CERISES NOIRES
[Ce ras ce nigræ ).
§ Ipr. Caractères physiques. — Les cerises noires, sauvages oucultivées, sont le fruit du prunus cerasus , Lin. — Elles peuvent donner une eau hydrocyanée , les premières, par leur noyau trèsamer ; les secondes, par celui-ci et par leur pulpe , notamment si elle est trèsmûre. Cette eau a tous les caractères des précédenles , savoir , l’odeur d’amandes amères ,ou des feuilles du laurier-cerise, et la saveur amère. On ne doit pas la confondre avec celle qu’on obtient par la fermentation , laquelle donne une liqueur alcoolique, ou un mélange d’alcool et d’eau hydrocyanée. C’est cc que nous nommons esprit de cerises ; nous en avons déjà parlé.
§ II. Notions chimiques. — L’acide prussique est contenu aussi dans l’eau des cerises noires , mais en fort petite quantité; pourtant si on la faisait eohober , on pourrait en retirer autant que dans les eaux hydrocyanosées.
§ III. Effets sur les animaux. — Les Anglais, ayant fuit des expériences sur les animaux avec l’eau de cerises noires, ont reconnu qu'elle était douée des mêmes propriétés, bien que moins prononcées, que l’eau de laurier-cerise; aussi l’ont-ils bannie de leurs pharmacopées(3). Cullen se plaint de cette proscription à juste litre , ainsi que nous le ferons voir tout-à l'heure (1).
§ IV. Effets sur T homme en santé. — Ces effets ne diffèrent que dans le degré seulement de ceux du laurier-cerise ,
(1) Gazette médicale, 1837, p. 299.
(2) Ilist. nalur. des végétaux, pai Lamarket Mirbel, t. xm, p. 180.
(3) Murray, App. medic., t. m, p. 101.
(4) Cullen. Matière médicale, t. v, p. 80.
(1) Gazette médicale, 1837.
CANTHARIDES
étant plus faibles. Pourtant si l’eau des cerises noires était très-concentrée , elle pourrait devenir dangereuse. Telle devait être celle dont parle Mead, qui produisait, chez les enfants, des convulsions (l),et celle qui effraya considérablement tous les médecins de Worcestcr (2).
§ V. Effets dans les maladies. — De temps immémorial on a prescrit l’eau de cerises noires comme remède cardiaque et anodin contre les afîeclions spasmodiques, les douleurs, l'hystérie, les pa 1 p i ta t ions de cœur, et contre la sensibilité exaltée des tissus. C’est un remède chez nous , pour ainsi dire familier. Il n'y a pas long-temps qu’on préparait celte eau dans presque tous les ménages, notamment dans les couvents de femmes; ce qui porterait à croire qu’on en taisait très-fréquemment usage.
Il est aisé de comprendre aujourd’hui pourquoi on peut en étendre l’administration dans beaucoup d’autres affections.
§ Vf. V alcur thérapeutique. — D’après ce que nous venons de dire sur l’eau des cerises noires , il est facile de conclure qu’elle est hyposlhénisanle cardiaco- vasculaire. Elle a pourtant une action bien inférieure à toutes celles dont n >us venons de parler Celle proposition n’est applicable qu’à l’eau distillée, car, quant à la liqueur qu’on obtient par la fermentation , elle a une tout autre action , puisqu’elle est alcoolisée. Néanmoins, l'action hypersthénisante de l’alcool se trouve ici corrigée en partie par la faible quantité d’acide prussique qui y est contenue (3).
§ VII. Action mécanique. — L’action mécanique de l’eau de cerises noires est presque nulle , ou du moins de peu d’importance pratique.
§ VIII. Préparations , mode d'administration, etc. — Le mode de préparation de l'eau de cerises noires est de la plus haute importance , puisqu’on peut avoir sons le même nom deux liquides d’une action diamétralement opposée. Chez plusieurs pharmaciens , cette eau offre évidemment une odeur alcoolique , ce qui tient au procédé vicieux de préparation. 11 y en a même qui y ajoutent arbitrairement de 1 esprit-de-vin, croyant la rendre par là plus active. II m’est arrivé plusieurs fois de voir augmenter,
(t) De venen. in oper., t. u, p. 190. (2) New Dispensalory, p. 500.
(7>) Yoy. § 78, Esprit de cerises.
sous l’influence de ce remède, des affections hypersthéniques : je me suis assuré que cela tenait à la mauvaise qualité du remède. — En parlant donc de l’eau distillée de cerises noires , je n’ai voulu désigner que celle préparée d’après le Codex pharmaceutique autrichien, savoir, un demi-kilogramme de noyaux brisés de cerises noires, qu’on fait macérer pendant douze heures (pas davantage) dans six kilogrammes d’eau pure, pour en tirer trois kilogrammes. — l.a dose de celle eau est de deux à trois décagrammes, qu’on peut répéter deux à trois fois par jour.
CANTHARIDES
(Meloe vesicalorius.)
§ I<=r. Caractères physiques . — Dès les temps les plus reculés, on a fait tantôt des éloges fastueux, tantôt des critiques amères d’un genre d'insectes coléoptères, tétramérés, famille des trachélides, ou des épispastiques , connus sous le nom de cantharides , meloe vesicaloria de Lin., Cantharis vesicaloria de Geoffr., Lylta vesicaloria de Fabrice, nommée aussi mouche d’Espagne. Cet insecte vit spécialement sur les frênes, les lilas et les troènes , dont il dévore les feuilles ; il se rencontre aussi , mais moins souvent, sur le chèvrefeuille et le sureau. Quelquefois il cause des dégâts sur les blés et les prairies. Les cantharides sont très-communes en Italie, en Espagne, en Portugal et en France ; elles se montrent ordinairement en grand nombre sur le sommet des grands arbres, en mai , juin et juillet. Pour leur faire la chasse, il faut prendre quelques précautions , pour ne pas s’exposer à des accidentsv et poiyj leur conservation. A cet effet , on étend sous les arbres chargés de ces insectes plusieurs draps, sur lesquels on les fait tomber en secouant alternativement toutes les branches. On les place ensuite sur un tamis de crin qu’on expose à la vapeur du vinaigre ; ou bien on les plonge de suite dans un vase rempli de ce fluide, et on les fait ensuite sécher. — Le corps de chacun de ces insectes ofl’rc une longueur de six à huit lignes, sur une largeur de deux à trois. Leur couleur est d’un beau vert doré, brillant, avec des antennes noires ; ils exhalent une odeur particulière pc-
CANTHARIDES
nétrante, désagréable. Plusieurs auteurs de matière médicale assurent que la saveur des cantharides est Acre et trèscaustique. Cela n’est pas exact : le docteur Nardo , qui a fait des recherches particulières sur ces insectes, s’est assuré qu’ils n’ont absolument aucun goût.
§ 11. Notions chimiques. — D’après les analyses faites par un grand nombre de chimistes, tels que Thouvenel, Fourcroy, Beaupoil , J. Mojon , et surtout Robiquet, les cantharides contiennent :
1° une matière blanche, cristalline , lamellaire, insoluble dans l’eau, soluble dansl’éther, dans les huiles et dans l'alcool bouillant. Thompson lui a donné le nom de canlluvidine. On prétend que celte substance , qui a été découverte par Al. Robiquet , représente le principe vésicant des cantharides. 2° Un principe volatil huileux qui offre l’odeur vireuse et désagréable propre aux cantharides ; c’est à ce principe que plusieurs chimistes attribuent en partie l’action des cantharides sur le système nerveux, et qui est toxique sans être vésicant. 3° Une huile grasse, jaune, visqueuse, soluble dans l’eau et dans l’alcool à la température ordinaire. 4° Une matière noire soluble dans l’eau , insoluble dans l’alcool. 6° Une huile verte, fluide, insoluble dans l’eau , soluble dans l’alcool. 6° Une matière grasse , insoluble dans l’alcool. 7° Des acides urique , acétique ; du phosphate de chaux et de magnésie. — Ces cinq derniers éléments sont regardés comme tout-a-fail inertes. Les déductions que Nardo a tirées de ses propres travaux sont analogues à celles que nous venons d’énoncer, si ce n’est qu'il met en doute l’assertion de M. Orfila , savoir, que le principe toxique des cantharides soit constitué par 1 huile que nous venons d'indiquer. Selon lui, celle propriété réside dans l’ensemble de l'insecte , et ne serait qu’une modification de la cantharidine elle-même, il assure que les principes vert, jaune et noir sont analogues à ceux qu’on rencontre dans cinq autres insectes de couleur analogue, et qui ne sont pas vésicants. Il constata aussi dans les cantharides l’existence d’un principe adipoçireux, sucré; il prétend que la partie vésicanle de ces insectes réside seulement dans les élylres et dans toute l’enveloppe cornée, colorée en vert, tandis que les ailes et les parties internes ne jouissent d'aucune propriété caustique. Enfin il croit fausse l’idée qu’on a généralement, que les canthari-
des desséchées perdent avec le temps leur odeur et leurs propriétés thérapeutiques (1).
Plusieurs autres variétés de cet insecte ont présenté de la cantharidine à l’analyse chimique. Tels sont, par exemple, le meloe majalis , le meloe proscaraberas , le hjlia villatu , Je mj la b ris cichorei , etc. — Avant d’entrer dans de plus amples détails sur ce sujet, je ferai observer que les cantharides d'Italie ne diversifient en rien , sous le rapport de leurs propriétés médicinales, de celles des anciens. Les anciens en connaissaient plusieurs espèces, comme nous l’apprenons par Dioscoride , qui établit que les plus efficaces sonL celles dont les ély très sont marquées de bandes jaunes transversales (2) ; Pline affirme aussi qu’il y a plusieurs espèces de cantharides, fecunclissimee in Jraxino (3). Il paraît évident que celles dont ils faisaient usage étaient le meloe vaicatorius , le meloe majalis et le mylabris cichorei. Quoi qu'il en soit, l’activité de ces cantharides n’était pas différente de celle des nôtres, ün peut s’en assurer en lisant la description de leurs effets donnée par Malhioli, d’après Dioscoride. D’ailleurs , la chimie nous a déjà fait connaître que toutes ces espèces renferment plus ou moins le principe actif, la cantharidine (4).
avertissement.
Plus un médicament est ancien et d un usage général, plus l'histoire de son action est vague et obscure; car, parmi les personnes qui s’en servent, il y en a toujours qui l’appliquent mal. Cela fait qu aux bons se mêlent les mauvais. Viennent ensuile les théoriciens (eh! qui ne théorise point !!) qui établissent des effets à priori. -ou qui attribuent au remède des effets dépendants d’autres causes.
D’autres en inventent même parfo.s avec une légèreté inconcevable, il y a enfin les polypharmaques, faciles à tout croire , et qui oublient celte maxime , savoir, que si le pyrrhonisme est dange-
(1) Ce que nous avançons relativement au docleurNardo est tiré d’un programme imprimé par le docteur Vesl dans la Populære œsterreieh. Gesundheits. zeilung, 6 februar 1833, et de ma correspondance particulière avec lui.
(2) De med. mat., lib. u, c. liv.
(3) Ibid., xxtx, c. iv.
(4) De med., etc., lib. vi, c. i, p. 903.
CANTHAU1DES.
rcux, une défiance modérée, qui suspend notre jugement, est toujours prudente et avantageuse. Ces remarques s’appliquent parfaitement à l’histoire des cantharides, médicament souverain administré jadis à l’intérieur dans une foule de maladies, et aujourd'hui très en vogue à l’extérieur, comme dérivatif, vésicant, etc. — Les faits très-nombreux qui se rattachent à l’histoire de cet agent thérapeutique , les opinions auxquelles il a donné naissance pour l’explication de ses effets sont si contradictoires , qu’on ne peut s’empêcher de reconnaître des illusions, des exagérations et des erreurs grossières à chaque pas. Pour concilier autant que possible le plus grand nombre des faits avec 1rs interprétations qu’on en a données, et pour lixer d’après les lois de l'organisme que nous connaissons la véritable action des cantharides , il faut poser avant Lout quelques propositions que nous déduirons des expériences qui nous sont propres , et de l’analyse exacte des meilleurs travaux que nous connaissons sur cette matière.
1° Les cantharides et leurs différentes préparations exercent sur l’économie animale une action dynamique très-puissante et une action mécanico-chimique fort évidente.
2° Ces deux actions sont si distinctes entre elles, que l’une est en raison inverse de l’autre ; et si chacune d’elles avait lieu isolément , les effels de l’une seraient contraires à ceux de l’autre.
3° L’aclion dynamique est hyposthénisante cardiaco-vasculaire à un trèshaut degré ; elle n'a lieu qu’après le travail de. l’assimilation.
4° L’action mécanico-chimique est irritante , inflammatoire , caustique ; elle ne s’exerce que lorsque les cantharides sont immédiatement appliquées, ou bien dans les régions où elles peuvent être transportées sans être assimilées.
6° L’augmentation de l’urine est due à l’action hyposlhénisanle des cantharides; la cuisson dans l’urètre, la douleur à la vessie et aux reins , est duc à l’action mécanico-chimique.
G0 L’action mécanico-chimique peut être empêchée ou modérée. 11 n’en est pas de même de l’action dynamique; celle-ci s’exerce toujours et est constamment supérieure à l’autre.
7» Les cantharides, quelle que soit la manière dont on les applique , même sous forme d’emplâtre vésicatoire , agissent comme remède hypostliénisant. Lu
conséquence , on ne doit les employer que dans les maladies hyposthéniques.
8° Les bons effets des vésicatoires, on les doit ordinairement aux principes des cantharides qui sont absorbés, et non à la prétendue révulsion ou à l'antagonisme qu’elles exercent.
§ III. E ffets sur les animaux. — Les expériences tentées avec les cantharides, par les anciens , sur les animaux , sont fort peu concluantes, car ils se sont bornés à observer les phénomènes locaux d’irritation, ou bien à connaître l’action de ces insectes sur le sang. Hilfeld a donné quatre grammes de poudre de cantharides à un chien; et lorsqu'il fut mort, il rencontra sa vessie conlraclée, ridée , avec des petites aréoles enflammées et fort peu d’urine, les intestins enflammés, le cœur plein de sang noir et coagulé (1). Forsteu en a obtenu le même effet avec un gramme et demi , et il trouva le sang dissous (2). Mais déjà Baglivi avait injecté de la teinture aqueuse de cantharides par la jugulaire à deux chiens ; et il observa sur ces animaux des vomissements, de la salivation, une grande évacuation d’urine jaune ; il remarqua dans leurs cadavj-es un sang noir et fluide (3). Plusieurs autres expérimentateurs , entre autres Toti et J. Grell , vérifièrent les observations de Baglivi. Ce dernier auteur décrivit également les effets des cantharides qu’il observa chez un lapin ; il dit que l’animal a paru très-faible et tremblant , et qu’à l’autopsie il trouva le foie d’une couleur noirâtre ; aucune inflammation dans l'estomac ni dans les intestins grêles ; le commencement du cæcum gangréneux ; les reins d'une couleur rougebrun ; les uretères blancs ; la vessie non enflammée; tous les autres viscères sains. Cetle circonstance des organes sains , après l’empoisonnement par les cantharides, a été constatée aussi plusieurs fois par Grell (4). Nous mettrons de côté les expériences faites par plusieurs person-
(1) Diss. experim. circa venena. Gœtt.,
(2) Diss. med. canthar. hislor. natur.
chim. et med. exib. Lugd. Bat., 1775, p. 50.
(5) De usu et abusu vesicantium, p.
(4) Experiment. de sejonct. mater, vivre vim canl. in ven. spec. îllustr. Tubing., 1812, p, 43,
CANTHARIDES
nés , et qui consistent à mettre îles cantharides en poudre dans le sang tiré de la veine, pour prouver qu’elles en empêchent la coagulation. Ces expériences ne prouvent absolument rien pour nous, car nous ne nous occupons point de l’action de ces coléoptères sur les parties mortes. Il y a bien d’autres substances capables d’empêcher le sang de se cailler dans un vase , et qui n’ont aucune action sur ce fluide quand il est vivant. Passons aux observations de quelques auteurs plus modernes.
M. Orfila, après avoir décrit les elTets irritatifs des cantharides chez les animaux, assure que l’infusion de leur principe volatil, huileux, injectée dans les veines à une dose peu élevée, exerce ses effets sur le système nerveux , notamment sur la moelle épinière (1). D’après les expériences de Forster, il paraîtrait que les chiens souffrent moins lorsqu'on combine le camphre aux cantharides (2).
