CORRECTEUR , CORRECTION
CORRECTEUR» Correcteur, en terme de collège, est celui qui châtie et qui iouette les écoliers par Tordre du Régent ou du Préfet.
Chez les Jésuites , le Correcteur est un éco» lier que ces bons Pères nourrissent et entretiennent ^ et qui , pour payer la nourriture, Ih logement et les habits qu'on lui donne ^ fouette de bon cœur les écoliers ses confrères, aussi souvent et aussi cruellement que les R^ens le lui ordonnent; et voici comme il procède à ses exécutions :
<c Dans toutes les classes de ces admirables collées (disent les Mémoires historiques sur
M ONASTIQUB, I !k5
l^Orbilianisme (i) et lés Correcteur^ des Jesuites), il y a une très-forte chaise à bras, placée ordinairement au bas de la chaire du Régent ; elle est tout en bois , et Ton pourrait , sinon à raison de sa vétustëi du moins pour son épais^ seur et pour sa solidité^ l'appeler le fauteuil du Roi Dagobert. Aussitôt que le-Correcteur entre dans la classe où il est mandé , il va prendre cette chaise , et là porte à celui des coins de la classe qui estdestinéauit supplices; ensuite le Régent y fait asseoir Tun de ses plus ]gros et de ses plus forts écoliers , c'est-à*dire un paysan aux larges épaules. Quand ces préparatifs sont ainsi faits y le pauvre patient est obligé de passer derrière la chaise > de s'y tenir debout^ et de tendre les mains à celui qui y est assis , et que ce gros manant lui tient si bien qu'il ne serait guère mieux garrotté avec une corde: alors le Correcteur lui fait descendre la culotte jusque sur les talons / lui retrousse l'habit et la chemise par-
(i) Ofbiltûs -était un pëdadogue extrêmement sévère; Je Minàmn de Pi»g0Sus^ qa'Eorace lui donne, foit assez sentir qu-il n'écorthait pas tant ses écoliers par devoir et par état , que par inclination et par goût. Le nom ^'Orbilia» .nisme est tiré d^Orbilius , et Ton a suivi la même règle que lorsque de Pelage ou Pelagius on forme Pélagianisme, et de Molina Molinisme.
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dessus lea ëptfnles ^ et traite '(ce que VùH à&tit beaucoup minuk ^u'ofn ne saurait l'exprimer)^ d'un brks raccourci , et avec un trèsrbon iniini<^ net à manche (i)., il régale tout le pays découvert d'une, ample fessée y qui ne finit que lors« qu'il plaît au Régent de dire : C'est assez*
M* Salelles, de la Compagnie de Jésus y Ré»
gent de cinquièhie ^ s'exprime ainsi :
Je suis plus maître dans ma classe
Qu'un Monarque dans ses Etats:
Mes écoliers tremblans n'y soufflent même pas. ' J*y tonne , et dans TinÀtant le coup suit la iDenaoe^ Quel plaisir 4'4tre craint! Je goûte dds douceurt A les faire soufirir > k voir couler leurs pleurs.
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(i) Donat , Correcteur de Rhodes eu i735, peut, êtrp comparé au fameux Tempeste , à qui Rabelais rend un si glorieux témoignage :
Horrida Tempestas mon tem turhavit acutum,
Tempeste , dit-il , fut ui^ grand fouetteur d'escoliei*s au collège de Montagu. Si par fouetter pauvres petits enfans, CTcol ie r s i nno cens , leis pédadbgnes sont damnés , il est , sas mon hjonneur» en la roue d'Ixioh , feuettam le e&ién Gouiw tau qu^Te^enle. S*ib sont, parenfaiM-mBo^eiis fouettez « fAiive^y il.4oit.estre àur-desAUf des Cieaz»» (I4yrei.iy« chap. ^..). ....
Berger^atatre Gorj:^tettr deRbodesi auquel succéda DoiM# tapait un peu moins ibrt les éléyes qui lui promettaic^l wam pièce de la sous.
