‹ Encyclopédie française d'urologie, publiée sous la direction de MM. A. Pousson,... E. DesnosChapitre 3 sur 62 · TOME PREMIER · texte numérisé non relu

TOME PREMIER

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A Monsieur le Professeur Félix GUYON

Cher Maître,

Nous vous prions d’agréer la dédicace de cet ouvrage comme un juste hommage ti votre immense labeur, créateur de T Urologie, et un respectueuse témoignage de gratitude des nombreuses générations formées à

Puissiez-vous reconnaître dans les chapitres de cette Encyclopédie, dont la plupart ont été rédigés par vos élèves, vos principes et votre méthode.

C’est dans cet espoir qu'au nom des collaborateurs de cette Œuvre ses directeurs vous offrent l'assurance de leur admiration pour votre vie scientifique si noblement remplie, et de leur reconnaissance pour les exemples de haute moralité professionnelle que vous leur avez donnés.

A. Poüssôn. E. Desnos.

AVANT-PROPOS

L’adaptation judicieuse des principes généraux de la physiologie normale et pathologique et des règles de la nosologie a vivifié de nos jours l’étude des affections de l’appareil urinaire, et l’emploi rationnel de procédés techniques, permettant de dépister les symptômes propres à conduire à leur diagnostic et de déterminer les conditions qui mettent en garde contre' les risques opératoires, a singulièrement favorisé l’essor de leur thérapeutique. Grâce aces progrès l’Urologie a pris définitivement rang au nombre des spécialités. .

Mais en acquérant ainsi son individualité cette branche de notre art ne saurait s’affranchir des liens qui .Punissent au tronc des sciences médicales. Les directeurs de cette Encyclopédie , en réunissant dans un même ouvrage l’ensemble de nos connaissances actuelles sur la pathologie urinaire, ont eu pour but de resserrer ces liens. Aussi ont-ils fait appel pour sa rédaction à tous ceux qui, dans les diverses branches de la biologie, ont dirigé leurs recherches vers la solution dés problèmes complexes que soulève la pathologie urinaire.

A mesure que se poursuit l’étude des maladies des grands appareils différenciés, leur solidarité avec l’ensemble de l’organisme s’affirme davantage : si l’on veut assurer ses progrès, il est nécessaire d’ouvrir des brèches dans la frontière qui s’élevait naguère entre la médecine et la chirurgie. Dans aucune autre spécialité plus qu’en urologie, les échanges réciproques, qui en résultent, ne paraissent devoir porter plus de fruits.

Depuis quelques années s’est ouverte pour les affections des voies urinaires, comme elle l’avait été précédemment pour les affections

AVANT-PROPOS

des voies biliaires, du tube digestif et de plusieurs autres appareils organiques, l’ère des questions médico-chirurgicales. Afin de ne pas compromettre son développement, il convient que médecins et chirurgiens unissent leurs efforts pour discerner le moment où, la thérapeutique médicale ayant épuisé son action, le salut ne repose plus que sur l’opération.

L’utilité de leur collaboration ne se fait pas seulement sentir dans cette question nouvelle des indications et des contre-indications opératoires dans un certain nombre d’affections rénales jusqu’ici exclusivement tributaires de la médecine interne, elle s’étend à toute la pathologie des voies urinaires. L’état anatomique et fonctionnel des reins domine en effet le pronostic des maladies des divers segments de l’appareil urinaire et tient sous sa dépendance le résultat de toutes les interventions dirigées contre elles. Immenses sont donc les services que rendent aux chirurgiens les méthodes imaginées par les médecins pour mesurer le pouvoir dépurateur des reins. Les renseignements qu’elles fournissent n’ont pas seulement concouru à réduire au minimum les dangers des interventions sur les organes sécréteurs des urines ; ils ont encore étendu leur garantie à toutes celles que l’on pratique sur les organes excréteurs. C’est ainsi que grâce à elles l’extirpation des néoplasmes de la vessie, la taille et la lithotritie, la prostatectomie, pour ne parler que des opérations les plus importantes, ont vu leur mortalité s’abaisser dans des proportions considérables.