Bretonneau a essayé la cantharidine sur les animaux, et il s’est assuré que l’action aphrodisiaque de cette subslance est presque nulle, mais qu’elle est toxique en ralentissant la circulation du sang, et en donnant lieu à une léthargie mortelle (3). Nous avons fait aussi publiquement, à l’école clinique de celle université, des expériences avec la cantharidine. Voici un extrait de ces expériences.
Expériences première et deuxieme. Le 23 avril 1833 , on expérimente la cantharidine impure sur deux lapins , à la dose de deux décigrammes (quatre grains) qu’on fait avaler à l’un en état concret, à l’autre dissoute dans douze grammes ( trois gros}) d’huile d’amandes douces.
Le premier survécut sept heures et dix minutes dans un état d’abattement, et avec des mouvements convulsifs à la tête; le second mourut deux heures après avec des symptômes manifestes d’abattement et une immobilité presque complète. Tous les deux urinèrent beaucoup, et leur chaleur animale s’abaissa promptement. La seclion des cadavres fit voir quelque traced’injection dansl’œsophage, l’estomac et les. intestins , notamment
(1) Toxic. génér., et Mérat et Delens, Dictionn. univ. de mat. med., t. iv, p. SOI.
(2; Loc. cit., p. AO et 51.
(3) Omodéi, Annal, univ. di medic,.
febr. et rnar., 1828, p. 588.
chez le lapin qui avait pris la cantharidine en état solide; on remarqua aussi quelques petites phlyctèncs vers la grande courbure de l’estomac et tout près du pylore. Les reins élaient d’un rouge obscur; dans la vessie, quelques vaisseaux sanguins très -enflés parcouraient sa partie postérieure inférieure ; le cœur était chez tous les deux d’une couleur obscure et rempli d’un sang noir et coa- Su>é.
Expériences troisième et quatrième.
Deux autres lapins ont été soumis le même jour à l’action des cantharides à la dose, chez l’un d’un gramme et un quart (trente grains) en poudre, chez l’autre d'un gramme (vingt- quatre grains) en infusion chargée. Le premier vécut presque trois heures, le second deux heures; ce dernier demeura tout ce temps tranquille, immobile, tandis que l’autre eut des contractions spasmodiques dans les membres. Les deux petits cadavres offrirent les mêmes altérations que les précédents , savoir : des traces d'injection à peine sensibles chez celui qui avait pris les cantharides en décoction ; et Irèsvisibles, avec quelques phlyctèncs sur la muqueuse gastrique chez celui qui les avait reçues en poudre. Le cerveau chez tous les quatre était à l’état naturel.
Expériences cinquième et sixième.
On a répété les mêmes expériences le 10 mai de la même année, avec un extrait de cantharides qui devait renfermer de la cantharidine: à un lapin, on en administra cinq décigrammes (dix grains) en substance; à un autre on en donna dissous dans huit grammes (deux gros) d’huile quatre décigrammes (huit grains). Aucun des deux lapins n’eut d’agitation; mais le premier mourut après six heures et demie, l’autre après trente-trois heures. Cette expérience serait , dans ses résultats , opposée aux premières si l’on ne faisait pas attention à la différente dose de la substance et à la qualité de l’extrait, qui était mou, et par conséquent facile à dissoudre dans l’estomac ; il devait donc agir plutôt dynamiquement que mécaniquement. Effectivement les cadavres présentèrent tous les deux les mêmes caratères, c’est-à-dire presque pas d’injection ; l’estomac et les intestins étaient enflés.
Expéi ienccs septième et huitième. On empoisonna deux autres lapins avec la même substance. L’un en eut onze décigrammes (vingt-quatre grains) en poudre, qu’on parvint à lui faire avaler parfaite-
nient; l’autre eut la colaturc d’une décoction de la même dose de cantharides, ün conçoit que chez ce dernier une partie du principe aclifadù être enlevée par l'ébulltion. Néanmoins le premier vécut encore dix heures. , et le second huit heures. Il n’y eut point de spasmes ni d’agitation. Les cadavres présentaient l’injection gastrique ordinaire, mais bien plus prononcée chez celui qui avait pris la poudre que chez l’autre. Dans la vessie urinaire les vaisseaux étaient injectés, les reins à état naturel, le cœur chez tous les deux d’une couleur foncée et rempli de sang noir et épais.
Expérience neuvième. Le 17 mai 1834 , on donna cinq centigrammes (un grain) de cantharidine dissoute dans quatre grammes d'huile (un gros) d’amandes douces, a un gros lapin. Il tomba immédiatement dans un état d'abattement trèsprononcé; une demi-heure après sa chaleur naturelle avait beaucoup baissé. Il eut quatre heures après du vomissement d une matière verdâtre ; les membres postérieurs étaient paralysés. Trois heures après il mourut , sans la moindre convulsion. L’autopsie , faite une heure après, montra tous les viscères dans un état naturel , excepté le cœur qui était flasque , et dont les oreillettes étaient remplies d’un sang noir, coagulé; les reins d’une couleur foncée ; la vessie vide, avec quelque vaisseau engorgé près de l’urètre; l’estomac enflé et un tant soit peu injecté vers le cardias ; le tube intestinal ne présentait aucune particularité.
Expérience dixième. Un autre lapin eut deux centigrammes et demi (demi grain) de cantharidine dans quatre grammes (un gros) d’huile; il fit d’abord quelques pas, mais avec difficulté; il s’arrêta ensuite, et resta toute la journée avec les jambes étendues. Si on l’obligeait à marcher, il traînait les membres postérieurs. Vers le soir il vomit, et il y eut une selle de matières verdâtres bilieuses. Pendant la nuit on lui donna à manger; le lendemain il marchait avec moins de dillicullé. 11 n’urina point; vers les deux heures et demie de l’a prèsmidi , c’est-à-dire trente heures après avoir pris la cantharidine, il mourut au milieu des agitations et des convulsions très-violentes, ün ne put faire l’autopsie cadavérique que le lendemain. Les membres étaient raides et le ventre balonné; le cœur distendu et d’une couleur foncée; les oreillettes remplies d’un sang noir,
coagulé; les poumons étaient plus rouges que d'ordinaire; l’estomac très -enflamme par ci par là; les intestins aussi injectés ; les reins d une couleur plus chargée qu’à l’état naturel ; les uretères
présentaient des traces manifestes de phlo-
gose. Le cerveau oll'rait des arborisations vasculaires, surtout à sa surface; à l’intérieur il était d’une couleur cendrée.
Jz xp enence onzième . Un porc-épic a reçu par la Douche deux centigrammes de cantharidine dissoute dans huit grammes d’huile. 11 criait et faisait des cftorts pour se cacher dans son enveloppe naturelle ; mais bientôt il demeura tranquille et presque indifférent à tout ce qui
I entourait. Il resta encore deux jours dans un état d'abattement et de malaise.
Expérience douzième, ün a administré à un lapin sept centigrammes de cantharidine dissoute dans huit grammes d huile; aussitôt les phénomènes ordinaires d'abattement déclarés, on lui donna un peu d’alcool; il a offert des vacillations; une demi-heure après on lui fit prendre encore un peu d’alcool, et ainsi de suite de demi-heure en demi-heure, jusqu’à qu’il en eut pris huit grammes.
II n’eut pas de paralysie aux membres abdominaux, mais seulement une espèce de tremblement ; si on le chassait, il marchait uu peu. Il vécut presque quatre heures. On ouvrit son cadavre une heure après; la surface du cerveau était injectée, sa substance médullaire moins blanche que d'ordinaire ; les poumons , le foie, la rate dans l’état naturel; le cœur volumineux et rempli de sang; la partie inférieure de l’œsophage et l’estoinac vers le cardia très-injectés; les reins de couleur brunâtre; les uretères et leurs vaisseaux engorgés; la vessie remplie d urine jaunâtre et trouble avec quelques arborisations vasculaires et uue tache noirâtre vers son col.
Expérience treizième. Au même temps, un autre lapin . plus gros et plus viv.œe que le précédent, reçut seplcenligrammes de cantharidine dissoute dans huit grammes d'huile. Aussitôt que les symptômes d empoisonnement se déclarèrent par l’engourdissement et un tremblement dans les membres, on lui donna quelques gouttes d’eau distillée de laurier-cerise. Il mourut en trois minutes, ayant tous les muscles dans un relâchement complet.
Autopsie vingt minutes après. La chaleur animale était presque éteinte; le cœur avait perdu toute irritabilité, il était pâle; en l’ouvrant il s’en écoula du sang noi-
CANTHAMIDI ».
râlre. L'estomac contenait encore dis matières avalées la veille, il était dans l’étal normal, ainsi que les intestins, et tout l’appareil des voies urinaires. La substance interne du cerveau était parfaitement blanche; sa surface avait quelque apparence vasculaire , comme chez les lapins qui meurent assommés par un coup.
Ex périt net quatorzième. Au même porc-épic auquel on avait donné cinq centigrammes de cantliaridine , et qui vivait encore quoique dans un état d'abattement, on administra une décoction saturée de cantharides, mais il n’a été possible de lui en faire avaler qu’une fort petite quantité , car il ne se prêtait pas quand on voulait lui fermer la bouche pour le faire déglutir. — Le 22 mai, on fit de nouvelles expériences comparatives.
Expérience quinzième. Quinze grammes (demi-once environ) de cantharides en décoction furent administrées à un gros lapin; on lui donna immédiatement après douze décigrammes (un scrupule) de camphre mêlé à un demi-jaune d’œuf. Il tomba comme évanoui , mais quelque temps après il remua les membres et marcha quoique avec difficulté. La chaleur animale allait peu à peu en diminuant , ainsi que la respiration. 11 mourut deux heures après tranquillement, ayant auparavant émisbeaucoup d’urine très-claire. L’autopsie cadavérique ne montra aucune trace de phlogose; le cœur était flasque et décoloré ; les reins d’une couleur un peu terne.
Expérience seizième. Un autre lapin, également gros, reçut la même dose d’infusion de cantharides, mais sans camphre. L’abattement subséquent a été moins prononcé dès le commencement; plus tard il y eut immobilité entière, et quatre heures après il mourut. Le cadavre présenta à peu près les traces ordinaires d’une légère irritation de l’estomac, de la flaccidité au cœur et la couleur terne des reins.
Expérience dix-septième. A un lapin, un tant soit peu plus petit, on administra la même dose de décoction de cantharides et douze décigrammes de camphre. Il éprouva immédiatement un trismus qui fut suivi d’un tremblement spasmodique très-fort dans tous les membres accompagné de gémissements. Peu ù peu les extrémités abdominales se paralysèrent ; la température S’abaissa rapidement; l’immobilité générale survint ,
Gicuomini.
1 if)
et en dix minutes il mourut. Le cadavre n’oflVil aucune rigidité ; sectionné à l'instant, le cœur était déjà dépourvu de toute irritabilité , pâle et mou ; les poumons n’avaient pas leur couleur rosée ordinaire. L’estomac étaitcontracté, d’une couleur de chair, et enduit de mucus ; les intestins , les reins , la vessie n’offraient rien d’anormal.
Expérience dix - huitième. La seule décoction de cantharides fut donnéeàun lapin de la même taille que le précédent. Il présenta à peu près les mêmes phénomènes que dans l’expérience seizième. Il mourut pourtant cinq minutes plus tôt.
Expérience dix-neuvième. Il ne restait plus, enfin, que le seul porc-épic, lequel, malgré un centigramme de cantharides pris le 17, et un peu de décoction de cantharides prise le 19, et bien qu’il eût en outre avalé huit grammes de cantharides en poudre, vivait encore le lendemain , mais à la vérité dans un état de malaise, et s'étant refusé à toute sorte de nourriture. On a réfléchi que, si on eût attendu sa mort, on aurait été dans le doute si elle aurait été le résultat du poison ou de l'abstinence dans laquelle l’animal se trouvait ; nous l’avons donc sacrifié, et sectionné tout vivant afin de surprendre l’état de l’estomac. Nous trouvâmes l’œsophage sain et blanc; l’estomac ridé, recouvert de mucosité, non injecté, renfermant encore de la poudre de cantharides ; les intestins contenaient des matières fécales très -dures. Les reins étaient à l’état normal; la vessie remplie d'urine, distendue, avec quelque trace d’injection ; les cornes de la matrice renfermaient cinq œufs de la grosseur d’un petit pois. Le cœur palpitait avec force, et il continua son action même après avoir été détaché du thorax.
M. Virey avait dit que le porc-épic peut avaler impunément les cantharides.
Le cas que nous avons observé paraîtrait confirmer l'opinion de cet observateur.
Pendant les cinq jours il résista aux différentes expériences auxquelles nous l’avo,'s soumis; seulement son état de santé a etc évidemment dérangé, ce qui ferait croire que les cantharides ont aussi quelque action sur ce rongeur. Mais puisque les viscères , que nous avons examinés presque encore vivants, ne nous ont offert aucune lésion organique, nous sommes porté à croire que sis souffrances devaient être dues à l'action dynamique hypodhénisunle des cantharides. — Noirs
CANl'll AUI DES.
n’avons plis ci*u nécessaire devoir multiplier davantage ces expériences, attendu l’évidence et la constance de leurs résultats. Nous sommes en attendant autorisé à penser , d’après ces expériences , que les cantharides et la cantharidinc ont une action toxique d’autant plus prompte qu’on les donne dissoutes. Sous cette forme, effectivement, l’absorption et l’assimilation en sont plus faciles, et l’action locale moins prononcée. Lorsque l’action dynamique a lieu, l’action mécanique est faible, ou tout- à -fait nulle ; les phénomènes morbides indiquent un état d’hyposthénie , et les signes cadavériques , un relâchement, une pâleur dans les viscères , ainsi que nous l’avons dit à l’occasion des expériences n°* 2, 4, 6, 8, 9, 13, 16, 18 et 19. Si le poison est concentré au contraire, l’action locale ou mécanique est prononcée, l’effet dynamique faible, et les phénomènes morbides sont dus tous à l’irritation, et ne se déclarent que lentement. Que l’action dynamique de la cantharidine soit analogue à celle de l’eau de laurier-cerise, cela nous est démontré par 1 expérience treizième , où les deux substances ont été administrées à la fois. La mort est arrivéeavec unetellepromptitude qu’elle ne pouvait pas être attribuée à la seule cantharidine. C’est ce que nous avons observé aussi dans les expériences n0’ 7 et 8. Elle ne pouvait non plus avoir lieu par l’eau de laurier-cerise seulement, ainsi que nous l'avons démontré par d’autres expériences laites le 25 août 1832. Nous avons vu effectivement dans ces expériences qu’un lapin ayant pris deux grammes environ d’eau distillée de laurier-cerise, ne mourut pas; et dix jours après il put être employé pour d’autres expériences. Que les cantharides aient une action dynamique analogue à celle d i camphre, cela est prouvé parles expériences quinzième et dix-septième. Le camphre ajouté à la décoction de cantharides accéléra de beaucoup la mort, comparativement aux autres lapins qui n’avaient reçu que la seule décoction de cantharides. QiÆ la cantharidine ait une action dynamique opposée à celle de l’alcool , cela résulte évidemment de l'expérience douzième, le lapin auquel on administra les deux substances réunies ayant vécu sans perdre tout à-fait la mobilité pendant quatre heures environ , tandis qtte dans l’expérience neuvième un lapin bien plus gros, qui n’avait eu que «inrj centigrammes de cunlharidine, mou-
rut en sept heures cl avec des symptômes de paralysie presque complète. Chez un autre lapin, dont nous .avons parlé à l’occasion des effels de l’alcool sur les animaux, et qui avait pris une gramme et demied’eau-de-vic, il mourut engourdi et dans l'immobilité en quatre heures seulement. Si ces deux substances données séparément produisent la mort, lorsqu’elles sont unieselleslaretardent.il faut donc déduire que leur action est opposée, quoique elle ne soit pas exaclement au même degré ; ce qui déterminait la mort de l’animal, c'est que l’une surpassait le degré de force de l’autre. Dans le cas dont il est question ici, c’était peut être l’alcool qui prévalait, si on doit en juger par les traces de phlogosc que nous avons remarquées sur le cadavre.
§ IV. Effels sur l'homme en sanie".
