produit ni douleur, ni le moindre signe de phlogose (78).

§ IV. Effets sur l'homme bien portant. — On ne voit sur l’homme bien portant aucune différence entre les effets de la racine de Colombo et ceux du bois de casse.

§ V. Effets dans les maladies. — En général, les praticiens n’ont employé celle racine que dans les affections gastriques et intestinales. On s’en sert généralement pour arrêter la dysenterie.

Le3 Chinois regardent aussi le Colombo comme un des plus puissants aphrodisiaques. Les habitants de Mozambic et d'Oïbo s’en servent depuis long temps

(78) Journal de phann., 1831, p. 77.

contre les diarrhées et les vomissements opiniâtres (79). Rédi fut le premier qui fit connaître en 1697 les propriétés thérapeutiques de cette racine; ensuite les médecins anglais et surtout le docteur Percival en confirmèrent les bons effets (80). D’après Fischer, la racine de Colombo serait excellente dans la dysenterie des enfants (81), et notamment dans celle qui accompagne la dent.tion, selon Percival. Ce même praticien et le docteur White l’ont prescrite avec succès dans la dysenterie des nouvelles accouchées (S 2 ) , laquelle a indubitablement un fond de phlogose. Le même caractère phlogislique devait sans doute être propre à la dysenterie épidémique désarmées qui a été trailée avantageusement avec la racine de colombo par Pringle (83), par Cartheuser (84), et dans les armées françaises en 1811 par Planche (85). Le flux hépatique a été guéri par Folchi avec le colombo ; si l’on avait quelque doute sur son caractère hyperslhénique , on peut voir dans les descriptions que le flux dont il est question était accompagné de douleurs intestinales et de tuméfaction de ventre (8G). De même le morbus hemon’hagicus , ainsi dit par Werlhoff, et qui est décidément phlogistique, a été guéri assez promptement avec cette racine (87). La pathologie des affections bilieuses des climats chauds a été reconnue, par plusieurs écrivains de nos jours, comme étant de nature constamment phlogislique. Dans ces mêmes maladies la racine de colombo a été trèsvanlée par Andrée (88). Dans les vomissements qui accompagnent la colique

(79) London Asiat. Research., vol. x, n. 5.

(80) Essay mcdîc. and exper., t. n , p. 5.

(81) Hufeland's Journ., 16 Bd., 1 st., p. 123.

(82) Treatise on the menagem., elc. , p. 75.

(83) Gaub., Advers. Percival.

(84) Diss. cit. et Mistoird de la Sociélé de Paris, t. m, p. 243.

(85) Folchi, Mal. medic. comp., t. i,

(87) Hufeland’s u. Harless Journ. d.

pr. Ileilk., 4 lîd., p. 21.

(88) Samml. auserl. Abh. z. Gebr. d.

pr. IL, 14 Bd., p. 71.

ABSINTHE

bilieuse, elle a été employée par Percival

(89) et dans le choléra par Johnson (90). Il ne faut pas confondre ce choléra, qui est une affection inflammatoire propre du pylore, du duodénum ou du conduit cholédoque avec le choléra-morbus, maladie qui n’appartient nullement, selon moi , à l’appareil digestif. Enfin , le Colombo a été considéré comme très-précieux par plusieurs praticiens dans les dérangements d’estomac caractérisés par des lots, la perte d’appétit avec langue rouge et sèche , pesanteur d’estomac et autres symptômes dont se plaignent assez souvent les individus qui mènent une vie sédentaire et qui abusent d’aliments échauffants, etc.

