‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 258 sur 343 · Les lésions ne sont pas influencées par le mercure · texte numérisé non relu

Les lésions ne sont pas influencées par le mercure

9. Accidentellement ; seulement signes antécédents ou concomitants do syphilis. Fréquemment, rhumatisme articulaire dans les antécédents.

SYPHILIDE VÉSICULEUSE (1).

On rencontre rarement des vésicules dans la syphilis ; les lésions qui se présentent ordinaire* ment sous cette forme au début se transforment en pustules. Les éléments éruptifs, dans les cas typiques, varient de dimensions, de forme, et dans leur distribution. Ils peuvent être petits, de la dimension d'une tête d*épingle, plus ou moins acuminés, et disséminés ou groupés ; ils peuvent avoir la dimension d'un pois, être plats ou demi-globulaires, avec ou sans ombilication . Les petites vésicules miliaires se groupent irrégulièrement ou restent disséminées; elles siègent volontiers au niveau des follicules pileux et sont remplacées par de petites croûtes granuleuses Jaunâtres. Quelquefois les vésicules plus larges prennent l'apparence de la varicelle et sont distribuées de même ; les éléments éruptifs ont alors les dimensions d'un pois, sont légèrement ombiliquès, contiennent un fluide clair ou trouble et sont entourés d'une aréole rougefttre. Us peuvent persister très longtemps, durer plusieurs jours sans changements.

L'éruption se montre communément dans les régions où la peau est naturellement mince, comme à la face et sur les parties génitales. Elle est rarement extensive, les éléments éruptifs ne sont pas nombreux. La marche en est généralement rapide, les lésions se terminent par rupture ou par la formation des croûtes minces, n existe en même temps d'autres lésions, surtout des papules. L'éruption est précoce; eUe se montre dans les six premiers mois ou dans la première année de la maladie.

On rencontre quelquefois des éruptions syphilitiques qui ressemblent beaucoup à Teczéma. L'observation suivante, que j'ai publiée il y a plusieurs

(1) La meilleure description de cette afTection se trouve dans Bassereau (Affections de la peau symptomatiques de lasyphilis)^ et dans Hardy [Leçons sur la scrofule et les scrofulides et sur la syphilis et les sypf lit ides).

années (l)t a un grand hitérêt; l'éruption ressemblait à de l'eczéma sous tant de rapports, que, sans les commémoratifs et sans les lésions concomitantes, une erreur du diagnostic aurait pu aisément être commise, et môme fut commise d'abord, malgré tout. La malade, une femme de quarante ans, dans la septième année d'une syphilis caractérisée par des éruptions successives diverses , présentait une affection du cuir chevelu consistant en une plaque largo comme la main, infiltrée, rouge, couverte d'écaillés et de croûtes, sécrétant en abondance un liquide séreux, épais, tenace, clair et jaun&tre, qui collait les cheveux et s'étendait jusque sur le cou. En écartant les cheveux, ou en enlevant les croûtes faites de sérum desséché et d'épiderme, on découvrait la surface de la peau, rouge et humide. Il y avait peu ou pas d'odeur. La malade se' plaignait de mal de tète et de fortes démangeaisons. On prit d'abord cette affection pour un eczéma, et on institua un traitement local. La malade disparut pendant plusieurs mois; quand elle revint, elle présentait des signes cutanés de syphilis en même temps que cette même éruption vésiculcuse, qui finit par guérir soas l'influence du traitement spéciflque.

STPHILIDE PUSTULEUSE.

Les syphilides pustuleuses, quoique moins communes que les syphilides érythémateuse et papuleuse, constituent un groupe important et nombreux. Elles présentent des formes très variées, dont les éléments éruptifs diffèrent par les dimensions, la forme, le nombre, la distribution et par d'autres caractères encore.

