‹ Enfant chéri des damesChapitre 30 sur 39 · ACTE II, SCÉNI': XII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÉNI': XII

DESROeUES.

Mademoiselle...

JENNT.

Vous refuserez.

DESROCHES

Ce mariage ne doit pas s'accomplir.

JENNY

Ah!... Vous le comprenez I

UESKOCHES.

Certainement, je comprends, et c'est peut-être la seule chose que je... et encore, je n'en suis pas bien sur...

JENNY

Après tout ce qui s'est passé, tout ce qu'il m'a fallu voir et entendre depuis hier, et surtout après que votre valet vient de me rapporter ce mouchoir. (Elle le lui montre.)

DESUOCHES.

Ce mouchoir .. .\h ! le vôtre.

JENNY

Le mien! Vous savez bien que non.

DESROCHES

Je sais...

JENNY

Silence ! monsieur, silence ! mon père pourrait nous entendre.

DESROCHES

Qu'importe I 1 1 me semble qu'il n'y a pas de mal à oublier... cela peut arriver à tout le monde...

JENNY

Enfin, monsieur, après que vous avez écrit cette lettre...

DESROCHES

Ah ! permettez, pour la lettre, je vous arrête, mademoiselle ! .. Puisque c'est à vous qu'elle était adressée.

JENNY

Eh bien?

DESROCHES

Vous savez que ce n'est pas par moi.

JENNY

Pas par vous 1

DESROCUES.

Sans doute... et nous nous sommes effrayés bien mal à propos .. Vous, surtout, mademoiselle...

JENNY

Moi ! comment ?

DESnOCHES.

Puisqu'il est votre prétendu...

JENNY

Mon prétend II !

DESROCHES

Puisqu'il y a une heure, tout était d'accord.

JKNNV.

Il y a une heure !

DESROCHES

.Vlluns ! rassurez-vous... il est si facile de s'entendre... .le vai.s rejoindre monsieur votre pérc.

JENNY

.Mon père !

DESROCHES

Je vais lui dire que ce n'est pas moi... mais mon neveu qui vous a écrit ce billet.

JENNY

Votre neveu !...

DESROCHES

Que ce n'est pas moi , mais lui que vous aimez.

JENNY, cherchant à ciinltMiir son émotion.

Lui! comment! monsieur,.. C'est vrai, n'estce pas? Oh ! oui, je dois vous croire, vous ne voudriez pas nie tromper à ce point... C'est lui, c'est bien lui qni avait écrit?...

DESROCHES

Lui-même...

JENNY, poussant un cri de joie.

Ah ! que je suis heureuse !

DESROCHES

Ahçal mais c'est du délire !... Elle a l'air d'en être surprise... Avez-vous donc un instant supposé que je fusse l'auteur...

JENNY

Oui!... Ahl oui, je l'ai cru. {A part.) El j'en ai bien .soulTert...

DESROCUES.

A mon tour, oserai-je réclamer de vous , mademoiselle, un mot d'explication.

JENNY

Parlez...

DESROCHES

C'est que... je me rappelle encore tous les termes de ce billet... et je me demande pourquoi mon neveu , à l'instant même oii l'on venait do conclure votre mariage, renonçait à vous, et voufc faisait ses adieux en vous renvoyant toutes vos lettres...

JENNY

Mes lettres... Je ne lui ai jamais écrit.

DESROCUES.

Jamais... Ce n'était donc pas à vous que luimême...

JENNY

Non, monsieur.

DESROCHES

Pas à vous!... mais à qui?

JENNY, lui faisant un geste expressif, eu regardant (lu côté où son pure » lent de sortir. Chut:..

DESROCHES, il part, éioulTant un cri do surprise et d'effroi.

Ah! j'avais donc deviné juste! Mais elle!... elle! un si grand sacrifice! (Se rftoiiniant vers elle, en la rtsardaiii avec enthousiasme. i Ainsi , mademoiselle, c'était par dévoùment...

JENNY

Comme \ous, monsieur. .

ENFANT CHÉRI DKS DAMKS,

UESIIOCUES.

Moi!... Oli ! vous êtes bien bonne de me comparer à vous. En acceptant la responsabilité de torts qui n'étaient pas les miens, je ne sacrifiais point mon honneur... mon amour...

JENNY

Ah ! vous n'aimiez personne ?

DESROCUES, avec hésitation.

Non, non, personne!... Tandis que vous...

JENNY

Moi?...

OESROCHES

Malgré tout le chagrin que devaient vous causer les torts de mon neveu...

JENNY

M. Paul! du chagrin à cause de lui!... Mais je vous assure que jamais...

DESROCHES

Cependant, vous l'aimez !

JENNY

Je n'ai pas dit cela.

DESROCriES.