<!*eit o'Qauié » dit-on » yengimiico « butnioâr ooUre ,
N*impor te , ëtant Jésuite , on a droit de tout f^ire : Ga donc , cher correcteur, sois plus dur qu'un rocher, , Frappe fort et long-temps ; tu le peux à ton aise : Un large et gros manant , assîè sur celte chaise , Te tient tous les enfims que je fiûs écorcbeK:. -
C'est alors que l'on voit les mêmes coupspro<p duire des effets trës-différens , et excitée des sensa tiens bien diverses. On lit dans les yeux et sur tout le visage du Régent le plaisir qu'il goûte à faire bien étriller un écolier à qui il en veut gratuitement^ ou qui a eu le malheur de lui manquer; de l'autre côté, on voit le pauvrepetit malheureux soumis aux coups les plus ignominieux et les plus cruels^ et très-souvent lés plus injustes, souffrir d'autant plus qu'il ne peut exhaler sa douleur m par des gémissemens, ni par ses paroles > car s'il crie un peu fort oju qu'il dise le moindre mot que les souffrances lui arrachent y il peut se tenir pour assuré qUé~75aiI5 dîsGonktiiiuèr , oa va redoubler la doBe« > 1 , j
Le nombre de coups de martinet (ï) que l'oh
(i)f)eto«»lai8tutcitBderUttiyerait&,lèS6d<^eles Jésuites «¥aîent adopté , était celui qui 44f^ndMit de donner le foue(t aree tt» martinet; ce. n'étuit qu^aff^ dçè verges que Tonfai-^ aak cet. office daiia Ibi cdUéges- de Faris y et < je suf^se qu'elles étaient .toujours prises de balais de bouleau. Qfi ne
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donne tout de suite au même patient est in*croyable : quelquefois Ton va jusqu'à deux ou trois cents ; communément c'est soixante-dix ou quatre-vingts : il est excessivement rare qu'on n'en donne qu^une quarantaine*
Par ordre exprès du Régent , qui ne manque jamais d'animer le Correcteur d'un moment à l'autre , à chaque dizaine de coups , ce Busins lui crie : Fort ïfort ! encore plus fort /•••. étril^ lezlebien*..* quil s^en souviennel
Il décharge les coups de martinet d'une manière lente ^ mais qui n'en est que plus terrible; il met toujours près de deux secondes d'intervalle de l'un à l'autre coup, et de là que d'avantages ! cette lenteur, humaine dans ses apparences j très-barbare dans ses effets , prolonge considérablement la durée de l'orage; elle donne à l'écolier tout le temps nécessaire pour sentir
voit ni dans Thistoire désï^ermes, ni dans celle de FUnirer* •itë, depuis quel temps ces verges étaient exemptes de tous droits d*entrëe , ni à quel siècle il faut remonter pour trou-* verTorigine de Fusage qu^on en faisait dans les collèges. On trouve dans Rabelais , qui écrirait au commencement du i6* siècle , que le pantagrueUon , c*est-à-dire le chan'vre , plus est abhorré et haï des larrons, plus leur est contraire et ennemi que le boulas, aujourd'hui bouleau ^ aiix écoliers de Navarre,
MONASTIQUE. I ag
très-distinctement j et sans aucune confusion , la douleur de chaque coup ^ et le Correcteur j trouve aussi le moyen de conserver toute la force de son bras ^ qu'un mouvement trop précipité lui aurait bientôt diminuée^ et d'élever toujours assez haut son instrument pour pouvoir le faire retomber sur la chair de la victime avec toute la violence possible.
Dans quelques villes , à Dijon ^ à Autun y le Correcteur n'était ni domestique des Jésuites^ ni logé dans leur collège y et il en sortait aussitôt que son expédition était faite. C'était ordinairement un pauvre artisan (cordonnier ou savetier), proche voisin de ces révérends Pères, à qui ils donnaient tant par mois ou par an, pour venir instrumenter dans les classes toutes les fois qu'il était requis. Ce qui se trouvait de gênant pour ce cordonnier, c'est qu'il ne pouvait pas faire le lundi comme ses confrères , parce que lundi était ordinairement jour de collège, et qu'il lui était expressément défendu de s'absenter de sa boutique v on pouvait , pendant l'heure des classes, avoir besoin de lui d'un moment à l'autre, et quelle perte pour l'Etat de ne savoir alors où le prendre ! Quand on était comme lui personne publique, il fallait être très-ponctuel.
