‹ Encyclopédie monastique, ou, Histoire des monastères, congrégations religieuses, et couvens quiChapitre 20 sur 120 · BARBE · texte numérisé non relu

BARBE

BARBE» De tous les moines barbus ^ le plus remarquable est le Capucin. Jamais petite maitresse n'eut autant de soin pour une belle chevelure blonde , que le Capucin pour ces longs poils roux qui chargent son menton. Il peigne sa barbe avec coquetterie^ la graisse avec eomplaisance y et Tenvcloppe. d'un petit sac de parchemin pour la préserver de la pluie.

Cependant on a vu des Frères conspirer contre un ornement qui trahissait Yincognito qu'ils voulaient garder quelquefois , et ourdir des trames perfides contre les barbes capucinales. Mais le Ciel a déjoue leurs tentatives impies, ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant un beau livre qui a pour titre : Histoire des périls qu'a courus la barbe des Capucins.

Des religieux indociles n'étaient pas les seuls qui formassent ces noirs complots ; les femmes aussi , oui , les femmes , osèrent souvent dégarni r les mentons des révérends Pères.

Si Ton en croit ces petits recueils d'anecdotes qui infectaient la France et qu'on faisait toujours imprimer dans les Pays-Bas ^ par respect

pour la censure , plus d'une moderne Judith au-

34 BlfCWQI.f»P^iE

rait dirigé de coupables ciseaux sur la barbe d'un trop confiant Capucin. Souvent un de ces derniers rentrait au couvent aussi piteux que Sam- #pa inétaolçi^phosé par un barbier phijisiin. Alors le Père gardiez y vieux renard échappé k mUle pièges , devinant aisëmem q^e \e coupiàble s'était endornoti sur les genous^. d'mie ^utre P^ y^a, l'envoyait ^ bien f^^ti^éi dans v^ spnibre ca^ot^ jusqu'à ce qu'il vit re^çurir «on mç^to^, et qu^ de vigoureux rejetons projetés par de fécondes r^cineç et aidfs par la culture , p^^s^nt réparer ji^ désasi^r^^de T^niique forél*

li'his^loîi'^ suivante^ qui eut lieu à Naples en X761 > donnera uue juste idée de U noirceni* féminiue. JLes gazettes de Hollande en ont fût ipo^ntipn ds^ns leiemps, ei un auleur français en a retracé toua les détails da^s un Uvre qu'il éerim\t sj^vi§^h disJlé^des bévos dw» dr^me , et qui fut imprimé en 1762 , avec une dsédi^Qe a,u.x C^p»'»' cins de Frauoe*

Une bonne Comtesse, retirée daJ9$ swdbâteAu à quelques lieues de Naples^ iivait £iit éley^^ deux jeunes orpbelins nés dan^ un bdpit^f Gha^lo^y gçoa garçon \m^ feit , et doué 4' U a excellent (Garactére^ avMt éité prpp),^ 9m gmde dp cmiâinier^ ^ojsette^ she^, spÀviftuelk^ fllti*4a^%« nmii jolie^ aveit toulea les qqaU%é«^ ^0 k pAua

1I4MKASTIQUB. 35

attrayante soubrette. lU s'aimaient hîeo ùucih rement; mais Chariot n'avait pas remanjoé seul combien Rosette était séduisante. Un jeune aei* gneur qui venait hal^tnellement cbe^ ki Com* tesse , après avoir fait souvent à la pauvre peme des offres infâmes , toujours rejetëes avec indignatîon ^ conçut l'abominable projet de la faire enlever. Un jour que Rosette allait au village voisin , quatre hommes masqués rentoureoi» se saisisaeru d'elle 7 et la.portent évanouie daVM utfe voiture ; bientôt elle est Icân de son amattc

1^ je composais un roman', je pourrais^ cohh sacrer deux ou trois chapitres au d&e^poir de ce dernier; je me coiitenteras dedine qti'il erra long-lemps comme un. insensé dans Ud e^mpa^:

gnes voisines. Un jour, fatigué de la vie , il a^ér-^ çoit ua oouveat die Capucins , ce qui n'est pas' rare eace pays; il frappe, demande à étre^ admis ^^ et sa profession de cuisinier lui ou vice' lies portes du sanctuaire.

Chariot possédait bien son art; et cdmine t¥

e^ rare que les grands talens restent long-#ekiî)>si

en&uis dan& les provinces, la rmïommée porta

son nom jusque dans le grand courbent ée* Nà-

ples ; et le Père Provincial qui y faisait stt^^^

dence, voulut s'attacher ce précieux sujet'.

