DIGITALE POURPRÉE
(Digital is purpurea.)
§ Ier. Caractères physiques. — La digitale, connue vulgairement sous le nom d ' herbe ar aide, croît en abondance au milieu des champs , dans les bois montueux et dans les terrains sablonneux de l’Europe. On la cultive aussi dans nos jardins à cause de la beauté et de l’éclat de scs fleurs couleur pourpre, trèsgrandes, pédonculéi s , toutes tournées d’un même côté , pendantes et formant un épi simple. Parmi les différentes espèces de digitale, la pourprée est préférable, pour l’usage thérapeutique , à toutes les autres. Ses feuilles jouissent d’une grande réputation comme médicament ; elles sont larges, lancéolées, veloutées. Cueillies dans le moment de la florescence, on les dessèche à une douce chaleur et à l’ombre. Leur poudre n’a pas d’odeur appréciable, mais une saveur âcre, amère et désagréable qui se fait sentir jusque dans le gosier et dans l’œsophage. Ces feuilles et leur poudre s’altèrent aisément avec le temps: aussi faut-il qu’elles soient récentes.
§ II. Notions chimiques. — La science ne possède pas encore une analyse exacte de la digitale. Destouches prétend que le principe actif de cette plante réside dans une matière verte qui réside dans les feuilles. Chevalier, Lassaigne, Bidault, de Yillers, en ont obtenu par l'analyse un extrait aqueux, brun, très-amer; des sels, de l’oxyde de fer, etc. M. Lcroyer, de Genève, y a découvert une substance particulière, qu’il regarde commeleprincipe actif de la digitale, et qu’il a nommée digitaline. C’est cette même substance qui présenta à Pauquy de petits cristaux blancs , d’une saveur âcre , de nature alcaline, solubles dans l’alcool et dans l'éther, insolubles dans l'eau. Dulong parle d’un autre principe qui diffère quelque peu de celui de Lcroyer et île Pauquy.
§ III. Effets sur les animaux. — ôjongiardiui a trouve que la digitale
donne difficilement la mort aux oiseaux. Les pigeons qui moururent par la teinture de digitale périrent probablement par l’action de l’alcool (1). Schiemanu en administra à une grosse poule pendant quarante-six jours un demi-kilogramme (une livre) sans suites mortelles. Ce volatile souffrait pourtant de la soif, refusait parfois toute espèce d’aliment; ses excréments étaient liquides; il était devenu tranquille, morose, et changea de plumes (2). Le même auteur expérimenta ce végétal sur d’autres animaux plus sensibles à l’action des remèdes et qui ont quelque analogie organique avec l’homme. Il choisit les chiens. Nous ne rapporterons pas ici en détails ses expériences : il nous suffira de dire que tous ces animaux , après avoir pris de la digitale , devenaient tristes, chagrins; le plus grand nombre perdait l’appétit ; quelques-uns, au contraire, étaient tourmentés par une espèce de voracité. Les excréments étaient fluides et abondants.
Us recherchaient la solitude; s’ils étaient poussés à marcher, ils chancelaient; plusieurs éprouvaient quelque légère convulsion et mouraient dans le marasme plus ou moins promptement, selon la dose de la substance prise. Les sections cadavériques montrèrent les viscères sains , les poumons un peu ridés, la vessie urinaire contractée, le cœur flasque et rempli d’un sang caillé (3). Les chiens auxquels on fait boire de la décoction de digitale, d'après ce qu’observa Gmeiin , s’affaiblissent, chancellent dans leur marche, sont pris de diarrhée et meurent (4). La substance que Leroyer regarde comme le principe actif de cette plante fut injectée à la dose de deux centigrammes dans les veines d’un chat et le fit mourir en un quart-d’heure; sept centigrammes ont suffi pour tuer un chien d’une taille moyenne en cinquante minutes.
Chez ces animaux la circulation et la respiration se ralentirent notablement, et la mort arriva sans convulsions , sans angoisses, de la même manière, au dire de Leroyer et de Magendie, qu’on passe
(1) Osserv. e rifless. sull’ azione c uso nicdico di alcun digitali, letta ail’ acad. di Genovn, 180(1.
(2) Diss. inaug. med. de digitali purp., p. 52, Gœtt., 1786.
(3) Diss. cil., p. 29 et suiv.
(aj Gcschichlc der l’Ilanxcngifie, art. Fingerbut., p. 215.
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île la veille au sommeil. A l'autopsie la seule altération qu’on trouva , ce tut le sang artériel peu coagulable, d’une couleur veineuse fort prononcée , et les sinus cérébraux gorgés de sang (t).
§ IV. Effets sur l'homme en santé.
— Devant taire connaître les effets de la digitale et montrer son action hyposlhénisantecardiaque, j’éprouverais une sorte d’embarras en présence du grand nombre de matériaux existant sur celte matière si je devais en faire l’inventaire général dans cet article. Ces matériaux ont déjà été rois sous les yeux du public par trois notabilités médicales d’Italie. Dès l’année 1806, Tommasini démontra l’action contre-stimulante de la digitale par des faits incontestables, et il répondit victorieusement à toutes les objections qu'on lui fit dans le temps. En iSlO, Fanage publia un mémoire à l’appui des principes émis par Tommasini; il distingua dans la digitale l’action contre-stimulante universelle de l’irritative locale (2;. Enfin, llasori , en 1811, qui depuis dix ans faisait des expériences sur la digitale , publia le résultat de ses recherches. Dans ce travail sont mis en plein jour les véritables effets de la digitale et appréciées convenablement les opinions émises sur ce remède par plusieurs médecins étrangers (3). Je n’aurais rien de mieux à faire que de rapporter en entier ce mémoire , si 1 ordre que j’ai adopté dans ce traité ne me contraignait à choisir çà et là , en y ajoutant ce que d’autres ont laissé écrit, et de faire tout cela avec la. pl(!s &rande concision. — La digitale, d après lommasini, prise à dose convenable, produit un sentiment de lassitude et d’angoisse dans l’estomac, à la peau et dans tout I organisme. La physionomie salière; pâleur, diminution dans la fréqmnee du pouls. Aucun de ces phénomènes n’a de ressemblance avec ceux qui sont propres aux substances stimulantes. Il est vrai que les stimulants à lorle dose produisent des effets qui de
(1) SuglieJTelti delladigit. purp.; Mem letla alla soc.rned.di Parm.,180|u;RisposIa ad alcunc obbiez. (|el !)• U. licltoli cd altn inlorno alla facolta conlrostim.
'lella digitale. V. Op. min., t. ni, 1 815.
(2) Sulle virlu «lella digit. mcd. di ranz.igo. Padova, 1810.