]3o ENGYCiOPiJ)(E
Le Uait d^ clémence du P. Sal ( Régeat
de la cinquième à Rhodes^ en 173$). xaériie â^'4M rapport^ ;
« Le j^udi 3 février 1735, ilfit donner deuip ou troi¢s coups defguetà un pauvre écolier très* innocent. On avait , à l'occasion de la fête de U Congrégation des écoliers^ lyiis beaucoup de bancs et de chaises dans une chapelle^ La fêle finie 9 il fallait ôter ces bancs et ces chaises , et on y employa des écoliers de cinquième* Cet ouvrage ne pouvait se faire sans bruit : le P. Pradines, Régent de quatrième, s'imaginant qu'on en faisait un peu trop , leur envoya un de ses écoliers , nommé Louiière 9 poièr leur ordonner d'aller plus doucement- Il vint annoncer au R^ent que les écoliers ne voulaient pas cesser* Quel est celui d'entre eux qui vous l'a dit ? lui demanda le P. Pradines. — C'est un tel , écolier de cinquième. — Allezvous-en le recommander au P. cinquième ; ce que Loubière fit à l'instant ; et en rentrant eu classe, il annonça au Régent l'agréable nouvelle que cet écolier allaitétre très-bien étrillé. Effectivement ilreçut la correction, etf ut encore forcé ^ par ordre de ce bourreau, dese jeter aux genouK du prétendu offensé , pour qu'il daignât lui remettre la peine qui lui restait encore à subir..
MONASTI^UB. l3r
JLes îes&es' déchiquetées^ les cfaevetix à moitié arrachés , et le visage noyë dans ses larmes ^ d'ime vois entrecoupée par les sanglots , il alla «lonamier pardonf an P. Pradines^ ^i entassez de bonté pour lui remettre sa fante y en lui enjoignant cependant d*étre une autre fois plus respectueux dans 'ses réponses. Pères et nâères , confiez vos eufaxis à ces monstres avides de sang !
Qu'aurait fait en pareil cas PiUerôn , écolier de Monraigu y qili tua à coups de couteau ce paiâvre diable dé porteur d'eau , à qui on aurait doniïé uue récompense hbiinéce s'il avait pu le fouetter?
Gbt&aié ce meurtre est tm d^ efietd lés mieux marquée et les plus* f uriestes de Torbilianisme , il ne ïïte*s«iffit pas de k citer; je me trouve commef forl:^ à en rappeler ici les principales circoristances^p
"^ i*' août 17%, cet éedliéi', qui était en même temps pensionnaire ou boursier de Montaigu , ayant trouvé le moyeiS , aussi|:6t après le dÎAet , de tromper le vigilant argus corn- TûAis à la porte, et de' sortir, isans pei^mîssion, an eoHége, profita , tout le rfeste de la journée , de la liberté qu'il s'était furtivement procui^ée , et ii'y péhtt'a que le soir assez tard. H n'était ni déserteur, ni- transfuge , puisque son aliisencc
l32 ENGYGLOPÉDÏE
fut si couric , et qu'il revint de lui-même* Ce-* pendant je ne prétends pas approuver sa conduite I et le louer de s'être absenté sans exeot; mais enfin le lecteur conviendra qu'une semblable escapade était loin de mériter la punition qu'on voulait lui infliger. On l'avait déjà dénoncé au redoutable tribunal deMinos ou du Principal^ qù son procès fut bientôt instruit et jugé ^ car une échappée de la nature de la sienne était déclarée irrémissible dans le code, pénal de la plupart des collèges ; code singulier , au reste y augmenté ou diminué suivant le caprice du Principal ou l'intérêt des Professeurs ou fiégens ; (Ht il ny a de principe fixe que le pou-voir de ces pédans sur les écoliers ( car celui des parens et de la raison y est très-souvent modifie) ; où il n'y a de loi certaine pour l'essentiel que quelques maximes de police scolastique; où tout est sujet a explication ^ à interpellation et à distinction; où l'on peut. soutenir le pour et le contre ^ et en adapter les conclusions à toutes les circonstances de lieux, et de temps ; où l'arbitraire enfin est partout substitué aux formes essentielles j sans lesquelles la punition même ne donne aucune certitude du crime.
Moins criminel peut-être que les soldats qui sortent du camp pour aller en maraude > Pille-
ron n'eut pas tant de bonheur que ceux qui y rentrent sans aToir été rencontrés par leurs supérieurs* Mais ee qui afflige uniquement, c'est la fin tragique de l'homme le plus innocent. -
Scm procès y comme je viens de te dire , lui fut bientôt fait et parfait; il n^y fut employé d'autre forme par le Minos ou PrincipË^l du collège j nommé Germain , que de lui faire subir un interrogatoire assez court aussitôt qu'il fut rentré, et dans la minute on lui prononça sa sentence; mais on en remit l'éxéoutiori au lendemain matin*
Je ne sais si l'on peut regarder ce délai comme une des causes du meurtre auquel nous touchons. H est vrai qu'on peut , sans témérité, présumer que PiUeron ne dormit pas toute ]a nuit, et qu'il en employa une bonne partie à rêver au à aviser aux moyens de se soustraire au châtiment qu'on lui préparait. Mais on peut conjecturer aussi, avec plus de fondement, qu'il n'avait pas attendu si tard pour se précautionner contre une violence à laquelle il ne pouvait s'attendre eu conséquence de son éva*sion , et qu'avant même de rentrer dans le collège, il était très-résolu de se défendre, tout décidé sur èa manière dont il devait le faire, et iQuai même des armes qu'il devait y employer.
