‹ Encyclopédie monastique, ou, Histoire des monastères, congrégations religieuses, et couvens quiChapitre 42 sur 120 · CRIMES ATROCES · texte numérisé non relu

CRIMES ATROCES

CRIMES ATROCES. La justice claustrale mettait au nombre des crimes atroces le crime de lèse-majesté divine et humaine , Thomicide d'un Ixomme éminent y les subornations dans les églises^ et l'apostasie. "Quelques ordres y comprenaient l'incontinence 9 que les Franciscains appelaient le crime innotninable.

Parleurs souplesses^ les Jësuitesont corrompu plus de femmes et de filles que tous les autres Moines. Je passe sous silence les libertés que plusieurs se permettaient dans la conversation , de toucher les joues; palper le sein, et mettre les mains dans les poches des femmes. Je laisse à part les infamies de ce Frère coadjuteur qui , ayant engrossé la servante d'un de leurs fermiers, fut renvoyé soudain du collège d'Agen, sous le nom et l'habit d'un valet , pour sauver l'honneur du collège contre une fille qui leur portait l'enfant pour le nourrir.

« L'histoire du Père Olive, prédicateur parmi » eux y ' passerait pour un roman y si elle >» n'était aussi connue dans l'Ordre que le soleil >» dans les cieux. Une fille de chambre qu'il » avait cajolée dans la maison professe de Bor-

» deaux^ et vue souvent de trop près^ alla le » trouver au portde Sainte-Marie^ à deux lieues M d'ÂgeU; où il prêchait pendant le carême. Il » publia partout qu'elle était sa nièce^ et, pour yi la posséder plus à loisir et sans bruit , il dit » qu'elle était venue pour lui communiquer des » affaires de famille. Le Frère lais Jean Teste, » de nom, mais non d'effet, n'aperçut . pas la M fourberie , mais prit édification de voir que » la fille couchait dans une chambre à part , et » pensa que toute la familiarité qu'il voyait était >i d^ oncle à nièce. Vous raconter les petites corn- » missions que ce matois donnait à oe bon Frère^ » pour se livrer avec moins de réserve au liber- » tinage , les voyages qu'il lui commandait pour M avoir le plaisir de se décharger, les après-di- » ners « du soin de ses sermonsdans le sein de » cette friponne ; les commandemecis qu'il lui » faisait de se coucher de bonne heure , afin de se ^ glisser plus aisément dans la chambre de cette » amie , sont des friponnerie qui demajodeot » trop de détails. »

Pierre Jarrige (i) dit que des femmes , sollicitées par des prêtres > répondaient qu'elles ne

(i) Histoire des Jésuites mis sur'Técfiaiaud pour le» impudicités.

MONASTIQUE. l^'J

voulaient aimer que (les Jësuiies, car Us sont plus discrets.

Ces débauchëes , qui tuent leurs enfans après les avoir mis au monde, afin de noyer dans leur sangla cormaissance de leurs luxures , ne trou- Vent, dans notre Etat policé, quéFëchafaud pour juste punition, et l'exécration dans^ la bouche des peuples. Le Nil a jadis rt)Ugi de la cruauté de Pharaon, le plus abominable des Rois d'f^* gypte. Ces meurtres sanglans , les Jésuites \ç& exerçaient jadis dans Bordeaux, sur la persomi^ des enfans-trouvés.

« Je n'ai jamais été employé qu'une fois pour » donner lasépulture à l'un d^eux (dît Jarrîge^ ci* » devant Jésuite) ; mais jedéposeeii conscience, M et aux pieds dé Jésus-Christ , que 'je vis cette » fois le petit suaire de ce trépassé sanglant 5 et » m*étant informé , attendri de eompassion^ » d'où venait que ce petit corps rendait du » sang; Huguetj maître cordonnier de squ mé- « tier, qui était leur hospitalier, «t assistait à la M cérémonie avec un-'Erèrelais noïrnné Philo- >i leaUf me répondit que la femme qui le »t>ur- » rissait, et qui s'était corrigée de ses débauches » depuis peu de jours , ayant voulu résister Ver- » tueusement à des moines qui en voulaieilt abu«- » iser la:scivement; l'irritation de^se vçii* rebuter

l48 ENCYCLOPÉDIE '

» avait été si grande^ qu'elle les avait portés à » cette fureur de tordre les jambes à ce petit en- » faut , et le meurtrir, pour se venger du refus » de la mère-nourrice. Cette réponse i^ie me con- » tenta pas; j 'allai trouver François Jtat , alors » Recteur du collée, et lui racontai fidèlement M ce que je venais de voir* Voici quelle fut sa » réponse : JVous aurions trop à faire ; cet en-w fanf est en Paradis , et ne requiert pas que » r argent du collège soit employé pour 7)enger u un forfait qui Va tiré de la misère* »

J'ose assurer, ajoute l'historien , que si la j ustice faisait des perquisitiçns , elle trouverait que de trente innocens qui sont reçus dans cette maison , non plus de charité, mais de cruauté , il n'en, resterait pas trois au bout de l'année.

