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OBSERVATIONS

Du mot axtç, pointe, les Latins ont formé l'adjectif acidus; et l'on a donné le nom A9 acide à toutes les substances qui ofFraient une saveur aigre ou piquante. Ainsi cette dénomination fut d'abord appliquée au vin aigri, et aux sucs d'un grand nombre de fruits. De temps immémorial on a donc connu les acides acétique, citrique , etc. ; mais on ne les avait point à l'état de pureté , on ne soupçonnait pas même qu'ils fussent autres que les liqueurs qui les contenaient. Par cela seul qu'ils connaissaient le soufre , les anciens avaient aperçu l'acide sulfureux; mais il faut aller jusqu'au commencement du trei-

AGI 209 zième siècle pour voir s'opérer la découverte du premier acide que la nalure n'ait pas offert elle-même. C'est vers 12 25 que la découverte de l'acide nitrique fut faite par Raimond Lulle. Celle de l'acide sulfurique date de la fin du quinzième siècle: on l'attribue à Basile Valentin. Glauber retira l'acide murialique du sel marin. En calcinant le calcaire, Vanhelmont entrevit l'acide carbonique ; et Homberg fit quelques expériences sur le borax , d'où il dégagea l'acide borique. Enfin, pendant long-temps on n'admit que Irois acides essentiellement distincts; savoir, l'acide vitriolique (acide sulfurique) , le plus puissant de tous; l'acide nitreux (nitrique) ; et l'acide marin ou muriatique (hydrochlorique) ,1e plus faible. Cependant, depuis Stahl jusqu'à ia révolution chimique, le nombre des acides fut considérablement augmenté. Margraff découvrit l'acide phosphorique, Bergmann l'acide oxalique; mais c'est surtout aux travaux de Schéele que la science fut redevable de ses nouvelles acquisitions : on lui doit la connaissance des acides fluori que, hydro-sulfurique , hydro-cyanique, d'un grand nombre d'acides végétaux, et de plusieurs acides métalliques.

Lors de la découverte de l'oxygène , on fut obligé de modifier toutes les idées que l'on s'était formées sur la composition des acides et des corps brûlés en général. Les acides devinrent des substances composées, dans lesquelles 1 oxygène était le principe acidifiant, et l'élément avec lequel il se trouvait combiné , le radical de l'acide. Lorsque le même radical était commun a deux acides , le plus (>xygéné prenait la terminaison ique, et le moins oxygéné la terminaison eux; de là les expressions acide sulfurique, ' «cide sulfureux, etc. Les caractères des acides furent de rougir les couleurs bleues végétales , d'avoir une saveur aigre, de se combiner avec tous les alcalis, de les neutraliser et d'être neutralisés par eux , c'est-à-dire de perdre 'es uns et les autres leurs propriétés dislinctives , en donnant naissance à un nouveau composé: celui-ci fut désigné par le nom de sel, cl l'acception de ce mot irrévocable -

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ment fixée. Les acides pouvaient encore former des sels avec presque toutes les terres et la plupart des oxydes métalliques ou des métaux oxygénés.

Cette théorie était appuyée par des preuves qui semblaient devoir la rendre immuable. On avait trouvé de l'oxygène dans tous les acides connus alors : les acides les plus puissants en contenaient la plus grande quantité ; et les corps combustibles, en s'oxygénant de plus en plus, finissaient par s'acidifier. Cependant Berthollet ayant fait remarquer que l'hydrogène sulfuré rougissait les couleur* bleues végétales , et saturait les bases salifiables , il en concluait que ce corps devait être rangé dans la classe des acides , bien qu'il ne contînt que de l'hydrogène et du soufre. La découverte du chlore , de l'iode , du sélénium et du cyanogène , et par suite celle des acides hydro-chlorique , hydriodique , hydro-sélénique , hydro-cyanique , a pleinement confirmé cette importante observation , que l'hydrogène , aussi-bien que l'oxygène , jouissait de la propriété acidifiante. 11 fallut donc former deux classes d'aci des, les oxacides et les hydracides, les premiers ayant Foxy gène et les seconds l'hydrogène pour principe acidifiant.