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Aii«$i A«t«oii assuré (mais je ne sais si c'est bien prouvé p2^ Ips infprmauoiis). qu'il aTait£Giit9 ce même ymv, bien aiguiser son couteau ^ et qu'il s'ëtaii rempli les poches (le pierres , de palets de fer > et d'une cbopine de vin , qui devait sans ^ouie lui tenir lieu de l'eaurde^vie ou brandivin que l'on distribuait aux troupes allemandes «n peu Avant la bataille* ^
. Ainsi que je i'ai déjà dit , ou avait pris jour, pour procéder à la correction , au lendemain matin, sur les sept ou huit heures; et ce fatal moment étant arrivé , on doit bien s'imaginer que le Principal , sans aucun effort de mémoire, se ressouvint très-bien et de l'arrêt qu'il avait rendu la veille , et de l'instant fixe auquel il en avait remis Fexécution. Alors il donne les ordres les plus précis ; l'invitation ou la convocation so fait à la manière ordinaire , et pour le lieu accoutumé ; tout se prépare , tout s'arrange suivant les anciennes formes usitées en pareil cas* Enfin , voilà Pilleron dans une chambre , avec son juge et son bourreau , qui , pour cette fois , était en même temps sa partie (t).
(i) Autrefois, danâ quelques collèges de FUniversité, on réunissait sur la même tête la charge de PoAier et de Cor* reoleur. Il se trouvait que le pourvu de ces deux charges
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La partie ue paraissait seulement pas égale , puisqu'ils ëtaiem deux contre un ; elle le parai tra encore bien moins dans un moment , ou on les Terra trois contre un (i); et qui ne tremble point ici pour ce malheureux Pilleron? Mais si on est ordinairement invincible quand on combat prù ans etjbcis , de queî héroïsme ne doiton pas être capable quand il s'agit de défendre son propre derrière ? Aussi notre athlète va , «otnme un nouvel Horace, faire briller à nos yeux élonliéi des prodiges de courage ou de fu** reur : nous allons le voir triompher de ses trois Curiaces ; il en blessera deux et tuera le troiflfème. Maintenant au fait.
ou offices, dans celui deMontaigu, était très-particuliérement intéressé à ne pas laisser impunie la surprise qui hii aVait été &ite,la yellle en qualité de Portier, et qui lui avait peut* être «ttiré , de la part du Principal , quelque sérére réprimande, ou même des menaces de cassation ou de destitution. D*où il est très-naturel de conclure que , si on Tavait laissé faire , il se serait , pour ce quart-d'heure , acquitté aVeC tant d'ardeur et de zèle de son ministère de Correcteur, qu'il aurait pu mériter qu'on oubliât l'inattention ou la négligence dont il s'était rendu coupable le jour précédent dans son office de Portier.
(i)Que Touliez-vous qu'il fît contre trois?— Qu'il mourût, Ou qu*un beau désespoir alors le secourût.
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'On sent bien qu'aussitôt que no6 trois champions se trouvèrent assemblés et renfermés dans la même chambre , on ne perdit pas beaucoup de' temps en reproches inutiles, ni en.d^autres préludes aussi déplacés, et que l'on tenta de suite d'en venir à la conclusion de l'affaire qui les y avait amenés. Pilleron, aussi méfiant qu'un viéus renard , niais en même temps beaucoup plus hardi , se mit d'abord en état de défense : il tenait un couteau d'une main , , et de l'autre un stilet ou un canif ( d'autres disent un poinçon ) ; il faisait volte-face de tous les côtés à la fois^ mais principalement vers celui d'où le dan^ ger paraissait le plus imminent; et ses yeux, plus étincelans que ceux d'un chat en furie , ou ^a bouche plus écumante que celle d'une Tisiphone , ou de toute autre femme, quand, dans un accès de rage , elle harangue son mari , an-: nonçaient, encore mieux que ses juremens et ses menaces , les dispositions où il était de se bien servir de ses armes, si on tentait seulement de l'approcher.