Hier, ce malin encore , vous consentiez à être sa femme !

JENNY

Je n'ai pas dit cela.

DESROCHES

Et maintenant, vous refusez délre la mienne.

JENNY

Je n'ai pas... Refuser ! je ne le peux pas... mon père le veut !

DESROCHES

AIR : Ce que j'éprouve en vous voyant. Est-il vrai!''... vous ne l'aimez pas?

JENNY

Monsieur...

DESROCHES

Parlez, je VOUS imploie, Votre cœur est-il libre encore?

JENNY

Oh! non!...

(A part, et le regardant à la dérobée.) Je souffrais trop, hélas !

Lorsque je l'accusais tout bas.

DESROCHES

Vous l'avouez, un autre a Su vous plaire... Pourtant, vous acceptez ma fol !

JENNY

Mou Dieu ! tout m'en fait une loi.

l^our épargner des chagrins à mon père... Je vous en prie, épousez-moi...

Puisqu'il le faut, épousez-moi... Je vous on prie, etc.

DESROCUES.

Oli ! ce .serait trop de bonheur, mademoiselle... Aussi, je n'y crois pas !... non, je no dois pas y croire..

JENNV.

Comment ?

DESROCHES

Non... vous me l'avez dit, votre cœur n'est pas libre... El qii'avais-je besoin de cet aveu?... je le savais.

JENNY

Ah'...

DESBOCHES.

Depuis long-temps, depuis que je suis venu vous demander en mariage pour mon neveu , vous parler de son amour... lorsque moi-même...

JENNY

Vous, monsieur !

DESROCUES.

Eh bien!., eh bien, oui, mademoiselle, je ne puis me taire davantaj^e... Pardonnez-moi ; mais c'est votre faute, ou plutôt, c'est celle du hasard, de la position étrange qu'il nous a faite.. .Après tout, je ne peux pas avoir une fermeté, une vertu plus qu'humaine, et je vous ai vuelà, toute en larmes, belle de votre générosité, de votre dévoiiment filial, je vous ai vue me supplier délre voire époux... est-ce que je pouvais ne pas y croire un instant? est-ce que je pouvais ne pas lai.sser échapper enfin ce secret que depuis un un j'ai eu tant de peine à contenir?

JENNY, à part.

Depuis un an!

DESROCHES

J'avais promis alors à mon neveu de lui servir d'interprète, el je m'aperçus bientôt que, pour vous peindre tout ce qui se passait dans son àme, je n'avais qu'à lire dans la mienne... que pour vous dire combien vous éliez aimée, adorée de mon filleul, je n'avais qu'à songer combien je vous aimais malgré moi.

JENNY, à elle-même, avec joie.

Il m'aimait!

DESROCHES

AIH de Céline.

J'obtenais votre confiance !

Mais pour lui seul j'étais victorieux Et le tableau de ma souffrance Le rendait charmant à vos yeux.

Ma passion, en devenant extrême, Servait encor ses intérêts; L'amour que j'éprouvais moi-même, Pour un autre je l'inspirais...

JENNY

Pour un autre! mais non, niotisieur, non, vous vous trompez...

DKSKUCURS.

Coiiimenti'

JKKNV.

Il est vrni |uc 1 interprète... l'avocal de votre

A(/!K 11, SCÈNK XIII.

neveu était fort habile, fort éloquent; il est vrai qu'il était ditTiciie de ne pas le croire, et qu'enfin...

DESKOCHES.

Enfin, mademoiselle?..

JENNV.

AIR précédent.

Il fan', monsieur, que j'en convionne, .l'élais émue en l'ôcoutani !

De mon âme, sans trop de peine.

Il s'emparait...

DESROCHES

Pour son client !

JENNY

Mais non, quel'e erreur est la vôirel... Son éloquence à lui seul proniait:

Il parlait d'amou:- pour un autre, (hélait pour lui qu'il l'inspirait.

DESROCHES, avec des transports de joie qui tiennent de la folie.

Pour lui ! pour moi ! Ah ! mon neveu !... j'avais tant souCTerl en prenant ta place ! Aujourd hui je la prends pour être heureux! Le ciel est juste. (Tombant aux genoux de la jeune fille.) Jenny!... chère Jenny !...

(Au même instant, In porte de gauche, au premier plan, et celle de droite s'ouvrent presqu'eii même temps. Le baron reparait d'abord à gauche, il lient à la main le contrat de mariage, i

SCiiNE XIII.

Le baron, desroches, JENNY, LA BARONNE.

LE BAiiON, à Desroches.

A ses genoux 1 vous faites bien de lui demander grâce, monsieur ; mais moi, tout en consentant à vous unir à elle, je ne vous pardonnerai jamais!

JE^NY

Mon père '.