Les pustules varient grandement sous le rapport des dimensions et de la forme. Elles peuvent avoir les dimensions d'une tête d'épingle on d'un ongle, être circulaires, ovales ou irrégulières, acuminées, arrondies ou plates. Elles peuvent reposer sur unebase papuleuse indurée, ou être entourées d'une aréole extensive, auquel cas elles ne s'élèvent que peu au-dessus du niveau de la peau. Elles peuvent se présenter en petit ou en grand nombre, être disséminées sans régularité. La tendance à s'encroûter, que présentent de bonne heure les pustules larges, leur a fait donné le nom de syphilides pustuloerustacées. Les croûtes commencent ordinairement à se former peu de temps après l'apparition des pustules; mais quelquefois elles se forment simultanément. En général, plus la pustule est large, plus précoce est la formation des croûtes.

La coloration des croûtes varie du jaune au brun ou même au noir; quand elles ont une

(1) Van Harlingen, Areh, of Dermatohgy,, 1876 p. ÎI7

ARTHUR VAN HARLINGEN. ^ SYPHILIS

certaine étendue et une certaine profondeur, elles prennent une teinte d'un vert-olive. Audessous de la croûte, quand elle est récente, il existe toujours une ulcération. Elle peut être superficielle ou profonde, selon le caractère général de la lésion primitive. Les bords sont ordinairement nettement limités, et donnent à la lésion Tapparence d'avoir été faite à Temportepièce. 11 faut se souvenir, dans les cas douteux, que la syphilis seule produit ces ulcérations. Si, après avoir soulevé, dans les cas douteux, une croûte avec une épingle ou un autre instrument, on ne trouve au-dessous qu'une surface excoriée, il est très probable qu'on a affaire à une lésion non syphilitique. Mais si on met à découvert un ulcère à base couverte d'une abondante sécrétion puriforme grisâtre, jaunâtre ou verdâtre, la lésion est selon, toute probabilité, syphilitique. Les pustules laissent après elles de la pigmentation et ordinairement des cicatrices. Elles peuvent se montrer de bonne heure ou tard. Quand elles sont précoces, elles ont une signification plus sérieuse.

Petite syphilide pustuleuse acuminée {Syphilide miliaire) . — Dans cette variété de syphilide pustuleuse, les pustules ont la dimension d'un grain de millet, elles s'élèvent au-dessus du niveau de la peau, sont situées sur de petites élevures papuleuses rougeâtres, et contiennent une très petite quantité d'un liquide purulent. Quand elles se sèchent, il s'en détache de petites croûtes jaunâtres, qui laissent une légère exfoliation desquamative annulaire, la collerette des Français. Les follicules pileux sont ordinairement intéressés ; les poils traversent le centre des éléments éruptifs.

L'éruption est ordinairement abondante, les pustules sont nombreuses, discrètes ou confluentes, et irrégulièrement disséminées par groupes. Quelquefois elles forment des cercles ou des segments de cercles. Au moment de son apparition, l'éruption couvre une large surface, mais dans les rechutes, elle peut être localisée. Les bras, les cuisses, la poitrine et le dos en sont les sièges de prédilection. On observe en môme temps que ces pustules à différents degrés de développement des papules larges ou petites, et quelquefois des vésicules miliaires. La syphilide pustuleuse miliaire peut être une des manifestations les plus précoces de la syphilis ; elle se montre six semaines après la lésion initiale et s'accompagne de fièvre et d'autres symptômes généraux ; elle peut être plus tardive, quoique toujours précoce. Il peut y avoir des rechutes ; quand les lésions disparaissent, elles

laissent des taches pigmentaires profondes et des dépressions en fossettes qui s*efracent lente« ment. Le diagnostic n'est pas difficile. L'éruption ne se présente pas seule ordinairement, mais est généralement accompagnée d'autres signes de syphilis (1).