On en était là lorsque Davy , en 1807, annonça la décomposition des alcalis , que l'on avait toujours regardés comme des corps simples : ce n'était plus que des oxydes. Ainsi les acides se combinaient avec des oxydes métalliques et des oxydes alcalins pour former des sels. Restaient les substances terreuses avec lesquelles les acides entraient en combinaison et donnaient naissance à des produits toutà-fait analogues. On crut devoir regarder par analogie les terres comme des oxydes dont on parviendrait tôt ou tard à opérer la décomposition. Alors les acides furent définis « des corps formés d'un radical et d'oxygène ou d'hydrogène , et capables de se combiner avec les oxydes métalliques, alcalins et terreux, connus sous la dénomination générale de bases salifiables, de les neutraliser et d'en être neutralisés plus ou moins. •

Cependant le nombre des acides allai! toujours en augmentant. Une analyse perfectionnée déterminait la nature et les proportions de leurs éléments avec une précision inconnue jusqu'alors. Mais les acides végétaux n'offrirent point une composition toujours en harmonie avec les lois des pVoportions définies; il en fut de même des acides extraits des animaux. Dans les uns et les autres, composés ordinairement d'oxygène, d'hydrogène, de carbone, et quelquefois d'azote , on ne vit point d'élément jouer le rôle de l'unité , comme le radical dans les acides binaires. L'oxygène même ne parut plus comme le priricipe acidiGanl par excellence.

De plus , on avait l'exemple d'une base salifiable très énergique, l'ammoniaque, dans laquelle n'entrait point •l'oxygène; et celui d'un acide qui ne contenait ni l'un ni l'autre des principes acidifiants, l'acide chloro-cyanique. En vain , pour expliquer ces anomalies et d'autres semblables, quelques chimistes ont supposé que l'azote et le ehlore renfermaient de l'oxygène : les analogies fondées sur des faits dont l'explication est arbitraire ne peuvent plus appuyer les systèmes destinés à nous conduire dans l'étude de la nature.

On n'avait point encore de bases salifiables composées de plus de deux éléments analogues aux acides tirés de lu nature organique. Serltierner annonça leur existence dès l'année i8o5; mais on ne s'occupa de cette belle découverte que onze ans après. Ces nouvelles substances renferment de l'oxygène , de l'hydrogène et du carbone, dans «les proportions qui n'ont pas encore été déterminées. Il a donc fallu étendre la dénomination de bases salifiables h «les corps dont la composition est tout-à-fait semblable à celle des acides végétaux.

Depuis quelque temps on avait remarqué qu'en plongeant dans*la dissolution aqueuse d'un sel les extrémités ou pôles d'une pile voltaïque , les éléments du sel se quittaient, et se rendaient, l'acide au pôle positif, et la base

au pôle négatif ; l'un s'étant chargé d'électricité négative , l'autre d'électricité positive. L'acide fut en conséquence appelé V élément négatif, et la base V élément positif du composé salin. Ce fait, au premier abord, parut très propre à caractériser les acides et les bases : mais on ne larda pas à s'apercevoir que lorsque la pile est énergique , ou l'acide et la base facilement décomposables, ceux ci se décomposaient en effet; et l'on avait au pôle négatif le radical de la base seulement, et au pôle positif l'oxygène de celle-ci uni à l'acide s'il n'était pas au maximum d'oxygénation. Enfin on apprit que toutes les fois que l'oxygène pouvait se dégager de ses combinaisons par l'intermède de la pile, cet élément se portait toujours au pôle positif ; que d'autres éléments se rendaient au pôle positif lorsqu'ils entraient dans certains composés , et au pôle négatif lorsqu'ils faisaient partie d'autres composés: en sorte qu'ils étaient électro-négatifs par rapport à une série de corps , et électro-positifs par rapport à tous les autres. Les éléments matériels se trouvaient par là former une chaîne; ceux qui étaient placés à- l'une des extrémités avaient le plus de tendance à jouer le rôle d'acide, et ceux de l'autre extrémité une plus grande tendance h jouer le rôle de base, sauf néanmoins de nombreuses anomalies. Dès lors les propriétés acide et alcaline ne purent plus être attribuées exclusivement à l'oxygène et à l'hydrogène ; elles résultèrent naturellement tout à la fois et des radicaux de l'acide et de la base , et du principe qui semblait les mettre dans le cas de manifester des propriétés si opposées.