Le fréré Charles ( car tel était son. nom de re-

ligion) était doux^ prévenant^ affectueux^ fias ami de la propreté que ses compagnons. Une teinte de mélancolie ' qu'il devait au souvenir toujours présent de sa Rosette , rendait sa physionomie plus intéressante que n'est d'ordinaire celle des religieux, et sa barbe légère et moelleuse n'ôtait rien a la douceur de ses traits; ajou» lez k ces qualités celle d'une grande facilité d'élocution qu'il avait acquise dans les antichambres de la Comtesse y et vous ne serez pas étonné que peu après sa profession, on l'ait élevé à l'une des phis grandes charges capucinales , celle de Quêteur.

; On a dit qu'un homme bien amoureux n'est pas capable d'une action basse. Serait-ce au souvenir de son amie que le frère Charles était redevable de cette intégrité qui le distinguait dans ses fonctions? On a vu des quêteurs nourrir ^ sans la permission du Supérieur, une petite famille à laquelle ils prenaient un intérêt tout paternel; frère Charles, au contraire, ne touchait pas plus au pain de la veuve qu'aul confitures du riche ; épuisé par la soif, il respectait autant le muscat du bienfaiteur (i) que le vin clairet du pauvre vigneron. .

(i) G^est le nom qu'on donnait À ceux qui avaient coutume de faire de grasses offrandes.

Un jour^ faisant sa tournée dans les rues de NapleS; il entre dans un hôteL magnifique ^ monte un large escalier, traverse cinq ou six appartemens sans rencontrer personne à qui il pût adresser sa supplique ; il allait revenir sur ses pas j lorsqu'il aperçut une petite porte. Il frappé doucement de son doigt recourbe et &it jouer la clef avec délicatesse : la porte s'ouvre ; l'œil baissé 9 les mains cachées dans ses larges manches , il expose avec humilité la misère dé soii couvent. Une belle dame y mollement étendue sur un riche canapé, lui fait la réponse la plus gracieuse. Quelle voix ! s'écrie Chariot ; il lève les yeux : Quoi ! c'est vous, c'est vous, :Rosette ! En disant ces mots^ il tombe évanoui. Déjà sept ou huit grands laquais étaient accourus à la voix de leur maîtresse; on |)rodigua des secours au Frère, qui, bientôt revenu à lui, accabla de questions son ancienne amie. Je ne suis plus Rosette, répondit celle-ci ; à présent l'on m'appelleFlavie. Si je vous aimais moins, je chercherais à déguiser mes torts ; mais je ne me pardonnerais jamais de vous avoir trompé. Alors elle avoua ingénument qu'après avoir cédé aux instances dupremier séducteur, elle avait eu successivement huit protecteurs généreux, auxquels elle devait une grande fortune ; que le dernier, par son lesr

tam^ejçit ^ 1 avait lamée maîtfeisd de l'hôtal où il» ^e fjnppiyaif^ot ; poû elle ajouta : Mais, mon pauy^ç Cibai^lot , 9Pb per3U£idé que chaque fois que î^ fus (Obligée de payer leurs peûis soins par quelques ooiuplaisances , mon imagination t'a ti^ujpiirs rapproché de moi. Un Capucin îndîg9^ devait «e contenter de cette restriction ment^l^.^ d'ailleurs > Flavie était encore si jolie , et m\^% sur les traces desquels il allait s'élancer portaieut de ^ beaux noms » qu'il ne tarda pas k {sceller la réconciliation par un doux baiser. J^ecteurs f ce baiser est la première scâne d'un 4Fame qui va i$e dérouler h vos yeux.

JLa coquette Flavie , accoutumée au duvet des îeu^es Seigi^eurSt s'indignait chaque fois que ses lèvres délicates rencontraient la barbe du Capu<çin ; et eUe se préparai t à une amputation, quand Chariot lui fipprit qu'une telle imprudence pourrait lui coûter cher. Flavie alors lui donna une certaine eau qu'on trouve souvent dans les oabi^ nets de toilette, surtout en Italie, en lui disant de $'en frotter le menton , que sa barbe tomberait iQfajillibleniieut, et qu'il s'en excuserait en prétextant unQ maladie ou la faiblesse de son tempe-rament. Frère Charles obéit , et l'eau produisit son effet. M^i^ les vieux Pères soupçonnèrent quelque ruse ; et un jour que Ie^ Frère imberbe