Bien d’autres questions que celles que nous venons de signaler réclament la mise en commun de nos efforts : telles sont les affections tuberculeuses, cancéreuses et syphilitiques des reins, la prophylaxie et le traitement médical des lithiases, les infections urinaires et leur sérothérapie, le rôle en pathologie de la sécrétion interne des reins.

La nécessité de l’alliance de la médecine et de la chirurgie, qui se manifeste dans la pratique des maladies des voies urinaires, apparaît encore plus impérieuse en ce qui concerne les progrès scientifiques de l’urologie. Pour assurer leur essor il est indispensable que tous ceux qui s’adonnent aux études biologiques y apportent une large contribution.

M. le professeur Gcyon a bien voulu écrire pour l’oeuvre que nous

présentons au publie la belle préface, dont nous recommandons la lecture à la méditation de tous ceux qui veulent se vouer à la pratique des spécialités. Nous lui adressons nos remerciements les plus respectueux pour cette marque de haute estime.

Nous inspirant de sa conception des spécialisations, nous nous sommes adressés pour remplir notre programme à ceux qui ont compris l’utilité « de longues préparations pour arriver à la formation intellectuelle et morale nécessaire » avant de s’occuper de la pratique de l’urologie. Les concours des compétences les plus qualifiées ne nous ont pas fait défaut. Le plus grand nombre de ceux qui ont bien voulu s’associer à notre œuvre appartiennent à l’école de Necker où, pendant près de quarante ans, se sont formés tant de générations sous la haute direction du professeur Güyon. L’empreinte de son impeccable méthode d’observation et de son admirable esprit clinique se retrouvera dans tous les articles de nos autres collaborateurs, car ainsi que l’a proclamé si justement le professeur Israël dans son beau discours prononcé à l’inauguration du premier congrès d’urologie, « qu’ils en aient conscience ou non, tous les urologistes du monde entier sont ses élèves ».

Nous remercions tous ceux auxquels nous nous sommes adressés de l’empressement avec lequel ils ont mis à la réalisation de l’œuvre collective leur savoir et leurs loisirs de maîtres et. de praticiens occupés. Grèce à leur dévouement, cette Encyclopédie sera digne du pays des protagonistes les plus éminents de l’Urologie.

La partie matérielle ne nous a pas moins préoccupés que la rédaction scientifique. Pour assurer à cet ouvrage, qui comprend les articles les plus divers, une homogénéité que l’on regrette de ne pas toujours trouver dans les publications de ce genre, nous avons demandé à leurs auteurs de se conformer dans leur exposition à un plan commun, de manière à en rendre plus agréable la lecture courante, et plus facile la recherché des renseignements qu’on désire y puiser. Nous avons attiré d’une façon spéciale leur attention sur la bibliographie, les priant de la donner rigoureusement exacte et complète, mais d’en éliminer les travaux de compilation dénués d’originalité, qui encombrent sans profit la littérature. Nous leur savons gré de la bonne grâce avec laquelle ils se sont pliés à cette discipline dans l’intérêt général.

tl avant-propos

En conformité des tendances actuelles si fécondes, qui poussent tous ceux qui écrivent à objectiver leurs pensées, nous avons donné une tr'es grande place aux planches et aux figures. Presque toutes sont originales et inédites, et le souci de concilier l’exactitude la plus scrupuleuse avec le caractère artistique a présidé à leur exécution .

En ce qui concerne ce point particulier, comme pour tout ce qui ressortit à la typographie et à tout cet ensemble de détails qui constitue l’art du livre, nous avons trouvé chez nos éditeurs, MM. 0. Dois ‘ et Fils, une largeur de vue et un désintéressement dont nous leur sommes reconnaissants.

leur nombre par le mouvement des idées, exigent une collabora-

Rassembler et présenter méthodiquement les connaissances acquises èur chaque question, est â l’heure actuelle, une des conditions essentielles du progrès; Cette étude d’ensemble était très dési1

une fois de plus nous mettre à même de tirer profit de leur savoir-, de leur grande expérience et de la sagesse de leurs vues.

Les collaborations médicales, chirurgicales et scientifiques qu’ils

assurer à l’Urologie le rang qu’elle doit, pour l’intérêt de tous, occuper dans la pratique et dans la science.