L’action des cantharides chez l'homme bien portant offre la même série d’effets que nous venons d'étudier chez les animaux. Ces effets sont les uns organiques, les autres mécanico- irritatifs. Si l’on examine attentivement les faits qui nous ont été transmis par les médecins de tout temps, on verra que nos prédécesseurs ont plutôt fuit attention aux effets mécaniques qu’aux effets dynamiques ; aussi ne décrivent-ils que ceux-là. Or, l’on comprend aisément que, si l’on ne cherche pas à bien approfondir l’élude des phénomènes , il est presque impossible de comprendre et de saisir l'hyposlhénie. L'hyposlhénie effectivement n’est constituée que par des signes négatifs , tandis que l’irritation mécanique, au contraire, frappe nos sens et occupe en première ligne. On peut l’obtenir par la simpleapplicalion d’un vésicatoire. Aussi n’est il pas surprenant qu’un grand nombre de praticiens croient fermement que les cantharides stimulent, chauffent et brûlent comme le feu. Nous distinguons cependant d’une manière posilive l’action mécanique de l'action dynamique. Si ces deux actions étaient étudiées séparément dans l’usage des cautharides, ou reconnaîtrait sans peine l’exactitude des propositions que nous avons émises, et l'on comprendrait aisément la véritable nature des phénomènes occasionnés par l’administration de cette substance. Personne n’ignore les effels des cantharides appliquée» sur la peau sous forme d'emplâtre, l’eu de temps après cette application la peau s’échauffe, rougit cl devient très-sensible. Si l’on fait attention à ces premiers effets, l’on
CANTflAnfDES.7
voit que la rougeur est bornée, et qu’elle disparaît promptement, tandis que la rougeur due, par exemple, à une brûlure, laquelle dépasse les bornes de l’application, dure plus long-temps, et a de la tendance à s’étendre pendant quelque temps.
Ainsi, dans le premier cas, c’est une condition particulière qui circonscrit l’action phlogistique et la fait cesser bientôt : effectivement , plus l’emplâtre vésicatoire reste appliqué, plus la chaleur, la rougeur et la douleur disparaissent promptement; l’épiderme se soulève, forme une vessie remplie de sérum ; et si la douleur reparaît, ce n’est que lorsque la présence du sérum détermine des tiraillements mécaniques. Une fois l'épiderme enlevé , on y observe une rougeur qui simule l’inflammation. Elle peut devenir plus tard une véritable inflammation par le contact de l’air, ou de tout autre agent mécanique. Si l’épiderme de la cloche est enlevé brusquement avec les mains, ou par le froltement, le derme sous-jacent devient rouge , douloureux et réellement phlogosé. Il paraît par conséquent que, au fur et à mesure que les parcelles de cantharides sont absorbées et agissent dynamiquement , les premiers effets mécaniques se détruisent. Ayant prescrit à un malade de notre clinique l’application sur le thorax de deux vésicatoires composés de poudre de cantharides , d’huile , de farine et de miel, et les ayant fait ôter à plusieurs reprises pour appliquer de l’alcool sur l’un, nous avons observé que de ce côté les douleurs ont été beaucoup plus vives; la rougeur plus intenses’étendarit mêmeau-delà de la périphérie de l’emplâtre. La même épreuve^ a été faite chez une femme avec le même résultat. Ici les deux vésicatoires avaient été appliqués aux cuisses. Nous croyons que dans ce cas l'alcool n’a fait qu aider les effets mécaniques de la cantharide, et empêché en partie les effets dynamiques. Que l’absorption des cantharides puisse avoir lieu avant que la petite ampoule soit formée, cela est prouvé par la réaction prompte qu’éprouvent certains malades dans l’appareil urinaire. Elleclivement il n’est pas rare de voir augmenter la sécrétion de l’urine par 1 application des vésicatoires, ou bien survenir au contraire l’ischurie accompagnée de douleur et de démangeaison à fa prostate, à la vessie et aux reins, avec cuisson dans le canal de l’urètre. Ces effets s observent également et plus souvent encore alors quç aes cantharides
sont administrées par bouche. Un grand nombre d’auteurs décrivent les effets de ces coléoptères sur l’économie animale, ils font mention de leur action délétère sur les voies urinaires, et signalent plus particulièrementl’liémalurieet le priapisme. Cette remarque est très - ancienne.
Du temps d’Ovide on faisait déjà usage des cantharides comme moyen aphrodisiaque. Les descriptions pourtant qu’on possède sur les effets des cantharides sont loin d’encourager les idées de lubricité, car les érections qu’elles procurent sont extrêmement douloureuses.
C’est un priapisme cuisant, douloureux, semblable a celui causé par l’urétrite , et qui serait même capable , lorsqu’il est bien violent, de produire le spliacèlc du pénis.
j Les autres phénomènes attribués à 1 action des cantharides se rapportent au système digestif : tels sont, une ardeur et un serrement au gosier, douleur excessive à 1 épigastre , soif ardente, hydrophobie , salivation , inflammation aux glandes salivaires, selles avec douleur, tenesme, et souvent même selles sanguinolentes. — Si l’on en excepte l’abondance d urine , dont la quantité est en raison inverse des douleurs, tous les autres symptômes annoncent une simple irritation mécanique, déterminée par les cantharides dans le canal digestif où elles ont agi immédiatement, et' dans l’appareil urinaire, où quelques parcelles de ces insectes sont transportées par la circulation sans avoir subi aucune altération , ainsi que nous le x-errons tout à l’heure.
- Mais les cantharides produisent des effets d’un caractère différent et bien autrement importants , bien qu’en général négligés par les auteurs. Ces effets sont: 1° les sueurs très-abondanles, ainsi que cela avait été observé par Hippocrate et par d’autres après lui (l) ; 2° le ralentissement du pouls : plusieurs auleurs, entre autres Wliitt (2) et F. Ravmont ont remarqué cet effet par la seule application des vésicatoires (3); 3» les nausées, les vomissements , les vertiges , les
(*) Nouv. élétn. de mat. medic., par Aubert, t. j, p. 512; première édition.
(2) Cas des effels remarquables des vésicatoires, pour ralentir la vitesse du pouls, etc.
(3) Observations sur l’efficacité du vésicatoire dans les inflammations. Marseille, 1701 •
CANTHARIDES
défaillances , le délire sont des phénomènes propres aux cantharides, et mentionnés depuis le temps de Dioscoride
(1) ; 4° les convulsions, le tétanos et le délire ont été aussi signalés par d’autres
(2) . Cette série de phénomènes, qui ordinairement arrivent plus tard, et qui n’ont lieu qu’après une plus forte dose de cette substance, ne peuvent point s’expliquer par les seules altérations locales. L’action dynamique des cantharides est donc inconlestable. C’est à elle que sont dus les phénomènes d'empoisonnement et la mort si rapide que les cantharides produisent. Les auteurs ne donnent aucune notion précise sur les phénomènes dynamiques; ils se bornent à indiquer les effets irritatifs. On connaît cependant des faits très-anciens d’empoisonnement par les cantharides. Cajus , au dire de Cicéron (3) , est mort par les cantharides ; Cosino , chevalier romain , également, d’après Pline le jeune (4).
Galien, Rhazès (5), Paré (G), Baccius (7), Yallisnieri (8), Elmuller (9), Orlila (10), etc., rapportent des exemples de morts plus ou moins promptes par l’usage de ces coléoptères. L’étude de ces faits démontre que la seule affection locale dans l’estomac et dans les organes génitaux ne pouvait certainement pas être la cause véritable de la mort. D’ailleurs, il n’est pas rare de voir des effets locaux de la cantharide très-intenses se passer presqu’impunément. Voici un exemple remarquable de ce cas rapporté par Roquayrol. Il s’agit d’un jeune homme qui par une forte dose de cantharides eut tout l’épithélium de l’œsophage enlevé, et malgré cela il guérit si bien en quatorze jours, qu’il put au bout de ce. temps avaler sans douleur des aliments solides (il). Un cas intéressant d’empoisonne-
(1) De med. mat., Iib. vi, cap. î, p.
(2) Alibert, Nouv. Elém. de tbér. et de mat. medic., t. i, p. 514.
(3) Lib. ix, epist. 21, ad Pætuan.
(4) Lib. xxix, cap. iv.
(5) Lessar, Théologie des insectes, t.
li, p. 19* -
(6) Lanzoni, Obs. med., t. i, p. 147.
(T) De venenis cl antidolis. Romæ,
(9) In Schrædcr, class. îv.
(101 Op. cil., p. 20.
(11) Annal, delà méd. physiolog., 0Ctob. 1829, p. 400.
ment par les cantharides a été publié par Charles Giulis, de Turin; on y voit une sorte de combat entre les effets mécaniques et les effets dynamiques. Voici le fait :
U n jeune homme prit inconsidérément quelques gouttes de teinture de cantharides ; il sentit aussitôt une chaleur vive aux lèvres, à la langue et à la membrane du palais. Une tumeur se manifesta dans l’intérieur de la bouche, et il survint un ptyalisme abondant. Malgré l’emploi du lait et des boissons adoucissantes, il ressentait par intervalles des douleurs vives à l’épigastre et à l’ombilic. Trois jours après il fut saisi, durant la nuit, de convulsions horribles et délire furieux ; il rejetait de la salive écumeuse mêlée de stries sanguinolentes; ses cheveux étaient hérissés , son regard fixe et farouche ; il éprouvait de grandes constrictions à la gorge avec menace de suffocation, poussant des cris et des hurlements épouvantables ; il entrait en fureur à l’aspect ou à l’approche des liquides.
Aux convulsions générales succédaient des défaillances ou un profond assoupissement.— Le docteur Giulio en exposant avec des couleurs si vives la série de ces phénomènes fait remarquer que la chaleur animale n’était point élevée ni le pouls fébrile. Les moyens qu’il employa avec succès furent des frictions avec un liniment composé d’huile d’olive, de laudanum liquide et d’ammoniaque; il fit aussi usage de la teinture de musc et d’opium (l). L’auteur s’étonne que dans ce cas le pouls soit resté calme, et que la chaleur animale n’ait point augmenté au milieu de phénomènes si alarmants.
Pourtant rien n’était plus naturel. C’est pour nous aussi naturel que de voir les accès de fureur être suivis d’évanouissement, des défaillances et d’assoupissement, ces symptômes étant les véritables effets dynamiques luttant contre les ellets irritatifs : ils augmentaient d'autant plus que les autres s’affaiblissaient. C'est pour cela qu’on a dû avoir recours au laudanum liquide et à l’ammoniaque, car ils se rattachaient à une véritable hyposthénie, — Que le laudanum liquide, et tous les opiacés en général soient d'excel-
(1) Histoire d'un tétanos avec symptômes d’hydrophobie produite par les cantharides. Mémoires de l’Académie des sciences, lettres et beaux-arts de Turin, pour les années x et xi, p< 15.
CANTHARIDES. 149
lents antidotes contre les effets toxiques des cantharides, il nous sera facile de le démontrer par des faits. Dans un cas de Lanzoui dont nous avons parlé (l), l’empoisonnement produit par la cantharide n’a pu être dissipé qu’à l’aide de huit grammes de laudanum liquide. Forslen a guéri des convulsions occasionnées par l’empoisonnement par le laudanum liquide, moyennant la teinture de cantharides (2). Lavagne a publié le cas remarquabled’une demoiselle qui par désespoir essaya de se suicider en prenant une forle dose de cantharides. Voyant cependant qu’au milieu des angoisses elle ne pouvait atteindre son but, elle avala quatre grammes d’opium espérant hâter sa mort; mais, contre son attente, elle se trouva promptement et complètement guérie (3).
A propos des antidotes des cantharides, nous ne devons pas omettre de faire remarquer que plusieurs auteurs ont recommandé des moyens qui ont précisément une action dynamique opposée à celle de l’opium et par conséquent analogue à celle de la cantharide. Il est facile de comprendre que ces moyens n’ont été administrés que dans le but de s’opposer aux effets irritatifs sur les voies urinaires et sur l’estomac , et nullement aux effets toxiques. Ce sont plutôt des correctifs à joindre aux cantharides, lorsqu’on les prescrit comme agent thérapeutique, que des moyens capables d’encombattre les effets toxiques. Le lait, par exemple, a été conseillé par Arcle, de Cappadoce:il voulait que le malade en prit pendant trois jours, avant de se soumettre à l’usage médicamenteux des cantharides. Cet auteur espérait de la sorte préserver la vessie de leur action irritante. Actius et plusieurs autres recommandent le même moyen (4J. Les substances grasses , et notamment les huiles, ont été regardées aussi comme propres à cet objet. Quelques auteurs français cependant ont fait observer judicieusement que l’huile était plutôt nuisible dans ces cas, puisqu’elle dissout la
(f) Voy. art. Opium.
(2) Diss. med. canlh. hist. natur.
cbem. cl med. exhibens. Lugd. liât 1775, p. 12G.
(ô) Annotazioni intiche sopra i rimedj cbiamaii nuov. conlroslimolanti. Geneva *809, p. A 3. '
(4) Tetrabibl., t, u, Cap. j.
cantharidine, et, par conséquent, augmente les effets toxiques : aussi défendent ils formellement de faire usage de l’huile dans les empoisonnements par les cantharides. Nous sommes également d’avis que l’huile ne convient pas dans cet empoisonnement , mais par une autre raison ; c’est que l’huile aide l’absorption de la partie active et rend plus prompts, plus prononcés les effets dynamiques. Nous ne disons pas cependant qu’elle augmente les effets irritatifs ou locaux, les seuls auxquels -les auteurs s’étaient arrêtés. Ces derniers effets peuvent être sans doute affaiblis à l’aide des mucilagineux et des huileux. Les émulsions d’amandes, le lait, les boissons mucilagineuses doivent donc être adoptées comme des remèdes curatifs dans ces cas , pour garantir la muqueuse gastrique et celle des voies urinaires. Le camphre a été beaucoup recommandé, notamment par Groexvelt (l) et par Forster (2), pour prévenir les effets des cantharides sur l’appareil urinaire et même pour les combattre. Selon nous, cependant, le camphre est loin d’être un antidote des cantharides. Comment peut-il l’être, en effet, puisque son action est hyposlhénisante comme celle des cantharides? Il ne peut etre donc employé tout au plus que comme simple correctif des effets mécaniques. On peut, par conséquent, dans les usages thérapeutiques, joindre avec avantage le camphre aux cantharides, mais on conçoit qu'il ne peut en être de meme en toxicologie, carie camphre augmente les cil e ts toxiques de la cantharide, ainsi que nous l'avons prouvé par nos expériences sur les lapins. N ous avons vu, effectivement, qu’en ajoutanldu camphre à la décoction de cantharides nous accélérions évidemment la mort. Pour éclairer davantage ce sujet important , nous ne nous sommes pas contenté des expériences chez les animaux; nous en avons pratiqué aussi chez l’homme.
1 lusieurs de nos élèves zélés pour les progrès de la science se sont soumis volontairement à des expériences. Nous acceptâmes avec empressement. Voici les détails principaux de ccs expériences.
Le 1!) avril 1834 , neuf jeunes gens (parmi lesquels deux docteurs en méde-
(1) De lulo canlli. in medicina ush intérim. Land., 1098, p. 52.
(2) Dissert, oit., p, 40 et 51.
150 CANMARIDES.
cinc) d affe différent, de taille et de constitution diverses, les unsà jeun et les autres ayant déjeûné, prirent à huit heures du matin cinq centigrammes (un grain) de poudre decantharidesmêlée à de la poudre d’ainandes douces sous forme pilulaire.
I 1s burent par-dessus un verre d’émulsion d’amandes douces. L’état du pouls et de leurs fonctions organiques avait été exploré d’avance et noté sur un registre.
Deux heures après on explore le pouls, il était évidemment ralenti, chez les uns de deux à trois pulsatjons, chez les autres de cinq à quatorze par minute. Cinq s’aperçurent que les urines étaient plus fréquentes ; un éprouva une légère nausée. A dix heures, ils eurent la seconde dose également de cinq centigrammes, et à midi ils se soumirent de nouveau à l'exploration. Le pouls s’abaissa encore de quelques pulsations chez les uns , chez les autres il s’éleva , mais chez le plus grand nombre il demeura stationnaire.