étai^à lu <|udie , bK plulM afur gettonx de Flityie, toute fiè#0 de âou ^Magénie^ ses^ èetupa^gijoâs avaâeat trMii^' la (lOiitie fiéle o«efaée dans k pâtil- Jasse dci ccmpable^ qui, de rmour dm e«nsivent, fm nideitietit diatijpliném toiidilit dansune olis*- GOre prison ; mais > on ne l'y luisto pae fept ioBgteû^pji, en considëraiie^ de ses anciens' s^rtieei», et il fui réintégré dans sa dotflrtoehflrrgedë q^aê^ téai^f dé euisinv^^

Oh pense bien ^e sa préÉûffère sonîefMpcmi' Flme% Mon psirrre Chariot, disaf»celtéMci eli ^ pefuioum à soni eou , que t'e^-'il tSoUe arrrté? yé ne t'afi pioiiic vtr depms vtn siàele? Gtairlot ra^ tinntaiisa mésttvenlnre, tandis q«e sén time lui prodiguait le» plué totrdiâiite» éài^esses; nilai«s quand il en vint à parler à^ Mup» qii'il avftît re^us, ei dont il poiiait efÊMte le» MaiiqUes' : « Hé » ^oi! s'éeria F lavié koi^ d'eU^fiiéiâ^; resce- » i!S^tu pliMs^lôiig<4eiqfifp6 dans ee^ repaire, eu on » payé te» serme»p»r les traitemen<si les ptes in- >• (Ul^ës , où tm n^ds plus maâtre dé rien , pà» "^tténve de ta liarl»e? Chairlot , Ghark^ , j'ai de >> la foifiuné^ je teui faire ton bonheur; un bon » mariage légitimera nos amimrs. Je ne veax » plus que tu retournes aU' couvemt*. Mais non , "^ »fôata*t^el)e sivecii» petit mouvement de rage, » il &UC y aittery y ailer encore une fois; je veiis:

4o EKGYGLOPÉPIE

» que demain tu m^apportes toutes les barbes de » ces vilains Capucins ; j'en ferai un matelas qui » sera le premier meuble de notre ménage : c'est » le prix que je mets à ma main. » En disant ces mots^ elle se retira^ laissant Chariot stupéfait.

Chariot n'était pas né brave; cependant les deii'niers mots de Fia vie lui inspiraient une force qu'il ne se connaissait pas; d'ailleurs^ il n'avait pas à se louer de ses confrères. Il prit donc sa résolution ^ et se procura sur-le-champ tout ce qui lui était nécessaire pour l'exécution de son attentat , c'est-à-dire une liqueur soporifique qu'il devait mêler au souper de ses Argus , de forts ciseaux^ et un grand sac pour renfermer les barbes abattues, se proposant de les étaler le lendemain aux pieds de sa belle.

Sonnait minuit, l'heure des grands crimes!

L^intrépide Chariot , portant d'une main son sac entr'ouvert, et de l'autre balançant daps l'ombre d'énormes ciseaux, parcourait dortoirs et cellules , s'arrétant un instant devant le lit de chacun , et chaque station rendait le sac plus pe-^ sant. Il parvient enfin daCns la chambre du Supérieur : là il s'arrête, il hésite. Portera-t-il une main téméraire sur cette barbe qu'ont blanchie soixante hivers? Déjà le remords était rentré dans son âme; un tremblement involontaire le saisi i>

il s'éloigne avec précipitation y et j pour comble de malheur^ laisse échapper en chemin le g^nd sac qui retardait sa ^ fuite.

Il fut bientôt dans les bras de sa Flavie*^ qui savourait le plaisir de la vengeance , quoiqu'un peu flichée de n'avoir pas les barbes qu'eUe destinait à un si touchant usage. Notre. héros ne partageait pas entièrement sa joie ; il connaissait assez les bons Pères pour savoir qu'ils ne laisseraient pas un tel forfait impuni.

On ne. sait pas positivement ce qui se passa au couvent ^ au réveil des religieux : il faut avoir été témoin d'une pareille scène pour la décrire ; ce qu'il y a de certain y c'est qu^on assembla le chapitre ^ et que la séance fut orageuse. Les uns opinèrent pour qu'on fermait les portes du couvent^ et qu'on se dérobât aux regards de la multitude jusqu'à ce qu'une nouvelle crue eût réparé l'honneur des mentons capucinaux : ces jours de deuil ^ passés dans l'ombre , seraient effacés de leurs annales. D'autres voulaient ( et cet avis prévalut ) qu'on se servît de barbes postiches : on ne serait plus alors Capucin qu'en effigie; mais au moins on conserverait le décorum^ et on échapperait aux brocards des gens du siècle. Tous enfin convenaient d'un points celui de tirer du criminel une vengeance