(ô) I)»ll a opcrazionc délia digitale sul corpo vivo. An. di scien. c letlerc, vol. n, P- 180, juin 1811. Opuscoli di medicina climca, vol. n. Mil., 1850.
prime-abord pourraient être confondus avec ceux de la digitale : abaissement du pouls, augmentation des urines et d'autres sécrétions; mais le reste de ces symptômes est bien différent , ainsi que nous l’avons démontré précédemment. Un sentiment, pour ainsi dire, de vacuité à l’estomac , si la digitale est donnée à petite dose, et de nausée à plus forte dose, a été noté presque constamment par Hahnemann (1), par Baylies (2), par Baker
(3), par Muclean (4). Warren (5) nomma cette nausée nausée des mourants. Le vomissement suit très-souvent les nausées (6) , et on l’a vu se continuer même pendant plusieurs jours (7).
Quelques auteurs signalent des évacuations ventrales abondantes (8). Cela a plus facilement lieu chez les malades que chez les hommes en santé. Parfois l’urine prend une couleur obscure et trouble.
Les sueurs froides nous sont indiquées comme un phénomène de la plus grande action de la digitale par les docteurs Withering, Maclean et autres. Tous ces auteurs parlent d’un Iroid intense dans tout le corps, ou seulement à un membre, ou à la colonne vertébrale. La pâleur est comprise parmi les effets de la digitale par presque tous les auteurs, ainsi que la lassitude, la laiblesse, l'impuissance musculaire et la paralysie (9). Wilhe-
(1) Fragmenta do viribus naedic. positivis, sive in sano corpore humano observait. Lips., 1805.
(2) Praclic. essays on medic. subjecls.
Lond., 1795, p. 41.
(3) Arzneyk. abh. d. colleg. d. Acrzte in Lond. P. ni.
(4) Phys. med. Journ. Leipz., 1802, febr.
(o) Samnil. br. abh. f. prakt. Aerzte.
1 1 bd., p. i.
(0) Withering on account of the fox g oves, etc. Birm., 1785. Bavlies, Maclean, 1. c.
(7) Ldinburg med. comment., vol. x.
°CS niec*' frets and observ. Lond.,
17tl n '
(8) Withering, Schicmann, Bavlies, cil Boerhaave. Ras. morb. Iiist. Jenæ,
P- *08. Lent in, lleob. einig. Krankh., P- Meyer in Richler, Chir.
bibholh., 5 lld., p. 542.
(9) Withering, Maclean, cit. Leltsom, Mem. ot the mcd. soc. of Lond., vol. h, p. 172. Mossmann, Kssays lo elucidato the scrof. Lond., 1800. Penkivil, l>|,vs mcd. journ. 1801. August. Drake, Physî’k med. journ., 1802, februar.
DIGITALE
ring, Maclcan, Drakc, Lettsom (l), Quarin (2) et Renier (3) parlent «le la tendance à l’assoupissemenl, à un sommeil agité par des rêves incohérents, aux vertiges, à l'obscurcissement de la vue, à des illusions optiques; de la coloration de tous les objets en ver! et en jaune , de la dilatation de la pupille. Ce dernier phénomène n’a échappé qu’à fort peu d’observaleurs. Mais ce qui n’a échappé à personne, c’est le ralentissement , la diminution , l’affaiblissement combiné à l’irrégularité du pouls. Depuis Cullen, qui a été peut-être le premier à observer ces derniers phénomènes (4J, presque tous les auteurs en ont parlé. Les mêmes phénomènes, relatifs au pouls, sont ceux qui obligèrent plusieurs médecinsà convenir que la digitale jouit d’une action sédative ou asthénisanle qu’ils refusent à d’autres remèdes. Cullen considéra la digitale sous ce point de vue , bien qu’il n’eût aucune connaissance de la découverte de Rasori. Plusieurs autres écrivains, qui ne furent ni ses élèves, ni ses prosélytes, ont reconnu dans celte plante une faculté d’abaisser directement l’énergie du cœur et des vaisseaux artériels, bien qu’ils adineltentd’un autre côté qu’elle excite l’action des vaisseaux lymphatiques. Harles toutefois ne tarda pas à reconnaître dans la digitale une action affaiblissante sur les vaisseaux sanguins (5). Schmidt et Steimmig en convinrent également de même d’après leur propre expérience (6). Furent ensuite du même avis Richter (7), Schwarlze (8) et Yogcl; ce dernier dit que la digitale attaque le système nerveux viscéral, sur lequel elle exerce une influence dépressive ou aslhénisante (9) ; mais avant ces médecins les Anglais professaient la même idée. Dans un article de Ruyslon il est dit que les travaux de Darwin , de Ferriar, de Fowler , etc., avaient fait connaître aux
(t) Aut. cit.
(2) Aniin. advers. practic., p. 118.
(3) Annal d. klinich. Anstalt., 1 Bd.
(4) Mat. medio., l. vr, p. 179.
(.“>) Ilufeland u. Ilarless. Journ. d.
prakt. Heilk., 1 st., jul. 1816.
(6) Ilohnbauin and Jahn conversai, bl.
(7) Ausfuhr. Arzneimit., 11 Bd., p.
(8) Pharmakolog. Tabelle, p. 107-
(9) Pharmakolodinam , 2 Bd., p. 248.
praticiens la digitale comme le r mède modérateur le plus puissant de l'action de tout le système artériel ; et dans une note du docteur Curnic il est dit que l’on pourrait presque dire que ce remède calme comme par enchantement l’action désordonnée du cœur et des artères (I). Quel plus grand appui pour l’action contre-stimulante de la digitale, que l’opinion de ces praticiens dont le jugement n’était influencé par aucune prévention ?
Rasori , néanmoins, n’a pas cru devoir se prévaloir de leurs suffrages, car ils ne s’accordaient pas avec lui sur tous les points. Aussi, écrivait-il qu’il résultait au contraire d’un très -grand nombre de faits , qu’il n’y avait pas de nom plus impropre pour caractérisercel agent thérapeutique , par rapport au système sanguin, que celui de modérateur , de calmant , puisque précisément sous ce rapport il mériterait d’êlre appelé perturbateur , et, à ce que nous en savons jusqu’à ce jour, perturbateur exclusif , puisque ce n'est pas qu’il diminue seulement la fréquence et la force des pulsations , mais il y produit encore toute sorte d’irrégularité. Souvent il rend le pouls intermittent; cette inlermitleucc est tantôt régulière chaque deux ou trois battements, tantôt tout à-fait irrégulière ; parfois il donne lieu à des coups avec tremblement ou des contre-coups. L’irrégularité consiste en quatre, cinq ou six battements rapides , suivis par d’autres qui sont rares, de manière cependant qu’en une minute on trouve toujours au total une notable diminution par rapport à l’état normal de l’individu. Quelquefois , enfin , on ne saurait se rendre un comple exact des irrégularités du pouls , tellement il est déréglé par la digitale (2). Tous les cffeîs de la digitale sont plus ou moins constants ; on pourrait en ajouter d’autres assez ordinaires, tels que des mouvements dans les membres, comme dans l’ivresse, la photopsie ou des étincelles oculaires , l’affaiblissement de la mémoire, le trouble des idées, une tris! esse profonde.