En continuant ces recherches avec beaucoup de sagacité , Berzélius fut porté à placer au rang des acides non seulement de certains oxydes métalliques, tels que ceux d'antimoine, de tellure, de molybdène, de titane, de tantale, d'urane, mais encore des terres, comme la silice et l'alumine. Ainsi les mêmes corps furent tantôt acides et tantôt bases salifiables. Il fut même permis de considérer

ACI 2i3 des sels dans lesquels l'acide et la base auraient un radical commun ; le prétendu deutoxyde de fer fut érigé en ferrate de fer, l'oxyde au maximum y jouant le rôle d'acide , et l'oxyde au minimum celui de base. L'acide nitreux fut un composé d'acide nitrique et d'acide hypo-nitroux , etc. L'exemple des éléments de l'acide carbonique combiné avec des métaux à l'état naturel (voyez Acide oxalique) , et l'acide oxalique considéré comme un hydracide ; enfln le radical composé dans l'acide hydro-eyanique , et peutêtre aussi dans beaucoup d'acides du règne végétal et du règne animal , ont permis d'élever des doutes sur la nature des acides qui ne pouvaient être obtenus sans eau. Ne povirrait - on pas les considérer comme des hydracides dans lesquels l'hydrogène de l'eau qu'on y suppose serait le principe acidifiant , et le radical l'acide sec tel qu'on le conçoit ordinairement joint à l'oxygène de cette eau ? Tous les phénomènes d'ailleurs qui se passent lors de la formation des sels ne seraient pas moins aisés à expliquer darns cette nouvelle hypothèse que dans l'ancienne. Bien que celle-ci soit la plus probable , l'autre ne mérite pas moins d'être prise en considération ; car lorsqu'un même fait admet plusieurs explications, il ne faut pas donner un assentiment exclusif à l'une d'elles , la nature ne se jouant que trop souvent de nos systèmes. C'est ainsi qu'en partant de la connaissance des plus puissants acides et des plus fortes bases, les anciens chimistes avaient dû en former deux classes de corps bien distincts, possédant des caractères évidemment opposés. La découverte , continuellement répétée, de nouveaux acides et de nouvelles bases, offrit d'abord des rapprochements entre eux ; bientôt il n'y eut plus que des nuances , et les deux classes finirent par avoir un point de commun , et par se fondre l'une dans l'autre. Ainsi le caractère tiré de la saveur aigre manque totalement dans plusieurs acides, et dans beaucoup il est presque nul. Un grand nombre sont insolubles ou peu solubles. Il y en a qui ne rougissent point les couleurs

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bleues végétales, ou qui n'agissent sur elles que d'une manière insensible. Plusieurs ne s'unissent point aux base* pour former des sels : exemple , les acides nitreux et phosphatique. Peut-être même n'y a-t-il point d'hydrochlorates, point d'hydro - sulfates , mais seulement des chlorures, des sulfures. Les acides se portent au pôle positif d'une pile, et les bases au pôle négatif; mais ils s'y décomposent souvent, et d'ailleurs tous les corps qui ne sont point rangés dans l'une ou l'autre de ces classes se comportent de la même manière. Il semble, en un mot, que la distinction entre les acides et les bases est illusoire, ou qu'elle ne pourra être établie d'une manière positive que lorsqu'on sera parvenu à connaître les forces qui produisent les combinaisons chimiques. {Voyez Affinités.)

11 n'y a point d'ouvrages spéciaux sur les acides. Voyez la Chimie de Thé nardy celle de Tltompson, celle de Berzclius , les Annales de chimie, lr Traité chimique de l*air cl du feu , par Schéele > et V Essai sur la phiogistiqueet la constitution des acides , par Kirvan. S,

ACIDES. [Technologie.) Les acides sont de tous les produits chimiques ceux qui donnent lieu aux fabrications les plus étendues. Employés dans une foule de circonstances et surtout dans les opérations des grandes manufactures , ils forment une branche de corn me pce cou sidérable. Ceux dont les arts font la plus grande consommation sont l'acide acétique , l'acide hydro-chlorique , l'acide nitrique , et l'acide sulfurique.

