‹ Encyclopédie moderneChapitre 204 sur 308 · L. Foubert · texte numérisé non relu

L. Foubert

boutures. (Horticulture.) Les boutures sont, ainsi que les marcottes, un moyen de multiplication pris de la tige ou des divisions de la tige. La nature, non contente de prodiguer aux plantes les graines et les autres éléments ordinaires de propagation, les a de plus pourvues de la faculté de ne jamais mourir, en donnant à l'industrie de l'homme le moyen de les reproduire ainsi. Le principe des boutures est fondé sur la capacité dont jouit la sève existant dans les vaisseaux d'une branche, de faire pousser, \ l'aide de la chaleur et de l'humidité, des racines à la portion de cette branche qui est en terre, et des feuilles à celle qui est hors de terre.

En général, trois choses sont nécessaires pour qu'une bouture ait du succès : que la partie enterrée soit revêtue de son écorce; qu'il se forme un bourrelet à son extrémité; que la partie hors de terre porte des boutons. Le bourrelet comme le bouton est produit par une abondance de substance ; c'est de lui que partiront les racines; c'est des boutous que partiront jes rameaux.

Une terre humide, meuble, chaude et bien pourvue de principes nutritifs assure le mieux la reprise des boutures. Le soleil est presque toujours contraire à celles qui sont délicates. La manière de les placer dans la terre n'est pas indifférente : la position oblique et même un peu courbée est la plus favorable. Il est des boutures qui gagnent à être exposées quelque temps à l'air, à éprouver un commencement de dessiccation pour reprendre promptement ; la plupart veulent être tenues dans un lieu très-frais, être enterrées en paquet, en attendant l'époque de l'être isolément, et quelques-unes exigent d'être mises immédiatement en état de végéter. Ces dernières, qui s'appellent boutures forcées, se font sur une couche à châssis, dans des pots remplis de terre de bruyère avec un peu de terre franche et de terreau. Les boutures sont plus sujettes à la gelée que les rameaux qui tiennent encore à l'arbre. Lorsqu'elles sont placées dans un lieu exposé à l'action des vents, il est utile de los en garantir pendant les premiers jours; car ces vents sont quelquefois plus desséchants que le plus ardent soleil. Les époques pour faire des boutures varient en raison des climats et des années plus ou moins hâtives. On peut

dire en général que la (in de l'hiver convient le mieux pour les arbres et les arbustes de pleine terre , le printemps pour les végétaux d'orangerie et la (in de l'automne pour quelques arbres résineux.

Pour plus de détails, nous empruntons à Thouin la description des dix espèces de boutures propres aux arbres et aux arbustes.

La simple, faite avec une jeune branche de la dernière pousse placée sur couche ou sous cloche et entretenue dans une douce chaleur humide, à l'abri du soleil, convient à la multiplication d'une grande quantité d'arbres et