Dans un cas particulier, Rasori observa des pulsations très prononcées sur tout le corps, parfaitement isochrones à celles
(t ) Annales de la liitéralure médicale étrangère à Gand, n° 51 , septembre 1809.
(2) Opuscoli di medicina clinica, vol.
n, p. 11. Milano, 1830.
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du cœur et des artères; dans un autre cas, une prostration extrême. Ces symptômes se sont déclarés les premiers et aussitôt après l’administration de la digitale. Il faut ordinairement vingt-quatre heures et même pins, avant que la digitale ne produise ses effets, notamment sur le pouls; mais, une fois prononcés, ils durent long-temps, même après qu’on en a cessé l'usage, c’est-àdire de huit jusqu’à vingt-quatre jours. Il y a des exemples où ces effets ont été mortels. Une décoction très forte de cette plante , donnée à titre de purgatif, a produit, au dire d’Evans, des vomissements avec douleurs de ventre violen-
tes, des convulsions, la dilatation de la pupille, pouls irrégulier et lent, coma, mortaprès vingt-deux heures. La nécropsie montra les vaisseaux cérébraux injectés , et les parois de l’estomac rougeâtres par-ci, par là; tous les antres viscèîes étaient a l’état normal (l). Un individu prit par erreur quatre grammes (une once) au lieu de cinq centigrammes (un grain) de digitale qu’on lui avait prescrite ; il eut des vomissements, des vertiges , obscurcissement de la vue pendant toute la journée , et il ne pouvait sc tenir debout. Le jour suivant , il était abattu, son pouls était lent et irrégulier ; on lui donna du lait coupé et une potion laudanisée : il n’eut plus le troisième jour qu’un seul vomissement. On administra de l’eau de cannelle , du bouillon et du vin; la faiblesse et la lenteur des pulsations ne cessèrent entièrement que le neuvième jour , mais la vue resta en-
core trouble pendant quelque temps (2).
Cinelin avait déjà observé lui aussi que 1 opium était très-indiqué pour calmer es eltels de la digitale (3). Schiemann nous avait appris que l’esprit devin et l’opsurn parviennent à calmer les nausées occasionnées par la digitale , ainsi que les autres perturbations qu’elle produit ";,ns ,c système nerveux et vasculaire (<). Enfin .Rasori (5) et Borda parvinrent à apaiser les symptômes de l’abus de la digitale à l’aidede l’eau de cannelle,
(1) Bulletin des sciences médical, déc. 1828. Ileidclb., Klin. Annal., su pi z., 4 Bd., p. 294. 11
O) Bidaidl de Villiers, Journal de n ^ Roques, Pliytograpb. medi,
(3) Oper. cil.
(4) Dissert. cif.
(5) Oper. cit.
du vin, de l’alcool. L’action de l’opium opposée à celle de la digitale n’est plus mise en doute par personne ( I).
§ Y. Effets dans les maladie. c. — Le docteur Ilosack , professeur dans le collège de Colombia , en Amérique , avait prévu des premiers que la digitale aurait pu devenir un remède précieux dans le plus grand nombre des maladies inflammatoires. Les Italiens, cependant, eurent la satisfaction de devancer le professeur américain dans l’application pratique de ses idées, et plusieurs années avant leur publication. Depuis le commencement de ce siècle, Rasori découvrit la verlu contre-stimulante delà digitale, et la prescrivit dans les maladies contre lesquelles il avait déjà expérimenté avec succès les évacuants de toute espèce , tels que le sel de nitre , les boissons aqueuses, la diète la plus sévère, et même la saignée. Il s’en est servi par la suite et toujours utilement dans toute maladie inflammatoire. Il multiplia ses expériences dans ses deux cliniques civile et militaire à Milan avec tant de succès et au milieud’un nombreux auditoire, qu’il parvint à établir d’une manière incontestable que la digitale était un remède conlre-stimulant héroïque, capable par conséquent de combattre les hypersthénies, et d’épargner conséquemment dans les inflammations les plus graves un grand nombre de saignées. En même temps, Tommasini répétait a Parme les mêmes expériences avec le même bonheur; peu de temps après, Borda à l’avie en lit autant , Fonzago également a Padoue , et plusieurs autres médecins dans les différentes villes d'Italie. A la première publication de ces expériences thérapeutiques , un grand nombre d écrivains s’élevèrent conlre elles par le raisonnement , mais ils furent bientôt obligés de reconnaître la vérité des laits. Un fait remarquable, c’est que ceux-là même qui sont contraires à notre doctrine , ou qui l’ignorent, n’ont pas obtenu de la digitale des effets différents de ceux qu’ont proclamés les Italiens.
Ln effet , la digitale a donné des effels byposllienisants aussi entre les mains de Maclean (2), de Currie (3), de Caming (4).
(1) Giornalc medico-chirurg. di Par ni a, t. iv, p. 84.
(2) Pliysîc. nied. journ., 1801, p. /(|5. (■*) Samml. ans. ablinndl. i . Gebr. f
prackt. Aorzle, 2 2 Bd., p. 375.
(4) Ibidem, 23 Bd., p. 551.
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Ces praticiens la prescrivaient après la saignée, et, sous d’autres points de vue, dans la péripneumonie. Les mêmes résultats ont été obtenus par Shat et par Divrbach (I), qui l’employèrent contre la péritonite puerpérale. Gasper (2) et Custanis (3) traitèrent aussi heureusement avec ce médicament le rhumatisme aigu, et Dawis a considéré la digitale comme un remède souverain contre la cardile ( i) , ainsi que Kreisiug dans les maladies du cœur (5), que Burny (6), Hodgson
(7), et autres. Toutes ces maladies sont regardées le plus souvent par ces auteurs comme de nature inflammatoire, et, si elles n’étaient pas telles , la digitale ne saurait certainement les combattre. Plusieurs personnes ont blâmé l’usage de la digitale dans ces maladies parce qu’elles ont observé quelques accidents. Cela n’a dû arriver que dans les cas où quelque vice organique précordial rendait la maladie de nature mécanique ou incurable.