§ ‘VT. Appréciation de l'action. — Comme presque tontes les maladies contre lesquelles on recommande la racine de Colombo ont leur siège dans les intestins, on pourrait croire qu’on devrait placer ce remède plutôt parmi les entériques que parmi les gastriques. Mais si l’on considère qu’il est très difficile qu’une affection intestinale aiguë ne lèse pas en même temps l’estomac , et vice versa , l’on comprend qu’on ne peut placer ce remède ailleurs. Effectivement les maladies que nous avons indiquées , notamment la dysenterie, .intéressent en même temps l'estomac; aussi les médicaments gastriques sont-ils de même très -indiqués. D’ailleurs il n’y a pas de remède gastrique qui ne soit en même temps entérique, ni un de ces derniers qui ne soit aussi gastrique. Au surplus, que l’action de la racine de Colombo est hypostliénisante , cela résulte non -seulement des faits que nous avons cités, mais encore de l’observation de Percival, qui nous assure que celte substance n’augmente nullement les pulsations artérielles. Monro (91) et Chrestien (92) prescrivaient ce médicament dans les inflammations franches. Nous pourrions encore nous prévaloir des observations de ftichter (93), qui s’est assuré que le Colombo n’échauffe nullement, et qu’on peut s’en servir fort bien dans les cas d’irritation intestinale.

(89; Cité.

(90) Percival, cité.

(91) Samml. aus. Abb. z. Gebr. f. pr.

Aerzie, 15 Bd., p. 28G.

(92) De la inélh. iatralcpt. Montp., t. xn, p. 327.

(93) Ausf. Arzn,, 1 Bd.., p, 307, 308.

§ VIL Action mécanique. — On ne reconnaît aucune action physico-chimique à la racine de Colombo , à moins qu’on ne veuille regarder comme telle la propriété qu’on lui attribue de suspendre ou d arrêter, pendant quelque temps, la putréfaction des substances animales, et d’être légèrement astringente.

§ VI 11. Mode d' administration. — Ordinairement on prescrit la racine de Colombo en poudre depuis 1 jusqu’à 8 grammes. On la prescrit aussi en décoction et en infusion à la dose de 4, 8, ou 12 grammes dans 240 grammes d’eau.

L’extrait et la teinture ne sont pas en usage.

Formule.

Poudres de Pierre Frank cl de Per cio al contre la diarrhée.

2J. Piacine de Colombo , 8 grammes (2 gros).

Oléo sacch. de maïs, 4 grammes (1 gros).

M F. une poudre, et divisez en IG paquets ; le malade en prendra un toutes les quatre heures.

ABSINTHE

. ( Artcmisia absynlliium).

§ Ier. Caractères physiques. — L’absinthe est une plante vivace, de la famille des cory mbil'ères (syngénesie polygamie superflue, Lin.), qui vient naturellement dans les terrains incultes et arides. On la cultive aussi dans les jardins pour l’usage de la médecine. Elle est d’une amertume considérable et d’une odeur très-- forte. On prescrit de préférence les feuilles et les fleurs de cette plante.

§ IL Notions chimiques. — M. Braconnot a trouvé dans l’analyse de l’absinthe, notamment dans ses feuilles et dans ses sommités fleuries : 1° une matière azotée très- amère, soluble dans l’eau froide, peu soluble dans l’alcool; 2° une autre matière azotée presque insipide; 3° un principe résiniforme d’une grande amertume, soluble dans l’alcool et dans l’eau bouillante; 4° une huile volatile, verlc ; 6° de la chlorophylc ; 0° de l’albumine ; 7° de la fécule, du ligneux ; S» de l’eau et des sels.

§ ill. Effets sur la animaux. — Le lait des animaux qui se nourissent d’ab-

absinthe.

sinthe prend un goût amer, particulier.

On prétend que leur cbair acquiert aussi cette amertume. On avait cru autrefois que l’absinthe était un poison pour le cheval ; il est cependant prouvé aujourd’hui que cet animal peut en manger un kilogramme (deux livres), sans éprouver le moindre effet nuisible (04).

g IV. Effets sur l'homme bien portant.