Large syphilide pustuleuse acuminée. — C'est la syphilide acnéiforme de quelques auteurs; eDe est caractérisée par des pustules pointues, ressemblant assez à celles de l'acné et de la variole. Les croûtes qui résultent de la dessiccation des pustules sont jaunâtres ou d'un jaune brunâtre, et sont situées sur de petits ulcères superficiels. L'éruption peut se produire rapidement, avec de la fièvre, ou se développer lentement. Dans le premier cas on voit apparaître de petites taches rouges qui forment rapidement des papules, puis des pustules ; l'éruption atteint son plein développement au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures. Dans la forme subaiguë, les papules apparaissent lentement, et il s'accumule peu à peu à leur sommet une petite quantité de pus. Dans la forme aiguë, les lésions sont nombreuses et disséminées sur une grande surface. Elles sont moins nombreuses dans la forme subaiguë et ont plus de tendance à être localisées et à se grouper. On les rencontre sur le cuir chevelu, la face (2) et le tronc, plus rarement sur les extrémités. On peut trouver en même temps d'autres lésions syphilitiques, des papules par exemple.

C'est une des plus précoces des syphilides pustuleuses; en général, elle a une marche rapide et bénigne. On peut la confondre avec l'acné et surtout avec la variole. Les commémoratifs empêcheront pourtant toute erreur en ce qui regarde l'acné. Quand il y a de la fièvre, il est quelquefois un peu difficile de distinguer entre la syphilide acnéiforme et une éruption de variole. 11 faut examiner avec soin les symptômes concomitants. Dans le cas de syphilide, on peut trouver la lésion initiale ou quelque trace de cette lésion; ordinairement on constate de l'adénopathie inguinale, épitrochléenne et cervicale. De plus le polymorphisme bien connu de la syphilis devra faire examiner soigneusement toute la surface cutanée et reche^ cher des papules humides ou sèches, ou toute autre éruption indubitablement syphilitique concomitante. La syphilide acnéiforme peut aussi être confondue avec les éruptions produites par Vingeslion de l'iodure ou du bromure de poil) Voir Duhring, ÂtlaSj pi. L.

(2)Id., i6irf.,pl. V.

SYPHfLIDE TUBERCULEUSE.

usium. Les pustules de ces éruptions médicanenteuses pourtant ont un contenu caséeux ou ébacé tout différent du liquide franchement mrulent de la syphilide ; les commémoratifs aileront aussi à faire le diagnostic.

Quelquefois pourtant il est difficile, sinon mpossible, de diagnostiquer à première vue et k main levée la syphilide acnéiforme; il faut attendre quelques jours avant de déterminer la nature de l'éruption en question.

PetUe syphilide pustuleuse plate, — Cette syphilide, appelée quelquefois impétiginiforme, est formée de petites pustules plates, groupées en :plaques de forme irrégulière. Les croûtes se ■forment presque immédiatement; les lésions deviennent ainsi pustulo-crustacées. Ces croûtes toai épaisses, exubérantes et plus ou moins idhérentes; elles sont d'un vert ou d'un brun •unâtre ; quelquefois elles se réunissent pour >rmer une couche croûteuse. L'ulcère auessous de la croûte peut être superficiel ou ^ofond.

L'éruption se rencontre ordinairement à la ce, surtout autour du nez et de la bouche, ir les parties poilues de la face , sur le cuir leyela et au niveau des parties génitales. Elle it ordinairement bénigne, mais peut quelqueis prendre une forme maligne avec des ulcéitions profondes. La syphilide impétiginiforme sut être confondue avec Vimpétigo ou Yecxéma {utuleuaDf ce dernier surtout sur le cuir chedu. Au-dessous des croûtes on trouve des Icérations. On ; n'en rencontre jamais dans eczéma qui ne présente sous la croûte qu'une Kcoriation.