Grâce à l'entente établie entre les directeurs, les collaborateurs et l’éditeur de l 'Encyclopédie française Æ Urologie, les lecteurs de ce grand ouvrage constateront dans chacun de ses six volumes, les caractères d’une œuvre bien conçue et soigneusement exécutée. Aussi bien au point de vue scientifique et pratique que dans la partie artistique et pour la typographie, tout a été prévu et rien n’a été négligé, afin que l 'Encyclopédie française <1 Urologie soit digne de notre pays et conforme à son esprit.

Le corps médical sera reconnaissant aux directeurs et aux auteurs d’avoir apporté tant de soins à l’étude d’une spécialité. Us reconnaissent en l’envisageant comme ils l’ont fait que : quel que soit l’objet de sa pratique personnelle, chacun de nous a l’obligation de trouver en lui-même et dans son savoir, ce qui permet de préserver des maladies et de guérir les malades.

C’est la haute et difficile mission que nous imposent les progrès modernes. Nous manquerions à notre devoir professionnel en ne nous préparant pas à la pouvoir remplir : en toutes circonstances, dans toute situation, et pour chacune des parties de la pratique à laqueUe nous nous destinons.

Nous devons aussi nous attacher à utiliser avec beaucoup de méthode, les moyens que les découvertes de la science et les conquêtes de l’industrie mettent à notre disposition. Sous leur influence, l’action médico-chirurgicale se précise, s’élève et s’étend. Aussi bien dans l’investigation que pour le traitement, leurs précieux secours sont les garants des plus heureux résultats.

L’investigation médico-chirurgicale est, on le sait, la plus compliquée de toutes. Claude Bernard le déclarait déjà en 1865 ‘. « Elle comprend, en effet, disait-il, tous les procédés qui sont propres aux recherches anatomiques, physiologiques et thérapeutiques, et, de plus, en se développant, elle emprunte à la physique et à la chimie une foule de moyens de recherches qui deviennent pour elle de précieux auxiliaires. «Ainsique dans l’investigation scientifique, où, <c chaque fois qu’un moyen nouveau et sûr d’analyse expérimentale

PRÉFACE

s’élèvera la connaissance de la pathogénie. Il est de plus en plus permis de s’étudier à atteindre la précision scientifique. Nous avons actuellement sous les yeux les résultats obtenus ; ils permettent de juger ce qui a été fait et dé se rendre compte de ce que nous avons le devoir de faire.

De nombreuses modifications dans le tràvaîr médico-chirurgical sont devenues nécessaires. L’on a bientôt admis que la localisation des efforts, aussi bien dans la recherche scientifique que dans l’action pratique, était, dans certaines limites, devenue indispensable. Le besoin s’en était à diverses reprises manifesté : dans le -passé; il importait qu’il fut désormais franchement accepté pour1 quelques parties de la médecine et de là chirurgie.

La renaissance dès spécialités médico- chirurgicales s’èst effectuée. Chacun sait aujourd’hui les grands résultats obtenus âùssi'hiën dans l’investigation que pour le traitement des malades et- ^instruction des élèves'. Leur nécessité est pleinement affirmée; il n’en pouvait être autrement.

La division du travail est devenue une des conditions^dn progrès. Elle en permet l’extension, elle en favorise’ la 'continuité, mais ne saurait, par contre, suffire pour en assurer la stabilité. En' ce qui nous concerne, nous ne pouvons la réaliser qu’en nous laissant, èn toute occasion, toujours guider par la clinique.’ Nous devons constamment obéir à sa direction pour la mise en usage des; multiples ressources dont nous disposons. Elle établit les conditions -qu’ exige leur succès dans là pratique dont elle est la gardienne. Son contrôle sans cesse renouvelé est notre garantie.

Élevés à son école, nous apprenons à connaître -le terrain sur lequel nous sommes appelés à agir. Nous constatons la complexité si grande des états morbides ; nous voyons l’influence qu’ils exercent sur les déterminations qu’il convient de prendre et sur les modalités de leur application. L’instruction et l’éducation que nous en recevons nous font comprendre : que la science des indications gouverne la pratique médico-chirurgicale. Elle la régit, en effet, dans chacun de ses actes.