Tous éprouvèrent de fréquentes envies d’uriner, une cuisson plus ou moins vive dans l’urètre avec un sentiment de serrement vers la prostate. Ils prirent la troisième dose de cinq centigrammes dans l’émulsion ordinaire. A six heures du soir on leur explora de nouveau le pouls; il est généralement un peu plus accéléré, ce qui pourrait être attribué au repos et à la course qu’ils firent pour se rendre à la clinique. La sécrétion de l’urine persistait en abondance, la cuisson de l’urètre avait augmenté chez ceux qui n’avaient bu que fort peu. L’un d’eux accusa une légère colique et des démengeaisons à l’anus avec ténesme. Tous se plaignirent, plus ou moins d’un senliment de faiblesse générale, et, bien que la journée ne fut point très chaude, ils transpiraient tous abondamment. Le lendemain ils donnèrent des détails sur l’état du pouls pendant la nuit; ils déclarèrent l’avoir tous trouvé très - abaissé et accompagné d’une grande faiblesse. La cuisson dans l’urètre avait presque entièrement cessé dans le courant de la soirée. Un de ces jeunes gens en fut pourtant très- tourmenté toute la nuit, et il rendit quelques gouttes de sang par l’urètre. Un autre éprouva une prostration et un froid intense pendant la nuit, au point qu’il ne put se faire échauffer malgré les couvertures dont il se couvrit.
Ils suèrent tous du reste abondamment jusqu’au lendemain où ils étaient bien portants. L’un d’eux qui avait une légère conjonctivite depuis quelque temps
se trouva parfaitement guéri le lendemain.
Le 21 avril, nous avons répété l’expérience sur sept jeunes gens dont l’état des fonctions fut exploré d’avance et noté comme précédemment. Ils ont pris , les uns un grain et demi, les autres deux grains de poudre de cantharides en pilules , entre six et huit heures du matin. A dix heures, le pouls était ralenti de cinq à quinze pulsations par minute. Chez deux seulement, le pouls a paru accéléré de deux pulsations, mais il était évidemment beaucoup plus mou qu’avant. A cette heure , on en administra un autre grain et demi à chaque : à midi le pouls avait baissé encore , mais très-peu , et chez ceux dont le pouls s’était précédemment élevé , les battements étaient, celte fois , au-dessous du nombre précédent. La seconde dose abaissa donc le pouls également chez eux. On en administre une troisième dose d’un grain aux uns , d’un grain et demi aux autres.
Chacun se trouvait, de la sorte, avoir pris en tout quatre grains de médicament.
A trois heures après midi , le pouls est considérablement ralenti chez tous , et cet état a duré jusqu’au lendemain matin. Les expérimentateurs observèrent celte fois la prescription de prendre abondamment des boissons mucilagineuses , et ils n'éprouvèrent prcsqu’aucunc incommodité du côté de l’appareil urinaire, quoiqu’ils eussent pris un grain de cantharide de plus que la première fois. Deux seulement s’en plaignirent un peu ; ils se soumettaient pour la pre»
mière fois à l’expérience. Tous cependant curent des urines copieuses et des sueurs abondantes. Vers le soir, ils accusèrent une faiblesse extrême, au point de les empêcher de sortir. Cet abattement a continué dans la nuit. L’un d’eux , qui soutirait habituellement des palpitations de cœur , s’en est trouvé complètement délivré pendant la nuit.
Quelques-uns éprouvèrent une augmentation dans l’appétit, d’autres une diminution ; d’autres eurent des évacuations alvincs abondantes.
IS'ous avons aussi fait des expériences avec la cantharidine dissoute dans de l’huile et mêlée à une substance mucilagineuse pour en faire des pilules. Chaque pilule contenait un peu moins d’un centigramme de cantharidine (un huitième de grain). Parmi les élèves qui se prêtaient volontiers à ces expéritnccs , j’en ai choisi six seulement, qui présentaient
CANTH AU1DES.
les conditions individuelles les plus differentes. Après avoir noté l’étal du pouls de chacun , le 6 mai 1834, à sept heures et demie, on leur administra deux pilules, c'est-à-dire un quart de grain de cantharidine. A neuf heures, ils prirent une troisième pilule ; à onze heures, une quatrième : en tout quatre centigrammes environ (cinq huitièmes de grain). Ils burent abondamment de l’émulsion d'amandes douces. A neuf heures et quart , à onze heures du malin , à une heure et demie de l’après-midi , à huit heures du lendemain, on fit l’exploration régulière, et l’on nota sur le registre les phénomènes observés. Chez tous , le pouls s’abaissa , devint plus lent immédiatement.
La différence minime entre l’exploration préparatoire et celle d’une heure et demie a clé de quatre pulsations par minute, et la plus grande, de vingt-deux battements par minute. Dans la matinée du lendemain , le pouls a gardé une lenteur de trois et quatre pulsations. En même temps ils se plaignaient tous d’une grande faiblesse , d'abattement général, de vertiges et tremblements dans les membres, avec pesanteur dans les muscles des cuisses. L’envie d’uriner était fréquente dès le commencement; presque tous éprouvèrent quelque légère cuisson dans l’urètre; chez un , elle fut très-intense et fort gênante , elle lui permit pourtant de dormir pendant la nuit; tous curent des sueurs copieuses. Le manque d’appétit a été aussi général.
Quelques-uns curent des évacuations de ventre; deux n’éprouvèrent pas de gardes-robes , mais de fausses envies douloureuses avec ténesme. L’abattement a été plus ou moins sensible le jour suivant. Un de ces jeunes gens , qui était habituellement tourmenté d’oppressions dans la respiration , a déclaré respirer plus librement. A deux heures de l'aprèsmidi, ils avaient bu, avec un soulagement très-marqué, chacun deux ou trois petits verres de vieux malaga, et le restant de la journée d'autres boissons excitantes, qu’ils ont tolérées sans le moindre signe d'ivresse, malgré leur quantité assez considérable. L’intensité des phénomènes n’a pas été égale pour tous ; chez un, elle a été telle, qu’elle a déterminé des symptômes d’un véritable empoisonnement. L'histoire de ce fait mérite d’être rapportée en détail. La voici.
Iîartholomeo Canton , âgé de vingttrois ans, natif de Fcrrossa , province de Vérone, étudiant en chirurgie , de con-
stilution forte et robuste, s’était soumis à deux des expériences précédentes sans éprouver d’autres effets que ceux dont nous avons parlé. Chez lui, nous n’avions remarqué rien autre de particulier qu’un ralentissement plus notable du pouls que chez ses camarades. 11 avait voulu faire aussi partie des six élèves de la troisième série qui allaient essayer la cantharidine. — U en prit de la manière indiquée : quatre centigrammes ( cinq huitièmes de grain). Les battements artériels, qui avant l’expérience étaient à 63 par minute, descendirent de suite à 67. L’envie d’uriner était fréquente dès le commencement de l’expérience, mais après la seconde dose une vive douleur survenant dans le rein droit, l'urine s’arrêta, une légère cuisson se lit sentir dans l’urètre. En attendant, un malaise général se déclara ; il s’aperçutque ses idées devenaient troubles, avec quelques vertiges et éprouvait des vacillations. A midi, il prit quelque peu d’aliment, mais avec répugnance. L’abattement allait en augmentant, les urines étaient lout-à-fait arrêtées ; une douleur sourde s’était emparée de toutes les voies urinaires , de sorte qu’il pouvait , d’après ses expressions mêmes, indiquer exactement sur l’abdomen la situation des reins, des uretères et de la vessie. Une heure plus lard , la prostration était extrême. Tout le système musculaire était incapable d’aucun mouvement ; sa figure était devenue d’un blanc terne, ses yeux avaient perdu leur brillant; tous les traits étaient altérés; les membres couverts d’une sueur froide ; menaces d’évanouissement: vomissement des aliments qu’il venait de prendre , lesquels n'offrent pas la moindre trace de digestion. Le pouls exjdoré immédiatement après les efforts pour vomir, donnait à peine 45 pulsations par minute. On lui administre deux petits veires de vin de Malaga: soulagement instantané; la physionomie se remet un peu ; les muscles reprennent un peu de force; mais celte amélioration n’a été que passagère. Une heure et demie après, la prostration est reparue avec plus d’intensité, ainsi que la pâleur , les sueurs froides ; le pouls ne marque que trente pulsations par minute, avec intermittence; le malade vomit le vin qu’il avait bu deux heures auparavant. On conçoit notre consternation en ce moment ; nous avons eu recours au rhum , qui lui a été administré par petites doses , à peu d’intervalles, jusqu’à ce qu'il en eut consommé
un grand verre à labié. Vingt-sept décagrammes (neuf onces) environ de rhum lui ont été administrés. Chose prodigieuse ! à mesure que cette liqueur passait dans l’organisme , nous avons vu la chaleur animale renaître sous nos yeux ; la force, l’énergie musculaire, la parole reparaître , et les sens et l’organisme reprendre presque instantanément leur vigueur comme par enchantement. Une circonstance , entre autres , bien digne d'observation , c’est qu’une si forte dose de rhum , chez un sujet qui n’était habitué à prendre aucune espèce de liqueur alcoolique, ne produisit aucun symptôme d’ivresse, pas même celte espèce de gaîté qu'on éprouve ordinairement en le flairant. U passa la nuit dans un sommeil très-tranquille , et le jour après il ne se plaignait que d'un léger engourdissement dans les cuisses. 11 ne reprit pourtant son appétit ordinaire que deux ou trois jours plus tard.
Ni le priapisme, ni les autres phénomènes génitaux dont parlent les auteurs, n’ont été observés chez ce sujet, ni chez les cinq autres qui se soumirent aux trois expériences précitées. — 11 n’est pas à ma connaissance qu’il existe dans les annales de la médecine des faits plus démonstratifs et plus remarquables que ceux dont je viens de parler. Je dois exprimer toute ma reconnaissance à cette jeunesse courageuse qui n’a pas craint d’alTronter volontairement un poison des plus redoutables, convaincue qu’elle était de la sûreté de nos principes. Ces faits nous autorisent à dire que quiconque voudra dorénavant contester l’action dynamique, hyposthénisante, cardiaque des cantharides et de la cantharidine, il doit d’abord prouver que les phénomènes que nous avons observés chez M. Canton et chez les autres étaient le résultat d’énergie augmentée, et que l’émulsion d’amandes dont ils tirent usage ait pu à elle seule non-seulement combattre la prétendue action incendiaire des cantharides, mais encore occasionner les symptômes d’abaissement vital que nous avons observés. 11 doit en outre expliquer aussi comment le vin et le rhum , ilonnés à doses élevées , ont pu faire disparaître si étonnamment les terribles symptômes dont nous avons parlé , et comment vingt -sept décagrammcs de rhum, pris en si peu de temps , aient pu perdre entièrement leur force ordinaire sans donner lieu à l’ivresse, ni à d’autres symptômes d’excitation. Il doit enfin
nous offrir au moins un autre faiftuthentique, aussi clair, et d'une valeiir égale , où un individu réduit à la niêii- condition que i\l. Canton, par la caifllaridine, ait pu être délivré aussi heurlüsement et promptement moyennant ledeaignées abondantes , ou de l’eau colobée de laurier-cerise à dose élevée, I
De tout ce que nous venons d’exposer, on peut conclure : 1° que l’action dynamique des cantharides est hyposlhénisante cardiaque ; 2° qu’il est vrai qu’il y a opposition parfaite et élision réciproque entre les efl’els des deux classes des remèdes ; 3° que la loi de la tolérance est un fait incontestable et constant lorsque l’organisme est placé dans certaines conditions; -J° que les effets mécanico-irritalifs des remèdes sont réellement en raison inverse des effets dynamiques ; 5° que l’augraenlation de l’urine est due à l'action dynamique de la cantharide sur le cœur; G0 que la chaleur dans l’urètre , la douleur dans la vessie et dans les reins , sont dues au contraire à l’action mécanico- irritative de la même substance. Ce qui prouve ces deux dernières conclusions , c’est que les envies d’uriner paraissent bien avant les autres symptômes d'irritation, et que les symptômes d’irritation sont en raison inverse de la sécrétion urinaire. Effectivement, plus on augmente les urines à l'aide de boissons mucilagineuses et camphrées, moins les effets irritatifs sont prononcés ; et réciproquement, en diminuant les urines, on voit augmenter les symptômes d'irritation mécanique. Ce fait a été très-évident chez les sujets des expériences cidessus. Ceux qui étaient tourmentés par une forte chaleur dans l’urètre et aux reins rendaient très-peu d’urine, bien qu’ils eussent de grandes envies infructueuses, etc. Ceux , au contraire, qui la première lois s’étaient trouvés dans les mêmes conditions , n’ont pas éprouvé le même effet dans les autres expériences, parce que nous leur avons fait prendre des boissons en abondance , et malgré qu’ils eussent pris cinq centigrammes de plus de cantharides.
Culien avait entrevu cette correspondance entre la quantité de l’urine et le degré d’irritation des voies urinaires. Il dit que celte dernière est presque nulle si l’urine est évacuée en abondance (l). Deux observations de Warloff confirment
(1) Mat. med., t. vi, p. 188.
CANTHARIDES
les faits cildessus. Dans l’une , il s’agit d’n» individu qui avait été mordu par un chien; il llir .donna chaque jour , pendant six mois , des cantharides comme moyen préservatif de la rage; le malade rendait des urines en abondance, avec quelque doqleur, il est vrai, mais non sanguinolentes. Ce symptôme cessa complètement par la continuation du remède (l). Sans cette circonstance, le malade n'aurait pas persisté dans l'usage du remède, et l’appareil urinaire lui-même en aurait éprouvé une grave atteinte.
Dans l’autre cas , il est question d’un individu qui avait une ischurie accompagnée de délire, soubresauts et fièvre; Warloff lui fit prendre cinq centigrammes à la fois (un grain) de cantharides. Après la troisième dose , l’écoulement de l’urine a reparu. Ce liquide était grumeleux et sanguinolent d’abord; ensuite il devint muqueux et s’accompagna de dysurie. Après la neuvième dose, l’urine reprit son cours avec abondance , sans douleurs, sans fièvre et sans aucun autre symptôme (2).
§ Y. Effets dans les maladies. — 3\ous allons voir que dans l’application à la pathologique, les effets des cantharides viennent confirmer les principes établis.
1° Il existe un si grand nombre d’autorités imposantes qui préconisent l’utilité des cantharides, administrées à l’intérieur contre 1 hydrophobie , qu’il est vraiment étonnant que de nos jours on n’eit parle presque pas, bien qu’on n’ait encore trouvé aucun autre remède capable de dissiper ou de diminuer cette terrible maladie. Avicenne considérait les cantharides comme un véritable spécifique contre l'hydrophobie, et il affirme qu’on n’était sûr de la guérir qu’autant qu’on faisait uriner du sang (3). Mathioli (4) , Cardan (5) et Capodi Vacca
(6), parlent du même remède dans le même sens. Il était même , dans un temps, devenu populaire, car Spielen-
(1) Opéra omriin, llann., 1776, p. 609.
(2) Oper. omn. Mann., p. 698, 1775.
(5) Opéra., lib. iv, fen. vi, tract, iv,
cap. ix. Venet., 1555.
(4) Comm. in Dioscorid. Epistoln nun- » cnpatorin.
(5) Oper., t. vit, cap. x; De venenis, p. 556.
(6) Opéra omnia, lib. vu, cap. m; Do rabio cnnina, p. 930.
berg assure que les Hongrois regardaient la cantharide comme le remède par excellence contre l’hydrophobie canine.
Ils prenaient jusqu’à dix cantharides à la fois, pulvérisées , et buvaient copieusement par-dessus; ils déterminaient, de la sorte , d’abondantes transpirations et des urines en quantité, et se délivraient de la maladie(l). Dans les voisinages de Bologne, était aussi autrefois en vogue un secret contre l’hydrophobie, qui produisait, à ce qu’il paraît, des effets réellement salutaires (2), et qui , au dire de Van-Sxviéten , devait contenir beaucoup de cantharides (3). En Sicile, le même remède est encore usité, et le peuple croit qu’il guérit de la rage en faisant rendre par l’urètre des petits chiens, à ce que dit Bononi (4), et qui ne sont, en réalité, que des caillots de sang. Un paysan de la Brcslavie, nommé Reimann, exploitait avec succès un remède secret contre l’hydrophobie, et qui renfermait beaucoup de cantharides (5). Kramer donne les cantharides avec le vinaigre concentré , comme un spécifique contre cette maladie , et il assure avoir vu guérir plusieurs malades chez lesquels l’hydrophobie s’était déjà déclarée (6). Werloff aussi paraît avoir confiance dans ce remède, et le prescrit dan» tous les cas d’hydrophobie (7). Il a élé suivi dans cette pratique par Wiclimann (8), Bucholz, Aepli, Vogel (9), Rush, Rust (10), Bridsley (1 1), Hildreth. Ce dernier prétend avoir guéri un cas d’hydrophobie déjà déclarée (12). Rust assure quepen-
(1) Ephemer. natur. curios. , dec. i, ann. 1, obs. 155.
