SUR L’OUVRAGE DE M. GIACOMINI
Par M. CORNAC, membre de i, 'académie , etc.
Le professeur Giacoraini s’est proposé, dans la rédaction d’un traité philosophico-expérimental de thérapeutique, de réunir dans un corps de doctrine et à des principes fixes et déterminés toute la matière médicale de nos jours ; à cet effet , il a consacré dix années d’études assidues et entrepris un grand nombre d’expériences sur l'homme et sur les animaux, tant en état de santé que de maladie. Cet ouvrage, qui renferme les détails des résultats de tant d’études et d’expériences multipliées, et dont vous m’avez chargé de vous faire un rapport verbal , me paraît offrir de très-bonnes idées sur l’édifice pharmacologique , branche essentielle de l’art de guérir.
Le 1" volume est presqu’entiérement consacré à des considérations generales pharmacologiques, sur la manière particulière d’envisager l’action physico-chimique et organico-vitale des différents agents thérapeutiques employés , soit pour entretenir la santé , soit pour la rétablir. Les idees de la doctrine médicale rasorienne ou du contre-stimulus , m’ont paru débattues avec une saine logique.
La pharmacologie du professeur Giacomini est établie sur trois points principaux. Le premier roule sur l’action physico-chimique des remèdes, consi créé tout à fait à part de leur propriété dynamique, c’est-é-dire de eur véritable action thérapeutique obtenue au moment même qu’ils entrent dans l’assimilation organique. Il dit « que toute substance qui
*7 SUr ,CS t,ssus vivanls Veille d’abord une impression locale qui dépend . ‘rement des qualités mécaniques ou physico-chimiques dont elle est ouee, tandis qu’une fois entrée dans la circulation , elle perd en partie s qualités physico-chimiques pour en acquérir d’autres bien différentes, lut e professeur Giacomini nomme dynamiques.» La première action n’est a o et n a de durée que le temps nécessaire pour que les substances •'PP >quees puissent entrer dans les fonctions d’assimilation , tandis que-
la seconde répand ses elfels pendant un certain temps sur l’organisme tout entier. L’auteur admet pour second point de sa pharmacologie, que l’action des médicaments est toujours la même, quoique leurs effets soient en apparence différents en plusieurs cas de leur application.
A ces considérations , l’auteur ajoute l’étude des influences sous lesquelles doit se trouver l’organisme vivant par toutes les circonstances particulières d’âge , d’habitude, de tempérament, de climat, etc., de même qu’il compte pour beaucoup l’influence utile ou nuisible de l’état moral du malade.
Relativement au troisième point , M. Giacomini puise, dans un grand nombre d’auteurs, toutes les raisons possibles et solides pour expliquer
ce qui doit avoir lieu dans l’action d’une substance quelconque sur l’organisation.
Des réflexions très-rationnelles sur l’influence du système nerveux ganglionnaire et cérébro-spinal dans les actes de la vie, servent d’appui au professeur de Padoue pour expliquer sa manière de voir relativement à l’action des médicaments , et aussi par rapport à la nature propre des tissus avec lesquels ils sont mis en contact.
Pour éclairer ce point de doctrine, l’auteur passe en revue les différentes expériences entreprises par Fontnnci, Njsten, Plaff, Magendie, Laurent , Brodie , Viborg , et un très-grand nombre d’autres savants physiologistes.
Tout agent thérapeutique, une fois introduit dans la machine animale, a pour effet constant , primitif et intrinsèque , la réaction que la vitalité lui oppose. Celle-ci , comme force unique et simple , par la présence d’un médicament qui agit sur elle , change son étal en deux manières particulières opposées ; c’est-à-dire qu’elle s’élève ou s’abaisse de son état primitif.
D’après ces données, que la doctrine de Brown avait en partie proclamées depuis long-temps, le docteur Giacomini admet deux classes de remèdes, les hypersthéniques et les hyposlhéniques, auxquels il ajoute une troisième classe , où il comprend tous ceux qu’on ne saurait encore admettre dans aucune des deux premières, et qu’il nomme spécifiques ou empiriques. Il établit en outre que l’action dynamique des médicaments n’est pas également ressentie par tous les organes ou les appareils. Rien que cette action porte toujours sur la vitalité générale ou sur les nerfs ganglionaires qui la représentent , elle se déclare toujours avec plus d intensité dans tel ou tel appareil , selon la nature des médicaments et la structure particulière de nos organes. De là plusieurs subdivisions ou oi
(1res des deux premières classes. Ainsi il admet des hypersthénisants et des hyposlhénisants , vasçulo-cardiaques , cardiaco -vasculaires , céphaliques , spinaux , gastro-entériques et lyrnphatica-glandulaires , ce qui équivaut à nous dire que certaines substances ont une action toute spéciale dans des cas pathologiques nettement définis , cl que la thérapeutique ne consiste pas seulement dans l’art d’appliquer les moyens avoués par la science et recounus efficaces dans tel ou tel cas morbide, mais encore à connaître l’action particulière de ces divers moyens sur l’économie.