Comme la force des acides n'est pas proportionnelle à leur densité, l'aréomètre ne peut servir à mesurer leur énergie; cependant il est un grand nombre de cas où l'on a besoin d'évaluer cette force , soit pour apprécier leur valeur, soit pour les employer à doses convenables dans les opérations de fabrique. On prend , à cet effet , pour terme de comparaison l'acide sulfurique à 66°, c'est-àdire porté au plus haut degré de concentration, et on convient que sa force sera représentée par ioo°. Cela posé , si Ton veut évaluer la force d'un autre acide , tel

AGI 210 que l'acide acétique, on éprouve combien ce dernier peul saturer de carbonate de soude comparativement à l'acide suifurique; et si l'on trouve , par exemple, qu'il ne peut saturer que la moitié de ce que peut faire l'acide suifurique, on dit qu'il est à 5o°; si c'étaient les trois quarts , il serait à 75°; le quart, à «i5°, et ainsi de suite.

Après ces notions générales, nous allons décrire la fabrication des acides qui se préparent dans les manufactures.

Acide acétique. Cet acide fait la base du vinaigre ordinaire; ses usages sont très multipliés dans les arts et surtout dans l'économie domestique où il sert comme assaisonnement et comme anti-septique. On le prépare de deux manières différentes : on le produit par la fermentation Je toutes les liqueurs vineuses en général , ou bien on l'extrait du bois à l'aide de la chaleur. Dans ce dernier cas il prend le nom d'acide pyro-ligneux. {Voyez Vinaigrier et Carbonisation du bois.)

Acide hydro-chlorique. Connu dans le commerce sous les noms d1 acide muriatique , acide marin, esprit de sel, cet acide se prépare en grand dans les ateliers des fabricants de soude. Pendant long-temps on a négligé de le recueillir, et les fabricants, pour se débarrasser de celui qui se formait pendant la décomposition du sel marin , étaient obligés de le lancer à l'état de gaz dans de vastes souterrains , où des courants d'eau le condensaient. Cette préca ution était nécessaire pour éviter de brûler la végétation des campagnes environnantes , ainsi que cela était arrive lorsque des brouillards ramenaient sur la terre le gaz acide hydro-chlorique émané des fabriques.

Maintenant que les usages de cet acide se sont élendus et que la valeur en est augmentée , les fabricants ont modifié leurs appareils de manière à pouvoir le recueillir entièrement, et ils se sont procuré ainsi un double avantage, en supprimant la source de ces vapeurs délétères et en recueillant un produit de plus.

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» Les manufacturiers , pour se procurer le sulfate de soude nécessaire à la fabrication de la soude factice, décomposent le sel marin ou hydro - chlorate de soude par l'acide sulfurique. Le résultat de cette réaction est , outre le sulfate de soude cherché, un dégagement considérable de gaz acide hydro-chlorique qu'il s'agit aussi de recueillir. Pour cet effet, l'opération se pratique dans de grands cylindres de fonte posés par paires dans des foyers de forme et de grandeur convenables. Le gaz qui se dégage pendant celte espèce de distillation sort de chaque cylindre par un tuyau recourbé qui communique avec le condensateur. L'appareil de condensation est formé d'un certain nombre de grandes bouteilles dites bonbonnes, à moitié pleines d'eau pure et communiquant les unes avec les autres. Le gaz se condense dans l'eau , qui se charge des deux cinquièmes de son poids; on entretient la chaleur pendant tout le temps de la distillation, et, quand elle est terminée , on délute l'appareil pour retirer le sulfate de soude produit. On tire aussi, à l'aide de siphons de verre, tout l'acide hydro-chlorique qui se trouve dans les bonbonnes , communément à 25 degrés, et on le reçoit dans de grosses bouteilles en grès , de 60 litres , emballées dans des paniers d'osier. C'est dans cet état qu'on le verse dans le commerce , où il est employé principalement à faire le chlore et l'eau régale, à extraire la gélatine des os, à préparer le muriatc d'étain pour les teintures, à décaper les métaux , etc.

