ABCÈS FROIDS
répare que par la production de tissu inodulaire. La cicatrice est une écrouelle.
Je reviendrai plus loin sur ce qui concerne Tadénite tuberculeuse ou les ganglions tuberculeux, je ne parle ici que des abcès froids, mais l'adénite tuberculeuse- aboutit à Tabcës. Que l'abcès ait eu pour point de départ un ganglion tuberculeux, ou un dépôt tuberculeux souscutané, le résultat est le même et les indications thérapeutiques sont identiques.
Le siège de prédilection pour les abcès froids est au cou la région sus-hyoïdienne et la région sus-claviculaire; j'ai vu pourtant un abcès froid sous-cutané dans la région sous-hyoîdienne en avant de la trachée.
L'extirpation, Tinjection d'éther iodoformé ou le curage, sont les procédés de choix pour la cure des abcès froids. Le temps n'est plus où il fallait se contenier de compter sur la guérison spontanée des abcès froids en faisant des efforts bien souvent inutiles pour éviter des cicatrices difformes. L'abcès froid est une lésion tuberculeuse; ce n'est pas le contenu, c'est le contenant qui porte le tubercule, c'est donc le contenant qu'il faut détruire, par l'un des trois procédés que je viens d'indiquer.
I/extirpation est radicale et sûre, mais au cou elle n'est praticable que pour les petits abcès sous-cutanés, sous peine de nécessiter des délabrements fort graves. Elle laisse en tout cas forcément une cicatrice. Gazin (i) a appliqué à l'excision des abcès froids le très ingénieux procédé indiqué par Pozzi pour l'extirpation des tumeurs liquides : c'est à savoir de vider la tumeur par une ponction et de la remplir de paraffine ou de blanc de baleine fondu qui se solidifie par le refroidissement.
L'injection de glycérine ou d'élher iodoformé, indiquée, je crois, pour la première fois par Mosetig von Moorhof dans son livre récent sur remploi chirurgical de Tiodoforme, mais préconisée en France par le professeur Verneuil, est à la fois simple et efficace. L'abcès est vidé à peu près complètement à l'aide de l'appareil aspirateur Dieulafoy, puis une quantité relativement faible d'éther iodoformé à un dixième ou à un vingtième est injectée dans la poche. L'éther se volatilise, l'iodoforme reste et tapisse les parois de l'abcès; or l'iodoforme est un poison sûr pour le bacille de la tuberculose. L'opération est renouvelée deux ou trois fois à quinze jours d'in-
(I) Gazin, Discussion sur le traitement des abcès froids. Premier Congrès français de chirurgie, séance du 10 avril 1885.
lervalle. Si l'abcès est ouvert, s'il existe une fistule, ce ne sera plus à l'injection d'éther iodoformé, mais aux injections quotidiennes d'une émulsion d'iodoforme qu'il faudra avoir recours.
11 est enfin une troisième ressource, c'est l'incision large de l'abcès et la destruction de la poche par le curage à Paide d'une cuiller tranchante. Le curage doit être absolu et complété par un badigeonnage de la plaie à l'aide d'une solution faible de chlorure de zinc ou par l'attouchement avec le thermo-cautère. La plaie est ensuite drainée et réunie par les uns, non réunie par d'autres. Cette méthode est du reste applicable aux abcès ossifluents.
20 ABCÈS OSSIFLUENTS.
Les abcès froids ossifluents du cou naissent soit du maxillaire inférieur, soit du cr&ne, soit de la colonne vertébrale.
Ceux qui naissent du maxillaire inférieur fluctuent dans la région sus-hyoïdienne. Ceux qui naissent du crâne cheminent dans la gaine du sterno-masloïdien s'ils proviennent de l'apophyse mastoïde; dans la gaine des vaisseaux s'ils proviennent du rocher; dans la gaine de l'un des muscles de la nuque s'ils proviennent de l'occipital; entre le pharynx et l'aponévrose préverlébrale, à la place occupée par les abcès rétro-pharyngiens, s'ils proviennent de l'apophyse basilaire; enfin ceux qui naissent de la colonne vertébrale font saillie entre la colonne et l'aponévrose prévertébrale s'ils proviennent des corps vertébraux ou des apophyses articulaires ; entre les deux feuillets de la cloison aponévrotique ou aponévrose profonde du cou qui sépare la loge antérieure et la loge postérieure, là où sont logés les nerfs des plexus cervical et brachial, s'ils proviennent des apophyses transverses; le long des gouttières vertébrales s'ils proviennent des apophyses épineuses ou des arcs vertébraux. En un mot, comme tous les abcès de cette espèce, les abcès ossifluents du cou sont voyageurs, et le sens de leur voyage est déterminé par la disposition des couches musculaires et aponévroliques.
Les abcès partis du maxillaire inférieur restent sus-hyoïdiens s'ils proéminent en avant des muscles, mais ils peuvent dépasser la région à'ilssont situés en arrière.
Dans la gaine du sterno-mastoldien, les abcès ossifluents restent cervicaux. Dans la gaine des vaisseaux oudansla région rétro- pharyngienne, ils peuvent au contraire passer dans le thorax.
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Quant aux abcès qui proviennent de la colonne vertébrale, en avant ils suivent les scalënes et viennent fluctuer au niveau de leurs insertions costales. Sur les côtés, venus des apophyses transverses, ils suivent les nerfs du plexus brachial et aboutissent soit à Faisselle , soit au bras; en arrière, ils s'insinuent entre les muscles de la nuque et viennent proéminer soit en avant du bord antérieur du trapèze, soit même directement en arrière. 11 en est de même au surplus des abcès qui naissent sur Toccipital.
Le diagnostic des abcès froids ossiflaents du cou est souvent difGcîle au début en raison de la profondeur du mal. Les troubles fonctionnels, résultant de la compression exercée par la poche purulente, sont parfois accentués sans qu'on puisse obtenir de notion exacte sur celle-ci. S'il existe une tuméfaction profonde, il peut en effet être impossible d'en reconnaître la nature. Mais lorsque la fluctuation devient palpable l'hésitation cesse. Que pourrait être en effet une tumeur fluctuante? Un phlegmon s'accompagne de phénomènes aigus; un kyste est moins profond d'ordinaire et se développe plus lentement; le kyste hydatique seul pourrait donner lieu à Terreur, mais une ponction exploratrice lèverait
tous les doutes. Du reste, bien souTent le chirurgien ne verra le malade qu'une fois l'abcèf ouvert et la fistule établie.
Le traitement des abcès ossifluenU est au coq ce qu'il est partout ailleurs. On tentera d'abord la guérison par les injections d*iodororme, et a Ton échoue on pourra essayer le coiage à toutefois la lésion osseuse par son étendae et par sa situation anatomique permet d'espérer un succès. Au surplus il s'agit bien soount de mal de Pott cervical dont il ne m'appartient pas de parler ici (voy. Maladies du rachis), rajouteni toutefois qu'il ne faut pas oublier qu'il est toute une nombreuse classe d'abcès froids qui ne deviennent ossifluents que secondairement L'abcès né et développé dans les parties molles se dirige vers les parties dures ; il les attaque, il les envahit, il n'en provient pas. Ce sonlU, je pense, des cas de choix pour le traitement par le curage antiseptique, car d'ordinaire la lésion osseuse est superficielle.
Quant aux complications des abcès firoids do cou, ce sont, comme pour les abcès phlegmoneux, mais plus rarement, les perforations des vaisseaux, ou de la trachée, ou de l'ossophage, avec leurs conséquences ordinaires.