Connaître les moyens et apprendre à nous en servir très habilement n’est pas et ne peut être le principal, à plus forte raison, le seul objectif de notre éducation professionnelle. II. faut savoir déter-

PRÉFACE

miner, avec toute l'exactitude possible : les conditions dans lesquelles il est opportun d’y avoir recours.

Le choix judicieux des moyens s’impose dans l’exercice de la médecine et de la chirurgie générales; il devient plus absolu pour les spécialités. On sait quels sont dans la plupart d’entre elles, le nombre et l’importance des moyens sans cesse utilisés, pour l’investigation et dans le traitement. C’est une de leurs raisons d’être. 11 faut donc que l’enseignement technique y soit très soigneusement développé.

Toutefois la solution des problèmes, soulevés par la maladie, ne dépend pas uniquement d’un bon instrument, de l’habileté de la main qui le conduit, du choix heureux d’un réactif approprié. La perfection prédite, à juste raison par Babinet, aux spécialistes né peut, pour les spécialistes de notre profession, être seulement la perfection technique. En toute circonstance et quel que soit son degré, elle serait insuffisante.

La délimitation des terrains morbides n’est jamais absolue. Entre les lésions d’un organe et l’état de l’organisme, il y a souvent une solidarité étroite et les parties composantes d’un même appareil ne sont pas, dans nombre de cas, isolément atteintes. Le spécialiste ne doit pas seulement devenir capable d’exécuter avec habileté les manœuvres nécessaires à l’établissement du diagnostic et à la mise en œuvre du traitement de l’organe malade. Il lui appartient de déterminer les indications.

Aussi bien au point de vue professionnel qu’au point de vue scientifique, tout travail médico-chirurgical, quelles qu’en soient les limites, la nature et l’objet, doit être de <t l’action clinique ». ::

Cette condition ne serait pas remplie si Ton n’acceptait l’absolue nécessité de Texamen de l’ensemble des renseignements fournis par le malade et la maladie, de chacun des indices dénonciateurs des états morbides, pour être guidé dans le choix et l’emploi des moyens grâce auxquels l’investigation et l’action médico-chirurgicales ont pris une place si grande et sont si manifestement utiles. Tout démontre qu’on ne saurait trop prendre l’habitude de s'inquiéter du choix des moyens et de l’opportunité de leur emploi. La réflexion y invite, mais les fautes parlent un langage impératif.

Il y aurait péril pour l'avenir des spécialités, si les spécialistes ne reconnaissaient (on Ta très judicieusement dit) « que la technique

PRÉFACE

infiniment précieuse, quant aux faits, peut avoir, quant aux idées, une dangereuse influence. »

Notre manière d’agir résulte de la situation qui nous est faite par le malade et par la maladie. Une bonne technique nous empêche d’être inhabiles, la clinique nous permet de ne pas être « mal avisés ». Quand on tient compte de ses enseignements, on se garde de ne pas mettre l’étude du malade en sa place. Elle a toujours le premier rang.

On décide alors, en connaissance de cause, ce qu’il est opportun de faire, l’on agit quand il faut et comme il faut. Grâce à l’étude méthodique du malade et du terrain dont la maladie a pris possession, nous nous engageons dans le chemin qu’il convient de suivre avec toute chance de le parcourir en sécurité. Nous déduisons, en effet, de nos observations, les hypothèses que nous avons à vérifier. Une méthode directrice déterminant les conditions dans lesquelles les faits doivent être observés et interprétés pour réunir les qualités qui permettent de se faire un avis, avant de conclure, est indispensable. Elle nous met à même de recevoir des faits les leçons qui conduisent à l’expérience. On conçoit qu’elle puisse y faire arriver de bonne

Que les recherches à poursuivre après ces préliminaires deviennent scientifiques, c’est-à-dire expérimentales, ou restent purement cliniques, nous sommes en possession du point de départ et des indications nécessaires. Ces conditions primordiales ne pourraient être remplies, si l’enseignement et la pratique des spécialités, limités à un seul savoir, étaient détachés de l’ensemble.

Ceux d’entre nous qui veulent se consacrer à l’étude et à la pratique d’une seule partie de la pathologie ne peuvent « servir la cause des malades », s’ils ne sont pénétrés des idées et formés par la discipline, qui ont fait entrer la médecine et la chirurgie générales dans la voie du progrès.