d'arbustes d'orangerie La bouture à bois

dormant, faite avec une jeune branche, sur laquelle se trouve une portion de bois de deux ans et de l'année précédente,, et que l'on place en rigole , en pleine terre et au nord, est usitée pour multiplier des arbres et des arbustes au printemps. — La bouture à talon, c'est-à-dire faite avec une jeune brandie de l'année précédente. et avec la nodosité qui la joignait à sa tige, est propre à la multiplication des bois durs, soit de pleine terre, soit de serre, au printemps. On la met en pleine terre à l'ombre ou sur couche et sous cloche. — La bouture en plançon se pratique avec une branche de huit à dix pieds de haut , que l'on fiche en terre dans un trou fait avec un grand pieu. On l'emploie pour lesarbres aquatiques, comme le saule ou le peuplier. — La bouture en rameau est favorable pour multiplier certaines espèces d'arbres qui se dépouillent , le grenadier, le groseillier et beaucoup d'arbres et arbustes de pleine terre. Elle se fait avec une jeune branche ramifiée, enterrée dans toute sa longueur, excepté le gros bout qui saille hors de terre de deux pouces. On doit la mettre au printemps en terre franche et en exposition chaude, et pour les plantes d'orangerie sur couche sourde. — La bouture en ramée, propre à fournir des pépinières d'oliviers, à garnir des berges de rivière, de marais, à affermir et exhausser le terrain, se fait avec de grandes branches garnies de tous leurs rameaux. On les plante horizontalement, à la (in de l'hiver, à quatre ou cinq pouces de profondeur, en ayant soin de laisser sortir l'extrémité des rameaux de trois à quatre pouces. — Les boutures en fascines se font avec de jeunes branches de la dernière et de l'avant-dernière pousse, réunies en fagots de deux pieds de long et ployées sur elles-mêmes. On les enterre de manière à n'en laisser sortir que l'épaisseur de quatre pouces et on les assujettit avec un pieu passé à travers. On s'en sert lorsqu'on veut retenir des berges sur le point d'être emportées par les eaux. Ce sont les osiers et les saules que l'on plante ainsi. — Laboninre avec bourrelet par étranglement est employée pour les arbres

BOUTURKS —

BOUWÉIHÏDES

durs, soit indigènes, soit étrangers ou fruitiers particulièrement; elle se pratique à l'aide d'une branche sur laquelle on a déterminé la formation d'un bourrelet, par une ligature faite dans la saison précédente. — La bouture avec bourrelet par incision est la même que celle qui précède, avec la modification de l'incision; on l'emploie pour les espèces à bois dur ou à la possession desquelles on attache plus de prix. — Enfin, les boutures à crossette ont la forme de petites crosses; elles sont formées de bois de la dernière et de l'a* vaut-dernière sève. Le bois le plus ancien ne doit former que le quart de la longueur de celui de l'année précédente, et la longueur totale de la (rossel te ne doit pas excéder quinze pouces. On se procure des crossetles pendant l'hiver, lors de la taille des arbres ; elles sont liées par bottes et se gardent en cave jus* qu'après les gelées, époque où on les met en terre. Un certain nombre d'arbres et d'arbrisseaux se multiplient par la voie des cros* aettes, surtout ceux dont la consistance du bois est aussi éloignée de l'extrême dureté que de la mollesse.

La physiologie végétale relativement aux boutures est loin d'être complète, et de nombreuses expériences restent encore à faire pour l'appuyer sur de solides bases. G. L.

BOUwéiniDBS. (Histoire.) Ce nom, qu'on a écrit inexactement Bouïdes , est celui d'une dynastie musulmane, originaire du JDéilem, canton montagneux du Ghilan, au sud-ouest de la mer Caspienne. Les princes de cette dynastie, connus aussi sons leur nom ethnique de Déilémites, régnèrent pendant une centaine d'années sur la moitié occidentale de la Perse , et ils furent presque les maîtres à Bagdad et dans les autres villes de l'Irak-Arabi qui reconnaissaient encore l'autorité temporelle des califes aux dixième et onzième siècles. Voici dans quelles circonstances s'éleva cette dynastie.

Au démembrement de l'empire musulman, la Perse, ou Iran, ne tarda pas à échapper aux successeurs de Mahomet , conquérants auxquels il ne restait plus d'armée. Cet ancien royaume, composé d'éléments excessivement hétérogènes sous les rapports de la géographie et tes races, au lieu de se relever par l'affaiblissement des Arabes, se morcela, et ses fragments devinrent la proie des premiers occupants. Tantôt c'était un gouverneur de province qui s'y révoltait plus on moins ouvertement, tantôt un chef barbare qui venait d'au delà de POxus avec ses hordes de cavaliers, tantôt un soldat de fortune qui, après avoir loué son épée aux autres, trouvait plus utile d'exploiter les peuples pour son propre compte. Les Bouwéihides appartiennent à cette dernière catégorie. Leurs compatriotes du