Une contenance si fière ne fut cependant pas capable dMntimider ses deux ennemis : ils fermèrent les yeux au danger , et se jetèrent sur lui avec une intrépidité digne des anciens Romains. Çiçpendant , dès ce premier assaut , ils se
MONASTIQUE. iSy
trouvèrent tous les deux hors de combat^ Tun Liesse au bras el Tautre^aux mains.
Le Principal , qui n'écumait peut-être guère moins que î^itleron^ et qui voulait absolument que jorce demeurât à la justice^ envoya précipitamment chercher un porteur d'eau de son voisiaage , nommé Boucher ^ qui avait été longt^nps soldat^ et qu'il connaissait pour un homme aussi fort que courageux. L'exprès dépéché vole de suite le chercher à la fontaine Sainte-Geneviève. Il ne l'y trouve pas; mais il apprend qu'il vient d'enfiler telle rue. Il court après lui, et, dans la minute , l'atteint au bout de la rue des Sept-Yoies. Là il lui dit tout essoufflé, de la part du Principal , de se rendre au plus tôt au collège et dans sa chambre. Ce pauvre homme y officieux et zélé, ou peut-être intéressé, posa aussitôt ses seaux , et arriva en moins de rien à la salle de la scène , où il fut tout étonné* d'apprendre ce qu'on exigeait de lui en celte occasion. Et quoique, par respect pour le sieur Germain , il n'eût rieji à lui refuser , et qu'il eût d'ailleurs bonne envie de gagner la récompense qui était de vingt-quatre sous suivant les uns , et de six francs suivant les autres, il battît extrêmement froid, et ne paraissait pas du tout disposé à se charger d'une commission si péril-
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leuse. Alors le Principal trouva moyen de l'y engager par des paroles , hëlas ! trop pathétiques : «Comment, lui dit-il , toi qui te vantes » d'avoir iservi le Roi avec tant de fidélité et de M courage ( Cafard ^ q;u'a de commun le Roi avec » un enfant ? quelle gloire y a-t-il à fouetter M un écolier ?) toi qui te vantes de t'être trouve M à tant de batailles, d'être monté k tant d'asii sauts y aujourd'hui tu recules , un simple léoo- » lier te fait peur î » C'était piquer d'honneur un ancien mais brave soldat; c'était le prendre par son côté faible : aussi ne lui en fallut-il pas davantage pour se jeter à corps perdu sur Pilleron; mais n'ayant pu lui saisir assez subtilement les bras , il ne fut pas en son pouvoir de rempédbier de lui porter à l'instant même trois coups de couteau au ventre , qui lui firent crier qu'il était mort.
Telle fut la fin de cette tragique scène. Le bruit s'en répandit aussitôt dans le collège et daûd tout le voisinage. On fit décamper le meurtrier, et le Principal ne pensa qu'à faire emporter au plus tôt le moribond à l'Hôtel-^Dieu. Il y mourut trois heures après.
Pillèron, obligé de prendre des lettres de grâce, fut trop heiireuis de pouvoir les obtenir, et son tuteur forcé de payer h la veuve i,îîOO fr.,
pour lui tenir }ieu de dommagea et iutërél^. Le sieur Germain fut aussi condamné {utr le tribunal à lui payer 4oo livres» Il fut en outre ordonné^ à la requête du Procureur du Roi de Paris y que y dans tous les collées > il serait fait très-e^cpresses défenses à tous écoliers de se mutiner. Cette sentenoe fut méni/e imprimée et af*fichée , tant aux carrefours et lieux accoutumés, qu'aux principales portes des collines, sans y comprendre la condamnation du sieur Germain ; qv s'il était de l'équité de le punir y ooinn^e il le fut 9 il était cependant de la politique d'en dérober la connaissance aux écoliers y <!j^i y en voyant jone telle peine prononcée contre un de leurs principaux maîtres^ auraient pu s'en auto-" riser pour leur manquer de respect et d'obéis^ «ance dans bien des cas.
