BLESSURES DES MUSCLES. ~ RUPTURE SOUS-CUTANÉE
ou granulo-graisseuse, s'observe assez souvent. L'histoire de cette dernière variété appartient à la pathologie médicale, je ne m'en occuperai pas.
Siège et fréquence.
La solution de continuité occupe soit exclusivement les fibres musculaires, soit exclusivement les fibres tendineuses, soit les deux à la Ibis lorsqu'elle porte sur l'un des points de la région où s'opère la fusion entre les deux ordres de fibres.
Jean Sédillot (1) soutenait que dans la majorité des cas il s'agissait non d'une rupture, mais d'un décollement entre le muscle et son tendon. Mais, ainsi que le fait très justement ressortir Nélaton (2), les fibres musculaires s'insèrent sur les tendons si obliquement, et sur une si grande étendue qu'elles les recouvrent en très grande partie, ou en sont recouvertes, et que les deux ordres de fibres s'engainenl ou sont engainées l'une dans l'autre. Un décollement entre un muscle et son tendon ne donnerait pas dès lors cette solution de continuité à bords aets, taillés à pic et perpendiculaires à l'axe du muscle, qui caractérise les ruptures musculaires. Muscle et tendon ne s'abandonneraient pas complètement ; ils resteraient dans la position respective d'une épée à demi tirée de son Iborreau.
Nélaton a réuni et étudié 49 observations de rupture, avec désignation exacte du siège de la blessure dans 43 cas. De cette étude, il conclut que la rupture porte exclusivement sur le tendon, ou à la fois sur le muscle et le tendon, 29 fois sur 43, soit dans les deux tiers des cas ; et sur le muscle exclusivement, 14 fois sur 43, ioit dans le tiers des cas.
Plus le corps d'un muscle est long et plus son tendon est court, plus les ruptures ont chance de porter sur les fibres charnues et vice versa, Cest pourquoi les ruptures des extenseurs sont plus fréquemment tendineuses ou musculo-tendioenses et les ruptures des fléchisseurs plus soQ?ent musculaires. C'est ce que démontre eneore la statistique de Nélaton, où l'on trouve des ruptures :
(1) Jean Sédillot, Mémoire sur la rupture musculaire {Mémoires de la Société de médecine de Paris ^ JSI7, p. 15S).
(2) Nélaton, Éléments de pathologie chiiurgicale^ \U», t. I, p. 780.
Da grand droit de Tabdomen 4 fois.
Da sterno-mastoldien 2 —
Da membre supériear (biceps et deltoïde) 2 —
rk X. i fx-x (fléchisseurs. 4 — Da membre inférieur i ^
(extenseurs.. 31 —
Étiologie.
De l'étude des diverses causes invoquées dans les observations de rupture, il ressort un seul fait positif, c'est que le muscle rompu était toujours en contraction violente et forcée au moment de Taccident.
Les ruptures des muscles au repos ont toujours eu lieu par choc direct, c'est-à-dire que ce ne sont plus des ruptures spontanées, mais bien des ruptures traumatiques, c'est-à-dire des plaies contuses.
On a invoqué bien des raisons pour expliquer ce fait, difficile à concevoir, d'un muscle se rompant sous son propre efi'ort. Un muscle en contraction se tasse sur lui-môme, en effet, et devient d'autant plus résistant et d'autant plus dur, que la contraction est plus violente ; aussi est-il probable que la rupture ne survient que parce que la contraction se trouve mal coordonnée et irrégulière, en raison môme de sa violence et de sa brusquerie. Dans un muscle normalement contracté, toutes les fibres font un égal travail et offrent la môme résistance et le môme état physique. Or si, en raison de la brusquerie de l'effort, une zone de fibres subit un retard môme léger pour entrer en contraction, tandis que le reste du muscle y entre subitement, cette zone de fibres relativement relâchée constituera un point faible susceptible de se rompre. Mais les ruptures ne se produisent pas toujours au début de l'efforL Le muscle peut, en effet, entrer régulièrement en contraction excessive ; naturellement il se fati-^ gue, mais la fatigue peut être inégalement répartie, une zone musculaire peut s'épuiser et se relâcher, tandis que le reste du muscle se contracture sous l'effort redoublé ; la zone épuisée et relâchée sera moins résistante et se déchirera. Or, il faut remarquer qu'il suffit d'une rupture limitée pour que la contraction produise une rupture totale, la masse du muscle se trouvant affaiblie dans la zone atteinte. Ainsi s'expliquent les ruptures musculaires ; quant aux ruptures tendineuses, on ne peut les concevoir que par la seule brusquerie ou la seule intensité de l'effort. Telle est la façon dont les ruptures musculaires peuvent se concevoir. Elles se produi-
MAURICE JEANNEL. — BLESSURES ET MALADIES DES MUSCLES
sent dans les exercices violents, tels que le saut, la course, Faction de porter un fardeau, les vomissements, Taccouchement, la défécation. On les observe encore dans le tétanos, Tépilepsie, les accès convulsifs du délirium tremens.