Large syphilide pustuleuse plate (Syphilide MymaHforme), — Ce sont de larges pustules lates de la dimension de l'ongle^ situées sur tne base rouge profonde. Elles ont de la tenlance à «écher et à se couvrir immédiatement le croûtes, 11 y en a deux variétés, la superfiâelle et la profonde. La première présente une voûte plate d'un brun jaunâtre, sur une ulcéra- Ion ou érosion superficielle. Les lésions sont lombreuses et ordinairement situées sur le dos, les épaules et les extrémités, bien qu'on puisse les rencontrer ailleurs (1). Cette forme se montre généralement entre le sixième et le douzième mois de la maladie, et a une marche bénigne.

La variété profonde présente des croûtes plus grandes, plus- élevées, plus exubérantes, quelquefois coniques et stratifiées comme une ^Caille d'huître, d'où le nom de rupia, qui s'ap-

(1) Voir Duliring, Atlas^ pi. D.

plique à cette lésion de niéme qu'à la forme croûteuse de la syphilide huileuse. Au«dessous de la croûte on trouve une ulcération profonde, taillée à l'emporte-piôce, et couverte d'une sécrétion puriforme, jaune verdâtre, de mauvaise mine. Les lésions sont moins nombreuses que dans la première variété ; quelquefois on n'en trouve que trois ou quatre à la fois. C'est une manirestation tardive et ordinairement maligne.

STPHItlOE TUBERCULEUSE.

L'éruption consiste en des élevures plus ou moins solides de la peau, de dimensions variant de celle d'un pois et à celle d'une noisette; lisses, luisantes, arrondies ou un peu pointues, dures et paraissant au toucher profondément situées. Leur coloration varie du brun-jambon au rouge vif ou au rouge-cuivre. Quelquefois elles ont une teinte enfumée, qui ne s'observe dans aucune autre affection cutanée.

Elles peuvent se présenter isolément ou être groupées, mais rarement les éléments de ces groupes sont nombreux. Elles sont volontiers confinées à une seule région. Quand elles sont nombreuses! elles forment souvent des plaques tuberculeuses. Elles peuvent être irrégulièrement groupées ou former des segments de cercles.

Forme serpigineuse. -- Quelquefois elles forment un tracé serpigineux; l'éruption prend alors le nom de syphilide tuberculeuse serpigineuse; c'est souvent une forme très rebelle (1).

La syphilide tuberculeuse est indolente, ne s'accompagne d'aucun symptôme subjectif, et dure des semaines et des mois. C'est une manifestation tardive : elle se montre rarement avant la seconde année, et généralement plus tard. Assez souvent elle n'apparaît qu'au bout de cinq, dix et même vingt ans, et chez les femmes, chez qui les premiers signes de la syphilis passent souvent^tout à fait inaperçus ou restent ignorés, le diagnostic est quelquefois difficile. J'ai souvent rencontré des cas dans lesquels un seul tubercule, gros comme un pois, situé par exemple à l'angle de l'aile du nez, et ressemblant à une pustule d'acné pour tout le monde, sauf pour un œil expérimenté, était le seul représentant d'une syphilis. Dans ces cas, il est inutile d'essayer de refaire l'histoire de la maladie au moyen des commémoratifs. Per-

(1) Voir Taylor, On the setpiginous iubercular sy iJiilide {Am, Journ, syph, and Demi.^ janvier 1870).

cso

ARHTI'B VAN UABLINGEN — SYPIIIMS.

tonne neserappeUele mal de (rorgeuIcA'euc.les boutons de fiiere, ou les érupHota de chaleur, qui peuvent aTOir attira passagèrement l'atlention quelques douie ans auparavant. Pourtanl le diagnostic exact de quelque petit tubercule syphilitique peut parfois donner l'explication de symptômes nerveux obscurs, qui ne s'expliqueraient pas QUtrement et pourraient être traités à contre-sens.