(A l'entrée du baron, Desroches s'est relevé vivement. Et, au même instant, la baronne, avec sa capote rose et son ■voile noir, comme au premier acte, est entrée à gauche; elle s'approche de la jeune lillc sans voir Desroches.)

LA BARONNE

Jenny, je suis prèle... Dès que vous le voudrez, mon enfant, je vais vous conduire...

LE BARON

An couvent ! Vous tn'en avez souvent parlé, ma chère baronne.

LA BARONNE

En effet, sur lu prière de Jenny, j'ai ctu devoir... (Desroches s'est approché et .^alue la baronne, qol pousse un petit cri en le reconnaissant.) Ali !...

DESROCHES, même mouvement même cri.

Ah!

LE BARON, los présentant l'un à l'autie. M. Desroches l'oncle... M""? la baronne.

J'ai rhonneur. ..

LA BARONNE

Monsieur...

DESROCHES, à part.

La capote rose!... Inforlunè baron !

LE BAKON.

Vous me pardonnerez, madame, si je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous au sujet de son avenir. 11 ne s'agit point d'un dépari, mais d'un mariage.

LA BARONNE, i cllc-même.

Un mariage !,..

LE BARON

Oui, décidément, elle épouse M. Paul Desioches.

LA BARONNE

M. Paul !

LE BARON

J'ai des raisons, des raisons majeures pour vouloir, pour désirer, que ce contrat soit signé aujourd'hui même.

LA BARONNE

Aujourd'hui ! (A elle-même.) Sa femme! (Haut.) Mais tout à l'heure, mademoiselle, vous refusiez de l'être; vous m'avez suppliée...

JENNY

Pardon, madame, j'ai réfléchi, et je suis maintenant de l'avis de mon père.

LA BARONNE

Mais il est vraiment étrange, mademoiselle, si vous changez en si peu de temps de volonté, que votre père...

LE BARON

Permettez, baionne...

DESROCHES

Oui, madame, permettez...

LA BARONNE

Monsieur, c'est à mon mari que je m'adresse. JENNY, à elle-même, comme frappée d'une inspiration.

Ah!

DESROCHES, qui pst aiipn's d'elle.

Quoi donc ?

(Jenny tire vivement le mouchoir brodé de sa poche, elle le remet à Desroclies, et lui parle bas.'

DESROCHES, bas.

Votre mouchoir?... Pourquoi?

JENNY

Il le faut.

DESROCHES, Stupéfait.

C'est différent... Puisqu'il le faut... j'obéis...

(A lui-môme.) C'est un rébus.

(Toujours avec l'air de la plus grande surprise, et comme s'il cherchait lui-niëmc à comprendre ce qu'on lui a dit do faire, il va doucement auprès de la baronne, et déploie le mouchoir sons ses yeux.)

FNFANT CHÉRI DKS DAMKS,

l.A BARONNE, qui ne voii pas encore ce mouvement. Je persiste à croire, baron, que vous ferez des réflexions nouvelles, cl qu'alors...

LE BARON

Je ne le crois pas, baronne.

LA BARONNE

J'en suis sûre... (Ici elle aperçoit le mouchoir, et pousse un cri.) Ati !

LE BARON

Quoi :'

DESBOCHES, Slnp6f,îit.

Qu'avez-vous, madame?

LA BARONNE

Après tout... c'est de Jenuy qu'il s'agit, de son bonheur, et je ne veux pas qu'on m'accuse...

LE BARON

Vous conseillez?

LA BARONNE

Je consens.

LE BARON

Ma chère Julie... je n'alliridais pas moins de votre tendresse pour moi.

DESROCHES, bas.

Vous avez là, mademoiselle, un talisman... (Il veut lui rendre le mouchoir.) JENNY, bas, en lui montrant la baronne. Maintenant, vous pouvez le lui rendre.

DESROCHES, avcc une nouvelle surprise.

Le lui rendre... à elle ! ( l'eganlant le chiffre du mouchoir.) « J. D... » Ah!... Julie du Tillel!... La capote rose... Je comprends.

LE BARON, à sa femme.

Et vous ajouterez encore à voire bonté, baronne, en offrant en dota notre fille le tiers de tous nos biens.

LA BARONNE

Le tiers! mais vous n'y songez pas, baron!... C'est... (Ici, Desroches s'incline devant elle pour lui rendre son mouchoir ; de nouveau, elle paraît frappée de terreur, et se reprend vivement, i C'est la moitié que vous avez voulu dire.

LE BARON

Oh! la meilleure! la plus généreuse des femmes!...

DESROCHES, lendaiil le mouchoir ù la baronne.

Je n'accepte pas... madame... Je suis riche, et je me charge seul de la dot de mademoiselle! (Ici, Paul Desroches le neveu rentre par le fond.)

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