Quand on voulait punir à l'extraordinaire , on. commençait par donner au patient soixante* dix ou quatrervingis coups de fouet att coin ordinaire du supplice y après lesquels le Régent , en disant que ce n'était qu'un à-compte, ordonnait de changer de place ; alors le Correcteur transportait sou échafaud de l'autre côté de la porte. Le teneur allait s'y asseoir de nouveau , ^ le patient y la culotte toujours bas y y allait reprendre l'exercice de sa charge de receveur ;
l4o ENCYCLOPÉDIE
chacge, à la vérité , qui le rend très-différent, ut per se patet , de tous les. autres receveurs gé" néralenient quelconques.
Si ces deux stations ne paraissaient pas suffisantes y le j.uge en ordonnait d'office une autre pour le troisième coin , et quelcpiefois encore une autre pour le quatrième.
Enfin y quand on voulait donner à ces exécutions à quatre coins tout l'éclat et toute la publicité dont elles étaient susceptibles^ on choisissait pour Grès^ la cour du collège , on y fleurdelisait le criminel ^ non pas aux épaules, mais précisément au-dessus de l'écbine.
Un des Régens du collège de Mauriac ne faisait jamais fouetter san$ se mettre, pendant l'exécution ( qui était toujours assez longue ) y auprès du patient , et sans lui faire une longue et pathétique, exhortation de changer de vie. Mais ce qu'il y a de plus singulier , c'est qu'il s'interrompait de .temps en temps pour s'adresser au Correcteur, et lui dire : « Mon ami, ce que je dis à ce paresseux ne te regarde pas; va' toujours ton chemin , et tâche de bien appliquer tous tes coups. ». ' * •
. En Espagne , les Jésuites ( sous le spécieux pretexte.de faire pratiquer la pénitence) avaient établi dans plusieurs villes des Confréries de
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Flagellais , ^ui > non contens d'aller se fouetter dans les églises , le faisaient encore publique*^ ment ^ et jusque dans les processions. Ils avaient introduit cet usage, même parmi les.femmes. Le Concile de Sakmanque j de i565 , fit un décret pour défendre une pratique si contraire à la pudeur (i).
A Toulon , le Père Girard imagina en faveur de la Cadière , sa pénitente ^ un semblable moyen de sanctification ; mais il porta la charité encore plus loin. Parfait imitateur de ces sacrificateurs ou pontifes dont parle Plutarque, dans la. vie de Numa-Pompilius ^ c'était lui-même qui ^ en 1729 ; donnait la discipline à sa vestale^ en pénitence de ses ^utes (a).
A Douai; en 1690, M. de Ligny, premier Professeur de philosophie du Collège Royal , ayant poussé à bout^ dans une dispute publique, le Père Becckam , Professeur chez les Jésuites , celui-ci le menaça publiquement de s'en venger, et lui dit tout haut : Ego te flagellabo ; ce ce sera moi-même qui te fouetterai, » Paroles
(i) Histoire des Religieux de la Compagnie de Jésus ^ 1. 6, n<> 90-
(2) Recueil général des Pièces concernant le procès entre la demoiselle Cadière et le Père <7irard.
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qui font alIusicNQ à l'usage où sont les Jésuiles y en Flaiàlre , de donner eux-^mémés le fouet.
 Houen , les Jësuicesâjant attire chez eux ^ en 1716 9 un porteur d'eau ^ sous prétexte de \m donner leur pratique^ ils le firent^ diton , lier sur une table ^ et le fouettèrent cruellement : c'était pour le punir d'avoir osé déposer contre leur Père Delamothe , au sujet des propositions contraires au Gouvernement y que ce Jésuite avait avancées dans le sermon qu'il prêcha à Rouen; dans l'élise de Notre-Dame, le ao petobce 1716 (r). Il faut convenir que les collèges étaient bien funestes aux porteurs d^eau : s'ils Y entraient pour donner le fouet , on les tuait ; si c'était pour fournir de Teau , on les fotiettait.
Lea pédans cruels m'en voudraient peut-être si je ne disais rien ici du plus illustre ou du plus qualifié de tous leurs confrères : c'est Denis, le tyran de Syracuse. Ses sujets l'ayant chasse pour ses cruautés^ il alla à Corinthe, ou il se fit maître d*écolè, ludi magistery par la raiso», disaèl41 , qu'il nepectvait vivre swisdoi»i-
(i) Dénonciation faite à Nosseigneurs du Parlement de Normandie, sur la conduite que les Jésuites ont tenue dan» cette Province , pag. i52.
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net , c'est-à-dire sans exercer ses cruautés ; car rbistoire nous apprend qu'il fat aussi cruejldans son école qu'il Tavatt été sur le^ trône.