Après les réflexions générales, tirées toujours d’une longue série d’expériences auxquelles se livre l’auteur dans celte classification essentielle de tous les secours thérapeutiques connus, il donne de sages préceptes et plusieurs règles sur l’art d’écrire les recettes.
Dans les 11e, iu° et ive volumes qui complètent l’ouvrage dont j’ai l’hon neur de vous entretenir, le professeur Giacomini traite consciencieusement avec beaucoup de détails, d’exactitude et une immense érudition , de chaque médicament en particulier, toujours sous le point de vue de sa triple division en hypersthéniques , hyposlhéniques et spéciaux ou empiriques.
L’étude de la vaste série de moyens qu’on emploie pour modifier les maladies ou rétablir la santé, nous donne à tous moments la plus profonde conviction que celte branche de l’art offre d’immenses lacunes , et que la détermination de l’action des remèdes d’après des lois physiologiques et pathologiques invariables serait un service éminent qu’on rendrait à la science. C’est le but de l’ouvrage de M. Giacomini.
Je m acquitterais avec autant de plaisir que d’empressement du soin de vous donner une analyse complète et exacte de la partie de cet ouvrage qui traite de chaque substance en particulier ; mais je serais obligé d’être trop prolixe et d’abuser par là de vos moments : ainsi , je me bornerai à vous dire, Messieurs, que le traité philosophico-expérimental des secours thérapeutiques que le professeur Giacomini nous a envoyé d’Italie, me parait mériter, par les nouvelles recherches vraiment intéressantes qu il renferme, par sa forme, par son étendue, par la saine critique et pai 1 érudition dont il est enrichi , d’être lu et médité avec attention par tout praticien qui aime se tenir au courant des progrès de la thérapeutique.
Je terminerai en vous disant un mot sur un autre ouvrage de M. Giacomini.
Le docteur Mugna , chef clinique de l’université de Padoue, a réuni dans un volume tous les faits les mieux observés pendant quatre ans à la clinique interne du professeur Giacomini.
Dans cinq chapitres , qui servent comme autant de prolégomènes aux tableaux statistiques qui se trouvent sur la fin de l’ouvrage, sont débattues plusieurs questions, relatives aux différentes maladies traitées dans la dite clinique; une saine doctrine médicale et une critique raisonnée régnent généralement dans ce travail.
Il est question, dans le premier chapitre , de la phlogose du système nerveux cérébro-spinal. Dans le second , de l’inflammation des poumons et de ses annexes. Dans le troisième, on traite, avec une étendue proportionnée à leur importance, des phlogoses dont peuvent être atteints les différents viscères renfermés dans l’abdomen ; il y est aussi question de la pellagre , que l’auteur considère comme ayant son principal siège dans l’appareil gastrique. Le quatrième chapitre renferme des observations intéressantes sur l’inflammation du système vasculaire sanguin , canlite , ariérite , fièvres intermittentes, exanthèmes. Le cinquième chapitre enfin est consacré à des vues particulières sur l’inflammation en général, etc.
Six cent cinquante malades furent traités dans la clinique de Padoue dans la période de quatre ans, dont trente-trois moururent ; ce qui donne cinq 1{5 pour cent, et même quatre Ij5 si on les considère simplement en rapport au nombre des cas graves, en en retranchant les cas légers d’une guérison facile et les incurables.
L’exposition statistique des malades dont il est question dans ce volume, est renfermé en neuf tableaux assez bien conçus pour donner, dans un coup-d’œil, le mouvement et le résultat des maladies et les différents secours thérapeutiques employés.
Tout ce que je viens de vous dire sur les travaux importants de M. le professeur Giacomini me détermine à penser que l’Académie doit lui adresser des remerciements pour l’envoi de ses deux ouvrages, et qu’elle doit l’inscrire sur la liste des futurs correspondants étrangers.
A cette occasion , j’ai l’honneur de rappeler à l’Académie que depuis plus de deux ans, elle a perdu un de ses illustres correspondants étrangers, le docteur Gallini , professeur à l’université de Padoue. Ne vous paraîtrait-il pas convenable de le remplacer par le docteur Giacomini, professeur dans la même université, et dont le zèle, l'activité et l’intelligence ont pu être appréciés de plusieurs d'entre vous qui l’avez vu assister à trois de vos séances , dans le cours de l’année dernière? Si mon observation était favorablement' accueillie par vous, il faudrait, pour se conformer au réglement , nommer une commission de cinq membres, qui viendrait faire le rapport nécessaire pour procéder à son élection. (Adopté.) COKNAC.