‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888Chapitre 77 sur 482 · SPASME · texte numérisé non relu

SPASME

Le spasme des muscles dilatateurs du larynx, phénomène peu fréquent, ne possède qu'un intérêt chhrurgical négatif, celui de montrer, à l'examen laryngoscopique, que l'aphonie qui en résulte n'est point due à une affection nécessitant l'intervention opératoire.

Le spasme des muscles constricteurs est un désordre fonctionnel beaucoup plus fréquent et beaucoup plus grave, en ce sens que, s'il ne se <9lklme point, la mort par apnée est inévitable. 11 est d'origine névropathique, quelquefois directe, mats plus souvent réflexe. Le spasme se montre le plus fréquemment dans les muscles qui mettent en contact les cordes vocales ; d'autres fois dans ceux qui rapprochent les cordes ventriculaires et dans ceux qui font retomber Tépiglotte sur la glotte. Ces spasmes de divers ordres produisent des symptômes analogues, mais beaucoup plus prononcés dans la première variété; il existe un sifflement inspiratoire semblable àce^ui que provoquent la laryngite aiguë, le croup, la coqueluche, et la présence des corps étrangers dans le larynx ; d'où le nom de laryngUmus stridulus donné à ce phénomène. Quelquefois il revêt le caractère choréique ; c'est la forme la plus fréquente chez lies enfants surtout lorsqu'il s'agit de sujets rachitiques et scrofuleux; l'accident survient d'ordinaire, pendant la période de dentition, et principalement chex les enfants, sevrés trop tôt, et par suite atteints de troubles gastro-intestinaux. Le spasme des constricteurs peut être fatal, chez les nouveau-nés par exemple (I). La constriction spas-

(1) Miller, Drit. med, Joum, nov. 17, 1877. p. 698.

modique des cordes ventriculaires est exceptionnelle, mais il en existe assez de cas, pour qu'il soit permis de l'étudier. On ne peut savoir si elle existe jamais indépendamment de la con* triction des cordes vocales.

La chute spasmodique de l'épîglotte apparaît chez les adultes et chez les enfants. Dans deux cas dont j'ai publié l'observation (i), deux enfants sont morts de l'inchision de l'épiglottedans la cavité du larynx. Ces faits permettent de penser que le laryngisme, affectant les cordes vocales peut, de temps en temps, s'accompagner de spasme des muscles aryténo-épiglottiques, qui abaissent l'épiglotte. J'ai constaté ce même spasnie des aryténo-épiglottiques chez des adultes ; j'ai pu leur assurer que le danger n'était pas en rapport avec la gêne qu'ils éprouvaient, et j^ leur ai enseigné le moyen de relever eux-mêmes l'épiglotte avec leurs doigts. J'en ai conclu que la suffocation soudaine qui se produit chez les personnes à table peut être quelquefois due à l'inclusion de l'épiglotte, opinion qui, du reste, avait été exprimée il y a longtemps par M. de la Harpe (2).

Quoique celte affection soit due ordinairement chez les enfants à l'irritation réflexe du nerf triracial pendant la dentition, du pneumogastrique, du sympathique ou du spinal sous l'influence des troubles gastro-intestinaux, on a souvent eu, après la mort, à attribuer le spasme à l'irritation directe du pneumogastrique ou du spinal par la pression exercée par des ganglions bronchiques hypertrophiés, à l'irritation méningée qu'entraîne la carie des vertèbres cervicales supérieures ou celle de la base. du crftne, la compression de la trachée ou des nerfs voisins, par un abcès, le thymus hypertrophié, ou des ganglions bronchiques. Le» lésions de l'oreille et du nez sont des causes occasionnelles du spasme delà glotte, chez l'en* faut et chez l'adulte. Dans certains cas d'ataxie locomotrice et d'épilepsie, le spasme du larynx, sous forme de crises à manifestations laryngées et àe vertiges du larynx, vient faire partie de l'histoire de la maladie.

Symptômes.

Ils comprennent des séries de crises paroxystiques de stridor inspiratoire, ne durant pa» plus de quelques secondes à la fois, et revenant à intervalles extrêmement variables ; ces crises*

(1) Op. cî7., p. G2G.

(2) La Harpe, Schweiz, Zeitschrift fur Medizin, u. 8. w.,no 3, 18i9. Cité par Fischer (op. cit.,S» 103).

