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DOUCE-AMÈRE

(Slipiles dulcamarœ.)

§ Ier. Caractères physiques. — Indigène dans nos contrées, elle vient dans les haies, les vieilles murailles, les prai-

(53) Bulletin de thérapeutique, t. x.

-AMÈuE. 3ûl

ries humides. C’est un sous- arbrisseau de la famille des solanécs [peut, mono g., Lin.}. Quoique les racines et les baies de cette plante soient actives, on n’emploie ordinairement en médecine que les tiges grimpantes. On la récolte vers la lin d’automne , et on la coupe par morceaux de la longueur de quatre à cinq centimètres. Pendant que les tiges sont fraîches elles répandent une odeur virulen te, nauséabonde. Sa saveur est d’abord amère , ensuite douceâtre ; c’est ce qui lui a valu le nom qu’elle porte.

§ II. Notions chimiques. — Les liges de la douce-amère contiennent beaucoup de mucilage ; et , d’après Desfosses , un principe particulier, mais analogue à celui qu’on rencontre dans d’autres plantes de la même famille, et qu’on a nommé solaninc. C’est une substance blanche , pulvérulente, opaque, et quelquefois nacrée, inodore, très-amère, fusible à une température un peu au-dessus de 100°, décomposable à une température plus élevée. Elle est presque insoluble dans l’eau froide et dans l’huile d’olive et de térébenthine; mais très -soluble dans l’alcool. Elle sature les acides et forme avec eux des seis amers peu ou point cristallisables.

§ III. Effets sur les animaux. — D’après les observations de Dunal , la douce-amère ne devrait avoir aucune efficacité, puisque soixante grammes (deux onces) et quelquefois même cent vingt grammes (quatre onces) d’extrait de cette plante n ont produit aucun effet sur les chiens (54). Pourtant, d’après les observations d’autres auteurs , l’extrait , dont s’est servi Dunal , ne devait pas être d’une bonne qualité. Effectivement il est reconnu, par les expériences de Bruschi, que I extrait fait avec les feuilles de celte plante cause, chez les animaux, des symptômes d’empoisonnements (55). Avec trente baies de douce-amère , Floyer fit mourir un chien dans l’espace de trois heures (56). — La solnnine, introduite dans l’estomac d’un chien ou d’un chat à la dose de dix à vingt centigrammes (deux a quatre grains), excite un vomissement violent suivi d’un assoupissement de plusieurs heures. Pourtant un chat

(54) Ilistor. nat. med. et ccon. de Solanum, 1815, p. 70, 73, 00.

(55) Instiluz. di mater, med.. vol >v

(5G) Pharmaçop., p. £C.

douce-amère.

put tolérer, impunément, quarante centigrammes (huit grains) de solanine.

Après un très -fort vomissement il fut pris d’un sommeil profond qui dura pendant trente-six heures (57). De semblables effets, soit de la solanine pure, soit de la douce-amère, ne sont pas de nature à nous faire croire à l’inaction de celte plante.

§ IV- Effets chez l'homme bien portant. — Nous ne devons pas trop nous fiera l’assertion de Frank, qu’on puisse donner la douce - amère à haute dose sans aucun danger (58) ; ni à celle de M. Guersant qui en a pris seize grammes (59) , car cette dose est trop faible pour en déduire des conséquences ; ni à celle d’autres auteurs qui attribuent à celte plante des qualités toxiques énergiques. Hut'eland ('60) , qui rapporte des cas d’empoisonnement, cite des exemples d'indispositions causées par la simple habitation dans une chambre où on avait mis une certaine quantité de douce-amère à sécher (61). Les doses, mêmes médiocres de la douce-amère, ne laissent pas de produire des effets assez notables.

Matlhioli rapporte que les femmes toscanes usaient jadis de suc de douce-amère comme cosmétique pour effacer les taches du visage. Des sueurs , et quelquefois aussi de la démangeaison, ou des taches rouges à la peau ont été observées par plusieurs auteurs , par l’administration de la douce-amère. De la salivation, des nausées, des évacuations intestinales, des vomissements ont été notés assez souvent par Linné (62) , par Carrère , par Murray (63), par Bruschi (64) et par d’autres. Bromfield et Tragus considèrent cette plante comme un diurétique très puissant

(65). Carrère a observé des convulsions aux lèvres et aux paupières, qui cessaient pourtant aussitôt que l’individu s’approchait du feu. Aux vertiges et à l’obscurcissement de la vue s’associent

la pesanteur à la tête et le délire (6C), le tremblement des membres, l’engourdissement, la "lassitude, l’assoupissement (67). Govan a eu occasion de voir la paralysie à la langue causée pur l’administration prolongée de la douce-amère (68). Schlegel rapporte des cas de tremblements dans les membres, de vertiges, d’ambliopie, de paralysie de la langue et des sueurs froides sous l’action de trente grammes (une once) de douce-amère en tisane (69). Enfin une cuisson et de la sécheresse au gosier, une légère cardialgie, et quelques douleurs aux entrailles, s’observent souvent par l’usage de cette substance. On prétend que l’usage de la douce-amère produit un sentiment de chaleur aux parties génitales surtout chez la femme. — Je ne m'arrêterai pas à énumérer les antidotes proposés par les auteurs pour arrêter les accidents causés par la douce-amère. Ce sont les émétiques, les boissons acidulées et anti-phlogistiques. Nous verrons cependant tout à l’heure que cetle médication augmente, au contraire, l’empoisonnement produit par les solanées.

§ V. Effets dans les maladies. — On prescrivait, jadis, la douce-amère à l’extérieur plulôt qu’à l’intérieur. On appliquait ordinairement son suc sur le cancer, pour calmer les douleurs et pour arrêter le progrès du mal. On appliquait aussi ce suc sur les parties phlogosées , sur les contusions , sur les ecchymoses. On n’a qu’à lire à ce sujet Lœbel (70), Sébazius, Sauvages(7l), Boerhaave (72), — On passa des maladies cancéreuses aux affections cutanées, telles que les dartres , la lèpre , et surtout la gale. Ce fut contre cette dernière qu’on commença à faire usage de la douce - amère à l’intérieur , et on en obtint d’excellents effets. S’il faut en croire Carrière (73), Razoux (74), Althof, Iiufeland,

(57) Magendie.

(58) Toxicologie, p. 61.

(59) Diclionn. des sciences médicales, t. x. Douce-amère.

(60) Journal, etc., 54Bd., 11 st., p. 27.

(61) Dictionnaire des drogues, p. 229 et 290.

(62) Dissert, de dulcamara. p. 9.

(63) Apar. medicam., t. i, p. 225.

(64) Ouv. cit.

(65) Raj. Ilistor. Dict. rais. univ. de mal. méd., t. v, p. 162.

(66) De Haen, Rat. medend., vol. iv,

(67) Carrère, 1. c.

(68) Linnée, 1. c.

(69) Malerial f. d. Staatsarzneiw. u, prakt. Ileilk. , 8 Bd., p. 89.

(70) llall., Ilistor. stirp. Ilelvetie, n. 575.

(71) Ancien journal de médecine, vol.

xxu, p. 247.

(72) Ilistor. plant, llort., 5 B., p. 506. (75) Traité, etc., etc.

(74) Tables nosol., p. 268.

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