Acide nitrique. Cet acide est , après le vinaigre , celui dont la fabrication est la plus ancienne. Son origine remonte jusqu'à Rai mon d Lulle, célèbre alchimiste, qui le découvrit en distillant un mélange de salpêtre et d'argile, et on a long- temps suivi ce même procédé pour se le procurer en grand. Mais aujourd'hui on prépare l'acide nitrique en décomposant le salpêtre ou nitrate de potasse par l'acide sulfurique. L'opération se fait dans un appareil semblable et de la même manière que pour l'acide hy~

AGI 217 dro-chlorique. L'acide ainsi obtenu n'est pas assez pur pour certains usages ; mais il est facile de le purifier en le dis tilianf. dans des cornues de verre.

Le sulfate de potasse qui se forme par la décomposition du nitrate de potasse par l'acide sulfurique est employé ultérieurement à faire l'alun. L'acide nitrique lui-même sert pour la fabrication des acides sulfurique oxalique et plusieurs autres; il sert à dissoudre le mercure pour le secrétage des poils dans la chapellerie , a dissoudre les métaux, à graver sur le cuivre, à former l'eau régale, à la fabrication du précipité rouge , et de la liqueur d'essai des bijoutiers ; enfin il est employé dans la teinture , dans la dorure , dans l'essai des monnaies et pour le départ de l'or. Il est encore connu dans le commerce sous le nom d'eau- for te.

Acide sulfurique. Cet acide, qu'on appelait autrefois huile de vitriol, est celui dont l'emploi est le plus considérable; il sert en effet à obtenir presque tous les autres, en les dégageant de leurs combinaisons : c'est ainsi que l'on prépare en grand les acides nitrique, hydro-chlo rique , hydro-suif urique , tartarique , acétique 9 citrique, etc. 11 sert pour la fabrication des aluns , des couperoses vertes ou bleues, des sulfates de zinc, de potasse, de soude; il entre dans la préparation de l'éther. sulfurique , du phosphore , des eaux - de - vie et esprits produits par la saccharification de la fécule ; il sert à gonfler les peaux dans le tannage , à décaper les métaux , et a reconnaître la nature de beaucoup de substances par sa puissante qualité de réactif.

On le préparait d'une manière très imparfaite il y a une quarantaine d'années ; le procédé le plus en usage alors consistait à lancer dans une chambre doublée de plomb intérieurement , et d'une capacité de cinq à dix mille pieds cubes , un chariot en fer qui portait une capsule en fonte pleine de soufre enflammé , et dont la combustion filait aidée par un mélange de douze, quinze et même

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vingt pour cent de nitre. Quand on supposait la combu* tion achevée, et l'acide formé suffisamment condensé dans quelques pouces d'eau qui couvraient le fond de la enano bre , on retirait le chariot pour vider le résidu de la corn bustion; on rechargeait la capsule de soufre et de nitre, et Ton recommençait plusieurs fois l'opération. On retirait ensuite l'acide sulfurique de la chambre , et on le concentrait dans des* cornues de verre en en séparant l'eau par la distillation.

On a , depuis peu de temps , considérablement amélioré ce procédé. La fabrication se fait maintenant dans dévastes chambres de plomb de vingt mille pieds cubes de capa cité. La combustion du soufre a lieu sur un plateau, dans un cylindre fixe de plomb , posé sur un foyer, et la for mation de l'acide sulfurique est activée par deux )îl$ continus de gaz nitreux et de vapeur d'eau qu'on fait ar river dans la chambre. Les premières cent livres de soufre qu'on a mises dans le cylindre étant brûlées , on laisse con denser la vapeur en tenant la chambre exactement close On r ouvre ensuite pour renouveler l'air de l'intérieur, et pour recommencer une autre opération ; ce qu'on fait deux ou trois fois par vingt-quatre heures. Le fond delà chambre doit être constamment recouvert d'une couche de liquida et chaque jour on fait écouler une certaine quantité de cette liqueur acide , qui doit marquer 4o° a l'aréomètre. C'est de l'acide sulfurique faible qu'il faut concentrer, en le portant jusqu'à 66°.