Dans ces cas , cependant , la digitale est souvent également utile comme palliatif pour réprimer les congestions répétées que détermine la présence de la lésion organique même. Effectivement, Yeatmann dit avoir guéri par la digitale, par la compression et par la saignée, un anévrisme de la sous clavière (8). D’Alquier dissipa des palpitations du cœur accompagnées de consomption (9) , Sundelin (10), Saunders (il), Haseck (12) et Compte (13), s’en sont bien trouvés non-seulement dans plusieurs cas d’a-
(1) Scliwarlze pbarm. Tabell., p. 409.
(2) Physic. med. journ., déc. 1802, p.
(5) Physic. med. journ. 1801, p. 706.
(4 ) Unters. üb. d. Sympt. u. Behandl.
d. Herzenl. und., avec noies. De lvreisig, p. 10t.
(5) Ivrank. v. llerz., 2 Bd., p. 715.
(6) Y. Einig. d. Wiclit. und haufig.
Ilerzkr., p. 00 et 298.
(7) Maladie délie arterie e délie vetic,
(8) Annali di mcdicina slranicra. Gatt., 1810, p. 580.
(9) Arcli. f. mcdic. Erfahr. v. Boni., 1829, jan. cl febr., p. 155.
(10) V. d. Heilanz, u. Wirk. d. Moscli. u. d. Digit. Ilorns Arch., etc., 1 Bd., p.
(1 1 ) On inquiry concerning digit. or fox glove. lîdinb., 1808.
(12) Ilufeland’s Journal, etc.» 52 Bd., 5 si., p. 82.
(15) De l'hydrop. delà poitrine et des
névrisme, mais encore contre les phénomènes de l’angine de poitrine. Yogt accorde à la digitale la propriété d’empêcher la formation, ou du moins l’accroissement des polypes du cœur, qui arrivent après l’inflammation chronique de la membrane interne de cet organe et des artères (1). En parlant des fièvres , Ileil loue beaucoup la digitale contre celles qui sont accompagnées d’une surexcitation très-prononcée du système circulatoire (2) ; J. Frank pareillement dans le traitement des fièvres accompagnées d’éréthisme et de chaleur brûlante (3).
G. -A. Haase l’a prescrite contre les fièvres angioténiques (4) ; Riemann contre la scarlatine compliquée de congestion encé|ilidiquc et délire, etc. (6). La nature hyperslbénique de toutes ces maladies ne saurait être mise en doute par aucun praticien au courant de la science.
Puisque la digitale est un remède hyposthénisanl-cardiaque , il est facile de prévoir qu’elle doit être très-utile dans les hémorrhagies actives. L’expérience répondit parfaitement à cette opinion , non seulement en Italie, mais même ailleurs ; ce remède a eu beaucoup de partisans sous ce rapport. Dans toute perle de sang, notamment dans l'hémoptysie, la digitale a été préconisée par Jones (6), par Ferriar (7) , par Voigtel (8) , par Richter. Thomas en a obtenu des avantages tels , qu’il croit superflu d’avoir recours , dans ces cas , à tout autre moyen (9). La digitale a été vantée dans l’hématémèse par Watburg; nous avons des raisons que nous ferons valoir ailleurs pour ne pas être de cet avis; il la loua aussi dans la métrorrhagie (10), où elle
palpitations de cœur promptement dissipées par la digitale. Paris, 1822.
(1) Pharmakodin, 1 Bd., p. 195.
(2) Fieberlchre, 2 Bd., p. 81.
(3) Prax. med. univ. preccpt. P. i, vol. i, p. 1S8.
(4) Diss. de digit. purpur. cjusq. usu in morbis polis aculis. Lips., 1812.
(5) Pbarm. Bot., vol. i, p. 144.
(0) Med. comment, nel Snmml. aus Abliand. z. Gebr. f. pr. Aerzlc, 13 13d., p. 55.
(7) An essav on tho med. propert. of.
lhe digital, purp. Lond., 1799.
(8) Arzneimiit., 2 B., 2 abtli., p. 310.
(9) Mérat et Dclens, Dictionn. de matière médic., l. n, p- 047.
(10) Diss. de liæmatcmaji. Golt., 1803.
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a été également recommandée par Hecker (1), parCany (2) et par Burns (3), qui ordinairement la donne combinée au camphre, et il prétend qu’elle est un excellent remède pour empêcher l’avortement. On peut ajouter à ces autorités celle de Carson (i) , d’Ourgnud (5) et de bien d'autres qui proclament la digitale comme un agent thérapeutique des plus actifs pour arrêter les hémorrhagies. — Le passage si ordinaire de l’hémoptysie à la phthisie a été parfois empêché par la digitale; et lorsque le mal est passé à cette triste période, il a trouvé en elle un moyen efficace de soulagement. Depuis bien long-temps elle a été vantée par Ferriar, Moosmann, Macléan, Fouler, Dougjas, Drake et Beddoes. Ce dernier avait conçu pour cette plante un tel enthousiasme , qu’il lui accordait contre la phthisie la même efficacité qu’au quinquina dans les fièvres intermittentes (G). Pourtant les praticiens ayant été désappointés , ainsi qu’il est aisé de le prévoir par ces promesses exagérées , l’abandonnèrent presque entièrement jusqu’à ce que les guérisons obtenues en assez grand nombre , entre autres par Kinglake (7) , Storr (8) , Reumann (0) , Sibergondi (10), Mouton OU, Mansbrouny (1 2), Maugennis ctautres, la mirent de nouveau en réputation. A. en croire Maugennis et Ségand, sur soixante-douze phthisiques , dont vingt-quatre au premier degré de maladie, et les autres quarante-huit au troisième , quinze de la première catégorie guérirent complètement, et les neuf autres éprouvèrent une notable améliora-
it) Kunst d. Krankh. d. Mensch. zu Indien., 2 Bd., p. 423.
(2) Gynakologic, 2 Bd., p. 288.
(5) Grauds. d. Geburtst.; de l’anglais, 1820, p. 371. °
(4) Phys. mcd. journ. 1801, p. 7S0.
(5) Gazette de santé, 15 août 1828.
(0) Kssay, etc., p. 486.
(7) Cases and observ. on the med. effic. of the digit. purp. in phtbis. London,
(8) îlufeland’s journ. d. pr. Heilk., 25 Bd., 3 st., p. 40,
(9) Rheinisch Weslphæl. Jahrb., 9 Bd-, 1825, 5 st.
(10) Ilarless Neve gahrb., 10Bd., 1 st., p. 114.
(11) Journal général de médecine, vol.
