ULCÉRATIONS SYPHILITIQUES
Elles appartiennent aux trois périodes de l'affection : chancres, plaques muqueuses, gommes ou ulcérations tertiaires, telles sont les lésions dont il faut savoir établir le diagnostic.
A. — Changbe des lèvres.
Chancre simple.
Les chancres simples extra-génitaux se produisent où « le hasard d'une contagion accidentelle, d'un attouchement quelconque » les a placés.
On en a observé de nombreux exemples sur toutes les régions du corps. « Mais il est une rtgion où on ne les rencontre que d'une façon eicessivement rare et singulièrement exceptionnelle, c'est la région céphalique. » Et cela est d'autant plus surprenant que le chancre syphilitique s'observe avec une certaine fréquence sur les lèvres, à la langue et sur les muqueuses ou sur la peau de la face. RoUet de Lyon, et Ricorddans ses cliniques de 1856, appellent l'attention sur ce fait.
Sur 200 observations d'Alfr. Fournier (i) relatives aux chancres de la région céphalique (lèvres, luigue, paupières, front, etc.) aucune n'est rela* Uve à des chancres simples. On en cite un seul
(1) Alf. Foarnier, Nouv. dictionn. de médecine et de te pratiques, art. Chancri. Paris, 1867, t. VIL
exemple. C'est une observation du D' Puche. 11 s'agit d'un homme qui se présenta à l'hôpital avec une ulcération chancreuse siégeant sur la peau de la lèvre inférieure vers la ligne médiane. Cette ulcération avait les dimensions d'une pièce de cinquante centimes et tous les caractères du chancre simple. Sa nature fut du reste déterminée par l'auto-inoculation.
Cette rareté du chancre simple peut s'expliquer par les deux raisons suivantes :
lo Le chancre simple étant cantonné dans les organes génitaux ne peut se produire que par le rapport direct avec les organes sexuels.
2"* Les expériences de Bassereau, Puche, Rollet, Boek montrent que les tissus de la face sont de mauvais terrains pour la graine chancreuse : le chancre simple s*y étiole.
Chancre syphilitique.
Les contacts de bouche à bouche sont des occasions fréquentes de contagion. Le danger de contagion est d'autant plus à craindre qu'il est possible et par l'accident primitif (rare) et par l'accident secondaire (forme de contagion très fréquente). Comme d'autre part les plaques muqueuses peuvent exister sur tous les différents points du corps, échapper à un examen rapide, elles deviennent l'occasion de nombreuses infections. Dans ces cas, les chancres siègent surtout aux lèvres.
On cite de nombreux exemples de ce mode de contagion. Une petite fille reçoit avec un baiser la syphilis qui débute par un chancre de la lèvre, se présentant sous la forme d'une gerçure vulgaire et insignifiante, et transmet la syphilis à toute une famille.
Chez les enfants, l'allaitement favorise beaucoup la contagion. On sait en effet qu'on observe assezfréquemment des plaques muqueuses de la région du mamelon chez les nourrices syphilitiques (1). — Dans certains cas, le virus syphilitique est transporté aux lèvres par l'intermédiaire des doigts à la suite de simples attouchements : c'est la contagion médiate.
Dans les verreries, plusieurs ouvriers qui se servent du môme tube pour souffler le verre peuvent se transmettre ainsi la syphilis. Chez eux, les chancres des lèvres sont consécutifs à des érosions des lèvres produites par des tubes
(1) Tardior^ Étude médico-légale sur les maladies produites accidentellement ou involontairement ^ par imprudence, négligence ou transmission contagieuse, comprenant l'histoire médico-légale de la syphilis. Paris, 1879.
G. MARGHAMT. — JOUES, LÈVRES ET FACE
rugueux et contaminés: Dechaux a publié (1) un traTail concernant une épidémie de syphilis transmise de cette façon chez les verriers de Montluçon.
Les chancres des lèvres sont les plus fréquents des chancres extra-génitaux. D'après la statistique de Homélie (2), sur 55 cas de chancres extra-génitaux, on en a 36 des lèvres, chez l'homme ; 20 sur 30 chez la femme . Le chancre des lèvres est donc plus fréquent chez la femme que chez Thomme.
Le chancre syphilitique s'observe plus fréquemment à la lèvre supérieure qu'à l'inférieure ; il est relativement rare à la commissure et ne se montre que par exception aux deux lèvres.
