‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 72 sur 343 · SCROFULE · texte numérisé non relu

SCROFULE

Observations.

Deux obserrations résumées serviront de préface àla description de la scrofule, chacune d'elles repcéseote un type de scrofule, et cependant elles ne se ressemblent nullement.

Oéêervation V. — La première est ceUe d'un garçon de dovn ans, qui vint à ma consultation externe il y a près ds deux ans (février 1879) avec un gonflement du dos de la main. C'était un garçon d'une belle venœ, avec des cheveux blonds, des yeux bleus, le teint coloré. Sa peau n*était pas très fine, et n'était pas recouverte de taches de rousseur, elle ne laissait pas foir par transparence les veines sous-cutanées. Ce gonflement occupait tout le dos de la main, mais il était ptoB marqué au niveau du troisième métacarpien ; en ce point la peau était rouge, chaude et amincie. Pendent quelque temps cet état resta stationaiiie; puis il se fit un peu de suppuration, et, au lûod de la poche purulente, il était facile de recon- Battre les os. Plus tard on pratiqua une opération, et ou enleva presque tous les os du métacarpe ; il ne pannssait plus, dès lors, y avoir de raisons pour que la plaie ne devint pas granuleuse et ne se cicatrisAt pas. MmM la goériaon (ut d'une longueur désespérante ; la plaie paraissait n'avoir pas de viulité, et il y avait des foiéei du eété de la paume de la main. Cependant l'état général restait bon, et il n'était survenu aucune lésion nouvelle du cété des os et des articulations. Après une année de traitement, la main n'était pas eacore guérie, et il s'était fait deux nouvelles ulcératkms circulaires au niveau du coude; leur surface était cireuse, et donnait lieu à un écoulement considéfible de pus clair, leurs bords étaient rouge sombre, ninces et mal délimités, les tissus environnants et cesx qui les séparaient (car elles étaient assez rappracbées l'une de l'autre) étaient rouges et congestiiMuiés. Quelques semaines plus tard, il se fit un abcès sur la face dorsale du pied, qui s'ouvrit et laissa écouler sa pus clair et contenant des grumaux. Abcès, fistules, ulcères suppuraient à la fois, et finirent par altérer la santé générale, malgré qu'on ait soumis le malade à l'huile de foie de morue, au fer et à l'iode. On hâ conseilla alors le séjovùr au bord de la mer, il ne tarda pas à s'y améliorer, et quand il revint, son père le prit à bord de son bateau, pour qu'il pût respirer, pendant tonte la journée, l'air pur do la rivière.

La suppuration diminua lentement, les plaies se cicatrisèrent, et au bout de quelques semaines plusieurs d'entre elles étaient déjà fermées. La santé générale se rétablit, et à partir de ce moment le malade cessa de venir à l'hôpital.

Observation VL — Le second cas, très différent du I premier, appartient à une femme do 59 ans et qui paraissait en avoir davantage. Elle avait les clieveux blancs, était anémique, faible et fanée. La première phalange de so:i médius gauche était très épaissie, et recouverte d'une peau mlucc, rouge, ulcérée et visqueuse. Une fistule située directement au côté interne de l'os s'enfonçait dans une cavité à parois peu épaisses contenant une matière molle, dans laquelle il y avait de nombreux débris osseux. Sur le dos de chaque pied il y avait une ulcération circulaire, limitée par un bord mince, rouge et mal défini, par laquelle on pouvait pénétrer jusqu'aux os dépolis et cariés ; sur le bord du pied gauche il y avait deux petites ulcérations, atteignant la peau et les tissus sous-cutanés, mais elles ne communiquaient pas avec les os. Cette femme n'avait jamais eu la syphilis, elle avait toujours été délicate, et depuis l'âge de cinq ans elle était complètement aveugle par suite d'amaurose. Il y avait environ deux ans que les abcès et les ulcères s'étaient développés, d'abord au doigt et ensuite au pied, et depuis cette époque il s'était éliminé une petite esquille osseuse. Cette malade fut tenue en observation pendant plusieurs semaines, on lui donna une bonne alimentation, on la vêtit chaudement, on lui donna du quinquina, du fer, on pansa les ulcères avec une pommade stimulante ; mais ramélloraiion fut nulle.