(12) Lond. med. repository, 1821, july.
tion ; dans la seconde, vingt-quatre furent tout à-fait guéris, quatorze s’améliorèrent, et neuf moururent (I). Nous ferons encore observer que Brosius a trouvé la digitale combinée au sulfate de quinine très-efficace dans le traitement de la phthisie (2).
Néanmoins, les auteurs voyant qu’elle ne guérissait pas toutes les phthisies , ont cherché à reconnaître dans quels cas elle pouvait convenir. Les uns trouvèrent qu’elle était indiquée dans la phthisie commençante aiguë, les autres dans la phthisie pituiteuse, d’autres dans la phthisie tuberculeuse. Sans entrer dans les détails de cette discussion, nous dirons seulement que d’après notre manière de voir la digitale pourrait peutêtre par sa vertu hyposthénisante cardiaco-vasculaire , convenir dans toute espèce de phthisie , car l’organe affecté dans cette maladie, non-seulement est très- vasculaire, mais encore il fait partie essentielle du système circulatoire , partie qui accomplit, comme on sait , une circulation spéciale , de sorte que les remèdes cardiaco-vasculaires sont en même temps (ainsi que nous l’avons déjà dit ailleurs) des remèdes pulmonaires. Secondairement , l’ensemble des phénomènes auxquels les nosologistes donnent le nom de phthisie dépend très-souvent d’une artérite primitive lente, qui par des circonstances particulières éclate vers l’organe de la respiration, et se continue d’abord sous forme aiguë , puis sous forme chronique (arléro-pneumonile ou artéro-bronchite). A cette espèce appartiennent ordinairement la phthisie aiguë, la phthisie amatorin ou hystérique, celle des aménorrliéiqucs et des chlorotiques; la phthisie qui tire son origine d’une phlogose négligée des poumons ou des bronches, et quï se pro- ■ page à la longue à tout le système artériel de la poitrine. De là, la fièvre nocturne sous le nom de fièvre étique, suppurative ou de consomption, laquelle 0,1 dernière analyse n’est qu’une lente artérite avec exacerbation quotidienne vers l’après-dîner ( pnedmo-artérite ou bronchite). Nous admettons, dans chaque espèce de phthisie, une artérite primitive ou secondaire , et conséquemment nous y voyons l’indication d’administrer
(1) Annales de médecine pratique de Montpellier, vol. iv, p. 57.
(2) Bulletin des sciences médicales de Férussac, t. xvn, p. 291.
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toujours la digitale en sa qualité de remède hyposthénisant cardiaco-vasculaire. Il est aussi necessaire de faire bien attention au degré et à la forme de l’affection, d’après lesquels on peut s’attendre soit à la guérison complète, soit à des effets palliatifs. 11 y a des arlérobroncliitcs et des pneumo-artérites chroniques qui , par leurs symptômes particuliers , savoir : la fièvre du soir, la sue irnoclurnc, et l’émaciation, affectent la forme de la phthisie ( phthisie pituiteuse). Leur fond est purement dynamique et inflammatoire. Dans ces cas , la digitale peut produire la guérison complète , si elle est convenablement administrée. 11 y en a d’autres qui donnent lieu à quelques altérations organiques , savoir : solution de continuité, suppuration, endurcissement léger de quelques cryptes , etc. (arléro-pneumonite, ou pneumo-arlérile ulcérée ou suppurée , ou avec endurcissement commençant). Dans celles-ci aussi on peut espérer quelquefois une guérison complète par l’administration de la digitale. Mais si l’altération matérielle des organes se soustrait à l’influence dynamique , elle établit un fond mécanique qui donne lieu à une maladie composée.
Dans ce cas , les avantages de la digitale ne pourront être que passagers ou palliatifs, puisque la partie mécanique du mal subsiste toujours. Elle combat cependant l’élément phlogislique , provoqué sans cesse par l’irritation mécanique. Enfin, lorsque la maladie est encore dans sa période d’augmentation , l’artérite fera plus de progrès vers la muqueuse gastrique, la diarrhée se déclare, les hémorrhoïdes enflent, des fistules à l’anus se forment , des irritations à l’estomac s’établissent , la dyspepsie , des rôts , des vomissements paraissent , la langue est habituellement sèche, avec des aphthes, etc. Dans ce cas, la digitale, par des raisons que nous indiquerons ailleurs, n’est pas indiquée , elle serait même nuisible.
L’utilité de la digitale dans la phthisie détermina les praticiens à l'employer aussi contre la toux simple et dans la coqueluche ; aussi eurent-ils à s'en louer.
Frielding (l) , Pierson (2) , Yoigtel (3), en ont obtenu d'excellents effets. Par-
(1) Med. and phys. journ., febr. 1 80 1 , p. 14.
(2) Med. dissertât, of ibo diagn. and treatment of pertussis, 1824.
(3) Arzneimilt.» 2 Bd., 2 abth., p. 310.
kinson (1), Ferriar (2), Wolfl'(3), Fago, en ont obtenu de bons résultats dans le traitement de l’asthme; ils l’ont donnée à dose fort élevée (4). — Une réputation plus ancienne, plus stable et plus sûre, a été acquise à la digitale par des guérisons vraiment remarquables d’hydropisies obtenues par une foule de praticiens. YVithering a été le premier à faire connaître des faits de cette espèce (5). — C’est par la propriété diurétique qu’on accorde généralement à la digitale, qu’on explique les guérisons des hydropisies.
La généralité des médecins ne voit dans ces cures que l’évacuation du liquide péritonéal par l'appareil urinaire; c’est pour cela même qu’ils trouvent indiqués les drastiques , et en général tous les remèdes évacuants, et qu’ils défendent les boissons aqueuses. J’ai à peine besoin de dire combien ces idées théoriques sont erronées. L’épanchement séreux n’est pas la véritable condition pathologique de la maladie; c’est là un simple effet , un symptôme de l’affection. Il suffit , pour s’en convaincre , d’observer qu’une fois évacué, à l'aide de la paracentèse , la maladie n’est pas pour cela guérie, et le liquide se reproduit le plus souvent. La médecine humorale présumait, dans ces cas, l’existence d’une diathèse aqueuse ou séreuse pour rendre compte de la reproduction du liquide.
On n’avait pas réfléchi qu’une sécrétion humorable excessive dans une région, ne pouvait se faire qu’aux dépens des autres sécrétions de même nature , l’urine , la sueur, etc. De là, la sécheresse de la peau chez les hydropiques, la rareté des urines , la soif, etc. Mais dans l’hydropisie même , il y a un organe affecté primitivement ou secondairement ; et cet organe , c’est l’une ou l’autre membrane séreuse , ou bien les tuniques des vaisseaux capillaires qui parcourent le tissu cellulaire sous-cutané. La nature de celle alïeclion a été déjà démontrée par un grand nombre d’auteurs , et l’on sait que son essence est le plus souvent hypersthénique. On
(1) Theat. of liants, p. 654.