La concentration se commence dans des chaudière* de plomb , et est poussée jusqu'à ce que l'acide marque 5o°. Au-delà, la chaleur pourrait faire fondre la chaudière. On sort alors l'acide pour le faire couler dans une chaudière de platine inattaquable par l'acide comme lr plomb, mais, de plus, infusible : c'est là qu'on achève h concentration , et l'acide est versé ensuite par un siph^ de platine dans des dames -jeannes en grès , fermées avec un bouchon en grès , recouvert de terre glaise. Tou»^

ces précautions , et beaucoup d'autres qu'il serait trop long de détailler, sont absolument indispensables, à cause de l'action extrêmement corrosive avec laquelle cet acide attaque la plupart des substances.

Acide citrique. Le nom de cet acide indique assez son origine : on le trouve non seulement dans les citrons , mais encore dans les oranges, les cédrats, les limons, et autres fruits de cette espèce. Toutefois , ce n'est que du citron qu'on l'extrait pour le besoin des fabriques.

On abandonne le jus de citron à lui-même pendant quelque temps , afin que la fermentation qui se développe en sépare le mucilage et autres matières qui en troublent la transparence et la pureté. On le décante ensuite dans une cuve de bois blanc , où Ton verse peu à peu de la craie ; il se dépose du citrate de chaux, matière saline qu'on lave avec soin , et qu'on décompose ensuite par l'acide sulfurique faible, pour en séparer la chaux. Il se forme, en effet, du sulfate de chaux qui se précipite, et l'acide citrique reste en dissolution dans la liqueur. On décante , on filtre et on évapore la dissolution pour l'amener a cristalliser. Les cristaux que l'on obtient par le refroidissement sont rhomboïdes; si l'on veut qu'ils deviennent bien blancs , il faut les redissoudre et les faire cristalliser plusieurs fois.

Cent soixante livres de suc de citron produisent dix livres d'acide citrique blanc.

L'acide citrique sert à faire la Limonade sèche : c'est une poudre qui se prépare en faisant un mélange exact de cleini-once d'acide en cristaux et d'une livre de sucre , le tout pulvérisé très fin. On aromatise cette poudre avec cinq à six gouttes d'essence de citron , versée sur un morceau de sucre que l'on broie ensuite pour l'ajouter au reste.

L'acide citrique a aussi la propriété d'enlever les taches d'encre et de rouille , de blanchir et de durcir le suif; enfin il est employé en teinture pour aviver les couleurs.

Acide oxalique. Depuis quelques années on consomme beaucoup d'acide oxalique dans les fabriques de toiles peintes; on s'en sert pour l'avivage de quelques couleurs, et pour détruire les taches de rouille.

On l'extrait du sel d'oseille contenu dans Yoxalis et dans le rumex acetosella , plantes qui croissent en abondance dans la Suisse , et y sont l'objet d'une exploitation particulière. On peut aussi le préparer par le procédé qu'a donné Bergmann, et qui consiste à traiter le sucre par l'acide nitrique ; ce qui le change immédiatement en acide oxalique. II s'en forme aussi pendant la fabrication de l'acide sulfurique.

Uacide tartrique s'extrait du tartre de la même manière que l'acide citrique du citron. Cet acide a beaucoup d'analogie avec les deux précédents, et il sert à peu près aux mêmes usages.

L1 acide carbonique entre dans la composition de certaines eaux minérales artificielles.

L'acide fluor ique est employé dans la gravure sur verre.

Uacide kydro-sul fur ique est quelquefois employé pour donner des bains sulfureux , de même que le suivant.

Uacide sulfureux sert au blanchiment , à muter Jes vins, et à arrêter la fermentation des liqueurs spiritueuses , qu'il empêche de tourner à l'aigre. L. Séb. L. et M.

ACIER. (Antiquités.) Les anciens ont connu l'art de convertir le fer en acier ; les Grecs le nommaient chafybs , et les Latins aciesy d'où nous avons fait acier. Aristote (Metcor. , 1. 4» c. 6) dit que «le fer forgé, travaillé même, peut se liquéfier de nouveau et de nouveau se durcir, et que c'est par la réitération de ce procédé qu'on le conduit à l'état d'acier. Les scories du fer se précipitent dans la fusion ; elles restent au fond des fourneaux, et les fers qui en sont débarrassés de celte manière prennent le nom d'acier. II ne faut pas pousser trop loin cet aflinage, parce que la matière qu'on traite

liosi se délruil et perd beaucoup de son poids. Mais il l'en est pas moins vrai que moins il reste d'impuretés, >Ius Pacier est parfait. » E. J.