Déilem et probablement aussi les habitants des régions voisines, auxquels on étendit le nom tristement célèbre de Déilémites, étaient les Suisses de la Perse. En concurrence avec les Turks et les Berbères ou Maghrébins , ils composaient ces corps de mercenaires sur lesquels le califat s'appuya pendant sa décadence, et qui naturellement ne firent qne la liftier. Il faut dire aussi que les Déilémites passaient à Bagdad pour les plus rapaces, les plus insolents et les plus sanguinaires d'entre ces prétoriens. On conçoit aisément que de tels hommes chez eux n'étaient pas d'humeur à se laisser voler et fouler aux pieds par des étrangers. Aussi, au commencement du dixième siècle, tandis que les provinces occidentales de la Perse obéissaient encore à des gouverneurs envoyés de Bagdad, et que la partie orientale était occupée par les Samanides, princes de la Transoxiane, ceux-ci ne réussirent pas à dompter les régions du nord-ouest. Le Mazenderan , le Ghilan , le Tabarîstan , le Djebel, tombèrent au pouvoir de chefs, ou, pour parler plus exactement, de condottieri indigènes.

Parmi les soldats de Mekan-Ibn-Kàli , le Déilémite, usurpateur du Tabaristan, se firent remarquer de bonne heure trois fils de Bouvtéih, pauvre habitant du Déilem. Leurs noms étaient Ali, Hacan et Ahmed ; mais ils sont mieux connus sous les titres honorifiques qu'on leur donna dans la suite, à savoir, 'Imfld ed-Daula, Rokn ed-Daula, et Mo'izz ed- Daula,qiù signifient colonne , appui et renfort de l'État. Aussi, nous les appellerons dès à présent par ces titres. Nous n'attendrons pas non plus le temps de leur élévation pour raconter les fables qu'inventèrent alors quelques adulateurs. D'après les uns, Bouwéib descendait en ligne droite de Bahram Cour, l'un des plus grands rois Sassanides. D'autres se mirent à débiter des prodiges qui n'avaient pas même le mérite de la nouveauté. Avec une naïveté orientale que nous ne pouvons pas imiter, ils racontaient que Bouwéth avait vu en songe jaillir de son propre corps un feu qui, se partageant en trois branches, remplit la Perse d'une lumière éclatante , devant laquelle les peuples tombaient en adoration.

Inutile de dire qu'un astrologue se trouvait tout près, et qu'il expliqua parfaitement toute la vision. Mais la misère de Bouwéih était si notoire, que les auteurs de ce conte ne purent se dispenser d'ajouter que l'astrologue demanda en vain ses honoraires à ce chef d'une lignée de rois, et que celui-ci crut qu'on se moquait de lui en lui prédisant la grandeur de sa famille.

Les trois jeunes hommes étaient parvenos par leur courage aux premiers grades qu'offrait la petite armée de Mékan, lorsque celui-

BOUWÉIHIDES

ci, courant les chances de son métier, fut battu et chassé par des usurpateurs plus heureux que lui , et se vit forcé de chercher un asile à ISichabour, avec les gens qui lui restaient fidèles. De ce nombre étaient les fils de Bouwéih. Mais lorsque les espérances de Mékan commencèrent à se dissiper et que la détresse se fit sentir dans sa petite troupe, les trois frères prirent bientôt leur parti. Se présentant à Mékan, ils lui dirent franchement qu'ils n'aimaient pas à rester à sa charge dans les circonstances actuelles : aussi ils lui demandèrent la permission de se retirer, en promettant de revenir sous ses drapeaux le jour où il aurait la possibilité de les relever. Mékan ne leur refusa certainement pasle congé. Suivis par d'autres officiers , les fils de Bouwéih allèrent offrir leurs services à Mardawéidj, qui, pour le moment était le maître do Djebel et du Déitem, et qui accepta volontiers d'aussi braves auxiliaires.