(2) Op. cit.
(3) llufeland’s journ., etc. 18 Bd., 1 st., p. 51 .
(4) Edimb. med. and surg. journ.
Summl. abh., etc., 51 B., p. 214.
(5) On account of the fox glove and sonie of its tned. use, etc. Birm., 1785.
DIGITALE
peut dire d’une manière certaine que les hydropisies qu’on guérit à l’aide de la digitale sont de nature liyperstliénique. Ce succès n’est dû qu’à la destruction de la condition pathologique. C’est alors, et alors seulement , que la sécrétion morbide cesse, que le liquide sécrété est absorbé, et que les urines et les sueurs augmentent. D’après cela , on voit bien qu'on ne doit pas dire que l’hydropisie guérit parce qu’on urine copieusement, mais qu’on urine abondamment parce que la condition efficiente de l’hydropisie est enlevée. Cela est si vrai , que si l’hydropisie n’est pas hypersthénique, si son fond est mécanique, non-seulement l’épanchement ne disparaît point, mais encore il augmente malgré la digitale.
Essayons d’abord de bien comprendre la raison par laquelle l’hydropisie hyperslhénique peut être guérie à l’aide des agents thérapeutiques. Puisque le principal , ou du moins le plus évident phénomène de cette maladie consiste dans la présence insolite de la sérosité dans une cavité, ou dans le tissu cellulaire , cette sérosité n’est que la vapeur ordinaire qui transsude de ces membranes onde ces cellules , mais augmentée de beaucoup. C’est précisément dans ce cas que le phénomène d’exosmose ou d’exhalaison est bien plus actif que celui d’endosmose ou d’absorption. En réfléchissant sur ces actes fonctionnels, on est naturellement porté à penser qu’il existe dans le corps vivant en état de santé une circulation de sérosité dans les membranes; de soi te qu’aussilôt sorti des rameaux artériels , le sérum rentre dans les veines pour retourner aux poumons en passant par les cavités droites du cœur. Cela paraîtrait évident dans les glandes sécrétoires ; sans cela, il n’y aurait point de sécrétion de l’humeur propre à leur office. On voit encore plus évidemment ce phénomène dans les tissus et dans le parenchyme des organes ; autrement il ne pourrait s’y déposer les molécules qui doivent les nourrir.
Dans les hydropisies , la sécrétion artérielle est toujours de beaucoup supérieure à la quantité de liquide absorbée parles veines et les vaisseaux lymphatiques. 11 est facile de comprendre que cela tient à l’exaltation d’action du cœur; les artères , se trouvant surchargées par celle impulsion, doivent nécessairement laisser échapper de leurs parois plus de liquide séreux qu’à l’état normal. Il est d observation en cfl’ct que le pouls est
fort et fréquent chez les hydropiques, et que des palpitations cardiaques accompagnent souvent l’anasarque. Les veines elles-mcmes et les vaisseaux lymphatiques étant compris dans le travail phlogisliquc, perdent une grande partie de leur force absorbante. Cela se voit dans les inflammations externes circonscrites; les vaisseaux capillaires sont congestionnés : de là la tumeur et la rougeur, faute d’absorption. Il résulte en effet des recherches très - délicates faites par M.
Cruveilhier , sur les tissus enflammés, que ce sont les extrémités veineuses qui sont le plus malades (Ij. — Selon nous, ce sont les nerfs ganglionnaires de ces vaisseaux qui sont les premiers attaqués dans la maladie. Ces remarques s’appliquent exactement aux parois des cavités hydropiques, bien que le travail morbide y soit souvent fort latent, et qu’une hypersthénie supérieure puisse souvent en déterminer la guérison.
On conçoit maintenant comment, en réprimant l’action du cœur et des artères, la digitale guérit les hydiopisies. Sous son influence, effectivement, les extrémités artérielles perdent leur érétisme et sécrètent moins de liquide ; les veines elles-mêmes reprennent leur activité absorbante et font passer le sérum extravasé dans le torrent circulatoire sanguin ; le sang est à son tour dépouillé de son excès de sérum par l’émoncloire rénal.
Le professeur Mongiardini, de Gênes, soutenait autrefois que la digitale ne guérissait autrement l’hydropisie qu’en irritant les bouches des vaisseaux lymphatiques et en augmentant leur action absorbante. J’ai à peine besoin de faire voir le peu de fondement de celte doctrine, puisqu’il est reconnu que dans les tissus enflammés elle est diminuée ou suspendue, et que toutes les substances irritantes ne font qu’entretenir ou exagérer cet état. 11 est d’observation, au contraire, que les moyens capables de favoriser l’absorption dans une partie externe enflammée sont les saignées , l 'application de la glace, celle des émollients et de l’eau. Ur, on ne dira certainement pas que ces moyens irritent ou stimulent les lymphatiques.
Ce que nous venons de dire, relativement à l’action de la digitale dans les hydropisies, reçoit une confirmation dans
(1) Nouv. Bibl. méd., oct. 1826.
digitale.
1» remarqué qu’ont faite tous les praticiens sur les circonstances favorables de son emploi. Tous s’accordent à dire qu’elle n’est point utile cliez les individus dont le pouls est faible, et qu'elle est trèsavantageuse au eontraire dans les bydropisies hyperstliéniquès; ou dans lesquelles la saignée serait indiquée , comme dans rhydrothorax,dans l’hydrocéphale aiguë, etc. — Une autre maladie, contre laquelle la digitale a été utile, c’est la folie. Mason rapporte avoir observé un maniaque qui était furieux et dont le pouls battait quatre-vingt-dix fois par minute. Il lui administra la digitale, et le pouls descendit à soixante-dix. Le môme phénomène se reproduisit plusieurs fois et le malade recouvrait la raison chaque fois. Si le pouls descendait à cinquante, le malade devenait mélancolique; et si, en augmentant les doses du remède, on réduisait les pulsalions à quarante, il devenait presque mourant. D’après cette observation, et plusieurs autres tirées de sa grande pratique, cet auteur conçut une telle confiance dans les bienfaits de la digitale qu’il ne regardait comme incurables que les folies qui avaient résisté à l’usage de ce médicament. Il en élevait graduellement les doses jusqu’à en obtenir des effets sensibles (I). Willis aussi a obtenu par la digitale de fort bons effets dans le traitement de la manie (2); Saunders (3), Hamse (4), et plusieurs autres également. Ces auteurs assurent que la digitale est notamment utile lorsqu’il y a des signes d’une action augmentée du cœur; mais Fanzago a indiqué mieux que qui que ce soit les cas dans lesquels on peut employer la digitale avec avantage (5).