La variété la plus commune est le chancre induré, bombé du bord libre, qui s'accompagne de sclérose volumineuse et constitue une tumeur dure qu'on a pu confondre avec un épithélioma.
L'œdème dur envahit quelquefois toute la lèvre qui devient épaisse et proéminente comme chez les scrofuleux.
LUnduration cartilagineuse qui est donnée comme un des caractères symptomatiques du chancre infectant ne seraitpas constante, d'après quelques auteurs. Des dissidences sur un point d'observation facile tiennent à ce fait que l'induration chancreuse est peut-être une question de siège, de profondeur de l'ulcération. Quoi qu'il en soit, il faut se souvenir que ce phénomène si caractéristique peut manquer et ne doit pas faire méconnaître l'importance pronostique de l'ulcération. Nous venons d'observer deux cas de chancre infectant du bord libre de la lèvre inférieure : ils ne s'accompagnaient pas d'induration périphérique.
Le chancre fissurique^ qui siège surtout à la commissure ou surlaligne médiane, se compose quelquefois de deux noyaux indurés séparés par la fissure et s'écartant plus ou moins l'un de l'autre, rappelant un cœur de carte à jouer, — La forme ecthymateuse du chancre des lèvres n'est pas rare. — Dans quelques cas, le chancre se présente sous la forme d'une érosion superficielle semblant se perdre au milieu de la rougeur des parties environnantes et d'une éruption impétigineuse. — Chez les scrofuleux, la zone périchancreuse peut revêtir les caractères objectifs qui accompagnent les tubercules cutanés.
Enfin, on observe des chancres nains, très superficiels, qui simulent des érosions, des
■ (I) Dechaux, Gasette médicale de Lyon^ 1967 et De la Syphilis des verriers in Parallèle de P hystérie, Paris, 1873.
(2) HomoUe, Nouv, Dici. de méd, et de chirur, pratiques. Paris, 1S83, t. XXXIV, p. 598, art Syphujs.
gerçures, d'un diagnostic souvent difficile.
Le phagédénisme a été plusieurs fois signalé.
L'adénopathie indolente.souvent volumineuse, siégeant au voisinage de l'angle de la mâchoire et dans les ganglions sus-hyoidiens de la ligne médiane, est la règle.
La cicatrice laissée par le chancre est différente, suivant la variété de l'ulcération et suivant son siège. Pour le chancre érosîf, elle est représentée par une pellicule épidermique entourée d'une zone rouge, quelquefois brunâtre, qui a les dimensions de l'érosion primitive. S la peau, la rougeur est souvent remplacée une teinte bronzée.
Sur les muqueuses, la cicatrice pâlit rapide ment. Dans les cas rares où le chancre suppu — rant a détruit le tissu dermo-papillaire, il res une cicatrice indélébile. Cette cicatrice est quel— quefois pigmentée; mais elle se décolore pi ou moins rapidement ; elle est presque toujo déprimée.
D'après A. Fournier, 49 fois sur 50 le chancr»> syphilitique ne laisse pas de traces.
Enfin, il faut noter que le chancre cutan»* s'efface plus lentement que celui des muqueu ses. Cette cicatrisation est toijgours lente (4 6 semaines), elle est postérieure à l'apparitio des manifestations secondaires»
B. — Plaquis muqueuses.
Elles sont fort communes, caractérisées tan tôt par une érosion, tantôt par une papule leur contour, leur teinte blanche opaline, nombre et leur siège (commissure, face in^ terne des lèvres), leur coexistence avec des lésions similaires, dans diverses régions, chez un sujet entaché de syphilis, en rendent le diagnostic facile. Le seul intérêt de leur histoire est qu'elles semblent se produire de préférence Ik où une cause d'irritation se fait sentir (tuyau de pipe, porte-cigarette, etc.)«
11 faut se souvenir que les gammes syphiU' tiques peuvent exister au niveau des lèvres : mais cette localisation rare n'a rien de spécial et ne comporte pas d*autres développements.
Les ulcérations aphthettses siègent surtout au niveau de la face interne des lèvres et des joues : elles sont constituées par un soulèvement circulaire de la muqueuse, du Yolume d'une petite lentille : à son niveau, le revêtement muqueux devient blanc, puis se crève, et il reste une petite ulcération arrondie, très superficielle, plutôt pénible que douloureuse, qui après deux à trois jours se cicatrise : ces carao-