C'est alors qu'Imâd ed-Daula se lança dans une nouvelle carrière. Figurant, à ce qu'il parait, comme chef de la bande nouvellement arrivée sous les drapeaux du Mardawéidj , celui-ci lui assigna la ville de Kerdj, probablement dans cette espèce de tenure féodale particulière aux milices musulmanes, et qui, saur les nuances, qui ont varié avec les temps et les lieux , consiste dans une cession temporaire des revenus publics du pays, 'imâd tira un tel parti du territoire de Kerdj , que son seigneur, regrettant de lui avoir trop donné, s'avisa d'envoyer d'autres bandes pour partager ses bénéfices. Mais l'expert aventurier sut tourner cette mesure à son propre avantage. Gagnant les chefs des bandes par sa libéralité comme par sa réputation militaire, il se mit en état de désobéir impunément à Mardawéidj et de faire la guerre pour son propre compte. Or, loin d'aller se briser contre les autres condottieri de sa race, comme ceux-ci avaient fait entre eux, 'Imâd se dirigea sur les riches provinces de la Perse, qui obéissaient encore nominalement au calife. A la tète de trois cents soldats aguerris, il marcha sur Ispahan; il culbuta aisément dix mille hommes que lui opposait Ibu Jâkoût, le gouverneur; il se rendit maître de cette ville , et après l'avoir rançonnée pendant deux mois, en augmentant par là le zèle et le nombre de ses soldats, il se mit à la poursuite de J&koût, qu'il battit encore une fois. Ces événements se passaient en l'année 320 de l'bégire (932 de J. C. ). Poussant toujours vers le sud , le capitaine déilémite occupa en 321 la province de Fars, ou Perse proprement dite. En 322 il établit son quartier général à Schiraz , et par un traité stipulé avec le calife il reçut l'investiture de la province de Fars, iovestiture qui ne lui coûtait rien à accepter, non plus

qu'au calife à donner; car les revenus du pays étaient perdus depuis longtemps pour le souverain de Bagdad. Schiraz, ville riche et florissante de tout temps, devint ainsi la capitale d'un nouveau royaume, qui ne tarda pas à s'agrandir ; car en Tannée 323 (934- 935 ), Mardawéidj ayant été assassiné par les Turks qu'il avait à sa solde, 'Imâd ed-Daula, mit aussitôt la main sur ses États, et il réussit à s'en emparer, après une guerre de plusieurs années qu'il fit à Wascbmegutr, frère de son ancien seigneur. Il est très-probable qu'une grande partie des mercenaires de Mardawéidj fut attirée par la fortune du vaillant Bouwéihide, ou par les trésors qu'il avait trouvés, dit-on, par hasard dans un mur du palais de Schiraz. Peut-être son véritable trésor n'était autre chose que l'art de prendre For par le fer et ensuite le fer par l'or, comme dit Machiavel. Grâce à cet art, 'Imâd ed-Daula en quelques années était devenu le chef le plus redoutable de l'Orient. Rentrant dans son palais de Schiraz , il dirigeait d'un coup d'œil juste les opérations de ses corps d'armée, qui agissaient séparément sous les ordres de ses deux frères Rokn ed-Daula et Mo'izz ed-Daula, l'un au nord, l'autre au sud. Suivis le plus souvent par la victoire, ces deux généraux assujettirent à 'Imâd presque toute la Perse occidentale. Abwaz, l'une des provinces qui restaient encore au calife , tomba au pouvoir de Mo'izz en 326 (937-938).