L’introduction de la méthode expérimentale, dans les sciences médicales, n’a pas ébranlé la clinique. Elle lui apporte les secours les plus efficaces et lui fournit le point d’appui le plus sùr en nous faisant prendre l’habitude de toujours rechercher et déterminer : le rapport rationnel qui existe nécessairement entre le phénomène observé et sa cause.

PRÉFACE

Il n’y a pas lutte entre la discipline expérimentale et la clinique ; il y a nécessité d’un accord. Les principes de la méthode expérimentale fournissent ses éléments indispensables ; mais il est nécessaire, dans leur application à la pratique médico-chirurgicale, de se plier aux circonstances. Cet art si délicat appartient à la clinique.

C’est dans cet accord que tous ceux qui se rouent à la pratique trouvent les conditions qui permettent de travailler patiemment et méthodiquement le champ qui nous est ouvert, afin de consolider peu à peu et d’étendre graduellement ce qui a été acquis par l’étude minutieuse et prolongée des phénomènes de la vie morbide.

Pénétrés de l’absolue nécessité d’une étroite et constante collaboration de la science et de la clinique, ils contribueront à régulariser et à coordonner les efforts qui assurent aux malades lés bienfaisantes réalisations qu’il nous est actuellement permis de poursuivre dans toutes les parties de la pratique médico-chirurgicale. Le spécialiste qui procède ainsi prend place parmi les plus utiles artisans du progrès.

La spécialisation médico-chirurgicale partagé toutes les responsabilités de la profession médicale. On ne peut s’y préparer, on ne peut s’y consacrer sans satisfaire aux mêmes exigences.

Le but n’est pas différent.

Les spécialistes, eux aussi, doivent, avant tout, être des clini-

Aucun d’eux ne saurait oublier que le clinicien est un homme dont le savoir est assez étendu et l’expérience assez longue pour avoir appris c à lire le malade, à reconnaître la maladie, à suivre son évolution, à la comprendre, à la traiter » et, le cas échéant, l’enseigner à ceux qu’il peut être appelé à instruire en les mettant en contact avec les malades.

Nous avons besoin, avant de commencer nos études professionnelles et alors que nous les poursuivons, de longues préparations pour arriver à la formation intellectuelle et morale nécessaire. Ses agents essentiels sont une instruction étendue et une forte éducation. Il faut du temps pour les acquérir et se trouver à même de recevoir les enseignements de l’investigation clinique.

Il ne suffit pas, pour arriver à la pratique, de connaître chacune des parties de nos programmes d’étude. -Il faut acquérir la calme

PRÉFACE

possession de soi-même qui permet de toujours se surveiller, afin d’être constamment attentif. C’est l’indispensable garantie de tous nos actes professionnels.

Quel que soit notre rôle dans l’exercice de la profession médicochirurgicale, nous ne pouvons le bien tenir qu’en nous soumettant pleinement aux conditions qui la régissent. Elles sont communes à toutes les professions studieuses.

Nos spécialités ne peuvent être considérées comme des professions manuelles qui exigent un apprentissage plutôt que des études proprement dites. Elles aussi sont des professions studieuses. S’il en était autrement, ce n’est pas seulement leur avenir qui pourrait, comme il le fut naguère, être en jeu. Ce serait l’avenir de la profession médico-chirurgicale sur lequel la spécialisation prend une très grande influence.

Il faut que les acquisitions qu’elles permettent de faire soient dues à l’accord et à l’étroite collaboration « de l’esprit scientifique et de l’esprit clinique ». La logique peut les opposer l’un à l’autre; ils ne sauraient se séparer dans la pratique qui trouvera dans leur concordance son meilleur point d’appui.

La parenté régulière qui rattache à ces deux esprits tout ce qui ressortit à la pratique et à l’enseignement médico-chirurgical doit être légitimement établie par ses origines. Plus que jamais nous sommes intéressés à ne pas laisser relâcher les liens de leur œuvre collective.