Anatomie pathologique.
C'est dans les cas de tétanos ou de délirium tremens que Tanatomie pathologique des ruptures musculaires a pu être faite. On constate alors que le plan de la rupture du muscle est ordinairement perpendiculaire à Taxe du membre. Un épanchement sanguin, quelquefois très considérable, existe entre les deux segments musculaires rétractés. Il existe souvent un certain degré de myosite traumatique.
Quelquefois la rupture est incomplète, c'est-àdire qu'elle n'intéresse qu'un certain nombre de faisceaux musculaires.
La réparution se fait par production d'une cicatrice fibreuse à la manière des plaies contuses des muscles.
Symptomatologie .
Une douleur subite, intense, amenant parfois l'évanouissement, surprenant le blessé au milieu de l'effort qui cesse aussitôt, douleur semblable à celle que produirait un coup de fouet, siégeant au niveau de la rupture; une sorte de craquement sourd ; l'impuissance subite de la région douloureuse ; tels sont les signes qui annoncent d'ordinaire la rupture d'un muscle.
Vient-on à examiper la région blessée, on constate sur le trajet d'un muscle deux tumeurs entre lesquelles existe une dépression fluctuante. Fait-on contracter le muscle, on voit ces tumeurs grossir et s'éloigner l'une de l'autre ; tandis que la dépression s accroît. Si au contraire on laisse le muscle au repos, on peut par des pressions douces arriver à effacer et à réunir les tumeurs, en supprimant la dépression. Dans un cas, signalé par Virchow, de rupture du biceps brachial, chez un alcoolique atteint de délirium tremens, le bout supérieur du muscle fortement rétracté donnait la sensation d'un kyste ; mais on parvenait, par des manœuvres douces, à allonger et à replacer le tronçon dans sa position normale.
Quand la rupture est incomplète, les seuls lignes qui subsistent sont la douleur subite, exagérée par le mouvement, née au milieu d'un effort, et un gonflement léger survenant les jours suivants : quelquefois le blessé éprouve aussi la sensation de craquement. Mais pour asseoir le
diagnostic, il faut qu'il soit impossible de rapporter ces signes à une entorse.
Le diagnostic entre les ruptures musculaires et les ruptures tendineuses est facile: il n'existe, en effet, qu'une seule tumeur rétractée et mobile s'il s'agit dMne rupure tendineuse. Entre les ruptures musculaires et les ruptures musculo-tendineuses, le diagtiostic ne repose que sur le siège de la dépression et le volume inégal des deux tumeurs.
On a spécialement désigné sous le nom de coup de fouet la rupture de quelques faisceaux des muscles du mollet et en particulier du plantaire grêle. Cette lésion n*a d'ailleurs jamais été anatomiquement constatée. En revanche M. le professeur Verneuil (1) a attiré récemment l'attentioi sur certaines formes graves de cette affection, où il s'agissait, non pas de rupture musculaire, mais bien de rupture veineuse portant sur les veines profondes du mollet atteintes de varice. Il s'en était suivi une phlébite avec pyohémie, et dans un cas la mort subite par embolie.
J'ai dit plus haut que la réparation se faisait! l'aide d'une cicatrice fibreuse. Cette réparation exige en général une quaran laine de jours ; le plus souvent, après quelque temps de roideur et de paresse, le muscle récupère son intégrité fonctionnelle. Quelquefois cependant la cicatrice reste longue et le muscle devient digastrique. Le retour de l'intégrité fonctionnelle dépend d'ailleurs du siège de la rupture. Le bout supérieur conserve, en effet, toujours son innervation, mais si la rupture complète porte bas sur le corps charnu, le bout inférieur perd son innervation et est voué à une paralysie et à une atrophie certaines, à moins qu'il ne se produise une régénération nerveuse. Or l'on sait que les régénérations nerveuses véritables sont encore à démontrer, n peut cependant s'établir une innervation compensatrice ou récurrente.
Les complications sont rares, on nelesobserre que chez les sujets préalablement diathésiques: ce sont la myosite suppurée, et pour certains muscles (diaphragme, psoas), des inflammations de voisinage (péritonite).
Traitement.
Le repos, Tim mobilité et la compression en constituent les armes principales. Le membre
(1) Verneuil, De certaines formes graves du coup de fouet {Compte rendu de V Association françM^ pour Vavancement des sciences^ à Glermont-Ferrtûd, 1876, séance du 24 août) ou bien (Archives généroU* de médecine f janvier et fé?riep 1877).