ACIER. {Chimie.) Voyez Carbure. # ACIER. {Technologie. ) L'acier doit les propriétés qui e distinguent du fer, et qui le rendent plus précieux, à juelques millièmes de carbone qui entrent dans sa composition. Tous les aciers que Ton trouve dans le commerce peuvent se rapporter à trois espèces : Y acier naturel ou acier de forge , Y acier poule ou acier cémenté , et Yacier fondu.

\Sacier naturel se relire de la fonte du fer dans les fourneaux d'aflinerie; on l'extrait aussi directement du minerai de fer dans les forges catalanes : dans l'un et l'autre, cas on obtient un acier qui a beaucoup de corps, mais qui est inégal et impur, étant mêlé de parties ferreuses qui ne sont pas aciérées. On se sert de cet acier pour les ouvrages les plus communs, parce qu'il est à bas prix. On tirait autrefois tous les aciers naturels de l'Allemagne y et surtout de la Syrie ; maintenant , les aciers français qui sortent des usines de la Bérardière , de Saint - Étienne, de Bèze, de Rives, de Paris, etc. , sont aussi estimés que les aciers naturels de l'étranger.

L'acier cémenté est ainsi nommé, parce qu'on le prépare en faisant cémenter le fer, c'est-à-dire en exposant ce métal à une haute température dans des caisses de tôle ou de fonte , et dans un cément composé de charbon pulvérisé, de suie, ou d'autres matières susceptibles de se transformer en charbon. Cette qualité d'acier est plus estimée que l'acier naturel; et pondant long -temps les Suédois , mais surtout les Anglais , ont été en possession de nous fournir cet acier fabriqué exclusivement avec le fer de Suède, qui est d'excellente qualité. Nos fabriques françaises donnent aujourd'hui des aciers qui rivalisent avec ceux-là : tels sont les aciers d'Amboise, de Toulouse , de Givet , etc.

L'acier fondu est celui qu'on obtient en liquéfiant le 1er ou la fonte , ou l'acier naturel , ou l'acier de cémenlation, soit seuls, soit avec d'autres matières, en coulant cette fonte dans des moules , et en la forgeant ensuite.

L'acier fondu est le plus beau , le plus égal , le plus plein et le plus homogène des trois espèces connues; il prend à la trempe dans l'eau une grande dureté et beaucoup de ténacité ; il est susceptible de prendre un superbe poli noir.

Jusqu'à ces derniers temps on a tiré d'Angleterre tout l'acier fondu que l'on employait dans les arts. Les deux variétés les plus fines et les plus renommées , Ycccier marsckall et X acier hunlzmann , n'y sont cependant fabriquées qu'avec de la fonte et des rognures d'acier cémenté. Des Français industrieux viennent d'établir en France ce genre de fabrication : les usines de la Bérardière fournissent à présent au commerce des aciers fondus qui ne le cèdent en rien aux meilleurs aciers connus.

Les usages de l'acier se retrouvent dans presque tous les arts, soit sous la forme d'outils, soit comme matière première. Mais quant à ses emplois principaux , on pourra consulter les articles Aiguilles, Armes blanches, Bijouterie d'acier , Coutellerie , Faux, Limes, Ressorts, Scies, etc.

il est une espèce d'acier qui nous vient des Indes , sous le nom de W ootz 9 et dont la fabrication n'est connue que depuis peu de temps. ( Voyez Alliage. )

Voyez l'Art de convertir le fer forgé en acier, par Réaumur, de l'académie des sciences, in-4°, 1820; le Mémoire sur l'acier , par J.-J. Perrol, couronné par la société des arts de Genève, 1779 î et la Sidêrotecltnie ou VArt de traiter les minerais de fer , par Hassenfratz , 4 vol. in-4*, 181a.

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