(2) Albertinus, Institut. Bononiens, t.
(5) Commentai-., t. m, p. 578.
(4) Museo di fisica, osserv. 21 ; llenzel,Disser(. de cantliar. calcul, atterend. virtud., p. 18.
(5) Brcslauer, Samml., 1723,januar, art. 15.
(6) Commcrc. norioum , an. 1755.
Ilebd. xi, p. 83.
(7) Opéra omnia. Hann., 1775, p. 699.
(8) De insigni venenor. quor. vit. ined., etc. Gott.,1762.
(9) Klcinc, Akad. Schrift., n. 5.
(10) Magaz. fur die Gcsammt. Heilk., 1 Bd. Hefl., 1816, p. 144.
(11) Lond. med. and phys. journ.
sept., 1807.
(12) New-Yorck , Med. repository; Salzb., Med. chic. Zcit., 1825, n. 19, p. *11.
CANTHA RIDEJ .
daut dix-lmit ans U a employé avec avantage ce remède comme préservatif de celle maladie; aucun malade ne mourut , et il dit en avoir même guéri un qui présentait déjà tous les symptômes de l’hydrophobie. Arler eut pendant trente ans , dans l’hôpital de Vienne , le service des hydrophobes , il en traita par conséquent un très-grand nombre; il certifie que les cantharides données avec le tartre émétique ne lui ont jamais fait faute. Dans trois cas , il les ordonna à forle dose , il obtint une guérison complète , quoique le paroxisme fût déjà déclaré (1).
Si ces laits sont exacts, nous nous demandons si aucun autre remède , à l’excèption de la saignée abondante , louée par plusieurs auteurs, peut compter autant de cas de guérisons d'hydrophobie , et si on a eu raison de l’oublier complètement de nos jours contre une affection si formidable. Il est remarquable que la plupart des auteurs ci-dessus ont tellement été étonnés des doses énormes de cantharides que les malades ont supportées qu’ils se demandent si les insectes employés par eux étaient aussi actifs que la cantharide ordinaire , ou bien si les malades auxquels ils ont eu affaire n’avaient pas une constitution particulière, comme les Hongrois dont parle Spielgerg. Ces remarques hypotétiques sont portées au point par quelques-uns d'entre eux, que, malgré les succès qu’ils ont obtenus, ilsdéconseillenl les praliciensde suivre leur exemple. Il est probable que ce sont ces conseils et les doses trop faibles qu’on a employées depuis qui ont fait tomber dans le discrédit ce remède dans le traitement de l’hydrophobie. — Il est clair pour nous, d'après les faits ci-dessus, que généralement les médecins se sont laissé intimider par les effets irritatifs de la cantharide sur les reins. Ces effets sont plutôt incommodes que graves. Bien que cette irritation puisse donner lieu à la sécrétion d’une urine sanguinolente, ce symptôme n’a rien d’effrayant, et le résultat définitif contre l’bydrophobie est plutôt heureux. Il est aussi évident pour nous, d’après ces mêmes faits, (jue la cantharide jouit d’une vertu hyposlhénisante incontestable, puisqu'elle guérit l’hydrophobic ; or, celle maladie
(1) Beobachl. und Abhand. ans d. gebieiti. d. ges. prakt. lleilkunl u. septer. Aerztc, 1819, 1 Bd., p. 14G.
est évidemment de nature hypmlhénique , puisqu’au dire de Boerhaave et d'autres auteurs , elle n’avait pu être guérie qu’à l’aide de saignées abondantes. Pour nous, toute maladie grave qui guérit par les saignées ne peut être certainement que de nature phlogistique. L’analyse des symptômes, d’ailleurs, et les autopsies cadavériques des hydrophobes, mettent hors de doute son caractère phlogistique , bien que le fond véritable de la maladie soit spécifique, à cause de la présence du virus rabide qui a pénétré dans le sang , et qui a donné lieu à l’artérile et à la méningite, qui paraissent en constituer la condition pathologique.
2° Quelles que soient les doctrines cliniques des anciens sur la cantharide, il est certain qu’ils en obtenaient d’excellents effets contre l'hydropisic, même très avancée. Hippocrate prescrivait trois cantharides privées de leur tête, pieds et ailes, en trois verres d’eau, aux malades atteints d’anasarque (I). Dioscoride (2), Rhasis (3) , Capo di Vacca (4), Schmidt (5), Valeno de 'Parente (G), rapportent plusieurs guérisons de cette maladie à l’aide du même moyen. Scullel
(7), Férinano Epifanio (8) et Geijer (9), P. Selvatico, administraient dans le même but des canlharides entières ou pulvérisées, mêlées à de la poudre de rue ou au sel d’absinthe (l 0) ; ils en vantaient beaucoup les effets. Un auteur qui a le plus accrédité l’usage des canlharides contre l’hydropisic, est Groencwelt. 11 en ordonnait un demi-gramme (neuf grains} mêlés à de la mie de pain , et divisés en trois pilules. Deux heures après, il faisait prendre six décagrjmmes (demi-scrupule) de camphre (l l). Hoffmann ne prescrivait la cantharide qu’en la combinant au camphre et au ni-
(t) De victus ratioue in aculis, secl. îv, edit. Fœjii, p. 40G.
(2) Cit. loc, n, c. lxv, p. 102.
(3) Division, lib. xli.
(4) Praxeos, 1- ni, cap. xix, p. 73G.
(5) Spenel chirurg., I. iv, p. 829.
(G} Trinius, De venenis, p. 109.
(7j Ephcin. nal. curios., an. 5 cl G, obs. 148.
(8) ilist. med. 58. p. 11.
(9) Tract, de canthar. S. N., c. in,
(10) Consil. med., cent, ni, cap. xxxii. De hydropc.
(11) Lib, cit., p. 110, 112, 134.
CANTHARIDES. 155
tre pour empêcher l'inflammation (1).
Graiuger imitait cet exemple toutes tes fois que les autres remèdes ne provoquaient point les urines (2). Alix traita avec succès, à l’aide des cantharides, un cas d’anasarque qui avait été rebelle à beaucoup d’autres remèdes (3) ; de Fox, un hydrothorax , en les mêlant avec l’huile d’amandes (4); Fode (5) et Chalmers , différentes espèces d’hydropisies.
Ce dernier rapporte le cas d'un mulâtre affecté d’anasarque très - grave , auquel il avait prescrit six bols de trois décagrammes de cantharides (six grains) et deux grammes de camphre (demi-gros), à prendre un toutes les deux heures.
Après la quatrième prise , le malade urina prodigieusement pendant la nuit , et le lendemain il était tout-à-fait désenflé. Sa maigreur contrastait singulièrement avec le gonflement delà veille; il guérit complètement (G). Nous pourrions ajouter un grand nombre d’autres faits relatifs à des hydropisies guéries à l’aide des cantharides. On en trouve dans les travaux de Bucholz (7), de Bisbone (8) , de Farr (9), de Sachlleber (10), de llargen (11) et d’une foule d’autres.
Bien que dans la rédaction de cet ouvrage nous ayons adopté de ne citer les faits de notre pratique particulière que dans les seuls cas où les faits des grandes autorités nous manquaient , nous nous permettrons cette fois de citer brièvement l’histoire d’une femme affectée d’une artéro-périlonile lente, et qui a été traitée à notre clinique. A son entrée , elle offrait des symptômes graves d'hématémèse , accompagnés de douleurs d'entrailles, utérines et de vessie. Les remèdes qu on avait employés n’avaient pu empêcher 1 effusion séreuse dans le
(t ) Med. syst., t. n, P. n, Cap. vin, §6.
(2) Ilislor febr. anomal. Batavæ, an.
\1W. K.dinb., 1753, p. 130.
(3) Obs. chirurg., fasc. i, obs. 8, p. 37.
(4) Journ. de méd., par Leroux, vol.
xi.ii, p. 32G.
(5) Medic. chirurg. bibliothec, 7 Bd., p. A 99.
(G) On accountof lhe discases of south. Carolina, vol. n, p. no.
(7) Rosenstein, Kindcrkrank., p. 562.
(8) Sam ml. auscrl. abhand. , etc., 1 Ed., 2 si., p. 133.
(9) Ivi., 14 Bd., p. £64.
m Klinik. der Wassersuclit., p. 259.
(H) llufeland’s Journ,, etc., 8 BJ„ 1
péritoine; l’ascite était manifeste , les douleurs abdominales et les phénomènes vasculaires très-prononcés. Nous avons essayé la cantharidine à la dose d’un centigramme la première fois ( un huitième de grain ), à prendre dans le courant de la journée, en quatre pilules. Le lendemain , nous en avons prescrit trois huitièmes de grain; des douleurs à la vessie se firent sentir, et l’urine diminua. La même dose fut répétée le jour après; les douleurs diminuèrent et les urines coulèrent abondamment. Le quatrième jour, les douleurs reparurent , mais sans diminution des urines. Nous sommes revenus à la dose primitive, et nous y avons ajouté un gramme et un tiers de camphre (un scrupule). Les douleurs ayant continué , on a suspendu l’usage du remède. Les urines continuèrent à couler copieusement d’un rouge sanguinolent ; mais les douleurs , bien que diminuées , durèrent encore deux autres jours. Aujourd’hui , au moment où j’écris culte observation (27 mai), quatrième jour de la suspension du remède, lus douleurs sont entièrement dissipées , les urines continuent à être abondantes et sédimenteuses, l’abdomen est revenu à son état nalurel. De cette épreuve imparfaite , nous n’oseridns tirer aucune conséquence; nous l’avons seulement rapportée afin que le lecteur puisse voir quelle c.-,t l’activité de la cantharidine, et combien de prudence il faut dans son administration. En attendant, nous déduirons dus faits déjà exposés, que dans les hydropisies, les cantharides peuvent être utiles lorsque les autres moyens ont été inefficaces. Nous ne nous arrêterons pas à examiner si cela prouve ou non leur action hyposthénisante cardiaque, puisque l’hydropisie en général est une maladie hypersthénique , ainsi que le démontra Je premier en Italie Geromini (l), et que les médecins anglais, américains cl français confirmèrent depuis. Nous reviendrons sur ce sujet.
3° L’aménorrhée, ou rétention des règles, était traitée par Hippocrate à l’aide des cantharides à l’intérieur et à l’extérieur. Il en parle dans plusieurs endroits de scs œuvres (2). Mercuriale nous ap-
(1) Saggio sulla genest e cura dell’ sdrope. Cremona, 1816.
(2) Do superfetatione, p. 2GG; De ru or-
bis mulicrurn, I. i, p. 620-24-25 -32-34, cl lib. n, i). 653; Du îratur, muliebr., p.’ 570. 1 2 3 4 5 * 7 8 9
CANTHARIDES
prend que Galien, pour rétablir l’écou- Grocnwell en rapporlent également. Le
lement menstruel , prescrivait cin j cantharides (I). Weleh en fit usage contre la suppression des lochies, et plusieurs autres pour lia 1er l’expulsion du placenta
(2). Zacutus Lusitanus, cependant, n’approuve pas cette pratique (3). Enfin, d'après le témoignage de Boccone et Schroeder, les cantharides jouissent d’une fâcheuse réputation comme moyen abortif.
Lorsque nous aurons à parler des préparations martiales et du seigle ergoté, nous reviendrons sur l’aménorrhée et les cas où il faut hâter l’accouchement ; nous ferons voir que ces phénomènes morbides, pouvant céder à l’action des cantharides, confirment de plus eu plus leur action hyposthénisante.
4° Que si les anciens ont trouvé quelque indication pour prescrire les cantharides dans des maladies inflammatoires ou irritatives des reins et de la vessie, ce n’est pas dans l’idée de s’opposer à la phlogose ou à l’irritation , mais bien pour favoriser la sécrétion des urines , ou pour exciter la vessie paralysée ; il n’est pas moins vrai que le plus souvent il y avait un état de phlogose. Que la paralysie de la vessie puisse donner lieu à l’incontinence d’urine, c’est probable, mais jamais à la rétention ; car le spasme sera toujours l’effet d’une force augmentée : les douleurs de ventre très -vives et la lièvre qui les accompagne en sont d’ailleurs une preuve évidente. C'est ainsi que Guldenkle parvint à guérir une ischurie opiniâtre avec trois doses de cantharides (4). Le cas de même espèce dont parle Bollonio (5), celui rapporté par Ridlis, se rattachent au même principe. Ce dernier ayant donné par erreur deux grammes de cantharides (demi-gros) en une seule fois, apaisa leurs effets alarmants à l’aide de l’huile d’amandes douces , et 1a femme guérit (G). Le cas de Van-Helmont, dans lequel il est question d’une ischurie chez un marchand , laquelle durait depuis huit jours, et dont il était presque mourant, a été guéri (7). Zacutus Lusitanus (8) , Guarinoni (9) et
(1) Triccius, De venenis, p. 167.
(2) Trans. philos., t. v, P. i, p. 405.
(3) Prax. liislor., 1. in, cap. xix.
(4) Cas. med., 1. iv, cap. x, obs. 15.
(5) Opcr., lib. i, conl. 52.
(G) Lin. med., obs.
(7) Tract, de lilhiagi, cap. v, § 17.
(8) Op. cit.
(9) Libr. citât., p. 119.
cas de ce dernier est relatif à un jeune homme chez qui l’urine était arrêtée depuis treize jours , et qui éprouvait déjà un commencement de léthargie ( 1 ).
Weslhoff cite un cas d’ischurie très-grave accompagnée de fièvre, météorisme, et qui céda aux cantharides données à la dose de cinq centigrammes (un grain) toutes les quatre heures; après la troisième dose les urines commencèrent à couler; elles étaient d’abord sanguinolentes et grumeleuses et rendues avec difficulté; on persista dans l’administration du remède; à la neuvième dose, les urines coulèrent claires et abondantes; les douleurs, la fièvre et tous les autres symptômes disparurent (2). Des faits semblables sont rapportés par Glossio (3) , par Young (4), par Huxham (5), par Monro (G) et par d’autres. L’hématurie même a été traitée par les anciens avec succès à l’aide des cantharides (7). Ce qui plus est, les cantharides ont été recommandées pour la cicatrisation des ulcères dans les reins et dans la vessie par Groenwelt , et il rapporte un as-ez grand nombre d’observations qui comfirment leurs bons effets dans cette maladie (S). Contre la pierre vésicale la cantharide eut aussi ses partisans; sans admettre que ce moyen puisse jamais guérir la pierre , nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que par son action on a quelquefois provoqué l’expulsion de quelques graviers et calmé les douleurs inflammatoires provenant de l’action irritante des calculs, ainsi que cela a lieu également par l’administration des fleurs et feuilles de pêcher. Le fameux remède lilholripliquc , préparé avec les cantharides par Tulpius et décrit par Homberg, dans les Mémoires de l’Académie des sciences (9), ne devait
(t) Opéra mcdic., edit. di Wichmann, p. 698.
(2) Opcr. citât.
(5) De nova variolas curandi methodo, p. 24.
(4) Transact. philosoph., n. 280.
(5) Op. physic-. med., t. m, p. 124.
(6) On account on the diseases in t.
British. ruilil. hospital in German. London, 1764, p. 227, 233.
(7) Diction, raisonné universel de mal.
ined., t. n* p. 225.
(8) Lib. cit. Præfalio, p. 3.
(9) Act., 1709, p. 430.
agir que île celle manière. On peut en dire autant de l’élçctuaire d’André Galle , donl la formule se trouve dans Cratone (i). Ce n’est certainement que par celle vertu anti-pblogistique des cantharides que Lister parvint à guérir un malade de souffrances atroces dues à la présence de petits graviers dans l’appareil urinaire; ce malade était presque mourant (2). C’est aussi d’après cette donnée que Markane (3), Stanzel (4), Konig (5) et Harder (6) recommandent les cantharides dans les maux des reins et contre la disposition à la pierre.