Dans la manie hypersthénique, et notamment dans celle qui dépend d’une lente arachnoïdite , la digitale est utile ; mais elle ne le sera pas, si la manie a un fond mécanique , savoir: si elle dépend d’une conformation vicieuse du crâne , de la présence d'une exostose, etc. Dans ces cas elle ne peut être, tout au plus, qu’un
(1) Practical observât, on insanity, etc. London, 1804.
(2) Idea dcll doit. Willis sul met. curât. délia papia. Gior. mcd. chir. di Parma, vdl. 1, p. 59.
(3) Annal, d. gesam. Ileilk. , 1 Bd., 2 St., p. 80.
(4) Chron. Krankli., 2 Bd., p. 512.
(5) Med. cil.
remède palliatif. On peut appliquer les mêmes raisonnements au delirium tremens des ivrognes, dans lequel elle a été recommandée par J. Wabster (1) et par Pinson (2); ainsi qu’à l’épilepsie, puisque, eu égard à sa nature dynamique et au siège de la lésion (arachnoïdite), celte maladie présente de l’analogie avec la folie. La digitale effectivement a été administrée avec avantage contre l’épilepsie par plusieurs praticiens , entre autres par Murray , Swediaur, Parkinson (3) , R.-W. Scott (4), etc.
Les anciens vantaient beaucoup la digitale contre les scrofulesjils l’employaient ordinairement à l’cxtérieur.Van-Helmont pourtant, Burmahii, Quarin (à), Murray
(6), Merz (7), Jlufeland (8), l’employèrent aussi à l’intérieur. Uxvins la trouva efficace contre le tabes mésentérique £9]. D’autres auteurs ont préconisé la digitale contre les affections scrofuleuses en la combinant aux mcrcuriaux, à l’éponge et à d’autres remèdes fort actifs. On en a aussi étendu l’usageà d’autres affections du système glandulairè, comme aux endurcissements, au squirrhe. On trouve des guérisons de cette espèce dans les écrits de John ( 1 0), d’Osiander (M), de Külin, et de Mayer (12). Quel degré de confiance peut-on accorder à ce remède dans de semblables affections? nous l’indiquerons lorsque nous traiterons des remèdes hyposlhénisants lymphatico-glandulaires. Les dartres ont été Iràitées aussi avec la digitale parRicbter(1 3), par ilen-
(1) Tbencxv England. journ. of medic., vol. ix, 1830, july »
(2) Medic. chir. Zeitung. 1823, 1 Bd., p. 8(> et 90.
(5) Theat. of Plants, p. G54.
(4) The Edimb. med. and surgic.
journ., jan. 1827.
(5) Animadv. pract. in divers, morb., p. 118. Vien., 1786.
(0) M. med., t. i, p. 490.
(7) De digital purp. ejusq. usu in scropliai . Jeu., 1790.
(8) V. Den Sorophein., p. 249.
(9) The London med. and pliys.
journ. 1818.
(tO) Mat. med., t. l, p. 621.
(11) Neuc Denkwürdigk. , 1 Bd., p.
(12) Hicliters, Chir. bibliotb.,4 Bd.,p.
591, et 5 Bd., p. 582.
(13) Spcrielle llib rnp., 2 Bd., p. 615.
me t ta le.
ning (l), p.ir Wcavre (•?), par Hoffmann
(3). Les ulcères cancéreux, les plaies de vieille date, plusieurs espèces de blessures, ont étésoignés avantageusement avec la digitale. — Les chirurgiens ont aussi employé utilement la décoction de digitale dans des cas de leucorrhée et de blennorrhagie. — Enfin, quelques praticiens ont prescrit la digitale pour guérir les lièvres intermittentes. Davy (4), Gaffenauer (5), Cuirard (6), et autres, sont de ce nombre, ainsi que moi-même. Je n’indique cela ici que comme une note historique; j’y reviendrai ailleurs lorsqu’il sera question des préparations de quinquina. Et puisque nous nous sommes cité nous - même , il nous sera permis d’ajouter que nous avons obtenu par la digitale d’excellents résultats dans la métrite compliquée d’aménorrhée, ou de ménorrhagie; dans l’artérite lente avec pâleur cutanée, et autres affections. - — Jusqu’à présent nous n’avons pas encore de données certaines sur la digitaline, c’est-à-dire sur le principe que Leroyer a cru devoir appeler ainsi. David , en l’expérimentant, a trouvé une action plus constante mais moins efficace que celle de la digitale pourprée. Le pouls se ralentit aussi par l’action de ce principe, mais il s’affaiblit plutôt (7). En Italie, le seul qui l’ait expérimenté, à ce que je sache , est le docteur Larber ; il me fit part de ses observations par une lettre datée du 9 juin 1834. On dirait, d’après ses observations , que le principe trèsamer et cristallisable de la digitale n’occasionne pas ce malaise à l’estomac qui est propre à la digitale; il ne produit non plus ni d’exaltation ni d’irrégularité dans le rliythmedu pouls; il provoque des sueurs en abondance , ce qui n’a pas lieu par la digitale. 11 paraîtrait enfin que la digitaline est un excellent remède contrestimulant , car les maladies contre les-
(1) Beitr. z. prakl. Arzneik., 1804, 2 M., p. 80.
(2) Auihenriclh und Bolinenbergers Tübing. Blatt., 3 Bd., p. 119.
(3) llufeland’s journ. d. prakt. Ilcllk., 5 Bd., p. 24».
(4) Gazette de santé, l*r février 1820.
(5) Biblioth. méd., t. xxvr, p. 240.
(G) De l’emploi de la digitale pourprée
dans quelques fièvres intermittentes.
Montpellier, 1823.
(7) Omodei Ann. univers, di mcd., octobre et novembre 1833, p. 398.
C iacomini.
quelles elle a été utile étaient toutes hyperslhéuiques ou inflammatoires.