La syphilide tuberculeuse disparaît de deux façons possibles, par absorption ou par ulcération. Elle peut donner lieu à des ulcérations superâcielles ou profondes, ordinairement profondes, taillées ft l' emporte-pièce, en forme de fer à cheval ou en croissant, et recouvertes d'un dépOl jaune grisAtre de matière gommeuse ou d'une croûte brunâtre. L'ulcération peut aussi envahir une plaque de tubercules groupés ensemble; il en résulte une excavation extensive, qui occupe quelquefois toute la surface malade. Asseï souvent l'afTectiou prend une marche serpigincuse; l'ulcération se cicatrise ordinairement d'un cAté tout en s'ëtendanl de l'autre; elle peut donner lieu à des difronuités cicatricielles. On la rencontre souvent sur le dos ; elle est généralement opiniâtre et rebelle.

Forme végétante. ~ Il se développe quelquefois des papillomes à la surface des tubercules ulcérés ; ils forment des excroissances verruqueuses et en choux-ilcurs, qui donnent lieu à la sécrétion d'un liquide jaunâtre, puriforme, nauséabond : c'est la syphitide eutanie papillomateuie. Beaucoup de cas de ce que les anciens auteurs appelaient le frambœsia n'étaient que des oxemplnires de cette variété. Ces mCmes .umeurs peuvent se produire sur les ulcères gommeux.

I.a syphilide tuberculeuse doit être distinguée du lupus vulgaris, de la lèpre et du carcinome. C'est surtout avec le lupus vulgaris qu'elle peut être confondue. Les tubercules syphilitiques pourtant sont plus fermes, plus profondément situés et se développent plus rapidement. Le lupus, de plus, apparaît ordinairement d'abord dans l'enfance, tandis que la syphilide tuberculeuse se voit rarement avant l'âge adulte ou moyen.

STPniLIDE G0HHBD8B.

Les gommes du tégament sont ordinairement situées primitivement dans le tissu conjonctif Bous-culané, et n'envahissent la peau proprement dite que subséqucmmcnt. Hais, bien que quelques auteurs le nient, il peut incontes-

tablement se produire de véritables gomma cutanées, sous une forme qui pent les faire distinguer facilement, en clinique, de la lypbi- Ude tuberculeuse, avec laquelle elle est le plai facile à confondre.

Les gommes de la peau apparaissent d'aboTJ jous la forme d'une petite tumeur, arrondie on plate, plus ou moins bien circonscrite, de dimensions variables, et tendant à s'ulcérer. Plin

Flg. (il. — Gomme du nei.

communément pourtant elle naît dans le tiî'o cellulaire sous-cutané ; on sent au toucher au petit corps gros comme un pois, mal délimilii. indolent, au-dessous de la peau, La couleur it la peau n'est pas altérée, et les contours de 1* tumeur ne sont pas distincts. L> néoplisie augmente lentement de volume ; ce n'est qu'iprès des semaines et des mois qu'elle pnai graduellement une forme et une conaislaDce définitive. Elle constitue alors une tumeur plus ou moins arrondie (flg. 63), logée dans les tisso^ sous-cutanés ; la peau h son niveaa prend <u» teinte rose ou rougeâtre. Ses dimensions peovenl varier alors de celtes d'une noisette h celles d'une noix, ou même davantage; elle forme une légère élcvure semi -globulaire et est douct au toucher, pâteuse et un peu élastique.

Les gommes sont ordinairement sotitiim.

on en trouve rarement plus d'une ou deai t U fois. Elles peuvent se montrer partout, mais M rencontrent plus communément dans les tiuu> taches et mous, sur les extrémités du c&lé de 1* flexion, sur l'abdomen, les côtés duUioni,)t pénis, etc.

SYPHILIDE PIGMENTÂlRE.

Les gommes ont une tendance prononcée à s'ulcérer, et à déterminer la destruction des llssus. L'ulcération forme une excavation profonde, circonscrite, de forme ordinairement arrondie, à bords abrupts, perpendiculaires. Elle peut varier de la dimension de Tongle à celle de la main. Elle a un fond inégal, couvert d'un dépôt gommeux rouge grisâtre. La perte de substance est ordinairement considérable, mais elle laisse après elle une cicatrice beaucoup moins marquée qu'on n'aurait prévu. Quelquefois des gommes sont résorbées sans produire d'ulcérations.