Dans ces entrefaites, la position des califes était devenue de plus en pins précaire La révolte des provinces avait anéanti leurs finances, tandis que l'exigence des mercenaires augmentait tous les jours. Cependant il fallait bien la subir. Le prince des croyants ne pouvait plus se passer de ces barbares armés :

tant d'ennemis entouraient son petit territoire! tant d'éléments de dissolution y régnaient au dedans ! même sans y compter ceux de Bagdad, capitale turbulente, déchirée par deux différentes sectes de fanatiques et menacée par une cohue de brigands indigènes, toujours prêts au pillage. Dans de telles conditions, la seule ressource qui pouvait se présenter À des princes faibles et incapables comme les A b bas s ides de cette époque, c'était de concentrer tous les pouvoirs civils et militaires dans la main de quelque chef ayant à sa disposition un noyau de force matérielle assez, considérable pour appuyer ses ordres. Le premier calife qui prit ce parti fut Radhi-Billah monté au trône en 934, après Cahir-Billah, qui venait d'être arrêté, aveuglé et déposé par un chef de mercenaires turks. Radhi espéra probablement se mettre à l'abri d'un pareil sort en s'abaissant; ou peut-être n'eut-il en vue que de s'assurer une liste civile, sentant son impuissance à taire rentrer les revenus de la

couronne et se flattant que son délégué y réussirait mieux que lui-même. Quoi qu'il en soit, il remit entièrement sou autorité temporelle à l'émir el-Omerâ , ou émir des émirs ; dignité qu'on a justement comparée à celle des maires du palais sous les Mérovingiens, et qui à Bagdad n'avait consisté d'abord que dans le commandement en chef des prétoriens. Comme tous les expédients que conseille la peur ou la lâcheté des intérêts matériels, ce remède fut pire que le mal. Les califes n'y gagnèrent ni la sûreté personnelle, ni l'aisance, ni même un peu de stabilité dans leur humble position. Aussi après cette mesure changèrent-ils de maîtres aussi souvent que par le passé ; car on ne peut rien bâtir sur le sable. D'autres chefs, se trouvant temporairement plus forts que l'émir el -Ornera, lui disputaient sa place les armes à la main ; et le calife n*avait d'autre choix que de la donner an vainqueur.

Ces luttes d'ambitions subalternes amenèrent bientôt les Bouwéihides à Bagdad. Déjà leur conquête de Schiraz avait été favorisée par Ibn-Bérld , gouverneur du Khouzistan et rival de l'émir el-Omerâ lhn-Raïk. Une autre phase des intrigues d'Ihn-Bértd les appela sur la rive droite du Tigre. Mo'izz ed-Daula, accélérant sa marche, après de nouveaux troubles qui avaient éclaté à Bagdad, occupa cette capitale presque sans résistance en 334 (046). Le calife Mostakli, qui s'était caché à l'arrivée des troupes Bouwéihites, sortit de sa retraite au bout de quelques jours pour remercier Mo'ïzz, qui l'avait délivré, comme il disait, de ses tyrans domestiques. 11 le nomma à la place d'émir el-Omerâ, comme lieutenant de son frère 'Imâd ; il accorda à ces deux frères les titres honorifiques que nous venons de mentionner, ainsi qu'au troisième celui de Rokn ed-Daula; il fit insérer dans la Khotba, ou prière solennelle , et graver sur les monnaies le nom de Mo'izz ; il accepta des mains de celui-ci une liste civile, dont il espérait jouir en paix. Mais la puissance des nouveaux émirs el-Omerâ n'eut d'autre résultat que de rendre héréditaire celle charge pendant un siècle. Les califes, dans cette nouvelle période, furent foulés aux pieds plus cruellement que jamais. Il y en eut encore d'aveuglés, de déposés, de pillés, de réduits à vivre dans le dénûment le plus complet. Boha ed-Daula, l'un des émirs el-Omerâ Bouwéihites, s'y prit d'une étrange façon pour déposer le calife Tai'- Lillah. Sous le prétexte qu'il voulait lui faire prêter serment par les généraux deïlémites , il lui demanda une audience solennelle. Le calife reçut ces terribles sujets , assis sur son trône. Comme il leur tendait sa main à baiser selon l'usage, un général le saisit, le fait tomber à terre : on entraine le calife au

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palais de Boha ed-Daula ; on fait affirmer par des témoins qu'il a abdiqué, et on met à sa place un autre mannequin (931). Cependant, à cette époque les Bouwéihites n'étaient plus des chefs d'aventuriers.