§ YI. Appréciation de l'aclion du remède. — L’action hyposthénisante cardiaque de la digitale nous paraît avoir été suffisamment démontrée par les faits que nous venons d’exposer. Les objections avancées contre cette manière de voir ont déjà été en partie combattues dans les paragraphes précédents. Parmi cesobjectionsilyen asur lesquelles je n’ai pas cru devoir m’arrêter, attendu qu’elles ont pour sujet des guérisons de maladies obtenues à l’aide de la digitale, lesquelles étaient réputées autrefois de nature asthénique, tandis qu’elles sont reconnues aujourd’hui de nature opposée. En conséquence ces objections tombent d’elles-mêmes. Saunders a prétendu que l’action de la digitale était excitante, et qu’elle augmentait la fréquence et la force du pouls. Il ajoute qu’après l’usage long temps continué, la digitale finit par rubéfier la peau de la figure, déterminer des céphalalgies, de la chaleur, de l'inquiétude, et tous les symptômes, enfin , de l’action fébrile (1). Bien que peu de praticiens soient de l’avis de Saunders, le nombre des observateurs qui ont remarqué des effets contraires à ceux-ci est si grand qu’on est autorisé à croire que ses observations ne sont pas exactes. Il est plus que probable que Saunders a pris les effets de la maladie pour ceux de la digitale. Une hypersthénie excessive est capable de porter l’oppression dans le pouls et d’occasionner la pâleur; alors il pourrait se faire que la digitale augmentât la force et la fréquence du pouls et déterminât de la rougeur à la figure, en dissipa ut une partiedef oppression cardiaque. Cela ne ferait que confirmer déplus en plus l’aclionhyposthénisante de la digitale. Il est possible aussi que par l'action de cette substance il survienne de la céphalalgie et de la fièvre, à moins toutefois que l’estomac du malade ne soit dans une telle condition que la digitale ne puisse être digérée; alors elle pourrait agir comme corps étranger. Le médecin qui ne saurait distinguer ces différentes circonstances , et accorder à chacune sa propre influence, devrait s’abstenir de raisonner sur l’action des remèdes. — Quant au ralentissement du pouls produit par la digitale, Baildon observa, dans ses propres expériences, qu’il n’a
(I) On pulmonary consumt.
DIGITALE
pas lieu lorsque l’individu se tient debout. On l’aperçoit à peine s'il reste assis, et il paraît dans toute sa plénitude lorsque l’individu est couché ; mais il cesse de nouveau lorsqu’il se remet debout (1). La singularité de ce phénomène excita quelque surprise ; mais Rasori démontra par une série d’observations que pareille chose avait aussi lieu chez les malades que l’on traitait avec d’autres remèdes, ainsi que chez les convalescents et les bien portants, bien qu’à un degré moins prononcé; et il en présenta l’explication , en établissant qu’à circonstances égales la fréquence du pouls est en raison directe de la quantité des contractions musculaires en action dans le même moment. Elle est minime si le corps est commodément couché ; elle s’accroît , si pour se tenir assis on met en exercice les muscles dorsaux ; elle augmente encore plus si en restant debout on emploie un plus grand nombre de muscles, et elle est très-grande sous les contractions violentes et les grands mouvements, ce qui arrive quand on fait des efforts, ou que l’on court : de là les fièvres simulées eu faisant de fortes contractions musculaires que les spectateurs n’aperçoivent point (2)ï
Nous croyons devoir avertir que l’administration de ce remède est accompagnée de deux inconvénients qui lui sont propres et qui obligent à y renoncer quelquefois. L’un c’est le trouble dans le rhythme du pouls. Ce trouble n’a point lieu lorsque l'hypersthénie est fort grave et que la tolérance du remède est grande; néanmoins cette propriété, que j’appellerais perturbatrice , ôte au médecin une des plus précieuses données pour mesurer l’état morbide dans le caractère du pouls. Et s’il no sait pas (et bien souvent il n’est pas possible de distinguer les anomalies du pouls causées par la digitale de celles qui dérivent de la condition morbide) , on risque de se tromper en agissant sans nécessité , ou en se tenant dans l’inaction lorsqu’il est encore nécessaire d’agir. C'est d’apres celle considération que Rasori lui-même, dans les cas graves, ainsi qu’il le dit, a mis de côté la digitale, pour la remplacer par
(1) The Edimbourgli mcdic. and surg.
journ. July, 1807.
(2) Opuscoli di medic, clinicn, vol. n, p. 25.
d’autres contre-stimulants. Il conviendrait en conséquence que les praticiens multipliassent les expériences de Larber sur la digitaline, pour vérifier si réellement ce principe de la digitale ne possède pas la qualité de troubler la marche du pouls , et si son action est plus constante, bien que moins efficace, que la digitale, et que le pouls ait sous son influence une tendance plus à s’affaiblir qu’à se ralentir.
§ VII. Action mécanique. — L’autre inconvénient de la digitale est son action mécanique un tant soit peu âcre. Lorsqu’on en use pendant long-temps ou en grande quantité, l’estomac a de la peine à la digérer , et elle y cause de la chaleur. Cela arrive surtout chez les individus délicats et chez ceux dont l’estomac est dans un état de pléthore et de sensibilité anormale. Celte chaleur dure rarement au-delà du temps de la digestion, et on peut, en général, persuader les malades de ne pas la craindre. Nous ne sommes pas de l’avis de ceux qui regardent les nausées, le vomissement et les vertiges comme des effets de l’action irritante de cette substance. Les praticiens auront peut-être vérifié dans l’usage de la digitale ce que nous avons observé nous-mêmes plusieurs fois, savoir : que les nausées et le vomissement ne vont pas ensemble avec la chaleur et la douleur d’estomac. Cela arrive lorsque la digestion est très-avancée ou achevée, et se joint toujours ordinairement avec l’abaissement du pouls. Que ces phénomènes soient l’effet de l’action hyposlhénisante, nous le démontrerons clairement lorsque nous parlerons du mécanisme du vomissement , à l’occasion des antimoniaux.
§ VIII. Préparations ; mode d'administration. — On donne ordinairement les feuilles de la digitale sèches, en poudre, combinées avec le sucre; c’est la meilleure préparation. Quelques-uns prescrivent l’infusion et même la décoction ; ces formules sont préférables lorsqu’on veut donner le remède par injection dans les organes génitaux ou dans le rectum.
Dose. Pour ce qui a rapport à la dose, il faut savoir que la digitale ( il n’est ici question que de la digitale pourpre’c) , comme plusieurs autres végétaux, varie assez dans son degré d’activité, particulièrement à cause du sol où elle est cultivée, du climat et du temps où on la cueille. C’est pour cela même que
SCILÏ.E.
nous voyons le plus grand désaccord parmi les médecins relativement à la dose; aussi, dans certains endroits, on l'administre à très-hautes doses , et dans «('autres, à de très-petites. Celle qu’on récolte dans nos montagnes en juin et juillet , on la fait sécher promptement nu soleil et on en pulvérise les feuilles a u fur et à mesure qu’on en a besoin. La dose est de quinze centigrammes (trois grains) à un gramme (vingt grains) par jour. Un sait, au reste, que dans certains cas on peut en donner une plus haute dose. L’infusion peut se faire avec un gramme et demi (trente grains) à quatre grammes (un gros) ; la décoction pour prendre par la bouche , avec un gramme it demi (vingt-sept grains).
Formules-modèles.