Le diagnostic de la gomme n'est ordinairement pas difficile. Elle doit être distinguée du furoncle, d'un abcès, d'une adénopathie, du carcinome et des tumeurs fibreuses et graisseuses. Je crois qu'une gomme est plus facile à confon« dre avec un abcès qu'avec toute autre affection. J'ai souvent vu des gommes qu'on a traitées avec des cataplasmes jusqu'à leur transformation en ulcères. C'est une erreur malheureuse, car en administrant de bonne heure de l'iodure de potassium on réussit souvent à faire résorber les gommes ; on abrège ainsi la durée del'afi'eclion, et dans bien des cas on prévient la formation d'une cicatrice. Les commémoratifs,rabsence de douleur et de fièvre dans une lésion qui présente aux yeux l'apparence d^une inflammation bien nette, ainsi que samarche lente et indolore, toutes ces particularités imprimeront à la lésion le cachet de la gomme syphilitique.

Les ulcérations gommeuses se distingueront des non-syphilitiques par les commëmoratifs, l'existence de bords profonds bien nets et taillés à pic, par les caractères de la sécrétion, l'absence de douleur en général, sauf dans les ulcérations gommeuses des jambes, qui sont souvent douloureuses, et l'existence simultanée, dans beaucoup de cas, d'autres signes de syphilis.

SYPHILIDE BULLEUAE.

La syphilide huileuse (i) est caractérisée par des ampoules contenant un fluide dair, aqueux, qui a une tendance à devenir bientôt trouble et épais. Quelquefois même ce sont plutôt des pustules que des bulles. Leurs dimensions varient de celles d'un pois à celles d'une noisette. Elles sont discrètes, disséminées, circulaires ou ovalaires et entourées d'une légère auréole.

(1) Appelé autrefois pemphigus syphilitique, désignation qui donnait lieu à des confusions.

Elles peuvent être distendues ou incomplètement remplies, mais après avoir duré un temps variable, elles s'ouvrent ; leur contenu se sècho et forme des croûtes jaunâtres, brunâtres ou d'un vert foncé. Ces croûtes s'accumulent quelquefois, prennent l'apparence d'écaillés d'huîtres; la lésion prend alors le nom de mpia, comme la large syphilide pustuleuse plate décrite plus haut. Au-dessous des croûtes on voit des érosions ou des ulcérations superficielles, qui, en guérissant, laissent des cicatrices plus ou moins pigmentaires. La marche de l'éruption est variable, et dépend de la santé générale du malade.

La syphilide huileuse est une éruption tardive ; elle s'observe généralement associée à d'autres manifestations syphilitiques. Elle est rare, et se rencontre chez les sujets cachectiques, épuisés. Elle est due souvent à la syphilis héréditaire chez les nouveau-nés, et ressemble alors beaucoup au pemphigus vulgaire (1). Le caractère des bulles, et plus tard des croûtes permettra pourtant de distinguer facilement cette syphilide du pemphigus.

SYPHILIDE PIGKENTAIRB.

Cette éruption, dont l'existence a été niée par quelques observateurs, est très rare. Elle a été décrite (avec une planche en chromo-lithographie) par Fournier, dans sa seconde édition (2), et en Amérique par Fox (3), et Atkinson (4). Elle consiste en une pigmentation de la peau plus ou moins circonscrite, formant des macules arrondies, ovalaires ou irrégulières, de la dimension d'un pois ou d'un ongle, discrètes ou confluentes, de niveau avec la peau voisine. Ces taches ne sont pas précédées par de l'hypérémie^ elles ne succèdent pas à d'autres syphilides. Elles sont d'une couleur pâle, d'un brun jaunâtre, et sont souvent si peu marquées qu'elles ressemblent plutôt à des taches de malpropreté qu'à une éruption. Elles peuvent se réunir et former une sorte de réseau. Pas de symptômes subjectifs. L'affection se présente dans la dernière moitié de la première et dans la seconde année de la syphilis. Elle a une marche lente, et n'est

(1) Voir plus loin Syphilis héréditaire.