Quoique ces exemples ne semblent pas suffisants à quelques praticiens pour les déterminer à prescrire les cantharides dans les maladies inflammatoires des voies urinaires, craignant justement que par son stimulus mécanique ce remède n’augmente plutôt la phlogose, on doit pourtant convenir que ce stimulus mécanique est de peu d’importance eu égard aux effets dynamiques, byposlhénisanls et salutaires qui s’ensuivent.
5° Autrefois on a vendu les cantharides comme un spécifique contre la gonorrhée. Cullen en parle dans sa Matière médicale (7). Thomas Barlholin assure avoir guéri , par ce moyen , des gonorrhées virulentes (8). Des guérisons pareilles ont été obtenues par Lister (9) , par Hermann (10), par Boccone(l I), par Groenxvelt (I 2), par Méad (13), par Werllioff(l4) et par d’autres. Plusieurs praticiens font usage de la cantharide appliquée extérieurement sous forme d’emplàtre vésicatoire, au périnée, dans le traitement de la gonorrhée ; Altcnhofer(lô)
(1) Cons. med. xvm, lih. iv, p. 133.
f2) Exercilal. rnedec. Anislelod. , 1698, p. 137 et 143.
(3) Observ. med. chir. , p. 34.
(4) Diss. de caiHh. in calcul, aller.
Virl. Viteb., 1741.
(5) Rrankeit. der Nievcn, p. 73.
(0) Vermischle abhand. aus. d. Gcb.
d. Neilk., 1830, n. 14.
(7) Leclur. on the mat. med., p. 318.
(8) Epist. medic., cenl. iv, epist. 53.
(9; F.xcrcit. med., p. 83.
(10) Cynosura, Mat. med., p. 56.
(H) Mus.di lisica, cil. oss. 23.
(12) Op. cil.
(15) Moniu cl præcept. medic. Lips., 1759, p. 143.
(14) Op., p. G99.
(15) Russich, Samml. f. nalur. Wis-
sensçh. u. lleilk., 1 Bd., l. Heft., 1615.
et Malenfant (1) sont de ce nombre. La leucorrhée a été traitée également avec succès, à l’aide des cantharides, par 1\ o— berton et par Clark (2). Nous ne ferons pour le moment aucune observation sur cts maladies, nous en parlerons lorsque nous prouverons que leur caractère phlogistique vient à l’appui de l’action hyposthénisante des cantharides.
C° Méad fit voir qu’il n’y a pas de remède plus apte à guérir la lèpre des Arabes, et l’éléphanliasis des Grecs, que les cantharides (3). Brybane s’est assuré aussi que dans plusieurs maladies de la peau de fortes doses de cantharides ont été prescrites dans ces cas avec succès ( 4 ). Dans ces mêmes maladies et dans les ulcères malins les ont employées avec avantage : Thilesius (5), Kair (6), Sirnons (7), Home (8) et Biett (9).
7° Les cantharides ont été trouvées fort avantageuses dans lg traitement du typhus et des fièvres dites malignes. Ettmuller (10), Reil (1 1), John (12), rapportent des exemples de ce cas. Ce dernier se trouva fortbien en associant la cantharide au calomel et au camphre. Nous ne dirons rien du tétanos contre lequel elles furent prescrites utilement par Mease Sheftall et S. Brown (i 3) ; ni de l’épilepsie, traitée également avec avantage à l’aide des cantharides par Zacutus Lusitanus (i 4), Menerial (î 5), Johnson (1 G),
(1) Arch. génér. de méd. Juillet, 1827.
(2) Beobaclit. ü. d. krank. cl. Weib.
2 Bd., p. 55.
(3) Opéra, t. n, p. 19; Lewis, An exper. hislory of the mat. med., p. 173.
(4) Select cases in the practice of medic. London, 1772, p. 14.
(5) Ueb. d. flect. IlaulauSchl. Leips., 1802. 1 11
(6) Voigtel’s armeinn., 2 Bd., 2 abt..
(7) Med. Comment.
(8) Klinisch. versueh., p. 471.
(9) Gazelle médicale de Paris. Juillet, août 1830, n. 53.
(10) llorn’s , Arch. f. med. Erfahr. , 1804, 6 Bd., p. 401.
(11) Fieberlelire, 1 Bd., p. 618.
(12) Mat. med., 1 Bd., p. 500.
(13) American reposilory, t. iv ; Journ. général de médecine, août 1808, vol. xv.
(14) Prax. admirandæ, lib. î, obs. 35.
(15) Lib.i. De morbis puerorum, c. m.
(16) Il istory and metli. of cure of tho varions species of epilcpsie by T. Cooke. Lond., 1823.
158 CANTHARIDES
Core (l) et autres. Barton dit avoir guéri la toux convulsive avec les cantharides (2). Letlsom obtint les mômes effets contre cette maladie , même lorsqu’il y avait une fièvre intense (3 ). Miller, qui d’abord était contraire à l’usage des cantharides , après en avoir constaté les effets salutaires contre l’épilepsie et le tétanos, les adopta avec chaleur (4). Elles furent également adoptées contre les mômes affections par Ilillary (5), Armstrong ((!), Chalmers (7), Ekel, Eckslrom (8), Hufeland (D). Nous ne nous arrêterons pas à démontrer la condition pathologique de ces affections, ayant déjà parlé de leur nature hypersthémque.
8° Pour convaincre tout-à-rait les personnes qui ne sauraient encore admettre l’action hyposthénisante des cantharides, nous croyons devoir rapporter de nouveaux faits dont la valeur ne sera contestée par personne. Je veux parler des inflammations les mieux caractérisées et les plus violentes, contre lesquelles, depuis long-temps en Italie, on a administré intérieurement et avec succès les cantharides. — Toli , médecin de Voltarra, a expérimenté l’efficacité des cantharides dans les engorgements des viscères abdominaux , dans l’ischurie, dans l’aménorrhée. 11 les prescrivit également en pilules à la dose de cinq centigrammes (un grain) avec du spermaceli et la conserve de violette, à un péripneumonique auquel il avait pratiqué le jour avant une saignée, mais qui continuait à présenter tous les symptômes caractéristiques de celle maladie , avec expectoration sanguinolente. En continuant l’usage de ce remède, le quatrième jour le pouls
(1) Samml. auserl. Abhand., etc., 22 Bd., p. 24C.
(2) Appendix to bis treatise on lhe non nalurals cir.
(5) Medicisch. nachreikt., p. 218.
(4) On theastbma and Ilorping cough., p. 152.
(5) Observ. on the diseases of Barbadoes. Lond., 17GG, p. 45.
(G) On account on the dis. most. incident to childen , etc. London, 1776, p.
(7) On account on lhe wenther and diseases, etc. London, 177G, vol. n, p. 1G2.
(8) Bust, Und casper repert., 21 Bd., p. 2G9.
(9) Journ., etc., 4 Bd., p. G45; 15 Bd., 3 «(., p. 102.
avait baissé, bien que le crachement fût encore sanguinolent ; le cinquième jour les crachats étaient blanchâtres, et la chaleur avait diminué avec tous les autres symptômes. Au neuvième jour le malade était convalescent ; sa guérison a été bientôt complète. Le môme praticien obtint un semblable succès dans ua autre cas de pneumonie fort grave. Il assure avoir employé avec un égal résultat la même méditation chez plusieurs autres malades (l). Toli tenait beaucoup à la pathologie humorale : aussi croyait-il que les cantharides avaient la faculté de dissoudre le sang et d’empêcher la formation de la couenne inflammatoire. C’était dans ce but qu’il administra ce remède à l’intérieur. Il n’en est pas moins vrai, cependant, que ces faits parlent en faveur de l’action hyposthénisante de la cantharide. Le professeur Borda, qui était d’abord pour cette même doctrine humorale, mieux éclairé par la théorie rasorienne, ne tarda pas à se convaincre que les cantharides étaient douées d’une action contre-stimulante , et il les donna comme tcllesà un jeune homme atteint de péripneumonie à la dose d’un centigramme en pilules, en l’augmentant graduellement jusqu’à ce que la respiration devînt libre, le pouls lent et mou ; alors le malade est entré en convalescence et sa guérison a été assurée. Depuis plusieurs années le docteur G. Larber, de Bassano, avait entrepris, conjointement avec un autre médecin son ami , des expériences sur la cantharide. Convaincus de son action contre-stimulante, ils la prescrivirent par la bouche dans presque toutes les inflammations indistinctement, y compris les affections exanthématiques, les hémorrhagies actives, etc. Les résultats ont été heureux. « Le simple résultat , » dit-il (2), est clair comme le jour, soit » d’après mes observations, soit d’après » celles de mon collègue. Lescanlharides » ont une action tellement anti-phlogis- « tique, contre stimulante, qu’elles peu- » vent fort bien remplacer, dans les in- » flammalions les plus graves, les saignées « locales et générales. L’abaissement su-
(1) L’efficacia délie cantaridi, nuov.
sperim. per l’uso interno saggio med.
prat., etc. Pisa, 1793. Nuovo giornalo dellapiù recenleletter. d’Europa, vol. îv. Milano, 1798, p. 3Gi.
(2) Lettres particulières qui m'ont été
adressées le 15 mars et le 11 avril 1854,
CANTÏIAK1DES.
» bit du pouls dans sa force, sa fréuquence, sa dureté, en est le premier i> résultat; elles aident l’expectoration » qui prend un caractère critique; une » fièvrequ’on aurait prise hier pour très- ■ grave , à en juger par la fréquence du » pouls, par l’augmentation de la cha- » leur, par la soif ardente , par la forte » céphalalgie, ne l'est plus aujourd'hui ; » grâce aux cantharides, la fièvre est lel- » lement abaissée qu’on dirait le malade » apyrétique... L’action de ces insectes, w chimique ou caustique, exige des bois- » sons mucilagineuses pour la tempérer; » si on néglige celte précaution , on « éprouve des tourments assez vifs dans » tout l’appareil urinaire, et quelquefois » aussi dans l'appareil gastrique; il faut » dire pourtant que celte action locale, » que l'imprudence de quelque praticien » pourrait déterminer, ne donne jamais » lieu à des conséquences bien fâcheu- » scs.. . »
Dernièrement nous avons traité dans notre clinique, avec les cantharides, une pleurésie. En voici les détails en quelques mots. — Franceschini , de Padoue, ouvrier, âgé de 56 ans, tempérament robuste et sanguin , était sujet à des attaques pleurétiques dont il avait été guéri à l’aide d’émissions sanguines répétées et abondantes. Le 15 mai 1 834, il entra à l’hôpital atteint d’une nouvelle pleurésie très-intense. On lui tira trente-six décagrammes (douze onces) de sang, et on lui administra un purgatif. Le 17, il fut reçu à noire clinique, se plaignant d’une douleur de côté aiguë, de toux, de respiration gênée, haletante; fièvre intense. On lui prescrit deux décigrammes (quatre grains) de cantharides, en douze pilules, combinées avec des amandes douces , et des boissons abondantes d’émulsion des mêmes amandes. Le soir , le pouls était moins fort et moins fréquent; il y avait déjà quelque soulagement. Le 18, sueurs douces pendant la nuit; urines rares, mais sans cuisson; pouls moins fréquent. On répète la même dose de cantharides. Le soir, diminulion de la douleur ; il peut se coucher sur le côté malade; toux moins gênante et beaucoup moins fréquente, pouls plus mou ; urines en petite quantité , mais sans gêne; ténesme léger avec cuisson vive à lanus. Le 19, sueurs copieuses pendant la nuit; urines rares avec douleurs aiguës à l’hypogaslre etdésircontinuel d’uriner. Lesdouleurs à la poitrine sont apaiïees ; pouls à soixante-quatre pulsations
par minute. On prescrit le même remède. Le soir les douleurs à l'hypogaslre persistent. Celle de côté est presque complètement dissipée ; toux rare ; expectoration facile. Le 20, sueur comme dans la nuit précédente; pouls à soixante-deux. Le malade ne se plaint plus que de quelque gêne en urinant. On administre les cantharides à la dose de trois décigrammes (six grains). Le soir, exacerbation fébrile très-légère; urines abondantes ; douleurs hypogaslriques diminuées. Le 21, nuit tranquille; expectoration de bonne nature; douleur à peine sensible durant les secousses de la toux. On répète les cantharides , auxquelles on ajoute douze décigrammes de camphre (un scrupule). Le soir, urines toujours abondantes, légère cuisson dans l’urètre; pouls lent; les phénomènes pleurétiques sont entièrement dissipés : constipation ; lavement émollient. Le 22, la cuisson dans l’urètre persiste; pouls lent. On n’administre que le camphre seulement. Le 23, le malade se sentant mieux demande à se laver et à manger. Le 25 , il quitta la clinique en parfaite sanlé. Nous n’ajou-" terons aucune réflexion à la suite de ce fait ni des autres dont nous venons de parler. Le lecteur les appréciera de luimême.
9°, Il nous reste à dire quelque chose sur l’usage extérieur des cantharides sous forme d’emplâtre vésicant. Si nous voulions nommer ici toutes les maladies confie lesquelles les cantharides, sous forme de vésicant, ont élé employées avec avantage, nous n’en finirions pas. Il convient plutôt d’examiner les principes d’après lesquels on a été conduit à prescrire ou à condamner les vésicatoires.
Nous abordons ce sujet avec une certaine réserve, car ne pouvant pas être d’accord avec un grand nombre de praticiens, nous nous contenterons d’exposer notre façon de penser cl de laisser à chacun la liberté de son propre jugement.
— J 'affirme, premièrement, queles praticiens en général ont eu tort d’attribuer à l’antagonisme nerveux, à la révulsion , a la contre-irritation, les eiTels avantageux qu ils obtenaient de l’application des vésicatoires cantharides. Ces effets sont dus, selon nous , à l’absorption de quelques parcelles de lu cantharide et à la perle de la sérosité de la cloche qu’elle renferme. La doctrine de la révulsion qui admet le déplacement de l’inflammation d’un lieu à un autre, sent un peu trop cette pathologie qui faisait de
cantharides.
chaque maladie une entité spéciale de la libre et des tissus vivants. Le rappel à la peau des humeurs engorgées dans la plèvre, par exemple, ne peut se faire que par l’intermédiaire des veines elducœur, car il n’y a pas d’autre voie de communication vasculaire directe entre la plèvre et la peau. S’il y a du feu dans le corps, en y ajoutant d'autre feu on ne fait qu’augmenter son intensité; car les tissus organiques ont un rapport réciproque d’action, l’un communique à l’autre une partie de ses propres souffrances. On pourrait nous répondre que quelquefois la nature ne se défait d’une maladie interne qu’en produisant une affection externe , et que des deux douleurs la plus forte apaise l'autre. Il me serait facile de répondre à ces objections; je me contenterai seulement de faire remarquer que les vésicatoires appliqués avec l’eau bouillante ou le marteau trempé dans ce liquide ne produisent aucunement l’effet qu'on obtient par l’emplâtre cantharidé; ce fait ne peut s’expliquer que par la résorption du médicament dans le dernier cas.Ajoutonsque le vésicatoirecantharidé ne produit point une véritable inflammation, ainsi que nous l’avons démontré. La légère irritation locale que ce vésicatoire occasionne est de beaucoup surpassée pur l’effet hyposthénisant que la cantharide résorbée produit. Tous les effets des vésicatoires pouvant s’expliquer aisément d’après ce principe conforme à l’observation , il est inutile d’avoir recours au mystère de la révulsion.
Les médecins ont observé que certaines douleurs de tète, des névralgies, des ophthalmies pouvaient être dissipées à l’aide de vésicatoires appliqués, selon les uns, très-près, selon les autres, loin du lieu affecté. On prétend que ce résultat lient à la dérivation ou au déplacement de la condition morbide. Mais s’il en était ainsi, pourquoi en irritant ou stimulant l’estomac avec un verre d’alcool, par exemple, bien loin d’attirer vers lui l’enflure de la conjonctive, ou l’afflux de sang de la tête, l’opluhalmie et la douleur augmentent-elles?Ce fait est trop vulgaire chez nous pourqu'il puisse se trouver des personnes qui le mettent en doute; laissons à d’autres la croyance d’avoir guéri des phlogoses pulmonaires en établissant, par le moyen du tartre stibié, une inflammation dans l’estomac!