— J’ai pris moi - même fort souvent de l’absinthe sous forme de teinture aqueuse. Si j’étais à jeun, j’éprouvais de suite un besoin extrême de manger, et si je ne le satisfaisais pas, je ressentais Un malaise particulier, un vide à l’estomac, une lassitude dans les membres, et parfois même des éblouissements et des vertiges. Ün conl'ortatif , un excitant quelconque, solide ou liquide, un peu d’eau-de-vie par exemple, faisait disparaître ces symptômes. Le café noir et la limonade augmentaient cet état. D’autres personnes auxquelles j’ai fait prendre dé l'absinthe ont éprouvé les mêmes phénomènes. — J’infère de ce fait, que l’absinthe agit sur l’estomac comme un véritable hyposthénisant. Les personnes qui ne partagent pas celte manière de voir n’ont qu’à expérimenter sur ellesmêmes la substance ; elles verront si elles seront fortifiées ou affaiblies. Ce qui prouve encore que l’absinthe a une action opposée à celle de l'alcool, c’est que la teinture d’absinthe, dont font usage les amateurs de liqueurs , n’enivre pas et n’excite qu’à un degré bien inférieur de l’eau-de-vie pure, à conditions égales bien entendu; preuve évidente que l’action de l’alcool est eu .partie paralysée par celle de l’absinthe. On comprend pourquoi on doit toujours préférer la teinture aqueuse, lorsqu’on veut expérimenter l’action véritable de ce remède.

§ V. Effets dans les maladies. — Les personnes qui ne voient dans l’absinthe qu’un tonique, un corroborant, un excitant, s’appuient sur des guérisons de faiblesses d’estomac obtenues à l’aide de l’absinthe. Aussi n’y a-t-il pas d’auteur qui , dans les dyspepsies, ne préconise cette substance ; ni de malade qui, ayant une mauvaise digestion, n’y ail recours et n’en éprouve quelque soulagement.

Mais la question est de savoir quelle était la véritable nature de ces maladies guéries à l’aide de l’absinthe. Le vulgaire

(94) Compte-rendu de l’École vétérinaire de Lyon, 1810.

les regarde comme des maladies asthéniques , mais les hommes au courant de la science savent qu’elles se rattachent à des phlogoses sourdes de l’estomac , la faiblesse n’étant qu’un phénomène secondaire et apparent. L’absinthe est utile dans ces cas parce qu’il hyposlhénise l'organe malade, dissipe la pblogose , et rétablit ses fonctions. On obtient tous les jours les mêmes effets a l’aide de la diète, du repos, des saignées et des réfrigérants. — En conséquence il n’est pas surprenant qu’onsoit parvenus guériravec l’absinthe des hypocliondriascs opiniâtres, ainsi que nous l’apprend Heide (95). D’après nous, celle maladie «“est au fond qu’une gaslrile chronique. Lange a guéri également des ôbstruc'tions i 90) , c’est-à-dire îles hépatites ou des splénites chroniques.

Âous aussi , nous avons guéri en peu île jours une gastro-hépatite aiguë, à l’aide de l’extrait d’absinthe précédé d’une saignée et de 40 grammes de sulfate de magnésie^). Rosenslein et pliisieursautrcs ont guéri pareillement des affections vermineuses (98), ou, pour mieux dire, une affection gastro-entérique, accompagnée ou compliquée d’ascarides ou de vers lombricoïdes. Il est des auteurs qui assignent à l’absinthe la même propriété anllielmintique qu’à presque tous les amers.

Dans noire manière de voir, attaquer simplement et chasser les vers, n'est pas la même chose que combattre la maladie. L’existence de celle-ci n’esl pas uniquement dans ces parasites, ceux-ci n’en étant que le résultat, mais bien dans le mucus vicié qui en facilite le développement, et, en dernière analyse, dans les organes qui le sécrètent et le reçoivent. De sorte que, pour détruire complètement et d’une manière durable l'helminthiase , il faut que les remèdes ne bornent pas leur action aux vers ; il faut tfussi qu’ils agissent sur les organes malades en les remettant dans leur état normal ; sans quoi les vers trouveraient toujours de quoi se reproduire. — Les guérisons de fièvres intermittentes obtenues par Ferrein (99), par Hcvermann (100), et plusieurs autres, à l’aide de

(05) Haller, Ilist. si. helvct., n. 124.

(96) Brunsv. dom., p. lit,

(97) Mugna la clinic. med. pei chir.

del prof. Giacomini, 1S51 à 1852, malat. n. 53. Prosp., 1832 et 1835, malat, n. 51.