4a ËRCTCLa^Anm

4Glâtanie , si le Ciel le faisait tenrber dans leu» mainsv

GependaDt le seigneur GfaarleB^ car il était dëfài mëlamorphosé an an beau cavalier, aurait pu se dérober au ressentiment de ses anciens confrères, sans un nouveau caprice de Flavie. Apprenant que les Gapucina n'en devaient pas moins ofEder dans leur église le dimanclie suivant , elle voulut ^ue son amant là conduisît au sermon , afin de jouir de leur embarras* Qu^0 fut leur surprise lorsqu'ils virent paraître dans la chaire de vérité un orateur extrémemânt barbu, car* il s'était procuré à grands irais une barbe magnifique suspendue à ses solides oreilles, mab seulement par un fil léger, qui^ ne pouvant ré-' sister long^-temps à de trop grands mouvement d'éloquence, laissa tomber la barbe au milieu de l'auditoire, au grand ëtonnement des dévotec^ et dévots > qui n'en pouvaient croire leurs yeux» Pour Flavie ^ elle partit d'uu grand éclat de rire ;» et comme les Pères s'étaient approchés d'dle pour se plaindre de l'ioconvenance , Chariot fut reconnn ôt arraché des bras» de son imprudente amie»

Flavie n'essaya nuQement d'attendrir les rer U^eus par ses prières ni pat ses larmes; elle savait combien la justice monacale était sévèrr^

et que l'esdculion siiivaii toujours la sentence* hes instans étaient précieux; die courut chez un duc qu'elle connaissait ; sa douleur, son trouble la rendaient plus séduisante encore ; jamais elle n'avait été si belle. £Ue réclama sa protection, en lui exposant naïvement le prix qu'elle mettait au service qu'elle attendait de lui. Le sei-* gneur fut touché de cet excès d'amour ; il conclut l'attrayant marche qu'on lui proposait.

Flavie n'hésita pss un moment à tenir ses promesses ; le duc accomplit les siennes en homme d'honneur ; et le lendemain notre héroïne , à la té^e d'uiite compagnie d'archers, alla droit an eouvent , redemander l'amant qu'on lui avait

?avi.

Les Capucins assurèrent avec une ingénuité £^nte que le coupable avait été transféré dans un autre monastère ; mais Flavie , se défiant de leurs réponses évasives , guidait les soldats dans tous les coins de la maison ; enfin, elle aperçut au fond du jardin une grande pierre qui paraîf^sait recouvrir une fosse. C'était là que le pauvre Chariot , atteint et convaincu du double crime d'apostasie et de lése-*majesté capucinale , avait été conduit in puce ( voye:;^ ce mot ). Il était déjà pvasque asphyxié; à ses côtés, quelques livrè9de pai», une cruche d'eau , deux ou trois cierges^

44 engyg£opéoie

étaient la mesure de son existence ; et des osse-^ mens qu'on apercevait dans un coin du caveau, lui rendaient plus présent le sort qui lui était réservé. Il serait difficile de décrire la fermentation que ce spectacle causa parmi le peuple ; l'autorité; cette'fois> oublia sa prédilection pour les moines : le couvent fut démoli et les Capucins dispersés.

Quant aux deux amans, ils se marièrent bientôt ; et pour se soustraire à la vengeance des religieux qui les poursuivait partout, ils vendirent leurs biens> et vinrent se fixer à Paris , où Flavie ne tarda pas à accoucher d'une fille, qui , dit-on , pour là morale de l'histoire, naquit avec une vilaine barbe de Capucin ; mais elle mourut au bout de trois jours; et Chariot répara si bien ce malheur, que sa femme mit au monde deux ou trois gros garçons qui n'eurent^ des Capucins , que la force et la gaité.

L'aventure rapportée par Boursault n'est pas moins plaisante.

Il faisait en vers , tous les huit jours , une gazette qui plaisait au Roi et à toute la Cour. Une semaine s'étant trouvée stérile en nouveautés , le gazetier se plaignit, à la table de M. le duc de Guise , de n'avoir rien de divertissant dont, il pût remplir sa gazette. Ce Prince s'offrit d'abord

à lui donner un sujet très-propre h réjouir le Roi et la Cour : c'était une aventure arrivée à la porte de l'hôtel de Guise ^ chez une hrodeuse fort en vogue , où lès Capucins du Marais faisaient hroder un saint François. Un jour que leur sacristain était allé chez la brodeus|3 pour voir où. en était l'ouvrage , il s'endormit profondément , la tête sur le métier où il regardait travailler ; et l'habile et malicieuse ouvrière y qui en était précisément à broder le menton du saint, saisit l'occasion favorable d'ajuster artistement la longue barbe du révérend Père , pour en composer en diligence la barbe de Saint François. A son réveil , le religieux fut aussi étonné qu'indigné de se trouver pris par un endroit qu'il croyait si respectable. Il y eut un débat assez plaisant, entre lui et la brodeuse, à qui resterait cette barbe.