Pour revenir à l'agrandissement de celte dynastie, nous allons jeter un coup d'œil rapide sur les événements qui suivirent la prise de Bagdad par Mo'izz ed-Daula (946). Les trois fils de Bouwéih vécurent dans une bonne intelligence, qui n'est pas ordinaire chez les puissants. 'Imâd, toujours reconnu comme le chef de la famille, n'ayant pas d'enfants, laissa tous ses États à 'Adhfid ed-Daula, fils de Rokn ; mais après sa mort (950), l'armée n'ayant pas agréé ce choix, Rokn lui-même fut considéré comme chef des Bouwéihides, et Mo'izz consentit à exercer la charge d'émir el Ornera comme son lieutenant. Aussi la dynastie, parfaitement unie, continua de prospérer : elle s'étendit au nord dans le Tabaristan et dans le Djordjan (962), au sud dans le Kerman, partageant désormais la Perse avec les Samanides, avec lesquels les Bouveïhides s'allièrent par des mariages et par des traités de paru, en stipulant de payer un tribut annuel anx Samanides. Il n'est pas étonnant que le système des Bouwéihides, cette espèce de pacte de famille entre des chefs de mercenaires, se soit trouvé détruit à la seconde génération. Les premiers symptômes de mésintelligence avaient éclaté après la mort de Mo'izz (967). Son fils Mzz ed-Daula, qui lui succéda dans Sa dignité d'émir el-Omerâ, se trouvant dans la nécessité de demander du secours à la brandie aînée, finit par être emprisonné par 'Adhâd, héritier présomptif de Rokn, que celui-ci avait envoyé à Bagdad avec une armée. A la vérité, la sagesse de Rokn répara immédiatement un tort aussi flagrant. Mais à la mort de ce monarque (976), 'Adhâd ne put pas contenir son ambition. Les dispositions testamentaires de son père lui avaient attribué la suzeraineté sur tous ses États , mais ne lui avaient donné en domaine propre que le Fars, laissant le nord ( Hamdan et Djebel ) et le centre (Ispahan) comme les apanages de ses autres fils, Fakhr ed-Daula et Mowia ed-Daula. Peu content d'un tel partage, 'Adhâd aspira à régner en maître absolu sur tous les États appartenant à la dynastie. D'un côté, il recommença ses attaques contre 'Izz ed-Daula, le chassa de l'Irak, s'installa lui-même comme émir el Omerâ à Bagdad, se lia en parenté avec le calife, et fit reconnaître sa propre autorité dans toute la Mésopotamie (977-979).

D'un autre côté, il saisit l'apanage de son frère Fakhr ed-Daula , et attaqua le prince du Tabaristan, qui lui avait donné asile. Aiusi il accomplit son projet de centralisation, secondé, comme il parait, par les chefs déilémilcs; car

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ceux-ci, à sa mort (982), làclièrcnl de concentrer le pouvoir daus les mains d'un seul prince, le même Fakhr chassé naguère de ses États. Eu effet, Fakhr régna pendant quelques années, comme chef de la famille; mais son caractère, ou bien encore les éléments politiques du pays, ne permirent pas la continuation d'un tel système. Du vivant même de Fakiir, les branches de la famille établies au midi devinrent tout à fait indépendantes. Sans assigner une époque plus précise à cet événement, ce qui serait impossible , nous allons traiter sé- | parément de la destinée des trois branches dans lesquelles se partagèrent les Bouwéihites.

Au nord, et daus le centre de la Perse, succéda à Fakhr (097) son fils Madjd ed-Daula.