(3) A. Fournier, Leçons sur la syphilis^ 2* édition.

(3) Fox, Am, Jowm, med, sc.^ avril 1876.

(4) Atkinson, La syphilis pigmentaires travail lu devant TAssociation des dermatologistes américains, à la seconde session annuelle, 1879, et publié dans le Chicago med, journal and examiner. ^ oct. 1879.

ARTHUR VAN HARLINGEiN. — SYnilLlS.

aucunement influencée par le Irailcmcnt spécifique.

Traitement local des syphilides.

Le traitement général et interne des syphilides est celui de la syphilis en général ; nous renvoyons à l'article Traitement, Le traitement local demande cependant quelques indications spéciales.

La syphilide érythémateuse ne demande aucun traitement local ; ce genre de traitement, sauf les fumigations mercurielles, ne rendrait pas grand service. La syphilide papuleuse ne réclame pas souvent non plus l'emploi de topiques, excepté quand la surface des lésions est dénudée, comme dans les papules humides, ou bien quand elle occupe une région exposée aux regards, comme la face. Pour les papules humides de l'anus ou des parties génitales, surtout dans le cas de végétations, des soins assidus de propreté, l'isolement des surfaces avec de la charpie sèche, et des lavages avec une solution étendue de chlorure de soude, sont nécessaires. En même temps on saupoudrera la surface des lésions avec du calomel, ou on étendra dessus la pommade suivante :

Poudre de calomel mitigée. . . 2 grammes. Pommade rosat 30 —

Cette pommade, employée &n friction, pourra hâter la disparition des papules de la face.

Un grand soulagement peut être procuré au malade dans les syphilides pustuleuses, en enlevant de bonne heure les croûtes dès leur formation, et en pansant les surfaces érodées ou ulcérées avec une pommade légèrement stimulante, comme la précédente ou la suivante:

Uydrargyre ammoniacal 1 gr. 30.

Pommade rosat 4 —

Naturellement, quand les lésions sont nombreuses, il est difficile de faire des applications locales partout; il faut alors se contenter de

I panser les lésions, qui, par leur siège, déterminent une grande gêne. Quand les pustules sont discrètes et très disséminées, un bain chaud, pris au moment où les croûtes vont se détacher, les fait tomber, et alors la surface érodée peut être recouverte d'une pommade légèrement stimulante, comme la suivante :

Oxyde de zinc S grammes.

Axonge 30 —

Essence de rose 11 goattes.

Les pommades mercurielles ne doivent pas être employées sur de larges surfaces, ni sur des lésions nombreuses, par crainte de l'absorption.

Dans la syphilide tuberculeuse ou serpigineusc ulcéreuse, je ne connais pas de topique aussi utile que Tiodoforme sous une forme quelconque. Répandu en poudre à la surface de Tulcère et couvert d'un morceau d'ouate, il a souvent un effet vraiment surprenant Les lésions guérissent sous l'influence de l'iodoforme avec une merveilleuse rapidité. Voici une bonne préparation :

lodoforme en pondre j .

Baume du Pérou )

Axonge ... IC —

Mais l'odeur pénétrante et désagréable de riodoforme est un obstacle sérieux à son emploi, et plus souvent il faut avoir recours à d'autres remèdes. Le plus généralement utile est la lotion noire de la pharmacopée américaine, et, dans quelques cas, la lotion jaune. Ces deux lotions sont également bonnes dans le traitement des ulcérations gommeuses. Quelquefois ces ulcérations, quand elles siègent sur les extrémités inférieures, sont irritées, enflammées et douloureuses ; dans ces cas, il faut d'abord ordonner le repos et des applications adoucissantes, telles que les compresses d'eau blanche ou les cataplasmes, avant de mettre en usage des topiques plus stimulants.

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