Que si de l’estomac le feu hypcrslhénique s'étend à toutes les parties du corps, par quelle raison , une fois allumé à la
peau , ne se téparidrait-ii pas également ailleurs? Pourquoi n’obtient - on pas le même effet en produisant une ampoule, ou une rougeur, avec d'autres moyens qui ne peuvent être absorbés, tels que le fer rouge? Pourquoi, malgré la crainte qu’on a généralement des effets des cantharides sur les voies urinaires , les autres moyens vésicants ont-ils toujourscédé la place aux cantharides? Pourquoi le demi-vcsicatoire, imaginé par Carli le, de la plaque métallique plongée dans l’eau bouillante , qui jouit de l’avantage d'exclure les cantharides et de produire à l’instant la rougeur et l'ampoule, n’estil pas adopté par les praliciens (l)? La raison en est que l’utilité du vésicatoire résulte seulement de la portion résorbée delà cantharide, laquelle anéantit l’engorgement sanguin et la douleur occasionnée par la maladie. Cela est si vrai, que, si cette action ne suffit pas, ou que l’engorgement soit déjà trop avancé pour être dissipé, si on irrite de nouveau le lieu où on avait placé le vésicatoire , l’affection augmente au lieu de diminuer; c’est ce qu’on observe tous les jours dans la pratique ophthalmologique, dans le traitement des céphalalgies, de l’ischiatique, des névralgies, et dans les douleurs nerveuses proprement dites, aflèctions dépendantes généralement d’un engorgement vasculaire. Sous ce point de vue même, les praticiens pour dévier la douleur, l’inflammation, ou les humeurs, appliquent les vésicatoires dans les phlogoses locales, notamment dans les phlogoses pulmonaires, mais seulement après que l’état aigu a été dissipé à l’aide des anti-phlogistiques énergiques. Nous ferons observer que même dans les phlogoses les plus aiguës, et dès leur début, les vésicatoires peuvent être employés avantageusement sans crainte d'augmen- 1er l’inflammation ou la fièvre. Cette crainte n’est basée que sur des idées préconçues : on croyait, en effet, que les cantharides stimulent, enflamment; et, parce qu’on voit effectivement que, par leur application au début d’une maladie, la fièvre augmente, ainsi quelle devait augmenter naturellement, on en a conclu qu’elles augmentent l’inflammation. On a de la sorte attribué à la cantharide ce qui appartenait à li marche naturellement progressive de la maladie. J avais
(I) Journal des progrès, vol. vr, 1827, p. 277.
CANTHARIDES
suivi moi-même les erreurs de cette doctrine avant de connaître la véritable action des cantharides. Pendant quinze années de pratique je n’ai pas osé. prescrire un seul vésicatoire dans les inflammations soit aiguës, soit chroniques, ni à la fin, ni au commencement de la maladie.
Actuellement que je reconnais mon erreur, je ne crains plus, dans une violente inflammation , de prescrire les cantharides , ou les vésicatoires cantharidés, malgré que le mal marche en empirant.
Il est clair que si cette condition de l’ascension de la maladie malgré les vésicatoires devait contre-indiquer l’emploi de ce médicament, on pourrait en dire autant de la saignée; car il y a bien peu d’inflammations graves qui n’augmentent point pendant les premiers jours , nonobstant les saignées répétées. Citons quelques autres faits.
Nous avons déjà dit que With (1) et Raymond (2) employaient les vésicatoires dès le commencement des inflammations et durant la période ascendante de la fièvre , et qu'ils en obtenaient le ralentissement du pouls. L’application des vésicatoires a été adoptée et recommandée dans les inflammations aiguës par Struve (3). Dans le but de bien fixer l’époque et le lieu des vésicatoires, Traites, de^Breslait , a publié trois mémoires en 1776, dans lesquels il les conseille durant le plus haut degré de l’inflammation. Ils ont été également vantés par J°uleau (4), par Double (5), par Wilhelm (6). Borsieri cite plusieurs auteurs qui louent l’application des vésicatoires dans les inflammations aiguës (7); Baglivi lui- même, qui, dans plusieurs passages de son ouvrage, se montre contraire aux vésicatoires, a été obligé de convenir, après un examen approfondi des faits qu'il
observa dans plusieurs hôpitaux, de l’utilité des vésicatoires dans les maladies aiguës de poitrine. Danslagoutte, lerhumatisme, les fièvres aiguës, si la peau est aride, les vésicatoires ont été employés avec avantage par Richter (I); dans la péritonite puerpérale par Autenrieth et parEi-
chelberg(?) . Diemerbroeck a observé cent
fois, comme il ledit, que dès la première apparition des bubons pestilentiels, les vésicatoires appliqués sur ces tumeurs les font disparaître. Withers s’est assuré que les vésicatoires sont presque (oujouis utiles dans 1 ophlhalmie, l’angine, la péripneumonie, la pleurésie, etc! (3)! On sait que le docteur Cloquet a obtenu des succès par 1 application des vésicatoires dans toute espèce d’hémorrhagie^). Withers et le docteur Mertens ont arrêté l’épistaxis et l’hémoptysie avec un vésicatoire à la nuque ou au bras (5).
Honig a guéri par le même moyen une hématurie (6) , et Pouteau une métrorrhagie (7). Presque tous les praticiens conviennent de l’utilité des vésicatoires non-seulement pour faire reparaître les exanthèmes retropulses , mais encore pour apaiser leur violence dès les premiers moments de leur apparition. Dans ces cas un large vésicatoire sur la poitrine est, d’après l’expérience d’Arthur Mntthews , d’Utl excellent secours ( 8 ). Triberti , qui a été le premier à démontrer publiquement l’action contre-stimulante des cantharides, s’était assuré expérimentalement de l’utilité des vésicatoires dans les inflammations (9). Ottaviani les prescrivait pareillement , bien que dans un point de vue très-différent (lO). Leher les faisait aussi appliquer dès le début de la maladie.
Je désirerais qu’on ne donnât pas à
(t) Cas d effefs des vésicatoires pour ralentir la vitesse du pouls dans les toux jointes à l’engorgement du poumon et à Ja fièvre, etc.
(2) Observ. sur l’elïicacilé des vésicatoires dans les inflammations de poitrine etc. Marseille, 176t.
(3) Dissert, de luto et exintio vesicator. usu in acutis. Gott., 17G8.
(/() DEuvres posthumes, t. ut, p. 353.
(5) Samml. abliand. z. Gebr., etc., 21 B., p. 390.
(6) De canthar. carutnque præp. ad usum tum mcd. lumcltir. Marb., 1810.
(7) Instit. med. pract., t. 1 ; De inflns. com., p. (i7. >enet., 1817.
Giacomini.
Dl apecielle thérapie., 0 Bd., n. 179
(2) Horn’s Archiv., 1812.
(3) Ambri, Ànnotaz. alla mem.diColla
dans le G i ornai medic. chir. di Parma’ t. ni, ’
(1) Opbresiologie, p. 39t.
i5) Abhandl. v. d. Engbrüst. Traduction italienne, p. 207.
(0) Obs. mcd. de febrib. puirid., p. 89
(7) Irak! Abhandl. iib d. Krank der Nieven, p. 72.
(8) Samml. anserl. Abhandl., etc., 22 Bd., p. 310.
f9) Froriep, Notiz., 22 Bd., 11. 4, p. 47
(10) Memor. suN’ nzion. conlrast. dô vesic. rubiif, Glor. fis. chiin. di BhJfrhatelli, 1810. 0 J
CANTHARIDES
mes paroles un sens absolu et exclusif; car il me semble déjà entendre crier que j’ignore les faits les mieux observés par tout le monde. Vous envenimez la fièvre, dira-t-on , avec les vésicatoires. Je réponds , premièrement , que je n’ai pas entendu parler des vésicatoires en général, où il n’entre pas de cantharides, ni de ceux qu'on appelle de pâte forte où la cantharide se trouve mêlée avec des substances aigres, irritantes; mon intention n’était pas non plus de parler de la manière ordinaire de les panser, en irritant les vaisseaux malpighiens, après que l’épiderme a été enlevé, et en provoquant la suppuration avec de nouvelles a pplications stimulantes ; mais j’ai entendu parler des vésicatoires volants de cantharides on de cantharidine pure, ainsi qu’on les fait chez nous: on ouvre l’ampoule pour donner issue au sérum , et on laisse en place l’épiderme. Les médecins ont généralement pour but de provoquer dans ces cas de l’irritation sur le derme; plus elle est vive, plus ils sont contents. Nous, au contraire, nous visons à rendre cette irritation la moins vive possible. Secondement, nous ne nions pas que chez quelques individus très-sensibles et délicats , et dans certaines maladies où la peau se phlogose aisément , l’irrilalion du vésicatoire, bien que fort légère, la douleur et l’impression morale ne puissent donner lieu pendant quelque temps à de la fièvre. Cela ne voudrait dire autre chose sinon que chez ces individus exceptionnels les vésicatoires sont contre-indiqués. Quel est le remède, même le plus précieux, qui n’ait ses contre-indications spéciales? On peut néanmoins être bien certain que, même dans le cas où l’action irritante est manifeste, elle est toujours trop éphémère pour s'opposer à l’action hyposthénisante consécutive.
C’est ce qui résulte des faits ci-dessus et de ceux que nous allons citer. On sait que l’etit , de Lyon, appliquait les vésicatoires uvec succès sur l’érysipèle et sur les inflammations externes. Rodamcl en confirma l’utilité (1). Pini et Tribcrti firent des expériences analogues (2). Or, si les cantharides eussent dù par leur action chimique augmenter la phlogose, elles l’auraient certainement fait dans les cas où la maladie préexistait ; ici on ne
(1) Essai pratique sur l’emploi des vésicatoires dans les inflammations.
(2) àlem. citât.
pouvait pas se prévaloir de la révulsion. Les faits mêmes mis en avant par les antagonistes des vésicatoires, pour prouver le mal qu’ils occasionnent , ne prouvent absolument rien , ou bien ils prouvent tout le contraire. Les cas de mort survenue après l’application des vésicatoires ne prouvent rien, car la mort aura il eu lieu sans cela. Mais la science possède au contraire un bien plus grand nombre de cas où le malade n’a dù son salut qu’aux vésicatoires. Je ne puis m’empêcher maintenant de dire un mot de l’audacieuse médication d’Ambroise Paré , qu’on cite souvent comme un exemple propre à effrayer les partisans des vésicatoires. — Une dame , affectée d’une dartre qui lui déformait la figure, fut guérie par Paré à l’aide de l’application d’un emplâtre de cantharides sur tout le visage. Trois ou quatre heures après, elle commença à éprouver une grande chaleur à la vessie urinaire ; la matrice s’enflamma ; le vomissement survint , et bientôt après la fièvre , l’abattement et les autres symptômes d’intoxication. Parc appliqua partout où il put le lait et les émollients. Les symptômes s’apaisèrent. La figure privée de tout son épiderme suppura abondamment, et la malade se trouva délivrée pour toujours d’une affection opiniâtre et sordide (1). Une personne de distinction était affectée d’une sciatique qui persistait depuis deux mois, et qui était tellement douloureuse qu’elle était insupportable. On a eu recours à la méthode de Cotunnio, savoir, aux vésicatoires , et pour bien s’assurer de la cessation des douleurs et de la guérison, on les multiplia. Après quelques heures les cris, les pleurs eu furent la conséquence immédiate. Survint la fièvre avec pouls dur, chaleur ardente, soif, inquiétude, céphalalgie, douleurs aux reins, ischurie. On appliqua des onguents réfrigérants, des fomentations; on administra des lavements, des boissons adoucissantes, et le malade guérit. Tadini, en décrivant les effets des cantharides sous les couleurs les plus défavorables , et se croyant assez fort d’après ces effets pour combattre victorieusement l’application des vésicatoires tant prônée dans la dissertation de Triberti , laisse pourtant échapper l’aveu suivant. « Il faut conve- » nir néanmoins que tous les tourments
(1) Lib. xx. De venenis, p. C>.
u soufferts furent compensés par la prom- » pic guérison d’une iscliiade chronique . » qui commençait a porter déjà l’émau cialion dans le membre affecté (l). » Les praticiens enfin ont une autre indication à remplir dans l’application des vésicatoires; c'est de secouer, d’éveiller par une impression forte et même pénible, soif le malade assoupi, soit une partie de son corps engourdie ou insensible. Ainsi, dans l'apoplexie, dans le typhus et dans toute espèce d’assoupissement, de coma , de léthargie, d’engourdissement dans les membres, d'insensibilité, de paralysie , on applique les vésicatoires. Une telle médication est le plus souvent avantageuse , lorsque l’engourdissement et l'inaction sont dus à une condition phlogistique, à une surexcitation, à une oppression cérébrale. Dans ces cas les vésicatoires délivrent de l’assoupissement , de l’insensibilité, de la paralysie par l’action hyposlhénisantc cardiaque que les atomes des cantharides absorbés exercent sur le dynamisme; par ce moyen on attaque le mal dans sa racine, tout comme on le ferait avec les saignées et les soustractions du calorique en appliquant de la glace sur la tète. L’explication qu’on donne communément à cette médication et le but qu’ont en vue les praticiens sont contraires a la saine philosophie, puisque dans le cas où le bras est paralysé , par exemple, qu’on veut essayer, par le moyen d’un vésicatoire, de secouer, sH’irritation qu’on produit sur la partie est assez forte, elle pourrait déterminer une contraction musculaire, tout comme le ferait une piqûre ; mais ce mouvement n’aurait aucun heureux résultat et n’exciterait pas la puissance contractile a des mouvements xolontaires. Pour cela il est indispensable d apporter remède au désordre qui existe dans l’appareil cérébro-spinal.
Ainsi, si le membre insensible peut parvenir au moyen de l’irritation mécanique à donner des signes de quelque degré de sensibilité, on n’aurait obtenu aucun succès; car, par ce moyen, on n aurait mis en action que le petit reste de sensibilité locale, tout comme on parvient a faire entendre à un sourd quelques sous en lui criant fortement près de l’oreille; mais ce n’est pas
(1) Analisi dclle propriota delle cania- , 1 "i confutaziono alla memoria del dottor Triberti, p. 37. Novura, 1810.
de la sorte qu’on parviendra à lui rendre l’ouïe. On doit en dire autant relativement à l’assoupissement et à la léthargie, qu’on prétend dissiper et vaincre avec les irritations mécaniques ; attendu que l’assoupissement et la léthargie dépendent toujours d’une condition morbide, qui a son siège ou dans l’organe cérébral, ou dans les autres organes qui influent directement sur lui; souvent cette condition consiste dans une turgescence sanguine, une compression, une phlogose. Si le praticien voulait dans ce cas dissiper l’assoupissement, sans combattre d’abord la condition morbide, il ne réussirait pas et pourrait même augmenter la maladie.
Dans la supposition que l’action mécanique ou l’impression vive et douloureuse pût éveiller ce reste de sensibilité, en délivrant pour un instant le malade de sa léthargie, quel soulagement en aurait-il si la compression, l’inflammation ou la turgescence persistaient encore ?
Serait- il peut-être moins malade à la suite de cette espèce de secousse violente qu’on aurait imprimée à son organisme? N’y aurait-il pas à craindre, dans ce cas , que la secousse artificielle augmentât le mal dans l’organe déjà affecté? Ainsi, si les vésicatoires, en pareilles circonstances , délivrent le malade de l’état d’assoupissement où il se trouve , sans qu’il retombe dans une léthargie plus complète, c’est que leur action dynamique hypostliénisanle a une tendance à mitiger l’état morbide, et nullement par le moyen d’une révulsion ou de l’antagonisme. Lorsqu’il sera question des applications mécaniques et de 1 antagonisme , nous parlerons de la naluic des assoupissements qu’on peut guérir au moyen des irritations externes.
§ VI. Appréciation de l'action du remède. L’action des cantharides , nous venons de l’indiquer, et nous sommes persuadé que nos raisonnements peuvent soutenir la discussion la plus sévère. Les laits sur lesquels nos raisonnements s’appuientsontassez nombreux assez clairs et assez irrécusables, précisément parce qu’ils sont tirés de toutes les époques de l’histoire de la science, et soutenus par ceux-là mêmes qui les ont offerts au public pour appuyer une thèse différente de la nôtre. Nous croyons avoir démontré d’une manière assez positive la valeur des propositions émises sous forme d’axiomes en tête de cet ouvranc. .