J. SOLIS-COHEN. — PLAIES ET MALADIES DES VOIES AÉRIENiNES.

s'accompagnent parfois de toux, sont quelquefois suivies de perte de connaissance ou d'éclampsie.

Diagnostic.

L'absence de lièvre, de toux et d'altération de la voix, distinguent le spasme du croup, avec lequel on le confond souvent. L'existence d'une gingivite, la notion de ce fait que l'enfant reçoit une nourriture mal appropriée, la reconnaissance d'une source quelconque d'irrilalion locale ou générale, sont autant d'éléments qui confirment le diagnostic. Quelquefois, chez un sujet susceptible, un examen laryngoscopique suffit pour provoquer un spasme; dans ces conditions, les caractères physiques du phénomène se reconnaissent au rapprochement spasmodique des cordes vocales ou des cordes ventriculaires, ou à la dépression analogue de l'épiglotle. Chez l'adulte, ce spasme peut être produit volontairement lorsqu'on veut en étudier le mécanisme au laryngoscope. A la première crise, l'examen laryngoscopique est impraticable, mais en préparant le sujet, on peut au bout de quelque temps assister au ■pasme et l'observer. L'inspection laryngoscopique, une fois que le spasme aura cessé, révélera l'absence de toute lésion locale avec laquelle le spasme aurait pu être confondu.

Pronostic.

Les dispositions variables à la , suffocation, pendant le spasme, rendent le pronostic douteux à ce point de vue; mais les phénomènes s'amenderont presque toujours, probablement sous rinfiuence anesthésiante de l'acide carbonique en rétention, juste au moment où la suffocation semble inévitable. Au point de vue de la terminaison, le pronostic dépend de la nature de la cause d'excitation et de sa résistance au traitement. Dans les cas légers, la tendance au spasme cesse généralement au bout de quelque jours, et les récidives peuvent être prévenues ou atténuées par l'institution d'un traitement topique et constitutionnel. Le pronostic, selon quelques auteurs, est beaucoup plus sombre que nous ne le dépeignons ici. Ainsi Rilliet et Barthez eurent 8 morts, sur 9 malades, Hérard en eut 6 sur 7, Reid 115 sur 289, lurent 77 sur 200 et Salathé 2 sur 24. Riihle considère le pronostic comme en somme

(1) Steffen, Ziemsseri's Cyclopxdia^ vol. VU, p. 1018. New- York, 1876.

défavorable. Wunderlich dit avoir vu périr un tiers des malades, et la plupart de ceux qui étaient gravement atteints. Bouchut (i) dit aToir perdu plus de la moitié des malades, et Steiner émet l'avis que la grande majorité des sujets atteints de spasme du larynx succombent.

Traitement.

Faire des affusions d'eau froide, des flagellations, appliquer de l'ammoniaque sous le nez, tenir le nez fermé de façon à provoquer une inspiration volontaire (Schœffer), aller à la recherche de l'épiglotte au cas où elle serait en cause : voilà à peu près tout ce qu'on peut faire en présence d'un spasme intial ou imprévu. Pour faciliter l'atténuation du spasme dans les crises consécutives, il faut tenir tout prêt un bain chaud pour s'en servir immédiatement, avoir à sa portée du chloroforme ou du nitrite d'amyle, pour en faire inhaler, et de la morphine, pour faire des injections hypodermiques. On apportera tous ses soins à supprimer la cause de l'irritation réfiexe qui peut siéger sur la bouche, le larynx, l'estomac, les intestins, l'anus, le vagin, le prépuce, la colonne vertébrale ou la cerveau. Comme traitement interne, l'assa-fœtida, le chloral et les bromures sont indiques, ou l'huile de foie de morue, les iodures, le chlorure de calcium ; on veiUera de façon toute spéciale au régime hygiénique et diététique, pour améliorer autant que possible l'état général.

Daus le cas où des spasmes alarmants se répéteraient avec fréquence chez un enfant ou un adulte, la plus saine mesure est de pratiquer une trachéotomie prophylactique. Lorsqu'on se trouve en présence d'une suffocation imminente, le seul moyen d'empêcher la mort est de faire dans le canal aérien une prompte incision (laryngotomie mésochondrique). Dans les cas de mort apparente, la vie peut btre rappelée par l'incision immédiate et lu respiration artificielle.

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