Le moyen qu'ils employaient pour ôter du monde ces enfans était de choisir des femmes très - pauvres, qui les allaitaient pour un si bas prix qu'il était impossible que les nourrices et les enfans ne mourussent pas de faim.

Un autre moyen de s'en défaire était de les donner à des coquines perdues par la débauche, et couvertes de maladies honteuses, afi:n que ces pauvres petits suçassent non du lait , mais du poison.

Il n'appartient qu'au soleil de répandre ses

rayons sur les bourbiers^ sans, corrompre sa pu* reté et infecter l'éclat de sa belle lumière ; il ne seraitpas facile de porter mon esprit et celui du lecteur sur des ordures sans nous mettre en danger d'infecter par des pensées impures notr^ imagination ; mais le Dieu de pureté, qui demande que des choses honteuses soient découvertes , nous fera passer sur ces objets sansnou^ salir.

De tous les temps les Jésuites ont eu le soin de persuader aux esprits bigots e.t crédules que leur secte surpassait en pureté les autres ordres* Voyons jusqu'à quel point on peut les croire. ,

Le collège de Limoges ne peut nier qu'un de ses Régens» nommé Sanguinièi'e , n'ait appelé plusieurs fois un beau garçon les dimanches et jours de congé, sous prétexte de lui corriger ses compositions , et ne l'ait entretenu de discours amoureux.

J'ai surpris moi-même ( ajoute Jarrige ) , étant Préfet dans le collège d'Agen , le maître de la quatrième, nommé François Mingelpusaux, baisant ardemgient et serrant çntre ses genoux et ses bras ,un petit gentilhomme de ses écoliers. L'enfant, qui était innocent , s'estimait bien chéri ; mais si son père eût appris ces infamies , quelque crédit que les Jésuites aient eu, il lui eût

l50 EKGYGLOPÉDIE

coupé les oreilles. A Bordeaux, les maîtres du coUëge né pouvaient tenir les mains sans lés serrer fortement : aussi cette phrase était -elle ordinaire dans l'entretien des écoliers les plus

clairvoyans : Un tel est la demoiseUê de

notice Régent.

Philippe II 9 leur grand protecteur , leur demandait un jour comment ils pouvaient être chastes , traitant avec tant de familiarité toutes les belles dames de sa cour ? Nous avons^ direntils ( au rapport de leur historien ) , une herbe que nous portons sur nous y par laquelle nous évitons les dangers de Timpureté , et nous résistons à toutes ses attaques. Pressés par le Monarque de la nommer, ils répondirent que c'était la crainte de Dieu; mais je puis assurer que, s*ils l'avaient alors (ce dont je doute fort) , que maintenant ils en ont perdu la graine^ et qu'elle ne croît plus dans leur jardin. Sortons de leurs classes, et accompagnons-les dans les visites qu'ils rendent aux femmes , et vous verrez , cher lecteur, s'ils se prémunissent de cette bonne herbe avant de quitter leur couvent. •

Le Père Antoine Raoub^ de la Compagnie de Jésus , dit que , revenant d'un jardin où il était entré pour faire ses prières , il avait trouvé l'un de leurs plus grands prédicateurs enfermé

MONASTIQUE. l5l

dans une chambre avec une demoiselle mariée ^ ]es avait surpris faisant le péohë de la chair y et qiië ]a felnme était rouge comme feu.

Un nommé Galopin ( voilà un véritable nom de Jésuite ) y s'étant transporté dans une maison pour visiter une fille^ la surprit à Técart et l'attaqua j contre la prudence des sages dévots , si vivement , qu'il jEat surpris en flagrant délit. ^ François Robin y homme des plus prudens de l'Ordre , travailla beaucQup pour couvrir cette ignominie ; mais l'affaire éclata si fort j qu'avec toute sa prudence il fallut soudain l'écarter poui* couvrir ce scandale.