(98) Ilus ocli Heso Apolc, p. 90.

(99) Mat. med., t. ni, p. 155.

(100) Bemcrk. u. Unlers, 1 Bd., p. 20.

ABSINTHE

l'extrait d'absinthe , ne prouvent autre chose si ce n’est que sa propriété est analogue à celle du quinquina, c’est-à-dire hyposlhéiiisante vasculaire. Celle même propriété est encore décelée dans l'absinthe par l’usage qu’e'n ont fait Mattioli , Veslingius, Fehr (l), Huiler (2), Heisler (3), contre l’hydropisie ; Haller mcine et plusieurs autres praticiens , contre les affections goutteuses (à); Eugal.no, contre le scorbut (5). Nous nous sommes déjà expliqué sur ces maladies aux articles Digital: , SciÜc , Colchique et Cochléaria . — L'observation de Linné, concernant l’utilité de l'absinthe contre l’affection calculeuse, pourrait conduire à celte conséquence que la formation des calculs se rattache aux mauvaises digestions ou à un chyle mal élaboré. D’a.près celte manière de voir, tons tes remèdes <{ u i combattent les phlogoses chroniques de l'estomac pourraient être regardés comme préservatifs de la pierre.

§ VI. Appréciation de l'action. — L'action hyposlhéiiisante du l’absinthe peut s’étendre plus ou moins sur tout l’appareil de la circulation , mais d’une manière fort lente ; tandis que scs effets sur l'estomac sont très-prompts. On dirait même que les nerfs gauglionaiies , qui s’entrecroisent avec des vaisseaux lymphatiques on chylifères, en éprouvent l'effet aussitôt que la substance a été changée en lymphe ou en chyle.

§ VIL Action mécanique. — Aucune partie de l’absinthe ne produit d’action mécanique. Elle n’est pas même astringente. On dirait plutôt qu’elle jouit d’une propriété émolliente; effectivement on sait que Caton disait que ceux qui voyagent presque toujours à pieds peuvent se garantir des excoriations ou gerçures, en portant une branche d’absinthe près de l’anus (G).

§ VUE Mode d'administration. — On prescrit la poudre, le suc frais, l'infusion chaude, l’extrait et la teinture alcoolique, vineuse et aqueuse.

La dose de la poudre est de I gramme jusqu’à \ (de I scrupule à 1 gros).

Le suc Irais sert à former des conser-

(f) Absynth., p. fl 7.

(2) Disput. aiiatom., t. vr, p. 713.

(3) Haller, cil. Miscel. nat. curios., dec. i, an. 3, obs. 522.

(4) Ilist. st. Iielv., p. f2i.

(5) De scorbut o, p. 83.

(6) De re rustica, p. 158.

ves qu’on peut prendre à la dose de 1 à 2 grammes (18 à 3G grains).

L’infusion chaude se prépare avec les sommités de la plante, a la dose de la à 30 grammes (i/2 once à i once).

L’extrait s’administre à la dose de 50 à 150 centigrammes à la fois (10 à 30 grains).

La teinture faite par la digestion de 180 grammes des sommités d’absinthe , dans I kilogramme et 1/2 d'esprit-de-vin rectifié, se prescrit à la dose de 8 grammes à 30 grammes (2. gros à I once).

La teinture aqueuse est la plus commode et la plus utile de toutes les préparations; on (.'obtient de la manière suivante. On distille les feuilles fraîches d’absinthe dans de l’eau, de manière à ce qu’il ne reste aucun flegme; on renouvelle la di.-tiilation sur d'autres feuilles pour obtenir une eau presque cohobée. Dans chaque demi-kilogramme de celte eau, on d.ssoul 1 2 grammes (3 gros) d'extrait aqueux d’absinthe épaissi au soleil; on y ajoute ensuite 90 grammes (3 onces) d’csprit-de- vin à :tG degrés, et 1 gramme de cochenille. On fait digérer le tout pendant quatre jours; on filtre et on conserve dans un vase fermé. — La dose de cette teinture est de GO à 80 gouttes.

Formules-modèles.

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