On a pu observer, néanmoins, d’après ce
CANTHAIIIDKS.
que nous avons dit sur les effets des cantharides, comme un phénomène presque constant, chez les animaux, l’abattement et la paralysie des membres abdominaux , et chez l’homme , la lassitude , ou du moins une grande faiblesse dans les membres inférieurs. On pourrait déduire de cela que les cantharides ont une action particulière sur le système musculaire et sur la moelle épinière.
Telle a été l’opinion de plusieurs écrivains, et notamment de Larber, qui avait observé en outre que l’administration des cantharides affaiblissait aussi l’énergie sexuelle. Ces effets , pourtant , sur la moelle épinière , sont bien moins sensibles et bien moins constants que ceux sur le cœur, et n’empêclieraient point que l’action de ces insectes fût considérée comme cardiaco-vasculaire. L’action des cantharides étant ainsi établie, leur indication est assez évidente dans les maladies pblogistiques. Il convient pourtant de faire précéder leur prescription de la saignée , d’après ce que nous avons déjà dit ; mais on devra être bien attentif à ne pas la répéter, à cause de sa grande puissance hyposthénisante ; et cela encore plus s’il est question de la cantharidine , dont l’énergie est énorme. Nous ne voudrions pas que le désir île la nouveauté rendit l’usage de ce remède trop commun , notamment par la bouche , car il exige un œil bien exercé dans la pratique, et de la docilité chez le malade, ce qu’on ne rencontre pas toujours. On doit placer les cantharides et la cantbaridine parmi les remèdes réservés pour les cas les plus graves qui résistent aux médications ordinaires, tels que l’hydropbobie , les arlbrites fort douloureuses , l’anasarque et les liydropisies sans complication de vice organique bien évident. Cette circonspection n’est pas nécessaire s’il s’agit de l'application externe des cantharides , et nous nous réjouissons d’être parvenus à démontrer que leur action est la même , bien que plus légère et moins dangereuse que lorsqu’on les prend à l’intérieur. Les praticiens qui seront convaincus avec nous de cette vérité, auront plus d’assurance en appliquant les cantharides , lors même qu’ils pourraient soupçonner encore une ombre d’état aigu, sans avoir à craindre leur action délétère sur l’appareil urinaire.
Néanmoins, pour obtenir d’une manière plus précise les effets désirés de l'application de ces coléoptères sur la peau, il est nécessaire d’user de certaines précautions
dont nous aurons occasion de parler par la suite.
§ VU. Action mécanique. — Nous avons déjà dit tout ce qui peut avoir rapport à l’action mécanique des cantharides. Nous savons que par elle-même elle est capable d’irriter, d’enflammer, d’écorcher et de détruire presque les tissus sur lesquels on l’applique; à moins que l’action dynamique hyposthénisante n’y succède pour la combattre, la mitiger et l’éteindre en peu de temps. L’action mécanico-chimique ne peut donner lieu à de grands dégâts , ainsi que le démontrent les faits précités ; mais elle ne laisse pourtant pas de produire des irritations incommodes qu’il serait bon d’éviter. Cela n’étant pas toujours bien facile, il y a des cas où il faut exclure entièrement l’application des cantharides : tels sont ceux des individus doués d'une exquise sensibilité. — Les douleurs des reins et de l’urètre dépendent entièrement de l’action mécanique des cantharides; mais comme nous avons appris que l’action mécanique n’a lieu que sur l’endroit même de l’application, et indépendamment de l’assimilation organique, il semblerait qu’il y a ici une contradiction dans notre doctrine, car les cantharides ne peuvent parvenir aux reins que par la voie de la circulation du saug, ou par le mélange avec ce liquide, ce qui constitue l’assimilation. L’idée cependant que nous avons donnée de l’assimilation des médicaments diffère un peu de celle-ci (Prolégomènes). — Nous avons dit que l’assimilation des remèdes est constituée par plusieurs opérations successives, lesquelles commencent par l'introduction île la substance dans la lymphe ou dans le chyle, et se terminent par la conversion de la même substance en tissu organique ; le remède parvenu là cesse d’agir, et devient indifférent à la libre. Mais toutes les parcelles de sa substance ne son t pas également assimilables. — Ces parcelles des cantharides se séparent du sang, et en sortent par l’émoncloirc des reins. Ce que nous avons dit relativement à la fonction de ces organes l’explique d’une manière assez claire. Or, le peu de cantharides qui se soustrait à l’assimilation organique, en passant par les petits tubes du parenchyme des reins , produit un effet mécanique ; et cet effet aura lieu également dans les uretères et dans la vessie , la prostate et l’urètre ; il se continue jusqu’à ce que la quantité des urines éloigne en partie cette irritation
CANTHARIDES
mécanique , qui est précisément en raison inverse avec elles, et qui diminue à mesure qu’on augmente la dose des cantharides et qu’on persévère dans leur application. Gela étant, nous allons contre un autre écueil. Les atomes des cantharides pénétrés dans le sang n’irriteront-ils pas la membrane interne des vaisseaux avant de porter atteinte aux reins et à l’urètre? A cette question, je réponds franchement que non. Les cantharides se transforment en sang en perdant leurs propriétés physico -chimiques pendant un certain temps , pour les reprendre lorsqu’elles parviennent aux reins; la même chose a lieu à l’égard des préparations mercurielles, du sel de nitre et d’autres sels, des acides, des résines et autres substances (1). Nous expliquons parla comment Rasori, en administrant le sel de nitre à hautes doses, n’en trouva aucune trace dans le sang, tandis qu’on pouvait en extraire dans les urines ; de même que Wollaston et il'Iarcet observèrent le même phénomène à l’égard de l’hydrocyanate de potasse, et Christison, ainsi que nous l’avons déjà fait observer , ne trouva point dans le sang l’acide oxalique, après l’y avoir injecté , tandis qu’il le rencontra dans l’urine. Ces faits mettent hors de doute que plusieurs substances, en entrant dans le sang, se décomposent pour se recomposer en entrant dans l’urine. Qui sait s’il n’en reste pas quelque portion dans les tissus organiques, laquelle, en bornant son action, en traversant tout le corps dans le torrent de la circulation , y détermine ses effets dynamiques particuliers? — Nous ne nous prononcerons pas d’une manière absolue sur une question aussi
(t) Cette manière d’expliquer l’action toute, spéciale ou élective des cantharides sur l'appareil urinaire nous paraît un peuarbitraire. Ne serait-ce pas icilecasde répéter , avec un ancien philosophe : Melius mi propriam confxleri ignorantiam qnum faisan lu/potheses constmere ? Si nous devions absolument donner une explication do ce phénomène , nous aimerions mieux avoir recours, avec Darwin Home et antres, à la doctrine du mouvement rétrograde des vaisseaux lymphatiques, ou mieux encore à l’endosmose et à l’exosmose, que d’admettre une métamorphose des cantharides en sang dans le torrent de la circulation, et une nouvelle transformation du sang en cantharides dans les reins. (Note d. trad.)
obscure , mais nous regarderons comme un fait réel que les cantharides absorbées et mêlées avec les fluides animaux, et notamment avec le sang, se modifient de manière à ne pouvoir plus exercer leur action mécanico-chimique , tandis qu’elles modifient pendant un certain temps le sang, de façon que le cœur et les vaisseaux restent pour ainsi dire énervés par leur action.
L’urine sanguinolente , qui bien souvent a lieu après l’action des cantharides, dépendrait-elle d’une corrosion ou ulcération dans les reins ou dans la vessie ? Je hasarderai une conjecture qui , bien que raisonnable à mes yeux , ne manquera pas de paraître paradoxale à beaucoup de personnes. — Je crois que l’urine sanguinolente dépend de l’action hyposthénisante et non de l’irritation.
J’observe, dans les descriptions que j’ai eues sous les yeux , qu’elle est ordinairement indépendante des douleurs et accompagnée au contraire de beaucoup d’urine ; nous avons déjà fait remarquer que la quantité de ce fluide est en raison inverse de l’irritation. La femme que nous avons soignée à notre clinique avec la cantharidine , et qui a si bien guéri d’une artéro-périlouite intense avec ascite , nous a présenté aussi l’urine presque sanguinolente, mais seulement après qu’on avait arrêté, depuis trois jours, l’administration du remède , après que les douleurs étaient passées, et lorsque l’urine coulait très-copieusement. Chez cette femme et dans les autres cas que nous avons examinés , le phénomène de l’ urine sanguinolente a cessé très-promptement, ainsique les autres indispositions vésicales , ce qui serait tout-à-fait impossible, ou du moins inconcevable, s’il y avait solution de continuité dans ies organes. — On sait bien d’ailleurs que cet accident serait dangereux et que l’urine ne pourrait transsuder avec toute son âcreté dans la lésion, sans lui donner un caractère grave et malin , tandis que l’action des reins, telle que nous l’avons conçue, se réduit dans le plus ou moins de contraction de leurs canaux déliés , pour arrêter ou pour laisser passer les éléments urinaires. Lorsque cette action s’accompagne d’une grande faiblesse, ces mêmes canaux perdent toute résistance, et laissent passer non-seulement les principes composants de l’urine, mais encore le sang. Cette idée explique également pourquoi les anciens ne craignaient pas, et même favorisaient l’écoulement de
CANTHARIDES
l’urine sanguinolente. Je sais bien que les toxicologues décrivent, parmi les effets des cantharides, l’ulcère des reins et de la vessie , mais je crains qu’ils ne se soient un peu trop fiés à l’analogie d’autres phénomènes morbides, et qu’ils aient décrit ces effets sans les avoir vus, de la même manière qu’ils assurent que les cantharides ont une saveur âcre et cuisante sans les avoir jamais goûtées.
— L’action mécanico-irritative des cantharides ne peut être profitable en thérapeutique. En supposant que celte action dût, sous quelque point de vue thérapeutique particulier, convenir , on pourrait la remplacer par d’autres moyens purement mécaniques, puisqu’on ne peut pas empêcher les cantharides d’exercer une action dynamique qui serait en opposition avec l’effet de 1 irritation locale. Il conviendrait plutôt, dans ce cas, d’avoir recours aux ventouses, aux scarifications, au séton , au cautère actuel et autres moyens dont nous aurons occasion de nous occuper ail'eurs.
§ VIII. Préparations cl mode d'administration.— La plus connue de toutes les préparations administrées à l’intérieur, c’est la teinture de cantharides, qu’on obtient en faisant digérer pendant trois jours trois décagrainmes de cantharides dans 18décagr. d’alcool délayé, et en filtrant le liquide. C’est une préparation , à notre avis , vicieuse , car l’alcool doit diminuer en partie l’action dynamique des cantharides , tandis qu'il accroît l’action mécanico irritative. — Au lieu de cette teinture, on peut prescrire les cantharides sous forme pilulaire, en les broyant bien avec des amandes douces et du camphre qui est leur meilleur correctif, ou bien en décoction, qu’on peut combiner à une émulsion quelconque. La cantliaridine ne peut être donnée que sous forme pilulaire, après avoir été dissoute dans un peu d’huile.
— Quelle que soit la préparation des cantharides qu’on prend par la bouche, il faut toujours avoir bien soin que le malade boive, après chaque dose, de l'émulsion d'amandes douces ou une tisane d’orge , ou tout autre liquide mucilagineux. — On possède différentes préparations pour l’usage extérieur, soit sous forme d’emplâtre, de Uniment, ou de liqueur vésicante. Plusieurs de ces préparations ne sont pas d accord avec notre manière de voir , car elles ont pour but précisément ce que nous voudrions éviter, l’irritation locale ; c’est
pour cela qu’on ajoute aux cantharides d’autres substances plus ou moins irritantes. Je voudrais aussi qu’on pût éviter autant que possible l’irritation des voies urinaires ; il paraît que l’expérience, jusqu’à présent , n’a indiqué pour cela que la térébenthine. Lorsque nous parlerons de cette substance , nous en dirons le pourquoi. Nous n’avons qu’à nous louer des vésicatoires faits avec la poudre de cantharides, de l’huile, du miel et de la farine d’amandes. La phlyctène qui en résulte est ouverte pour donner issue au sérum qu’elle renferme, et on la panse après avec du beurre. 11 n’est pas dans notre pratique de rendre vive l’irritation ; nous préférons renouveler le vésicatoire lorsqu’il y a nécessité.
Lorsqu’on veut se servir de la cantharidine , il convient d’en former un Uniment avec de l’huile d’ainandes douces.
— Dans la dose des cantharides, il faut distinguer les cas communs des cas extraordinaires. Dans les inflammations ordinaires les cantharides peuvent être prescrites à cinq centigrammes par jour, divisés en plusieurs parties, et l’on va jusqu’à un décigramme, à deux et même à trois, en les mêlant à dix fois autant de camphre. En décoction elles peuvent être prescrites à dose double. On donne la cantliaridine depuis un centigramme jusqu’à trois, partagés dans le courant de la journée. Le degré d’action , dans les applications externes, n’est pas en raison de la quantité de la substance, ni du temps que dure l’application, mais plutôt en raison de l’étendue de la surface cutanée recouverte par l’emplâtre. Une fois la vésicule formée, la sérosité qui se trouve interposée entre les vaisseaux lymphatiques, le corion et l’épiderme, empêche l’absorption des parcelles de l’emplâtre. Les vésicatoires, ainsi dits volants , ou rubéfiants, parce qu’on ne les laisse en place que peu de temps, doivent donner lieu à une action dynamique bien plus prononcée que les vésicatoires en permanence. Dans plusieurs affections phlogistiques , où il n’est possible d’avaler aucune substance ou remède , ccs espèces de vésicatoires devraient être préférés. La dose des emplâtres de cantharides doit être déterminée par le diamètre delà surface qu’ils doivent couvrir. Nous entendons par cas ex traoi dinai res les arthrites graves, l’anasarque, l’hydrocéphale aiguë et autres maladies semblables, mais surtout l’hydrophobie. Dans cette dernière maladie il faut avoir une autre
CANTIIAIUDES .
règle, car ici le besoin il’aclion et la tolérance sont très-grands. Nous avons déjà dit qu’ Avicenne prescrL ait les cantharides à une dose assez iorlc pour donner lieu à l’urine sanguinolente , et que les Siciliens en administraient de même pour faire rendre par l’urètre des grumeaux de sang. Nous avons dit aussi que parmi les anciens praticiens il yen avait qui eu ordonnaient de très-fortes doses dans plusieurs autres maladies aussi meurtrières que l’iiydrophobie. Etmulier donnait dans le typhus jusqu’à quatre grammes de cantharides dans les vingt-quatre heures (l). Groenvclt ordonnait assez souvent deux ou trois bols composés de six décigrammes de cantharides et sept de camphre dissous dans l’huile, qu'il faisait prendre dans l’intervalle de vingt-quatre heures. Hippocrate même a donné en une seule fois trois cantharides , sans tête , sans pieds et sans ailes. En Pologne et en Hongrie le peuple en prend de fortes doses pour se guérir de l’hydrophobie ; au dire d’Amoreux (2), les médecins de ces pays prescrivent jusqu’à dix cantharides à la fois. RusL en consomma dans un traitement prophylactique quatre décigrammes et demi en trente six heures; il en donna par la suite dix-neuf décigrammes en seize jours , et en dernier lieu , au même individu encore, deux grammes et demi en vingt- deux jours. A un curé mordu par un chien enragé , il administra en trois semaines cinq grammes environ de cantharides, et à un autre trois grammes en dix jours. Une demoiselle de treize ans, dans l’espace de vingt et un jours, a usé trois grammes de cantharides, et une autre de sept ans en consomma un gramme et demi en treize jou rs (3). Il est bien singulier, bien que facile à expliquer, d’après nos principes, que tous les auteurs ci-dessus cités assurent que ces fortes doses de cantharides n’ont nullement affecté les voies urinaires, mais ont donné lieu, comme d’ordinaire, à des sueurs très-abondantes. L’action dynamique hyposthénisante dans ces cas a été telle, que l’action mécanico-irritativo a été étouffée.
(t) Tforns Archiv. f. medic. Erfalir., 1805, 6 Bd., p. 401.
(2) Annal, cliniq. do Montpellier, t, xxn, n. 9l .
(3) Mngnz, f. die gesammt. Heilk., 1 Bd., 1 llcft., p. 147.
Formules-modèles.