Nature de la scrdfule.

Pour faire Thistoire de la scrofule, il faudrait plus d'observations que je n*en ai rapportées, mais les deux malades dont j'ai rappelé Tliistoire sont des types de ce qu'on désigne sous le nom de scrofuleux.

Chez tous deux la cause déterminante est si insigniûante qu'il est inutile d'y insister, chex tous deux il y eut un travail inflammatoire qui précéda les suppurations, et qui donna lieu à la formation d'ulcères typiques. Une fois déclarée, la maladie tendit à rester stationnaire,raltéraiioQ des os fît lentement des progrès et donna liea à l'élimination d'esquilles. Les ulcères s'étendi-

HENRY TRENTHAM BUTLIN. — SCROFULE.

rent peu, mais ne gaérirent pas, enfin différentes régions furent affectées en môme temps.

Ces quelques lignes suffisent presque pour définir la scrofule, autant du moins qu'on peut la définir ; car cette affection est plutôt due à certaines tendances, à certaines prédispositions, qu'à un état spécial bien défini.

Dans les deux cas que nous avons cités par exemple, il n'y a rien de suffisamment caractéristique dans les symptômes ou la marche de Taffection ; des individus non scrofuleux auraient pu présenter les mêmes symptômes ; les ulcérations n'avaient rien de suffisamment caractéristique pour qu'on puisse affirmer qu'elles étaient de nature scrofuleuse, et cependant personne n'oserait soutenir que ces malades n'étaient pas scrofuleux.

On peut dire que la scrofule est un état de l'organisme tout entier, ou de certaines de ses parties, tel que les lésions se produisent, s'ulcèrent et suppurent facilement,' et qu'elles n'ont pas de tendance à la guérison spontanée. Virchow (1) a dit que chez les scrofuleux, les tissus étaient plus vulnérables, et que les lésions étaient plus tenaces que chez les individus sains. Ces termes résument la plupart des autres définitions plus complexes et plus longues,

Anatomie pathologique de la scrofkile.

n n'y a pas dans la scrofule, comme dans le tubercule, une lésion élémentaire spéciale, même lorsqu'on se sert des plus forts grossissements. Toutes les modifications de la scrofule sont de nature inflammatoire, mais on peut analyser, chimiquement et histologiquement, les produits de l'inflammation scrofuleuse sans y découvrir un produit ou un élément qu'on ne puisse retrouver dans une inflammation de cause quelconque. Cependant on peut faire ressortir que la lymphe résultant d'une inflammation scrofuleuse se transforme facilement en pus, qu'elle n'a aucune tendance à l'organisation, et qu'elle subit rapidement la dégénérescence caséeuse par suite de la résorption de ses parties liquides et de l'altération de ses éléments cellulaires. Celte lymphe est une substance jaunâtre qui contient beaucoup de globules graisseux, de cristaux de cholestérine, et des débris des tissus qui ont été désorganisés. Malgré tout, cependant, les altérations sont si fréquentes dans les autres variétés de l'inflammation, l'inflammation tuberculeuse par exemple,

(1) Virehow, Krankhaften Getchwùlste, XXI.

qu'on ne peut dire qu'elles soient pathognomoniques de la scrofule. L'abondance des éléments lymphatiques, dont parle Frankel (i) n'est pas plus spéciale à l'inflammation scrofoleuse que la caséification.

Diagnostic de la scrofale.

Bien que la scrofule soit difficile à définir ^ qu'elle n'ait aucune lésion suffisamment distinctive, elle est cependant facile à reconnaître quand il s'agit de malades comme ceux dont nous avons cité les observations. Même à un degré moins avancé, cette affection présente des altérations qui ont un caractère spécial, et, quoiqu'elles ne soient pas pathognomoniques, elles sont plus fréquentes chez les scrofuleux que chez d'autres malades.

Laissons pour un instant de côté les tksos et les organes affectés par la scrofule pour examiner le caractère des lésions quel que soit leur siège.

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