U importe surtout de né pas s’y exposer « en assignant prématurément un but restreint aux études médicales ». Si l’on veut trop tôt les limiter, l’élève pourrait être amené à négliger les parties de l’enseignement médico-chirurgical qu’il jugerait inutiles. Il s’exposerait, dès les premiers pas, à l’amoindrissement de son savoir, à perdre l’habitude de l’effort; il préparerait ainsi la diminution de sa qualité professionnelle. Le danger des tendances qui mettraient en cause dans l’éducation médicale : la nécessité d’un savoir étendu et le besoin de s’utiliser tout entier, doit être; nettement dénoncé. 11 ne peut être méconnu.

Dans notre carrière, un enseignement purement utilitaire ne saurait convenir. Rien, du reste, ne nous impose immédiatement l’acquisition d’une technique spéciale. Mais nous ne pouvons songer

PBÉFiCE

trop tôt, ét continuer trop longtemps, à fortifier êt à élargir l’esprit.

Il nous est permis de penser et de dire que cette nécessité, de tout temps reconnue dans la profession médicale, s’impose actuellement avec d’autant plus:de forceque nos progrès journaliers nous mettent en présence de questions non seulement plus nombreuses, plusdifficiles, plus importantes, mais surtout plus délicates. Auxleviei-s dont nous disposons, il convient de chercher des points d’appui sûrs.

Un esprit lentement et sérieusement enrichi nous sera toujours indispensable. C’est une de nos prérogatives. L’utilisation immédiate du savoir ne permettrait pas de la conserver. La maturité est, en effet, la condition de son emploi réfléchi et bien ordonné. Attendre trop longtemps, peut ne pas être sans inconvénients. Toutefois, il a été de tout temps constaté que l’enseignement et la pratique des spécialités peuvent bénéficier de la maturité de ceux qui s’y consacrent.

Ce n’est pas indifférent d’en faire la remarque, alors que s’affirme avec tant de vivacité une tendance fort accusée pour les spécialisations hâtives. Assurément il est nécessaire d’être un parfait technicien, mais personne n’ignore qu’on peut le devenir sans le concours du nombre des années. Dans notre profession, il est indispensable d’être un véritable clinicien. Ce genre de valeur se fait beaucoup plus attendre.

Alors qu’il s’agit de la santé de l’homme, le principe de la division du travail ne peut être appliqué dans chacune des conditions qui permettent de l’adapter, si heureusement, à l’industrie. On sait, par exemple, qu’il donne entre autres avantages aux professions ouvrières la possibilité d’arriver au meillepr résultat avec le moindre effort. Cela est tout à fait légitime quand tout peut être mécaniquement réglé et accompli, mais n’est pas de mise alors que l’on assume les responsabilités de la profession médicale.

Les lignes que je viens d’écrire reproduisent des pensées que j’âi bien souvent exprimées. A toutes les périodes de ma carrière il m’a paru que les difficultés, les hasards et les surprises de la pratique médico-chirurgicale, la nécessité de saisir l’occasion favorable, exigeaient un savoir étendu et l’habitude d’actes réfléchis -toujours méthodiques et ordonnés. Ma croyance dans l’efficacité de pareilles garanties contre semblables réalités s’est encore affermie lorsque les circonstances m’ont conduit à la spécialisation. Je me suis efforcé de la faire partager. Cela explique mes répétitions persistantes et

PRÉFACE

m’excusera de redire, une dernière fois, ce que j’ai si longtemps enseigné et si souvent vérifié dans la pratique.

La pratique médico-chirurgicale a le droit de s’enorgueillir de tant de grands progrès accomplis et de beaucoup compter sur ceux qui se préparent ; elle ne peut pas laisser s’amoindrir l’autorité de la clinique. Ce n’est point à elle seule que nous devons confier notre avenir, mais il lui appartient de continuer à maintenir dans une indissoluble union tout ce qui a fait la force de l’action médico-chirurgicale française et assuré sa bienfaisante influence. L’étude journalière des faits amène à conclure que son appui nous reste indispensable pour bien penser, pour agir régulièrement et1 pour que la division du travail médico-chirurgical n’aboutisse pas seulement à de bonnes formations techniques. Faites sous la direction de la clinique, les préparations spéciales ne s’isoleront pas de la préparation générale ; elle empêche de s’en libérer.

F. Güyon.

D’UROLOGIE

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