Pendant sa longue minorité, l'État fut gouverné avec sagesse et fermeté par sa mère, que les chroniqueurs ne désignent pas autrement que sous le nom de Séuda, la Dame. On attribue à cette régente une ambassade chevaleresque qui aurait arrêté les armes du célèbre Mahmoud le Ghaznévide, au moment où il marchait contre Rey ; mais l'anecdote parait suspecte. Dailleurs, Mahmoud finit pur occuper le royaume de Madjd, et par saisir sa pei sonne d'une manière fort déloyale (1029). Les Étals septentrionaux des Bouwéihides turent absorbés ainsi dans l'empire des Ghaznévides.

Les descendants de Adhâd, nonobstant leurs discordes, se soutinrent plus longtemps au sud, où ils n'avaient à lutter que contre des chefs plus laibles qu'eux mômes. On peut les diviser en deux branches : celle des émirs el Omerâ et celle des rois du Fars. La première domina à Bagdad et plus ou inoins sur l'Irak - Arabi. Dans la capitale, elle se trouva en présence des mercenaires turks , formidables à cause de leur nombre, et qui prirent le dessus sur les mercenaires Déilémiles. Aussi les compatriotes de ces derniers, les émirs el Omerâ bouwéihites tombèrent, au bout de quelques générations , dans le même mépris que les califes eux-mêmes. Enfin Togroul-Beg, de la dynastie Seldjoukide, qui avait occupé l'Irak Persan, marcha sur Bagdad; emprisonna le dernier émir el Ornera bouwéihite Malek-Rahim, et se mit à sa place ( 1055). La branche qui régnait dans le Fars et dans le Kerman se traîna à peu près jusqu'à la même époque, et fut dépouillée aussi par les Scldjoukidcs de Perse. Son dernier rejeton se réfugia à la cour de Alparslan , successeur de Togroul-Beg, et y sollicita un petit apanage dans les États de ses ancêtres : il mourut dans celle humble situation , vers la lin du onzième siècle.

Ainsi s'éteignit la dynastie des Bouwéihides. Dans l'époque de sa grandeur, elle n'avait pas seulement brillé par les talents politiques et militaires; Rokn cd-Daula, qui les possédait •

SUPPL. KNCYCL. MOD. — T. î.

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à un haut degré, se distingua aussi par sa piété et sa justice. Mo'ïzz cd-Daula, pendant son gouvernement à Bagdad, se fit remarquer par sa bienfaisance et par les soins qu'il prit de l'administration. 'Adhâd réunit à l'habileté politique d'un grand monarque l'amour pour les sciences el pour les arts : il protégea ceux qui les cultivèrent; il restaura plusieurs établissements publics à Bagdad ; il laissa à la Perse des travaux publics d'une grande utilité, entre autres une digne sur le Kour, près Persépolis, qui au temps de Malcolm servait tu»

core à l'irrigation du pays, où on lui donnait le nom de Bundemir, lu Digue de l'Émir. De même Madjd ed-Daula, qui laissa échapper de ses mains le sceptre de la Perse septentrionale, racheta un peu la légèreté de sou caractère par la culture de son esprit et par la protection qu'il accorda au fameux médecin et philosophe Ibn-Sina (Avicenne). C'est ainsi que la civilisation, survivant chez les Arabes à la puissance matérielle, réussit à polir un peu leurs rudes vainqueurs, jusqu'à ce qu'elle succomba prèsqu'entièrement daus la recrudescence du fanatisme religieux. Les Bouwéihites, en fait de religion, montrèrent, connue tous les Persans, un grand zèle pour la secte des «chiites ou partisans des imams de la race de Ali. Ku témoignage de leur attachement à la mémoire de ce héros de l'islamisme, les princes houwéihileshii firent élever un splendidc mausolée à Noiulj, et, comme tous les bons schiites, ils établirent près de ce sanctuaire leur sépulture de famille.

Voici une liste des princes bouwéihides :

Souverains de imite la Perse occidentale

Ali, Imàd ed-Daula, depuis 933

H assan , Rok n ed-Daula ; 950

Ahou-Schodja', 'Adhâd ed-Daula ; i»7(;

Ali, Fakhr ed-Daula; ysa

Souverains du nord-ouest de la perse.