Ce fut de cette aventure que Boursault &i la plus jolie de ses gazettes , par un esprit de badinage et nullement d'impiété. Le Roi, qui était jeune , en rit beaucoup , et n'y trouva rien à dire. La vertueuse Marie-Thérèse , qui était la piété même, ne laissa pas d'en rire aussi , et n'en fut pas scandalisée ; mais le confesseur de cette Princesse , qui était unCordelier espagnol , n'entendit pas raillerie. Irrité par les Capucins,

qui criaient vengeance contre Toatrage' fait à leur âëraphique Père , il mit le scmpole dans l'esprit de cette pieuse Heine , et Tobligea de demander au Boi une pnnition exemplaire. Sa Majesté voulut^ par bonté, tourner la chose en raillerie j et dit même à cette Princesse tout ce qu'il put pour l'adoucir ; mais, la voyant obsti<* née à le prendre sur le sérieux , il la laissa mattresse de faire ce qu'elle voudrait.

La Reine , toujours excitée par le Père confesseur y qui lui en laisait un point de conscience, m»nda le Chancelier Séguier, à qui elle ordonna de retirer le pirivil^e accordé à l'auteur^ et de l'envoyer à la Bastille jusqu'à nouvel ordre, pour lui apprendre à ne plus badiner avec les Saints. Ce grand chef de la justice , protecteur de tous les gens de lettres , et qui bouterait particulièrement Boursault ée ses boatés, ne trouva pas te délit aussi grand que l'était la colère de la Reiane. Ainsi , en obéissant aux ordres de Sa Majesté, il eut Tattentiqa d'ordonner à l'offîcier qu'il chargea des siens , de: laisser à l'auteur ,. quand il irait l'arrâter, tout le loisir nécessaire pour écrire au Roi et à ses protecteurs» Bbur* sauk, qui, bien* content de kii^niéme et da succès de sa j^tzette , ne s^ittencUit à rien moins qu!aii cpmplimenti àà oat officier quif était de

ses amU, commeaça par le prier de se meure à i^ble awc d'^tpes jeunes gens d'esprii qqi dëjeûnaieni ce matin-là chez lui ; et> quoiqu'il ne fût pas fort content du gîte où il devait coucher y il ne perdit rien de safaelle humeur, et se servit du temps qu'on lui laissait pour ëcrire une lettre en vers au Grand -Condé , son protecteur déclaré. Ce Prince eqt la bonté d'en parler aussitôt au Roi-, qui fit révoquer sur-leehanp l'ordre d'aller A la Bastille , mais qui , par considéralion pour la fteime, fît défendre au coupable de continuer de travailler à la gasette, et, de plus> lui retira sa penùon de d^ooc Hvres. ,

Dans la suite , il obtint cependant un privi* lége pour une semblable gazette y son» le titre de MiAse enjouée ^ qu'il jfkisait fous les mots pour le divertissement du Dauphin.

François P" , qui voulait tirer de l'argent du clergé , obtint du Pa^ un bref qui ordonnait à tous les ecclésiastiques de se faire raseï^ la bacihe^ s'iJ^ n^aimaiesit nioeux se (Ëspenser de cette loi en donnant certaines soounes » qu'ils payèrent volontiief s ^ ph)s disposés k Quvrir leur bourse qu'4 perdre leur baribe*

LaJbarhe a épreuve chei; tou&les peuples les^ caprices de l^mode.Le&Gseca l'ont conservée^

jusqu'au règne d'Alexandre^ et les Romains jusque vers l'an de Rome 4^4* ^^ fut Scipion l'Africain qui introduisit l'usage de se raser tous les jours. Une longue suite d'Empereurs s'y conformèrent; mais Adrien reprit la barbe^ et son exemple fut suivi par ses successeurs jus* qu,'à Constantin. Elle reparut sous Héraclius y et tous les Empereurs Grecs l'ont portée. Les Gotbs etles Francs n'avaient qu'une moustache. Clodion ordonna à ses sujets de laisser croître leur barbe ; pour qu'ils fussent distingues des Romains. Les anciens philosophes portaient de longues barbes ; les ecclésiastiques d'Orient en ont toujours eu ; en Occident ^ au contraire ^ le clergé a toujours été rasé. Il y a des pays où la barbe exprime la douleur ; il y en a d'autres où le défaut de barbe est une marque de deuil.

Page 1