Des dames d'honneur se plaignaient à un homme discret de cette Compagnie^ que Pierre Reygnier, par ses interrogatoires sales, les avait provoquées à mal eh conjèssioh , en leur demandant si elles avaient usé de tels moyens pour prendre du plaisir, et les avait instruites à pratiquer de honteuses débauches.

Les grands incendies commencent souvent par une étincelle, l'étincelle produit la flamme , la flamme enfante un brasier, et une ville populeuse comme Salins est convertie , en une nuit , en cendres. L'amour charnel a les qualités du feu; il gagne toujours et dévore plus on lui fournil de matières.

l52 ENCYCLOPÉDIE

Les J^uites Guales y Penot> Gadiot^ Biroat , Henri Duçhesne y Alema y, Deluaux , Dufresne^ Rcgnier, et tant d'autres que je ne nomme pas , ont attaque des servantes, corrompu des femmes mariées y abusé des filles de logis ^ et employé les j^gnus Dei et les chapelets pour attirer les innocentes et les niaises.

Le Frère Goustaud ( qui fût trouvé par les habitans de Tulle couché avec, la boulangère du collège dans les vignes ), étant arrivé, chez madame de Mommas ou Mombas (c'était une noble des plus qualifiées du Béarn ) y les filles de chambra de cette dame lui donnèrent tellement dans l'œil; qu'il épia, depuis, le moment d'en surprendre une. Qui veut faire du mal , prend au poil toutes les occasions. Le premier exemple d'impureté, que fit cet infâme fut d'enfoncer la main sous la jupe d'une servante qui montait l'escalier , en lui disant : Belle , vous levez trop les jambes. Le second fut plus dangereux, pour être mieux conduit : ayant appris qu'elle était sur le point de quitter sa maîtresse : « Venez, lui dit-il, apportez-mpi de l'en- » cre et du papier, je vous ferai trouver une » place* » La pauvre innocente , qui trouvait déjà sa fortune assurée , apporta du papier , et se laissa tirer à l'écart dans une chambre ov^ ce

MONASTIQUE. l53

fourbe écrivit une lettre de recommandation si pressante^ qu'elle causa une joie extrême à cette fille, ce N'est-ce pas, lui dit-il, t'aimer tBop chè* » remeujt à la\première vue? que ne dois-tu pas ». faire pour un si grand ami qui donnerait non » pas une lettre écrite avec de l'encre^ mais avec » son sang , pour te mettre à ton aise ? Cepen- » dant il lui baisait le front , les yeux , la bou- » che , et la serrait entre ses bras avec tant de » feu , que cette fille vit son danger , et se reti- , .» rant comme un serpent qu'on presse : » « Je » n'achète pas, Monsieur, au péril de mon âme, » des recommandations. » Le bruit de ces desordres se répandit premièrement entre les servantes , et parvint jusqu'aux oreilles de la dame du Xï^VL, qui demanda à François Marin, son compagnon : Quel paiUard avez - vous mené dans mon logis , qui a attaqué déjà deux de mes filles?

Pierre Cluniac , de la Société de Jésus , expliquait aux religieuses de Saint-Àusoni, dans Ângouléme , le Traité des empêchemens qui rendent invalides les mariages , et il n'omettait pas de parler au long des hommes maléficiés et impuissans. Le Père Jean Adam, prédicateur , interprétait à une Ursuline du couvent de Sainte-Macaire le Traité de la Génération y

l54 ENCYCLOPÉDIE

et parlait avec autant de clarté des parties qui contribuent à la procréation des enfans, que Xavier Biehat dans son Cours danatomie. Jacques Beaufes apprenait à une fille de Notre-Dame-de- Pau le moyen de connaître par les parties du visage celles qui sont les plus secrètes au corps humain. Régnier n'avait d'autres discours, dans les deux couvens de Fontenay , que des maladies honteuses et des rétentions de fleurs.

On ne peut s'imaginer jusqu'où allait la dis- I solution et le libertinage qu'ils introduisaient dans le cœur des INonnes.

Maie qu'attendre de ces êtres pervertis î

Prenez trente grains d'impudence , '

Quatre livres d*ambitiou^

Quarante onces d'impatience ,

Six kilos de corruption ,

La bassesse d'un hypocrite ,

L*astuce de jeune beauté ,

Mettez les vertus de cdtë ,

Et vous fabriquez ua Jésuite.

Page 1