Rostem, Madjd ed-Daula ; !lo7

jusqu'en JU29

Souverains du sud-ouest de la Perse.

Aliou Farvâres Scherf ed-Daula ; SW3

Marzeban, SiinsAtn cd-Daula ; ftso

Kosrou, Bohâ ed-Daula; 998

Ahou Schodja', Soltào ed-Daula • lola

Abou Kalidjar, 'Izz el-Molk, 1021

Kosrou, Malek Rahim, lots

jusqu'en I05(i

Émirs el Omerâ de la race des Iioniccihides.

Ahmed, Mo'izz ed-Daula, 946

Bokhliar. 'Izz ed-Daula, »C7

'Adhàd cd-Daula, (voyez ci-dessus), 077

Sirasàm ed-Daula (id.\ m-\

Scherf cd-daula (id. ), 080

Bohà ed-Daula (id.), 880

Soltàu ed-Daula (id.), 1012

Hassan, Moschcrrif ed-Daula, 1020 Ahou-Taher, Djelàl cd-Daula ,

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'Izzel-Molk (voyez ci-dessus, 1043 Malek Rahlm (id.), , 1048

Jusqu'en 1055

Abonlféda. Ànnalcs Mosl — Malcolro, Hist. of Pertia. - Prlce, Mohamm. HMory. — roycz aussi Mlrkond, HUt. des BoutciiMdes, texte persan avec une

bric-à-brac. — Le bric-à-brac est au commerce d'une infinité d'objets d'utilité et d'agrément ce que sont les bouquins à la librairie; il s'étend, dans la vente des meubles, des instruments de science et d'art, des ustensiles domestiques, à tout ce qui est vieux, cassé, fêlé, écorné, bossué, dépareillé. Le caractère dislinclif du bric-à-brac originel est d'être incomplet; mais le marchand de bric-à-brac a de merveilleux secrets pour restaurer ce qui , dans les innombrables articles de son commerce, peut être remis à neuf. Le mot bric-à-brac, comme ceux de coucou, de tic-tac, de cri-cri, est ce qu'on nomme en grammaire une onomatopée, c'està-dire une figure qui a la prétention d'imiter le son de la chose qu'elle exprime.

Comme écho, l'onomatopée est ici d'une grande fidélité. BriC'brac ! Entendez-vous ce qu'il y a de porcelaines de Sèvres, de Chine, de Saxe , de verres de Venise, de Bohême, mis en pièces dans ce terrible mot? — Entendez-vous rampes, balcons et boiseries sculptées se détacher en se brisant sous le marteau des démolitions. — Bric-brac ! voilà votre étagère renversée avec toutes ses richesses ; et entre les deux sinistres syllabes ne dirait on pas que s'est placé le cri de votre douleur : bric ah ! brac.

Le commerce du bric-à-brac a pris depuis une vingtaine d'années une grande extension.

Autrefois il s'exerçait à l'étalage et sous échopes, et consistait presque exclusivement dans la vente des vieux cuivres et de la vieille ferraille; des arrêtés municipaux, à Paris et dans nos villes principales, l'ont contraint à se mettre en boutique, et depuis lors il a senti la nécessité de se récupérer de l'impôt des patentes en s'étendant à la presque universalité des objets mobiliers de seconde main, à l'exception toutefois des meubles meublants et des dentelles, linges et étoffes, qui constituent les deux spécialités distinctes des revendeuses à la toilette et des marchands de meubles d'occasion. — Le goût des objets de curiosité ayant aujourd'hui gagné toutes les classes de la société, les marchands de bricà-brac tiennent, comme on dit en style commercial, ce qu'on nous permettra d'appeler la moyenne et basse curiosité, l'antique, le moyen âge et la renaissance à l'usage des petites bourses. Au rebours de quelques littérateurs , ils font au besoin du vieux avec du neuf, les habiles gens ! Au reste, en ce temps

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